‹ L'Occupation Internationale en Crète de 1900 à 1906Chapitre 8 sur 80 · ROLE DE LA RUSSIE · texte numérisé non relu

ROLE DE LA RUSSIE

là population et il fallut plusieurs démarches de notre ambassadeur à Constantinople pour obtenir le châtiment des coupables et la destitution du pacha de Réthymo. L'attitude hostile que les Turcs manifestaient vis-à-vis des Chrétiens avait, à différentes reprises, suscité le mécontentement des Crétois. Une agitation sourde était maintenue dans l'ile par des émissaires venus du territoire montagneux de Sphakia. Elle était entretenue d’ailleurs, par une grande puissance rivale de la Turquie, la Russie, dont le prestige était considérable sur les chrétiens de l'Empire Oltoman au xvim° siècle. En 1768, lors de la guerre russo-turque, l'impératrice Catherine envoya en Crète un Grec nommé Papazoglou pour exciter les habitants à la révolte. Mais les Crétois n'ayant pas recu de la Russie un appui effectif, l'insurrection fut vite réprimée par les Tures et les montagnards de Sphakia furent eux-mêmes obligés de subir le joug ottoman auquel, jusque-là, ils avaient victorieusement résisté. Cependant, les Russes n’en restaient pas moins populaires en Crète et c'était sur leur intervention que l’on comptait comme devant amener la libération du territoire. L'ès cette époque, une chanson très répandue se faisait l'écho des espoirs qu'entretenaient les habitants : « A chaque Pâques, à chaque Noël, maître Jean mettait son chapeau et disait aux protoppas : « J'amènerai le Russe (1). »

(1) Couturier, La situation de la Crète au point de vue international. T'hèse, Paris, 1900, page 24.

L'impératrice Catherine de Russie avait conçu un projet considérable, celui de restaurer l'empire grec, dont elle aurait confié le gouvernement à un de ses petits-fils, Constantin. Elle était secondée dans la poursuite de ce but par l'empereur d'Autriche Joseph II. Tel est le projet connu sous le nom de « Projet grec », dont 1l est souvent question dans la correspondance très suivie échangée entre les deux souverains (1).

Ce projet présenta successivement deux formes différentes : Au début, c’est-à-dire vers 1772, l'Autriche et la Russie, cherchaient simplement à opérer le partage, entre elles, de la Turquie d'Europe. L’est des Balkans avec Constantinople et les Dardanelles auraient formé le lot de la Russie. L'Autriche aurait acquis la partie occidentale, y compris la Morée et la Crète. Un peu plus tard (vers 1780), le projet fut modifié ; 1l s'agissait de créer deux grands Etats chrétiens nouveaux : l'empire grec, dont le petit-fils de Catherine, Constantin, serait le souverain, et la Moldo-Valachie. Il était expressément entendu que les deux couronnes ne pourraient jamais être réunies sur une seule tête. Outre la création de ces deux empires nouveaux, le projet comportait pour l'Autriche et la Russie, une extension de leurs territoires respecüifs : la Russie, pour son commerce, se réservait Otchakoff et deux îles de l’archipel ; la Bosnie, l'Herzégovine, la petite Valachie. les côtes de Dalmatie étaient attribuées

2) DE MARTENS. Les traités de la Russie, 2° vol., page 96, n° 36.

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