CHAPITRE IX
lia poudre et les Orages.
Le phénomène de la foudre est resté une énigme insoluble jusqu'au jour où Otto de Guérike, bourgmestre de Magdcbourg, celui-là même qui inventa la machine pneumatique, montra que l'électricité peut produire des phénomènes lumineux.
Presque à la même époque, le docteur Wall frottant un grand cylindre d'ambre, observa une vive lumière accompagnée d'un bruit caractéristique.
Cette première étincelle électrique, sortie de la main des hommes, devait non seulement expliquer les effets de la foudre, mais donner lieu dans la suite à la création d'une science merveilleuse appelée à transformer le monde.
« Cette lumière et ce craquement, dit
Wall, dans son Mémoire inséré aux Philosophical Transactions paraissent *n quelque façon représenter le tonnerre et l'éclair ».
L'analogie était, en effet, bien frappante et la vive imagination de Wall l'avait saisie immédiatement, mais pour fournir la preuve de cette audacieuse assertion, pour pouvoir assimiler cette expérience de laboratoire à un phénomène Ce la nature qui, jusqu'à ce moment, avait 6emé la terreur sur tous les peuples, il fallait faire descendre le feu du ciel jusque sur la terre et de hardis physiciens n'hésitèrent pas un seul instant à réaliser ce projet.
En mai 1752, Dalibard installa dans un jardin de Marly de longues tiges de
fer plantées verticalement, et par des temps orageux, réussit à en tirer des étincelles; il put même par ce moyen ■charger une bouteille de Leyde.
Un mois plus tard, l'américain Franklin, déjà connu par ses brillantes découvertes sur l'électricité et le pouvoir des pointes, allait imaginer une expérience autrement concluante.
Il attendait alors pour opérer plus sûrement, l'achèvement de la construction d'un haut clocher que l'on avait édifié à Philadelphie, lorsqu'une idée géniale lui passa par l'esprit.
Comme il ne s'agissait, en somme, que de porter un corps dans la région du tonnerre, c'est-à-dire à une assez grande hauteur dans les airs, Franklin imagina que le cerf-volant, dont s'amusent les enfants, pouvait lui servir aussi bien qu'un clocher, fût-il le plus élevé du monde.
Il prépara donc deux bâtons en croix, un mouchoir de soie, une corde d'une longueur convenable et, profitant du premier orage, il s'en fut dans le6 champs tenter l'expérience. Une seule personne l'accompagnait, c'était son fils. Craignant le ridicule dont on ne manque pas de couvrir les essais infructueux, comme il le dit avec ingénuité, il n'avait voulu mettre personne dans sa confidence.
Le cerf-volant fut alors lancé. Un nuage qui promettait beaucoup ne donna cependant aucun résultat. Mais bientôt survinrent d'autre* nuées orageuses et cette fois, Franklin put tirer de l'extrémité de la corde, des séries d'étincelles.
Pour la première fois, le génie de l'homme se jouait de la foudre, la faisait descendre du ciel et surprenait le secret mystérieux de son existence.
La célèbre expérience fut répétée dans tous les pays savants et partout avec le même succès.
Un magistrat français, de Romas, assesseur au Présidial de Nérac, sans avoir connaissance des travaux de Franklin, avait aussi imaginé de substituer les cerfsvolants aux barres de fer élevées et plus tard (1757) il obtint, au cours d'un
orage, des étincelles d'une grandeur surprenante
Le jeu était dangereux et le professe ir Richmann, de Saint-Pétersbourg, l'avait appris à ses dépens. Par une distraction déplorable, il avait été foudroyé net au cours d une de 6es imprudentes expériences.
Plus de deux siècles ont passé depuis ces sensationnelles découvertes, des quantités de savants ont étudié le problème soue toutes ses formes et à l'heure actuelle, nous ne sommes guère plus avancés qu'au temps de Franklin.
Par quel mécanisme les nuages se chargent-ils d'électricité? Quel rôle jouo l'évaporation en cette circonstance?
Le frottement des couches d'air, l'humidité plus ou moins grande des courants aériens, le rassemblement des gouttes d'eau au sein d'un brouillard ou d'un cumulus, contribuent évidemment pour une grande part dans le développement de l'électricité atmosphérique, mais on discute en-
Cette machine électrostatique, la pins puissante qui existe, a été construite par la maison Roycourt de Paris, sur les plans de MM. H. Abraham et P. Villard. Elle se compose de 20 disques en ébonite de 73 cenlimètres de diamètres, faisant 1400 tours par minute. Elle donne une étincelle de 0-60 sous 320 000 volts avec un débit de 3 milliampères. Dans l'atmosphère, les étincelles atteignent parfois 13 kilomètres de longueur avec une intensité de 10 000 a 20 000 ampères!
core sur la nature de cette force prodigieuse qui s'attache à tous les corps, ies pénètre et les enveloppe comme lether; nous ne touchons donc pas encore à la solution du problème !
Quoiqu'il en eoit, les faits sont là. Pour les besoins de la cause, on a imaginé l'électricité comme un fluide subtil qui peut, en certaines circonstances, s'accumuler ouse raréfier/dans les corps :
suivant l'un ou l'autre cas, l'électricité est positive ou négative.
Tout cela ne ressemble que trop, et nos physiciens en conviennent, au phlogistique de Stahl, ou au vieux calorique du XVIIIe siècle.
On a cherché, ces dernières années, dans une autre voie, et la solution n ' apparaît pas encore.
Laissons les savants à leurs théories et revenons à la réalité
Lorsque deux nuages sont chargée différemment d'électricité, l'étincelle peut jaillir entre
le6 deux, ou bien éclater entre les nuages et la terre.
Lc6 effets sont alors analogues à ceux que nous observons sur nos machines statiques, mais dans l'atmosphère les manifestations sont autrement puissantes.
La plus forte machine réalisée par la maison Roycourt sur les plans de MM.
Abraham et Villard, donne des étincelles de GO centimètres; or, dans les orages les éclairs, ces gigantesques étincelles dont le tonnerre n'est que la crépitation au
Photographie déclair obtenue par le Capitaine Gaston Pinte.
sein de l'air ambiant, sont au moins dix mille fois plus longues; on cite des éclairs mesurés très exactement sur les plaques photographiques et qui atteignent plu* de 10 kilomètres!
Le jet lumineux, souvent multiple, paraît dans la plupart des cas affecter la forme d'un véritable ruban d'une dizaine de mètres de largeur au maximum; il est plus ou moins contourné, et laphotcgraphie nous a montré que les zigzags chers aux peintres d'orage et de tempête ne sont qu'une illusiond'optique. Un éclair n'offre jamais de ces saillies anguleuses qu'affectent les représentations des « foudres de Jupiter. »
Tout le monde a remarqué la différence qui existe généralement entre le moment où l'on voit l'éclair et celui où l'on perçoit le premier bruit du tonnerre. Il se passe là un phénomène analogue au tir du canon : on voit la fumée avant d'en tendre le coup. Cela tient à l'inégale vitesse de transmission de la lumière et du son. En une seconde, le son ne parcourt que 340 mètres environ, tandis que sur la terre, tout effet lumineux se voit instantanément, eu à peu près, puisque la lumière parcourt 300 000 kilomètres à la seconde.
Il y a là un moyen extrêmement simple de juger de la distance d'un orage. Supposons que nous ayons compté un intervalle de 20 secondes entre l'éclair et le bruit perçu : 340 mètres multipliés
par 20 nous donnent 6 S00 mètres ; tel est l'éloignement approximatif de l'txtrémité la plus rapprochée de l'éclair.
Eclair quintuple photographié par M.Em Touchet, secrétaire de la Société Astronomique de France.
Si vous entendez le tonnerre en même temps que vous voyez l'illumination du ciel, vous pouvez tenir pour certain que l'orage est au-dessus de vous. D'ailleurs, en cette circonstance, bien que le danger soit plus grand d'être foudroyé, puisque l'o r a-g e passe au-dessus de l'endroit où vous êtes, vous n'avez rien à craindre du coup entendu, et cela résulte de la faible durée de l'éclair, égale très probablement à celle des étincelles de nos appareils.
Même avant de posséder les i nstruments n écessa,ir ee pour en évaluer la durée,
les physiciens se rendaient compte de s; faible valeur.
Voyez vous-même, lorsqu'un éclair jaillit et illumine un objet en mouvement, comme un rapide lancé à toute vi-
tesse, les rayons de6 roues se distinguent aussi nettement que si le train ne se déplaçait pas.
Les expériences récentes n'ont pas donné la même durée pour tous les éclairs.
Lee étincelles entre les nuages paraissent souvent se propager de proche en proche, leur durée est assez longue et peut atteindre un dixième de seconde ; mais qu'une étincelle jaillisse entre un nuage et le sol, elle dure à peine un millionième de seconde.
Et comme il faut un temps assos notable pour transmettre une impression au cerveau, il est évident que les sujets atteints par l'étincelle sont foudroyés et tués avant de 6'en apercevoir.
Les effets de la foudre sont extrême-
Un éclair qui nous parait simple est souvent produit par des décharges très rappro
chèes. C'est c». que montrent ces photographies prises avec ur- appareil en mouvement
qui a décomposé l'étincelle en rubans distii.cts suivant le même chemin.
(Cliché de M. Hoffert.)
meut variés et il est difficile, en raicon de notre ignorance de son mécanisme, de donner des lois absolument certaines sur le trajet de l'étincelle électrique.
En général cependant, la foudre a
une prédilection marquée pour tout corp9 bon conducteur de l'électricité : objets humides, liquides, métaux, etc.; si l'on ajoute qu'elle frappe de préférence les points élevés au-dessus du sol environnant, on aura la ligne de conduite à suivre pendant les orages.
Les statistiques, dit-on, accusent le redoutable fléau, d'un excès de galanterie. Chaque année en France, il tombe en moyenne 100 personnes frappées par la foudre; les 4/5 appartiennent au sexe fort, mais on néglige d'ajouter que 'es hommes par leurs occupations en plein air sont beaucoup plu6 exposés à être frappés que la majorité des femmes retenues à la maison par les soin6 du ménage.
Les victimes sont d'ailleurs réparties d'une façon inégale sur notre territoire. Si l'on excepte les grandes villes, où toutes les habitations forment un bloc compact et où la densité de la population est très élevée, on voit que les orages font surtout des victimes dans la Haute-Loire, l'Ardèche, le Puy-de-Dôme, la Saône-et- Loire, la Corse, et le département du Nord.
Malgré tous les avertissements, le nombre de personnes foudroyées parce qu'elles se sont réfugiées sous des arbres, reste à peu près constant.
On préfère être tué que de se mouiller, li'instruction du peuple n'aurait-elle donc pas progressé depuis cinquante ans?
Ne pas se mettre à l'abri d'un arbre ou d'un tas de paille, mais se coucher sur le sol, même en pleine campagne, s'éloigner ou se débarrasser des objets en fer tels que faux, charrues, fourches, instruments et machines agricoles renfermant des pièces métalliques, voilà des précautions élémentaires qu'on doit prendre en toutes circonstances lorsque gronde l'orage.
Il est toujours imprudent de rester au milieu des troupeaux, en raison de la conductibilité qu'ils présentent au fluide, et tous les ans, bergers ou charretiers se trouvent frappés pour n'avoir pas tenu compte de cette observation.
De même on évitera de se réfugier dans une église ou de sonner les cloches pendant l'orage.
Les gens de la campagne prétendent souvent que le son des cloches doit fendre en deux les nuées orageuses, tandis que certains savants affirment qu'on attire la foudre en sonnant.
Les faits allégués, de part et d'autre, ne prouvent rien, mais ce qui paraît certain c'est que si le tonnerre tombe, le sonneur est habituellement foudroyé.
Il est infiniment probable que si les endroits où l'on place les cloches, étaient plus bas que les habitations ordinaires, le fait de produire du bruit n'aurait aucune influence sur le fluide électrique. Hélas! les légendes, même dans les sciences, sont bien longues à disparaître!
Dans un ordre d'idées analogue, on a essayé de dresser une liste des essences d'arbres les plus frappées par la foudre et bien des auteurs à la suite de leurs devanciers se font un devoir d'y mettre en tête le chêne et le peuplier.
Mais personne ne dresse un tableau de6 arbres foudroyés en tenant compte de la hauteur et de l'isolement. H paraît bien prouvé aujourd'hui que si le tonnerre frappe un arbre, les effets produits dépendent surtout de la nature de 1 ecoroe. Si cette dernière est lisse, la pluie forme un filet continu le long de la tige et joue le rôle de conducteur électrique. Est-elle rugueuse, l'eau s'infiltre entre l'écorce et la tige, laissant des solutions de continuité.
Dans le premier cas, un arbre foudroyé peut n'avoir aucun mal; il n'en est plus de même dans le second et souvent l'arbre est fendu, éclaté, divisé en parties minces comme des allumettes.
De toxis les exemples que j'ai recueillis, il résulte ce fait que les arbres le plus souvent frappés sont les plus élevés et les plue isolés sans aucune distinction de nature.
Parfois le fluide électrique décrit autour du tronc une sorte de pas de vis plu» ou moins allongé et certains botanistes ont prétendu que cela provient de la dis-
*Un»verel7î7' BfcUOTHfCA Oftavionsti
Nuages ora.ceux.
(Photo Quénissct.)
position des éléments ligneux. Les savants expliquent tout ! Mais alors quelle cause invoquer lorsqu'il s'agit de cas analogues produits non sur des végétaux mais sur des colonnes construites en briques, en pierre ou en métal.
Je me rappelle avoir vu une cheminée d'usine foudroyée, présenter l'aspect d'une colonne torse. Cette cheminée à section curée avait été tordue pour ainsi dire de la base au sommet, à la façon dont procèdent les lavandières lorsqu'elles égouttent leur linge. Toutes les briques de la haute cheminée avaient été disjointes et s'étaient déplacées.
En général, on peut classer les effets de la foudre suivant des manifestations d'ordre thermique, mécanique et même chimique.
Nou6 savons qu'un courant électrique intense peut porter au rouge un conducteur métallique et même le volatiliser; or les dégagements d'électricité atmosphéri-
que entre le6 nuages et le sol atteignent des valeurs de 10 à 20 mille ampères.
Si la résistance du métal et sa conductibilité sont faibles, il y a bien des chances pour que la foudre le porte à son point de fusion. Une tige mince offrant un écoulement insuffisant au fluide est habituellement volatilisée. Les barres de métal même très grosses présentent souvent des tracts de fusion à leurs angles.
Si ces dernières ne communiquent pa6 avec le sol, elles deviennent alors un danger d'incendie et une cause de détérioration des murs où elles sont scellées.
On a vu ainsi des blocs de rochers, des statues de pierre ou de marbre éclater en morceaux sous l'action du fluide.
La foudre exerce parfois 6ur les objets métalliques des effets magnétiques aesez curieux.
Tombe-t-elle sur un navire, elle détruit des quantités de ferrures, détraque les
chronomètres de bord et change les pôles de la boussole.
Ces deux derniers faits banals aujourd'hui avaient excité la curiosité des savants anciens ainsi qu'en témoigne l'anecdote suivante rapportée par Arago : « Vers l'année 1675, deux bâtiments anglais marchaient de conserve dans un voyage de Londres à la Barbade. A la hauteur des Bermudes, la foudre brisa le mât d'un d'entre eux et en déchira les voiles; l'autre ne reçut aucun dommage.
Le capitaine de ce second bâtiment ayant remarqué que le premier virait de bord et paraissait vouloir retourner en Angleterre, demanda la cause de cette détermination subite, et n'apprit pas sans étonnement que son compagnon croyait suivre encore la première route. Un examen attentif des boussoles du bâtiment foudroyé montra alors que les fleura de lis des roses des vents, qui d'abord, comme c'est l'habitude, se dirigeaient au nord marquaient au contraire le sud, en sorte que les pôles avaient été totalement renversés par le tonnerre.
a Cet état se maintint pendant tout le reste du voyage. »
En raison de la tendance qu'ont les décharges électriques de suivre les murs dune habitation, surtout 6i la pluie tombe, le danger d'être foudroyé à l'intérieur des maisons, est en somme bien inférieur à celui d'être écrasé par une voiture ou un tramway lorsque nous circulons dan6 Paris.
Toutefois, certains effets sont encore à craindre malgré toutes les précautions. Le principal consiste dans le choc en retour. Lorsqu'une décharge a lieu entre le nuage et le sol, il y a nécessairement combinaison subite de deux électricités ; or, tous les corps avoisinant6 l'endroit foudroyé participent plus ou moins à cette rupture d'équilibre et fournissent un contingent de fluide. De là une commotion violente, un choc indirect qui parfois peut être mortel sans blessure apparente ; dans ce cas difficile à prévoir, aucun appareil ne peut vous mettre à l'abri du redoutable fléau.
Voilà donc toute une série de phénomènes dont nous comprenons assez bien le mécanisme.
Mais à côté de faits pour ainsi dire précis et explicables, combien nous paraissent d'une étrange bizarrerie!
Comment expliquer, par exemple, des explosions comme celle du 15 avril 1718 où un coup de tonnerre fit sauter le toit et les murailles d'une église de Bretagne; ou cet autre qui transporte à plusieurs mètres de distance des pans de mur pesant 30 à 40 tonnes; et ce cas bizarre où le fluide pénètre à quatre centimètres du pied de la tige d'un paratonnerre et met le feu à une toiture que celui-ci devait protéger.
Les effets sur les personnes et les animaux sont aussi très irréguliers. Tantôt le cadavre est carbonisé ou réduit en cendres, alors que les vêtements sont intacts. Tantôt la personne foudroyée revient à elle longtemps après.
Des expériences récentes ont montré que dans bien des cas les foudroyés meurent par asphyxie. Une victime de la foudre, qui n'est pas morte sur le coup, peut reprendre sa respiration par l'emploi des tractions rythmées de la langue et la respiration artificielle. Le traitement est le même que pour les noyés.
Dans la plupart des cas, s'il n'y a pas brûlure immédiate ou carbonisation, la foudre agit par une commotion violente du système nerveux, principalement par 1 arrêt du nerf grand sympathique, qui est lié aux mouvements du cœur et de la respiration.
Quelquefois une partie du corps seule est frappée et une paralysie s'en6uit.
Mais là encore, les effets du fluide électrique 6ont tout à fait variés et parfois d'une étrangeté qui défie l'imagination.
Témoin ce brave pasteur du comté de Kent, qui, paralysé depuis un an à la suite d'apoplexie, voit tomber la foudre dans sa chambre, reçoit une violente commotion et se lève radicalement guéri; et cet autre malade, habitant de Niort, qui souffrait depuis plusieurs années d'un rhumatisme au bras gauche. Un jour il
est renversé par la foudre et eon mal disparaît pour ne plus revenir.
Mais voici un cas plus récent : Une
breux orages ayant sévi sur la contrée, Mme Dupetit a eubitement recouvré l'usage de la parole.
Effet extraordinaire de la fotjdrb..
Le 14 février 1809, Je tonnerre tombe sur la maison de M Badenier, *J^^*^££*£ fulminante volatilisa 8 décimètres de fil de fer de sonnettes et laissa sur le T™J**t*™V™^£J™ de 2 mètres de longueur sur 1 mètre 2 décimètres de largeur. (D après tan gr août e de l époque.)
dame Dupetit, âgée de 48 an6 et habitant Amiens, était atteinte d'un mutisme absolu depuis 1905. On avait essayé pour la guérir, de toutes sortes de traitements même électriques, or, rien n'avait réussi, lorsque le 12 mai 1911, après les nom-
Si l'électricité n'est pour rien dans la guérison, il faut avouer que la coïncidence est vraiment curieuse.
Les méfaits de la foudre sont quelquefois si bizarres qu'on ne peut s'empêcher d'en rire.
io4
En 1909, au cours d'un virent orage à Niagara-Falls l'électricité tomba sur un groupe de trois hommes couchés sur une couverture.
Personne n'eut de mal, mais la couverture fut brûlée et l'un des trois individus se trouva tondu et rasé instantanément : c'était un policeman ! Dans d'autres circonstances, la foudre tombe sur un berger
Un coup de foudre sur la Tour Eiffel.
[Photog. prise le 3 Juin i902 par M. G. Loppe.)
au moment où il se mouche, et lui enlève simplement son mouchoir qui n'a jamais été retrouvé ; ou bien elle volatilise les aiguilles de deux honorables dames occupées à tricoter; elle tombe sur un buveur dégustant du vin dans un gobelet en argent, elle lui arrache la coupe des mains et, sans la renverser, la transporte dans une cour ; elle pénètre dans une laiterie transporte d'un rayon sur un autre, une rangée de pots vides, sans les casser, parcourt ceux qui sont remplis de laitage et ne casse que les couvercles; elle fond sur
une pile d'assiettos et les perce de deux en deux; elle va dans une cave, touche un fût de vin, se borne à en arracher la chantepleure et le tonneau 6e vide.
Le 25 juillet 1911, trois charretiers conduisent des tombereaux chargés de pierre, la foudre tombe sur les trois attelages, respecte les hommes, tue les chevaux et transporte dans un ravin à plusieurs mètres de là, les trois tombereaux sans les renverser.
Un dimanche, pendant la célébration de la me6se, le tonnerre tombe sur l'église de Châteauneuf-de-Moustiers, au moment où un jeune homme chantait l'épître. La foudre lui arrache le missel des mains, le met en pièces, et envoie le chantre rouler sur le6 assistants. Le même coup de foudre brûle le célébrant et lui fait de profondes cicatrices; le fluide glisse entre son corps et ses vêtements, suit le galon d'or de l'étole et ayant coulé jusqu'en bas arrache au prêtre un de ses souliers qu'il transporte à l'autre extrémité de l'église. Au même moment, un jeune enfant était arraché du bras de sa mère et transporté six pas plus loin. Neuf personnes furent tuées et 82 furent blessées grièvement.
Fait assez piquant et que relate le mémoire adressé à l'Académie des sciences « tous les chiens qui étaient à l'église furent trouvés morts dans l'attitude qu'ils avaient auparavant ». Il a fallu cette circonstance pour nous apprendre qu'en 1819 les chiens assistaient aux offices !
Ce transport d'objets ou de personnes, relaté dans le mémoire de 1819, est d'ailleurs assez fréquent.
Souvent des faucheure sont frappés en plein champ, la faux leur est arrachée des mains et projetée à de grandes distances. On cite encore le cas d'un jardinier occupé avec sa fouche à relever de l'herbe sèche. Le fluide enlève l'instrument et le dépose 50 mètres plus loin après en avoir tordu les branches en forme de tire-bouchons admirablement travaillés !
La foudre tombe dans une chambre.
Sur la table se trouvait un chapeau en toile blanche dont le rebord était maintenu par un fil de fer. Lorsqu'on voulut
s'en servir, on 3 aperçut que le métal avait disparu laissant intact le papier brun dans lequel il était enroulé et le chapeau qu'il entourait.
D'autres fois sans respect pour les lois de la plus élémentaire pudeur, la foudre déshabille complètement ses victimes, brûle leurs vêtements ou les disperse au loin.
Mais là encore ses caprices sont inexplicables. Et la preuve en est dans ce cas souvent cité d'un brave homme qui frappé par le fluide s'évanouit et constate à son réveil qu'il ne lui reste plus comme vêtement qu'un bras de chemise et un soulier.
Même fait s'est produit le 29 mai 1911 daii6 la Gironde où un fermier fut foudroyé en ramenant le bétail dans sa grange. Son corps fut trouvé nu et carbonisé. L'électricité lui avait du même coup enlevé ses vêtements et ses sa,bot6.
Le tonnerre est parfois moins dangereux. A Limoux, le 5 juin de la même année, il tombe sur trois faucheurs, enlève le pantalon de l'un d'eux et transporte le vêtement à quelque distance.
En 1902, près d'Ajaccio, le tonnerre tomba 6ur une maison où étaient un nommé Pantalonî, sa femme et leurs sept enfants. Le père fut entièrement carbonisé, deux des fils et une fille furent déshabillés nets et leurs vêtements brûlés, les autres personnes s'en tirèrent avec quelques brûlures.
Morand rapporte un exemple curieux du même genre. La foudre tombe sur une femme au moment où elle était déguisée en homme; non contente de lui enlever 6es vêtements d'emprunt, elle coupe, hache et déchire en lanières, les chaussures et les habits et les disperse à plusieurs pas autour d'elle.
La femme est indemne, mais on est obligé de l'envelopper d'un drap pour la transporter à son domicile.
Le même cas s'est renouvelé en 1868 dans les Côtes-du-Nord. Sept personnes se réfugient sous un hêtre pendant l'orage, la foudre éclate, tue l'une d'entre
elles, la dépouille de ses vêtements qu'elle découpe en menus morceaux et qu elle disperse dans les branches.
Dan6 bien des cas, ce ne sont que les parties métalliques de l'habillement qui disparaissent ; la foudre tombe sur une personne, fond son parapluie, sa montre avec la chaîne qui la retient et lui enlève tous ses boutons ainsi que les clous de ses souliers.
A Mantoue, le tonnerre tombe sur un théâtre au moment d'une représentation; il tue deux spectateurs et en blesse dix; les autres s'en tirent à meilleur compte, mais bientôt chacun s'aperçoit que la foudre, pick-pocket remarquable, a subtilisé tous les bijoux, chaînes, montres, pendants d'oreilles; les diamants eux-mênns sont atteints par le fluide et on constate que l'électricité les a soumis à une nou velle taille.
Le respect des choses les plus sacrées lui est inconnu. Elle tombe sur les églises, les incendie, décapite les statues de saints, fond les vases sacrés, etc., etc. Ces derniers faits s'expliquent d'ailleurs d'une façon toute naturelle. Les clochers sont généralement les points les plus élevés des villes et des villages et les grandes statues en plâtre qui décorent nos églises. renferment presque toujours une ossature métallique pour les soutenir.
Mais voici maintenant tout un ensemble de faits qui mettent en valeur des talents bien autrement pittoresques. Je veux parler des cas où la foudre transporte des images et les incruste sur ies objets foudroyés.
Le premier exemple authentique d'une bizarrerie de ce genre remonte, je croi6, à 1689.
Le tonnerre étant tombé sur une église, on s'aperçut qu'entre autres phénomènes consécutifs au passage du fluide le carton placé sur l'autel et qui contient certaines prières dites par le prêtre pendant la messe avait été renversé à plat et que les caractères d'impression étaient passés sur la nappe d'autel.
Le P. Lamy, savant Bénédictin qui nous rapporte le fait, ne put s'expliquer
io6
le phénomène, maie il constata que tous les caractères n'avaient pas subi le transfert; ceux-là seuls qui étaient imprimés avec une encre à base de sels métalliques avaient changé de dessous.
Il y a là évidemment un phénomène analogue à celui de l'expérience classique réalisée pour la première fois par Franklin.
L'étincelle électrique, résultant d'un courant violent, détache des particules de métal et les transporte sur des surfaces voisines suivant des trajectoires parallèles.
Ainsi s'expliqueraient encore les faits suivants. En 1846, deux ïiatelots furent foudroyés dans le port de Zante. On retrouva 6ur le corps de l'un d'eux une impression très nette de plusieurs pièces de monnaie renfermées dans la ceinture de la victime.
Il v a quelques années, aux Etats-Unis, un ardent républicain, au moment des élections, avait décoré la façade de sa grange avec d'énormes lithographies représentant les portraits de Hobbart et de Mac Kinlay. Fendant un orage la foudre tombe à plusieurs reprises sur le bâtiment qui paraît à un moment tout enveloppé de flammes. Le propriétaire accourt et constate que la grange est heureusement intacte, mais que les grandes affiches ont disparu, et quelle n'est pas sa stupéfaction en remarquant que les portraits de ses chers candidats ont été incrustés et imprimés sur la muraille !
Mais comment expliquer des faits de ce genre lorsque le transport du dessin se fait loin dc6 objets foudroyés?
Dans l'exemple cité plus haut, l'un des deux matelofs portait, imprimés sur le dos, les deux chiffres 4 qui formaient le nombre 44 marqué 6ur les agrès du navire.
Une autre fois, c'est une dame qui porte, reproduite sur le corps, une fleur