‹ L'océan des anciens et les peuples préhistoriquesChapitre 14 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

K AI Km ET GÉANTS

Nous avons appris récemment qu’à une époque contemporaine des grands mammifères fossiles, tels que l’ours des cavernes, l’éléphant, la hyène, le rhinocéros qui habitaient alors notre continent, il existait en France, en Danemark, en Espagne, deux familles humaines parfaitement distinctes que les archéologues désignent sous les noms de brachycéphale y tête courte d’arrière en avant; l’autre dolichocéphale ou tête longue. La première de ces races est extrêmement petite. L’autre, au contraire, a laissé des débris qui accusent une très-haute taille- Parmi

les trente-un crânes extraits du fameux dolmen de Borrebye, on a trouvé déposés ensemble les restes de ces deux races, dont ni l’une ni l’autre n’a le caractère mongolique ni esthonien.

Les traditions de tous lps peuples attestent que ces deux types primordiaux existaient encore aux temps mythologiques. Les Titans et les Gyclopes des Grecs, les Asouras des Hindous, les Adites des Arabes, les Djinns et les Afrites des Perses, témoignent do l’existence d’une race géante douée d’une force extraordinaire, à laquelle les contes populaires et les exagérations de la poésie ont attribué des proportions surnaturelles. Les nains jouent également un grand rôle dans la fable. Les Grecs leur ont emprunté leur jolie fable des Pygmées, dont les maisons étaient des coquilles d’œufs et qui faisaient la moisson avec des cognées. Us avaient uno ville, nommée Gerania, qu’ils avaient prise d’assaut sur les grues. A part les exagérations des voyageurs, deux fois menteurs puisqu’ils étaient Grecs, il n’est pas difficile de reconnaître dans ces nains des Lapons. Les traditions de la famille finnoise prouvent qu’elle vécut jadis beaucoup plus au sud, et elle dut être de bonne heure en relation avec les colonies égyptiennes d'i Méotis et de la Golchide. Le dieu Bès des Égyptiens, ce* nain ridicule, au front couronné de plumes.

NAINS ET GÉANTS

qui danse en brandissant sa hache côinffie un chef indien, offre la face aplatie d’un Lapon. Phtah, le pygmée monstrueux dont l’image fit éclater de rire Cambyse, lorsqu’il entra dans son temple h Memphis, représente un dieu ancêtre qui vivait dans la Scythie. Son emblème, le scarabée d’or, ateuchus j mer, caractérise l’existence que le peuple de Phtah menait sous la terre, condamné à fouiller les flancs des montagnes pour en extraire les métaux précieux. C’est par cette raison que le Phtah égyptien fut assimilé à Hephaïstos ou Vulcain, le dieu des mineurs.

A la race géante appartient la famille humaine connue sous le nom de Scythe, oxuôoç, scoute ou acof. Les écrivains grecs et romains ont, il est vrai, compris à la longue, sous cette dénomination, tous les peuples barbares du Septentrion, sans se préoccuper de la variété des races ni des changements que de fréquents déplacements apportaient parmi eux. Toutefois, il n’est pas douteux, et pour plus de précision nous adopterons cette définition, que le Scythe pur représente le type primitif de l’homme à peau blanche, au teint vermeil, aux cheveux blonds ou roux, à la barbe touffue, à la haute et puissante stature et aux membres musculeux. Sa tête est ronde, son front, plus large que haut, annonce des tendances positives

et peu idéalistes. Volonté, ténacité, confiance en soi, tel est le fond moral de cette race, dont la fusion avec la race rouge, réfléchie et imaginative, a engendré les premiers peuples du monde, les familles hellénique, latine et celtique.

De la souche scythique pure sont sortis les Scandinaves, les Goths, les Germains et leurs dérivés multiples. Il semble que ce soit de cette noble et forte race qu’Hérodote a voulu parler en décrivant les Scythes royaux : « Us sont les plus braves et les plus nombreux, et regardent les autres comme leurs esclaves. Leur pays se prolonge au Sud jusqu’à la Tauride, et au Nord rejoint le Tanaïs l . » Que l’on rapproche de ce passage celui où l’Edda décrit la patrie des Ases, pères divins des Scandinaves. A l'orient de Tanaquisl, sur les frontières de l’Asie, la contrée nommée Asaheim est située entre le Tanaïs et le Yardan; et cet autre non moins concluant : « Asaheim est au nord du Vanaheim, le pays des serpents Vanir, qui savent tout, et qui résident auprès du fleuve Van (le Kouban) dont les eaux coulent vers Héla 2 . »

Le pays originaire des Ases s’étendait donc entre

1 Hérod., 1. IV. 20.

2 Edda sæm ., Leone, myth. % III, j>. 3G0.

NAINS ET GÉANTS

le Tanaïs cl la Caspienne; il touche, d'un côté, à la région qu’IIérodote assigne aux Scythes royaux , et de l’autre à celle qu’occupèrent plus tard les Massagètes, au nord du Caucase. Il n'est pas douteux que tous ces peuples appartenaient à la race gothique et qu’ils occupaient la contrée dès un temps fort reculé. C’est dans les mêmes lieux que Pline place les Asiœi , qu’il déclare être des Sclythes et qui furent maîtres, à une époque plus récente du Palus Méotide. Cet auteur désigne les villes d'Hermonnssa et de Phunagorie , situées dans les îles de Taman, sous le titre d'insignes vrbes Asianorum. L’inscription d’un autel votif, trouvé au bord du lac Aftaniz, porte qu’il fut consacré par l’archonte du Bosphore, Parisadous, roi des Ases, des Tâtes et des Méotes l .

Strabon, décrivant le golfe de Temrouk, qu'il appelle Rhombitès, rapporte que, sur une montagne voisine, s’élève la ville antique d'Aspyrgos. Ce mot grec a absolument le même sens que celui à'Asgard, dans la langue de l’Edda; il signifie citadelle des Ases. Asgard, séjour des hommes probes et vertueux, fut abandonnée lors du déluge qui détruisit le monde. Odin et Vali revinrent ensuite visiter le

l Pline, 1. VI. — Dubois de Montpéreux, t. V.

Champ d’Ida où avait été Asgard : « Les Ases parlent entr’eux du serpent qui environne la terre ; ils se rappellent les grandes choses d’autrefois, ils parlent du roi tout-puissant et des runes antiques ; puis ils trouvent dans l'herbe des tables d’or que, dans le commencement des temps, possédaient le chef de la troupe divine et la race de Fiolnis l * . »

L’Edda fait souvent mention des Jotuns, peuple audacieux, possesseur de l’or, et qui habite dans des grottes. Une haute muraille sépare l’Asaheim du pays do Jotunheim , lequel ne peut être que le Caucase éthiopien. Les fils de Bor, créateurs du monde (leB Boréades, successeurs du nome d’Aramon), bâtirent, au commencement, pour arrêter les attaques des géants , une forteresse , Medell Gard ou Midgard , la ville du Milieu, dont l’entrée était fermée par des portes de 1er. Procope déclare formellement que toutes les nations gothiques furent appelées Scythes, aux temps anciens 8 ; Jornandès parle des Goths, des Gèles et des Scythes comme formant une seule et même race. De nombreux indices, rassemblés dans les beaux recueils des savants du Nord, ne permettent pas de douter que les pères des peuples de Suède , de Nor-

I Volospâ, Edda sœm., t. III.

< Proc., IV, c. v.

NAINS ET GÉANTS

wége et d’Islande vécurent originairement dans lit Russie méridionale et s'y trouvèrent, dès lors, nécessairement en contact, durant plusieurs siècles, avec les colons égyptiens et éthiopiens. C’est une tradition généralement répandue parmi les Scandinaves, que le roi des Ases, Odin ou Woden, apporta avec lui la civilisation des bords de la mer Noire : « Selon les

Scaldes, Odin et sa femme quittèrent le Tourkland (le

pays des Taures) avec un grand nombre $e jeunes gens, de vieillards, de femmes, emportant beaucoup de choses précieuses. Dans tous les pays que les Ases traversèrent , on les considérait comme des êtres supérieurs plutôt que comme des hommes. Odin s’étant arrêté dans le Saxland y soumit plusieurs peuples à sa domination, puis il entra dans le Reidgotland , aujourd’hui Jutland, et y établit son fils Skiold qui fut l’ancêtre des Skioldung, rois de Danemark k »

Selon la mythologie du Nord, Odin, le prince des Ases, n’est lui-même qu’un dieu vassal émané de Surtur, le dieu suprême, qui lui a confié le gouvernement des hommes. Surtur, le roi de la flamme, résidé au plus haut du ciel, dans le palais Gimle* où il est entouré des Alfes et des génies. Sur les cippes runiques, Odin est figuré souvent, comme le Sérapis

i Edda snorro præfat., c. X. — Edda sœm., glossar ., III, p. 724.

égyptien, par un serpent à tête cThomme. Ainsi que les Arabes et les Syriens, les Norwégiens croient que toute science est venue aux hommes par le serpent. Comme le Vischnou des Indiens qui descendit sous les eaux du déluge pour y chercher le Véda, Odin O fuir, sous la forme du serpent, plonge au fond de l’abîme afin d’en rapporter le vase et la boisson de la science.

Que cette civilisation introduite dans le Nord par les dieux Scandinaves ait une origine égyptienne, c’est ce dont il est difficile de douter. Une fort vieille légende y donne au soleil le nom d'Osiris, et ce fut aussi, dit-on, un des litres du premier roi de la Norwége : O&iridis regis Norrigiæ meminerunt. Rudbeck fait mention d’un autre Osiris dont la fille s’appelait Havam (aba, la mère). Les chroniqueurs du Nord, dans leurs généalogies royales, pas plus que les Grecs, les Perses et les Egyptiens, n’ont tenu compte des temps ni des pays, mais ils ont conservé, comme on voit, les mêmes souvenirs *.

Pour Hérodote, la Scythie, c’est la région qui s'étend du Danube au Tanaïs, cl même au delà, jusqu’il la Caspienne. Dans cet espace sont comprises beaucoup de nations très-distinctes de race, de coutumes

l Snorro, p. 3G. — 01. Riulbeck, Allant., c. V, 142, 107.

NAINS KT GÉANTS

et, à des degrés divers, de civilisation, comme le remarque d’ailleurs le vieil historien avec beaucoup de sagacité. De son temps, il y avait deux nations principales : les Tauriens qui habitaient la Grimée à l'est et au sud, et les Gôtes qui occupaient le territoire situé entre le Borysthènes et lister ou Danube.

Ces peuples étaient déjà fort mélangés à cette époque et variaient du teint basané des Slaves au blanc vermeil de la race gothique, selon que 1 élément libyen ou scythique dominait. Nous croyons cependant pouvoir établir ce fait capital que la nuance, d’abord très-foncée des générations qui se succédèrent autour de l’Euxin, alla s'éclaircissant à mesure que le départ des migrations éthiopiennes laissa la prépondérance aux Scythes de race blonde qui se multiplièrent rapidement et envahirent à leur tour non-seulement les contrées de l’Europe occidentale, mais encore une partie de l'Asie.

De meme que la greffe sur un sauvageon donne naissance à un fruit perfectionné, ce croisement multiple a engendré le produit magnifique qui s'est appelé la race hellénique, sœur de la nation circassienne sans rivale pour la beauté physique. On sait que les Hellènes n’étaient point natifs du pays qu ils habitent, et les traits de la race blanche jadis étaient bien plus marqués chez eux que de nos jours. Il v avait beau-

coup de blonds, surtout chez les Spartiates. Ceux-ci dépassaient les autres peuples par leur rudesse et leur amour pour la liberté. Tenaces et sérieux comme des Anglo-Saxons, il leur manquait cette fleur d’imagination qui est venue de l’Orient avec la rose, la pêche et le faisan, et par laquelle les Athéniens atteignirent le rang suprême dans les lettres et dans les arts.

LES DIEUX CÀBIRES.

Page 1