LA RÉGION DE L’OR
puisèrent les rois égypt iens pour décorer les temples et les palais des bords du Nil. Afin de s’assurer le monopole de l'exploitation de cette riche contrée, ils l'entourèrent de triples murailles au sud et au nord, y placèrent des chefs vigilants chargés de garder la frontière et firent des procédés métallurgiques une science mystérieuse, revêtue d’un caractère religieux, à laquelle on n’était admis que par l’initiation sacrée. De là les bruits de tout genre que le vulgaire accueillait avec avidité et mille contes merveilleux qü'on répandait sur cette région inconnue.
Les cosmogonies du Nord débutent toutes par des récits oii la découverte et le travail des métaux tiennent la première place; les Sagas parlent souvent des Dwerg, qui habitent le creux des rochers où ils sont sans cesse occupés à extraire les métaux précieux, à les fondre, à les façonner. « — Par l’ordre des dieux, dit l’Edda, les nains furent condamnés à vivre sous terre. » Le Kalewala, livre cosmogonique des Finnois, raconte que leurs ancêtres, les Kawi, vécurent jadis dans le sud où ils avaient appris l'usage du cheval et du fer. Ils servaient alors des maîtres à chc-. veux noirs. Le père de leur race, Kawe Ukko, est nommé, dans les Rimas , le forgeron éternel L
l Lùouzon-Leduc, Kalewala.
2âti CES PEUPLES PKÉH1STORIQUES.
Ce nom cio Ukko, évidemment le même que le terme hiéroglyphique Huk qui, selon Manéthon, signifiait roi l , ne laisse guère de doute sur le fait que la petite race finnoise, comme la grande race scythique, mère des nations germanique et celtique, fut à l’origine soumise aux souverains égyptiens et éthiopiens de la Colchide. 11 y aurait à faire une recherche ethnologique fort intéressante sur la question de savoir jusqu’à quel point le croisement éthiopien avec la race Finn ou Fenn entra dans la composition des populations asiatiques du Midi, spécialement de la famille phénicienne ; mais ce travail nous éloignerait trop du but que nous nous proposons. Il nous suffira donc de remarquer que la tradition primitive de l’or se mêle à tous les souvenirs primitifs des peuples d’Asie et d’Europe. Partout on retrouve la légende d’un prince habile forgeron, et d'un peuple do géants ou de gnomes condamnés, par une race supérieure, à vivre éternellement sous la terre, et occupés à la fouiller pour en arracher les richesses.
Partout enfin le symbole égyptien et éthiopien du serpent remplit la fonction de gardien des trésors* Chez les Grecs, il garde l’arbre aux fruits d’or des Hespérides et la Toison d'or de Colchos. Dans les lé-
I Huksos, rois pasteurs. F. Josôphe, contrà Apion, c. v.
LA RÊUION DJS l’OH.
gendes du Rhin, le serpent Ufïnir se tient roulé sur le trésor des Niebelungen et le défend contre Sigurd, l’Hercule et le Jason des Germains.
Eff résumé, les fables cosmogoniques, les théogonies ou les généalogies par lesquelles débutent les traditions, s’accordent sur l’existence d’un peuple d’êtres supérieurs aux hommes, vivant cependant avec eux en commerce habituel, et dont les uns leur servent de guides et de protecteurs, tandis que les autres sont leurs ennemis. Les péris et les dives des Persans, les pitris et les devas des Hindous, les elfes, les fées, les gnomes dos Celtes, des Germains et des Slaves, les ases et les jotun des Scandinaves, les anges, les égrégores et les diables des Juifs, les Üannès et les patœques des Phéniciens, les cabii’es, les telchincs, les titans des Grecs et des Latins , les djinn favorables ou malfaisants des Arabes, représentent cette classe d’êtres médiateurs entre les hommes et les dieux. Une telle conception n'a pu se produire dans l’esprit naïf des populations primitives sans un fondement quelconque, car c’est trop présumer des ressources et de la précocité de l'esprit humain que d’y voir un ensemble systématique d'allégories morales et abstraites? L’homme sauvage est enclin à reconnaître un supérieur dans l’homme civilisé et à attribuer à ses inventions une cause et une portée surna-
turelles. Le charlatanisme aidant à la crédulité, il fut aisé aux prêtres égyptiens d'obtenir des populations scythiques une adoration superstitieuse. Envisagés à ce point de vue, les dieux de l'âge primitif ne seraient rien de plus que les chefs des nomes égyptiens et coushites considérés à travers le prisme grossissant de la vénération et de là crainte. Les justes et les bienfaisants, ce sont les Cophtes, premiers instituteurs de cette noble famille aryenne dont ils admiraient la beauté, la force et l’intelligence; les maudits et les persécuteurs, ce sont les Ethiopiens jaloux de la race rivale qu’ils voyaient grandir rapidement en puissance et les dépasser sur la route de la civilisation.
Ces impressions et ces souvenirs, recueillis et consacrés par les collèges sacerdotaux, reçurent, durant le long cours des siècles, du génie particulier de chaque peuple, une empreinte différente. Les régents des sociétés primitives sont, chez les Grecs, des sages et des héros ; les Egyptiens en font des astronomes et des écrivains ; chez les Hindous, ce sont des saints et des cénobites remplis de piété; les Hébreux, voués â la vie pastorale, en ont fait des patriarches et des chefs de tribus; enfin, le mysticisme des mages de la Perse les a transformés en personnifications du bien et du mal.
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EELASGES ET HELLÈNES