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CHAPITRE II

LEB MIGRATIONS

Ce serait méconnaître l'importance du grand cataclysme dont nous avons recherché la cause et les effets, que de le considérer seulement au point de vue d’un phénomène géologique de plus à inscrire au livre du Cosmos ; c'est aussi et surtout une page d’un intérêt capital dans l’histoire des sociétés, le chapitre initial au delà duquel on n’entrevoit que nuit et confusion, mais d’où tout découle et qui intervient, comme facteur principal, dans la destinée des peuples. Durant la période des religions, le déluge a été élevé à la puissance d’un mythe ; c’est un acte direct de la volonté divine. Selon la science , nous avons vu dans quel sens ce phénomène doit être apprécié. Aux yeux de la philosophie , il apparaît comme un des agents les plus actifs de la civilisation, puisqu’il contraignit la race intelligente et belle, qui prit naissance au nord de l’Euxin, à abandonner les lieux où elle commençait à se trouver à l’étroit, pour

£02 LES PEUPLES WiftHIbTOlUQUES.

se mettre en quête d'une région plus favorable au développement de ses facultés.

Chassées des îles Atlantiques et du territoire confinant à l’Océan Scythique par les perturbations formidables que nous avons décrites, les tribus pélasges se réfugièrent d’abord dans les montagnes où elles ne purent séjourner longtemps. Descendues en Arménie, elles passèrent dans l’Asie-Mineure, puis, après une longue série d’étapes, les tribus, deve-

nues nations, vinrent se grouper aux bofris de la mer Egée, s'éparpillèrent dans les îles de l'Archipel et peuplèrent la Thessalie, l’Hellade et le Péloponèse. Ce fut dans cette admirable situation, qui n’a point encore sa pareille dans le monde, que la plus richement douée des familles humaines cultiva les notions quelle avait reçues de ses pères égyptiens, et les perfectionna, en les marquant du sceau de son libre génie.

Pour l’Asie-Mineure et la Grèce, on constate deux périodes distinctes de grandes immigrations. Elles correspondent, croyons-nous, aux deux déluges primitifs. Après celui d’Ogygès, où disparaît T Atlantide, s’accomplit le vaste mouvement qui conduit les Péiasges dans les régions de l’occident et du sud de la mer Noire : « Pélasgus, fils de Neptune, dit la My^ thologie, partit avec ses frères Akhaïos ét Phtios et

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iü.t

vint se fixer dans le pays qui lut plu» tard le Péloponèse, et qui prit alors le nom de Pélasgiotide. »

La fable et l'histoire s’accordent pour raconter que les Héliades, fils du soleil, les Cyclopes, fils de Neptune, les tribus métallurges des Telchines, des Dactyles et des Corybantes, celles des Gurètes, venus de la Golchide et qui donnèrent leur nom à la Crète, et bien d’autres peuples compris aussi sous ce titre générique de Pélasges, avaient été chassés de leur pays natal par de terribles inondations où de grandes multitudes périrent l . Il en fut de même de Dardanus, père des Phrygiens et fondateur d’Ilion, et des Cariens, et des Pamphvliens, qui étaient partis de l’Erythrée où ils avaient habité avec les Gurètes s . Xanthus, fils de Triopas , entra dans l’Asie^Mineure sept générations ou deux cent trente-trois ans avant Deucalion. C'était un des cinquante fils de Lycaon qui avaient été également contraints d'abandonner leur pays pour aller fonder au loin des colonies , par suite d’un déluge qui eut lieu sous le règne du deiv nier d’entr 'eux, Nyctinus, contemporain d’Erechthée, roi d’Athènes.

Il est notoire que les premiers auteurs qui entre-

l biod., 1. IV , ch. xxxvu s Pausan., Elide, ch. vu.

prirent de rassembler les traditions éparses des nations Hellènes, pour en composer un récit méthodique , Ephore, Callisthènes, Anaximène de Lampsaque , Timée, dont les écrits, perdus pour nous, ont' servi de matériaux aux écrivains postérieurs, n'osèrent pas pénétrer dans la période mythique, tant à cause du vague des notions que du voile religieux et surnaturel dont elle était entourée. Dès lors, ne tenant compte ni des généalogies héroïques, ni des royaumes d’Argos et de Sicyone antérieurs h Deucalion, ils commencèrent leurs chroniques à partir de rétablissement dans la Phocide de ce roi de la Scythie, duquel ils ont fait descendre les rois et les peuples, à peu près comme des fils de Noé sont issues, selon la Genèse, les nations de l'Asie.

Avant que deux générations se fussent succédées, l'épouvante inspirée parle premier déluge s'était dissipée par degrés. Les campagnes de la Chersonnèse se repeuplèrent et les villes furent relevées. Puis, après moins de deux siècles et demi, le débordement se reproduisit dans des proportions plus colossales, entraînant de nouveaux désastres. A la suite de ce second déluge , les tribus Hellènes partent à leur tour et arrivent dans la Thessalie où elles fondent, entre l’OEta et le Parnasse, quatre villes Bcetrn , Cuthiuium, Acupha et Erinéum. Dans cette contrée, existait

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déjà l’oracle pélasgique de Dodone , dédié à Jupiter, et que desservaient, selon Hérodote, des prêtresses noires venues de la Libye l .

Cette immigration mémorable des tribus Hellènes est caractérisée, dans les légendes antiques, par r apparition des éponymes Xuthus fils d’Hellen et de ses frères Akhaïos, Ion et Doros. Ces peuplades étaient parties, très-vraisemblablement, de l’extrémité ouest de la Crimée. Refoulées, par le débordement, dans les montagnes du sud de la péninsule, elles les quittèrent au cap Turkhan, pour s’embarquer sur des pirogues et des radeaux, à l’aide desquels elles traversèrent les cinquante lieues qui les séparaient des bouches du Danube ; de lu, elles passèrent dans la Thrace, puis en Thessalie. Ce fait primordial est resté ignoré du savant auteur des Doriens, Ottfried Muller. Malgré sa profonde érudition, le point de départ de ses recherches ne pouvait le conduire à cette notion. 11 n’est point douteux, cependant, que les Doriens aient eu le même lieu d’origine que les Athéniens. Hérodote dit positivement que les Doriens descendaient de Persée, époux d’Andromède, fille de Képhée, prince des Ethiopiens (Éj ohé, roi-ciel), et il ajoute que la tradition de ce peuple portait qu’avant

l Hérod., 1. II, p. 5i.

Persée, ses ancêtres avaient eu pour souveraiûô dés rois égyptiens l * .

Artémis, la Diane dorienne, patronne de la nation, avait, parmi ses surnoms, celui d'Æthiopaïda. On voyait à Sparte, dit Pausanias, sa statue en bois taillée sur le modèle hiératique des figures égyptiennes, et Ton disait qu'elle avait été apportée de la Tauride 9 .

Il n’est pas inutile de remarquer que Doridas ne diffère de Tauride que par l'accentuation plus forte du dialecte dorien qui changeait le x en b. Quant au sens de ce terme, il est emprunté vraisemblablement au cophte ancien où tôr signifie rouge, tôr-id, le pays rouge ou des hommes rouges. C’est l'équivalent d’2Trythie et d’Erythrée qui avaient le même sens.

La conservation de ce vocable primitif est moins extraordinaire que celle de plusieurs des désignations originelles des clans pélasgiques qui ne se sont point effacées du sol de la Crimée. La grande carte russe de cette contrée, reproduite en France lors de la guerre de 1855, et où sont inscrits les moindres villages, mentionne, en plusieurs endroits, l'appellation Akaï que l’on retrouve également sur le littoral

I Hérod., 1. VI, 53, 54, 55.

s Pausan., Laconie .

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d’Abasie, dans le Caucase. Les géographes anciens y plaçaient une ville d'Akaïa, dont M. de Montpéreux a reconnu les fondations cvclopéennes. Arghin, qui a servi sans doute d'étymologie aux Argiens , comme Akhaï aux Achéens, est fréquent parmi les bourgs voisins d’Iénikalé. Enfin Cuth (d’où Xuthus) s’y rencontre quatre ou cinq fois ; c’est évidemment le Cush sémitique. Cette dénomination s’appliqua, dès une haute antiquité, à la Colchide, dont la capitale actuelle est Kutaïs : l'Argonautique d'Orphée qualifie Médée de Kutaïda, et le roi Æétès, apostrophant Jason du haut de son char, lui demande ce qu’il vient faire dans la terre de Kuthaïs. On voit que rien ne s’oublie dans ces pays presque constamment plongés dans une demi-barbarie, tandis que, par leur progrès incessant, les grandes sociétés d'Occident effacent continuellement le passé.

Diverses localités du nom d 'Aténi et d'Atana se retrouvent dans le Caucase, en Mingrélie, en Géorgie. Elles marquent les stations du voyage de la tribu pélasgique, alors obscure, dont la postérité devait- un jour remplir le monde de sa renommée. Les Athéniens figurent, dans les récits des mythographes et des historiens, sous l’éponyme de Ion, père des Ioniens, qui vint en Grèce avec ses frères Akhaïos, Xuthus et Doros. Ce patriarche de la famille io-

nienno était, selon la fable, le fils d’un héros de l’Akté, nommé Garghétios, qui fut obligé de quitter son pays pour aller s’établir dans l’Élide. Ce nom est aussi celui d’un chien redoutable de Géryon qu’Hercule tua, lorsqu'il s’empara des magnifiques troupeaux de bœufs de ce roi de l’ile Érythie. Ces indications nous ramènent donc encore dans la Tauride, et l’Akté, où résidait Garghétios, ne peut être que l’Aktiar, ce beau rivage qui s’étend du cap de Sébastopol jusqu’à Caffa.

Une coïncidence remarquable va fixer nos doutes : la nation circassienne, suivant ses propres traditions, est native de la Crimée d’où elle passa dans le Caucase à une époque inconnue. Son nom ancien est Kerkéti; elle est désignée ainsi par les auteurs les plus anciens l . Or, les lieux ont conservé ce nom, et tout le pays, à l’ouest de Sébastopol, entre le Belbek et la Katcha, s’appelle encore Kerkéti. Le premier de ces fleuves a porté longtemps le nom de Kabarta, par lequel les chefs circassiens se distinguent pour marquer la haute antiquité de leur race; ils s’intitulent princes de la Kabardah.

Il est bien curieux que Minerve Athéné, la déesse aux yeux pers, ait, parmi ses surnoms, celui de Ka-

i Pallas, Voy. dam la Russie méridionale.

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bardiensis. Il n’est rien, que nous sachions, dans les localités de l’Hellade, qui se rapporte à cette dénomination. Peut-être marquait-elle, dans l’Akté tau ri que, la frontière occidentale de son royaume, comme la qualification de Tritonia la délimitait à l'orient. Quant au héros Garghétios, père de Ion, il est, à coup sûr, la personnification de la tribu Gherghéti ou Kerkète. Les Gircassiens se rapprochent de l’ancienne famille hellénique par une foule d’affinités morales et physiques; c’est le même type de beauté extérieure, le même esprit de générosité et d’indépendance. Tandis que les Hellènes, transportés aux bords de la mer Égée, s'enrichissaient par le commerce et la guerre, et que leur génie s’épanouissait librement dans une magnifique floraison, les Gircassiens, enfermés dans leurs montagnes stériles, sont restés pasteurs et pillards. Ge dernier instinct s’est même réveillé chez les Grecs depuis qu'ils sont retombés dans une demi-barbarie par leur asservissement aux Turcs; les Klephtes des défilés de la Laconie ne le cèdent pas aux Tcherkesses, coupeurs de chemin, du Caucase.

Indépendamment des grands mouvements de peuples signalés par l’émigration simultanée des Kuthiens, des Achéens, des Ioniens, des Doriens, et par l'entrée, au quinzième siècle, des Danaëns et des Cad-

méens,il y eut, depuis cette dernière époque jusr qu’au douzième siècle où eut lieu le siège de Troie, de nombreuses immigrations soit individuelles, soit par groupes. La navigation, comme le démontre l’expédition des Argonautes , s’était assez perfectionnée pour qu’un patriarche et sa famille, un chef de tribu, accompagné de ses clients, fussent à même d’équiper un ou deux navires dans quelque port de la Tauride, et de se rendre directement en Grèce où ils abordaient habituellement dans l’ile de Scyros, dont le rivage s'offre le premier à ceux qui sortent de l’Hellespont. Une sorte de filtration continue s’établit ainsi entre la Chersonnèse et la Grèce et déversa, par degrés, la population de la première de ces contrées dans l’autre.

La légende fabuleuse des guerriers dont les fils prirent part au siège de Troie, tels que Tydée, Qïlée, Télamon, Pélée, se termine invariablement par un exil que motive une faute ou un crime involontaire; pourtant les mythographes ne se doutent pas du lieu d’où ils sont partis. La similitude des dénominations de localités dans les deux pays, et la profonde ignorance géographique de ces conteurs leur a fait supposer que les héros, dont ils répétaient l’histoire, avaient passé d’une ville de la Grèce dans une autrç. Mai» nous possédons un renseignement positif, con-

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cernant le plus illustre des vainqueurs d’Ilion, qui apporte, sur ce sujet, une clarté suffisante.

Le préteur Arrien, qui visita, au nom de l'empereur Hadrien, le littoral du Pont-Euxin,nous a laissé un récit de son périple dont l’exactitude ne laisse rien à désirer. Un fragment, cité par Léon le Diacre 1 , nous apprend « qu* Achille, fils de Péléo, était de famille scythique et né à Myrmekium au Palus Méotide. Chassé de son pays par ses compatriotes, à cause de son arrogance et de sa cruauté, il vint s’établir en Thessalie. Sa manière de se vêtir, ses cheveux roux et ses yeux bleus attestaient assez son origine. »

En effet, la couleur de sa chevelure lui fit, dit-on, donner le nom de Pyrrha, lorsque, déguisé en fille, il vintàScyros chez le roi Nicomède s , et il transmit à son fils Pyrrhus ce signe de sa race.

Les indices fournis par la fable qui s'est implantée sur la chronique héroïque d’Achille, confirment pleinement ce renseignement. Sa mère Thétis est une Néréide, fille de l’Océan; elle baigne son fils, suivant

1 Hist., 1. IX. ch. vi.

2 Homère ne parle pas de cette aventure ; elle a été ajoutée à la légende par les écrivains postérieurs à ce poète, de même que la fable de l’invulnérabilité du héros. Il est, en effet, blessé par Astéropceus au chant.xxi, v. 170 de Y Iliade , ,

le rite des purifications, dans l’eau du Styx, lequel, comme on le verra au chapitre suivant, n’est autre que le fleuve Kouban qui aboutit au Palus Méotide. Il est élevé, jusqu’à l’àge de quinze ans, par le centaure Chiron, dont la tradition vante le savoir en chirurgie et en astronomie l . C’était un chef des Scythes Taures qui tenait de la tradition égyptienne ses connaissances médicales. Nous voyons, dans l’Iliade, qu’un chirurgien égyptien, Païéon, est appelé à l’honneur de panser, dans l’Olympe, les plaies des dieux blessés au combat sous les murs de Troie.

Pelée Æacides, descendant d’Éaque, roi des Myrmidons, petit peuple belliqueux né d'une métamorphose de fourmis en hommes, émigra en Thessalie pour avoir eu le malheur de tuer , sans le vouloir, son père à la chasse. Il débarqua dans ce pays, à la tôte d’une troupe nombreuse, et prit d’assaut le port d’Iolcos. Les chevaliers normands qui, au moyen âge, conquirent la Sicile, ne s’y prenaient pas autrement. Ce fut alors, sans doute, que commença la renommée de son fils Achille, et celui-ci l’accrut, en mettant à sac plusieurs villes de l’Asie-Mineure. Cette réputation le fit rechercher par les princes grecs, lorsqu'ils se liguèrent pour assiéger la riche

i Poêles cycliques, Titanomachia, Apollonius.

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cité de Priam, mais Achille diffère notablement des autres chefs Hellènes par son caractère indomptable et sa férocité native.

Myrmekium (murmex, fourmi) était, selon Strabon, située sur le Bosphore, k 20 stades de Panticapée ou Kerlch. Sur la rive opposée, dans l’ile Cimmérienne, il y avait un bourg nommé Achillèum et un temple où l’on rendait au héros des honneurs divins ; des miracles s’y faisaient en son nom. La population virile de Myrmekium suivit son prince dans ses expéditions, car Homère nous dit qu’Achille commandait à cinquante vaisseaux montés par les Myrmidons, les Achéens et les Hellènes L Le précepteur d’Achille, Phénix, et Patrocle son ami furent aussi des exilés qui s’étaient réfugiés à la cour de Pélée. On doit en conclure que, comme Achille, ils étaient priginaires de la Tauride, et l’on s’explique ainsi d’où sortaient la plupart de ces aventuriers qui vinrent grossir l'armée des Grecs, attirés par la passion de la gloire ou l’espoir du pillage. Ils étaient les frères des Germains et des Gaulois et, dès lors, l’on n’est plus surpris des rapports frappants que présentent les héros barbares des Niebelungen avec ceux de l’Iliade.

On le voit, de nombreux affluents inaperçus décou-

l Iliad., ch. ii, v. 684.

lent des récits fabuleux et viennent grossir le fleuve historique, dont la source, comme celle du Nil, semble reculer toujours au moment où on se croit plus près de la découvrir. Il est vrai que bien des preuves sont restées inédites et bien des textes d’un haut intérêt ont été négligés par les commentateurs modernes qui, faute du point de vue nécessaire pour en éclairer le sens, les ont crus erronés ou falsifiés. Mais le plus grand obstacle à l’intelligence générale des mythologies provient, il faut bien le dire, du stérile système mis au jour par les archéologues allemands et qui consiste à ne voir dans les fables de l’antiquité qu’un amas confus de symboles et d’allégories figurant la marche des astres, les aspects du ciel et les phénomènes de la nature. Lorsque, au lieu de s’égarer dans cette voie, la science française avec sa vue nette et son sens positif, y cherchera simplement les souvenirs du berceau des peuples, de la formation des races et le tableau des faits principaux qui présidèrent à la naissance des sociétés, une voie féconde en découvertes s’ouvrira devant elle et la Genèse historique sera trouvée.

LES AMAZONES

LES AMAZONES

Parmi les nombreuses peuplades scythiques qui se rangeaient sous l’invocation de la Lune, il en est une dont les mœurs, l’histoire et môme l’existence ont été l’objet de controverses sans fin ; nous voulons parler des Amazones, dont Diane fut la protectrice et l’exacte ressemblance. Froide, cruelle, vindicative, Diane ne pardonne jamais à ceux qui l’offensent; elle détruit les moissons, fait périr les troupeaux, enlève les enfants à leurs mères L Elle recevait, en Tauride, un culte sous le nom d’Iphigénie, dont l’identité avec celui de la fille d'Agamemnon fit supposer aux poètes que cette princesse, enlevée d’Argos par

l Piudare. — Pausan., VII, 2, 1.

Diane de l’autel où elle allait être sacrifiée, avait été transportée en Tauride où la déesse en fit sa prêtresse. Une fois en si beau chemin, les mythographes ne se sont point arrêtés. Us ont conduit Oreste, jouet de la tempête, sur la côte de Crimée, et Iphigénie reconnaît son frère dans l’étranger qu’elle va immoler à sa cruelle déité. Roman absurde et pathétique, dont se sont emparées la poésie et la musique, et qui vivra de cette réalité éternelle que l’art crée par la terreur et la pitié.

En Egypte, Diane s’identifiait avec Isis sous plusieurs formes : la principale était adorée à Bubaste et s'appelait Pascht. On la représentait avec une tête de lionne ou de chatte, et elle passait pour la mère de la race asiatique, comme Ra, le soleil, était le père de la race Égyptienne l .

La Diane de Delphes s’appelait Artémis et la sibylle qui rendait l’oracle portait le nom de Daphné. Artémis était aussi surnommée Callisto, l’Ourse, constellation qui fut un des symboles génériques des nations du Nord. Hésychius qualifie Diane d’éthiopienne. Elle fut, avec Apollon, la grande divinité des Doriens; on voyait dans son temple, à Sparte, sa statue en bois apportée, disait-on, de la Tauride, ce qui

< M. de Rougé, Notice des monum. du Louvre , introduction.

LES AMAZONES

indique assez quel fut le point de départ des Doridas. On fouettait, devant cette image, les enfants jusqu’au sang, avec des orties, pour rappeler les sacrifices humains qu’on faisait jadis à la déesse. Son surnom d 'Orthia n’est probablement que la contraction d'Orithyia ou Erythia.

La statue de Diane dans le temple d’Ephèse, en Ionie, était une véritable effigie égyptienne taillée par un ciseau grec. Les emblèmes dont elle était entourée rappelaient le pays originel : une couronne de tours, des lions, des têtes de taureau, un triton, une écrevisse indiquaient les cités et les tribus pélasgiques dont l'astre nocturne fut le protecteur céleste. Il y avait en Sicile, dans Plie de Syracuse, que les mythegraphes appellent Ortygie, une fontaine célèbre, du nom d’Aréthuse une des Hespérides, qui fut dédiée à Diane. On y conservait des poissons sacrés auxquels il était interdit de toucher L

A Brauron, près d’Athènes, on voyait aussi une statue, en bois, de Diane qui venait des pays hyperborées. Son culte avait été apporté, de ces contrées à Délos, avec celui du soleil, parles prêtresses Akaïa, Arghé et Opis, trois noms de nations pélasgiques. De là vinrent aussi, plus tard, Laodice et Hypéroché,

i Dio<l., V, 34.

ainsi que les vierges qui eurent mission de déposer an temple d’Apollon les présents des Hyperborées, destinés à entretenir les rapports de religion et d’amitié entre la patrie originelle et les colonies qui s’en étaient détachées.

Diane et sa sœur Minerve reçurent, de l’oracle, la qualification de vierges blanches, Jupiter leur ayant permis de se vouer à une virginité perpétuelle. A cette occasion, le maître des dieux nomma Diane reine des bois et lui fit don d'un arc et de flèches. Il composa son escorte de vingt nymphes Ases et de soixante Ücéanides. Les trouvères de la Grèce ont été fort médisants sur le compte de Diane. Si l’aventure d’Actéon, ce prince de F Acté qui fut puni de sa curiosité pour l’avoir surprise au bain avec ses nymphes . témoigne de la rigide chasteté de la déesse, ses discrètes visites au beau chasseur Endymion la montrent sous un aspect différent. C’est aussi à ce double point de vue qu’il faut juger la nation Amazone dont Diane offrait le type. Quelques-unes de leurs reines se firent gloire de conserver leur chasteté, mais d’autres, dont leurs sujettes imitèrent l'exemple, furent loin de se montrer aussi sévères.

Bien que plusieurs mythographes placent les Amazones en Libye et dans le voisinage des Ethiopiens, il est certain qu’elles ne s’écartèrent jamais du

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