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saxonnes, suédoises, et de l’éclatante blancheur de leur teint, niveas Amazonidum turmas.
L’étymologie du nom d’Amazone a donné lieu à de nombreuses interprétations. Il n’en est guères de satisfaisantes. Nous nous risquerons donc à en offrir une nouvelle. La seconde section du mot étant zone par contraction de soane, il reste à trouver la première. Il y a quelque trente ou quarante ans, un philologue , qui aurait osé proposer d’extraire un vocable de deux racines émanant, l’une du groupe sémitique, l’autre du groupe aryen, aurait été dûment convaincu d'hérésie. On est devenu plus tolérant depuis que la lecture des inscriptions hiéroglyphiques et cunéiformes a démontré qu’en remontant dans le passé, au delà d’une certaine période, les vocabulaires se rapprochent, et l’on reconnaît qu’avant d’avoir eu chacun une syntaxe, les langages se sont fait mutuellement de larges emprunts. C’est postérieurement et après la séparation des peuples descendus du Caucase dans la Babylonie, et à la suite de leur constitution en sociétés isolées, que les grammaires se forment et que les divergences des idiomes se manifestent de plus en plus profondes à mesure que le génie de chaque nation se dessine et se développe dans sa voie spéciale. Du moment qu’il est admis que les pères des Phéniciens, des Chaldéens,
des Hébreux et des Arabes ont vécu à l’origine dans une même patrie, conjointement avec les ancêtres des Hellènes, des Latins, des Celtes et des Scandinaves, il n’y a rien de surprenant à ce qu’un nombre assez considérable de termes et de dénominations aient passé d’un idiome à l’autre ou aient été simultanément empruntés à une langue mère. Le livre d’Olatis Rudbeck, intitulé Atlantica, contient à cet égard de curieux rapprochements entre les langues sémitiques et celles du nord de l’Europe.
• Le mot aima , suivant Bochart, a le sens de vierge en punique ; c’est un des rares vocables qui ont survécu au naufrage presque complet des institutions, de l’histoire et de l’idiome des anciens Phéniciens. Il y a donc tout lieu de penser qu’il fut transmis par leurs ancêtres libyens aux Scythes et aux Pélasges qui le conservèrent à raison de son caractère sacré. En effet, l’on remarque que cette dénomination d 'aima s’applique à plusieurs caps de la Crimée qui, en grec, s’appellent partkenit, parthenium, vierge. Sur les principaux promontoires de la Tauride, s’élevaient des temples dédiés à la Lune et desservis par des prêtresses vierges.
D’après ces prémisses, il ne semblera pas trop téméraire do retrouver Amazone dans Alma swan, la vierge symbolisée par le cygne, d’autant plus que
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Ml
cette qualification répond justement à celle de Vierges blanches que l’oracle attribua, dit-on, à Minerve et à Diane.
Eschyle donne une description toute semblable des Gorgones, tribu d’Amazoncs pirates. Prométhée, enchaîné sur un roc du Caucase, en indiquant à la nymphe Io, le chemin de l’ile aux trois caps, lui annonce qu'elle traversera les plaines habitées par les Gorgones scythiques qui sont pareilles à des cygnes, y.uy.vcjxopçsl 1 .
Le môme rapprochement se trouve dans l'Edda, où Swanhit a le sens do Vierges-cygnes 9 . Cet oiseau figure au nombre des constellations et., à ce titre, il a dû représenter une des nations-ancêtres placées dans le ciel par les hommages de l’antiquité.
En hiéroglyphique, le signe opt parait signifier cygne. Si cette traduction de Champollion est exacte, elle offrirait une explication toute naturelle de la fréquence de la syllabe op dans les noms des nymphes de la mythologie, Antiope, Astérope, Chalciope, Mérope, Europe, etc. 3 . La première est une reine Amazone, les quatre autres sont des filles d’Atlas qui épousèrent
1 Pronuith., p. 53, édit. Schæfer.
2 Loedveris saga, Edd. sœtn.
3 Champollion, Grammaire ègypl. — Rosdlini, Mon. reali. III, 148.
des dieux et furent les mères des principaux peuples de la Grèce. Les poètes ont célébré la blancheur de la nymphe Europe qu’enleva Jupiter Astérius, transformé en taureau. Ourop signifierait donc Reine blanche, et ce terme, appliqué à la Chersonnèse, où elle régnait, aurait passé à la race et au pays qu’elle habitait.
Les cygnes abondent dans les lacs de la Grimée et de la péninsule de Taman. M. de Montpéreux a décrit poétiquement l’aspect de leurs bandes s’élevant en longues files du milieu des roseaux l . Les géographes anciens donnent le nom de Gycnus à un fleuve de Colchide qui prend sa source dans les montagnes qu’habitaient jadis les Amazones et les Gargares, et où résident encore les Soanes. Il y a donc tout lieu de croire que cette nation représente la lignée des Amazones qui disparut graduellement par sa fusion dans les tribus voisines, avec lesquelles elles avaient des rapports annuels. Il est évident que, dès que le vœu de virginité était enfreint ( et cette étrange société y était obligée pour sa propre conservation ), tôt ou tard sa disparition devait s’accomplir.
Le souvenir des Amazones s’est conservé dans le
1 Voy. autour du Caucase, t. V.
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2tM)
Nord. Rudbeck parle de Kuenland, la terre de la reine (queen), et de Kwenangera, la capitale des Amazones, située entre les monts lmaüs et Riphée. Ad. de Brème mentionne aussi Kivenagaren, terra fœminarum; Tzetzôs raconte que les Massagètes allaient à la guerre avec leurs femmes, ainsi que les Sarmates et les autres Scythes limitrophes du séjour de Borée et des vents h
Hippocrate, en parlant dos Sauromates riverains du marais Méotide, remarque que leurs femmes montent à cheval, vont ii la guerre et ne renoncent à la virginité que lorsqu'elles ont tué trois ennemis. Appien raconte que, lors de la guerre contre Mithridate, roi de Pont, on fil prisonnières beaucoup de femmes qui avaient été blessées aussi grièvement que des hommes.
Au sixième siècle avant notre ère, les Massagètes du nord de la Caspienne avaient pour reine Tomyris, à laquelle Cyrus fit la guerre; au dire d’Hérodote, ce prince périt dans son expédition. Thalestris qui, s’il faut en croire Q. Curce, visita dans son camp Alexandre, roi de Macédoine, résidait au bord de la Caspienne, sur les limites de l'Hyrcanie. Elle passa près de lui treize jours, dans l’espoir d’avoir d’un tel hé-
i Atlanlica, ch. xil, 3 — Ch. ccxxn. — Chant XII, v. 805.
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ros une lille digne de régénérer la gloire de la nation. Thalestris promit à Alexandre, si elle devenait mère d’un fils, de le lui envoyer, selon la coutume de sa nation L
Les monuments anciens ont reproduit avec fidélité le costume et les armes des Amazones. Elles ont la tunique, les braies et le bonnet pointu des Scythes. Leur bouclier échancré s'appelle pelta et leur hache h deux tranchants sagaris; c’est la sagara des Massagètes, securis du latin, sickiera des Slaves.
Une société pareille n’a pu se constituer que parmi les peuples de race blonde, chez lesquels la femme était estimée l’égale de l’homme au combat comme au conseil. Elle passait môme pour être douée d’une vue morale supérieure, lorsqu’elle conservait sa virginité. Affranchie alors des soins de la maternité, elle se vouait au culte des dieux et s’adonnait aux recherches savantes; interprète des volontés divines, elle pénétrait dans l’avenir et le dévoilait à ceux qui la consultaient. Elle conquit l’indépendance par l’ascendant moral. De là le culte qu’elle reçut parmi les nations européennes, tandis que, chez les peuples des familles rouge et noire, la femme est demeurée esclave. C’est un des traits les plus profondément ca-
i Q. Curts, 1. VI, ch. vi.
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ractéristiques de la supériorité de la race blanche que celte adoration chevaleresque dont la femme est restée longtemps l’objet en Occident, et son oubli est, on doit le craindre, un signe de décadence.
11 est certain, d'ailleurs, qu’autrefois les femmes, grâce à un exercice assidu et à une existence d’aventures qui les familiarisait avec le danger , étaient douées d’une vigueur physique dont on ne peut se faire d’idée aujourd’hui. Les femmes des Teutons et des Cimbres combattaient avec leurs époux, les repoussaient dans la mêlée lorsqu’ils reculaient , et Ammien Marcellin parle avec admiration de leur audace et de leurs robustes bras blancs qui lançaient des pierres avec la force des catapultes.
Au dixième siècle, les femmes des Saxons rivalisaient de force avec les guerriers les plus renommés. Les Niebelungen racontent la légende de Crimhilde qui lutta, le soir de ses noces, avec son mari, et, l'ayant terrassé, le lia et le suspendit h un clou de la chambre nuptiale, où toute la cour vinl le voir le lendemain matin.
Les guerrières que le Tasse et l'Ariostc ont célébrées dans leurs poëmes et qui y jettent un charme et une variété extraordinaires, Clorindc, Marphise, Bradamante, ne sont donc point des êtres entièrement imaginaires nés de la fantaisie de ces admira-
blés conteurs ; ils n’ont fait que transporter dans leurs récits et animer de la vie poétique les héroïnes véritables des légendes antiques. Mais qu’est-il besoin de chercher dans les poëmes? L’histoire ne nous fournit-elle pas, aux temps modernes, la plus noble personnification de l’Amazone? Notre Jeanne Darc n’en résume-t-elle pas toutes les vertus originelles : la virginité, le courage, l’inspiration d’en haut, la seconde vue prophétique? Ne semble-t-il pas que, par un phénomène merveilleux d'atavisme, le génie libre de la primitive Scythie ail apparu une dernière fois dans l’âme de cette bergère pour sauver la patrie?
Les vieilles coutumes s’effacent difficilement chez les Asiatiques. On trouvait encore, il n’y a pas longtemps, des Amazones dans le Caucase. Le père Lamberti, dans une relation de la Colchide et de la Mingrélie, rapporte qu’au dix-septième siècle, trois bandes sortirent des montagnes et attaquèrent l’une la Moscovie, l’autre le pays des Souanes. Cette atta j que ayant été repoussée, on trouva, parmi les morts, une quantité de femmes. On apporta leurs armes au Dadian de Mingrélie; elles étaient belles et consistaient en casques, cuirasses , brassards faits de petites mailles d’acier. Leurs brodequins étaient en poils de chèvre tissés avec un art admirable* Les
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flèches avaient quatre palmes de long, étaient dorées et armées d'un acier très-fin l .
Nos soldats ont pu voir, dans la campagne de Crimée, un* dernier spécimen de cette nation amazone à laquelle on ne saurait attribuer moins de cinq mille ans d'existence. Les généraux Yusuf et Lcspinasse, dans leur expédition h la Dobrutscha, rencontrèrent un millier de cavaliers Bachi-Bouzouk, commandés par une femme qu’on appelait la Pucelle du Kurdistan. Elle parut disposée d’abord à s’enrôler parmi les Français, mais, une belle nuit, elle et sa horde décampèrent sans prendre congé. Cette femme était, aux yeux de ses soldats, revêtue d’un caractère religieux et exerçait un empire absolu sur sa troupe. Il faut, dit M. de Noé, qui a retracé son, portrait, songer aux sorcières de Macbeth pour se faire une idée de l'étrange figure de l’héroïne kurde. Elle portait un Lurban vert, une veste rouge, des pantalons verts et un caban. Sa ceinture était un véritable arsenal. Petite et âgée, elle eût paru laide sans l'expression d'énergie répandue sur tous ses traits.
Ainsi se termine cette bizarre évolution de la société humaine dont le début remonte h la vie nomade et qui a eu son équivalent, aux temps
1 Potocki, Foi/, aux steppes d'Astrakhan, t. II, p. 87.
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modernes, dans les vœux monastiques et les ordres guerriers.
Les divers groupes de sociétés dont nous venons de rechercher la demeure et d’esquisser la physionomie et l'histoire, d'après les indications fournies par les auteurs anciens, donnent une idée des éléments dont se composaient les colonies fondées par l’Egypte aux bords de la mer Noire, agrandies et multipliées parles alliances avec la population indigène. Voici, dans un résumé rapide, quelle devait être leur distribution géographique environ vingt-cinq siècles avant notre ère.
Sur les deux rives du Bosphore cimmérien, ainsi que sur le littoral méridional delà Crimée, les Egyptiens et les Libyens avaient construit , dans les localités les plus favorables, des cités où la navigation amena le commerce et créa l'industrie. Ces deux puissants stimulants de la civilisation semblent même avoir atteint, avant l’époque dont nous parlons, un haut développement dans l’île magnifique qui occupait une partie de la mer d’Azof et qui fut subitement engloutie par l’explosion d’un volcan sous-marin. Avant cet événement, l’archipel des sept îles Atlanti-
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ques était l’empire de Neptune ou Potidon, roi du peuple-poisson, ainsi que les mythographes le désignent d’après l’emblème qui servait à le caractériser. Son nom égyptien Phut (Fût ou Typhon des hiéroglyphes) se modifia en Pout, Pont, qui, aux temps historiques, dénomma les peuples du Bosphore ainsi que la mer adjacente *. Plus tard, ce peuple, sous la conduite de son roi Bélus, vint s'établir dans la Babvlonie.
L’Egypte asiatique que la Genèse désigne sous le nom de Misraïm avait, au dire des archéologues, fondé, en Asie, deux colonies Khem et Ous; ce sont celles que nous retrouvons sur les rives de l’Euxin : Khem-iri , les Khem vigilants sont les Cimmériens du Palus Méotide. Ous , autre terme de la vieille langue égyptienne, qui signifie gardien, occupait Colchos, Chus, Cousch , l’Ethiopie des anciens. D’autres Libyens menaient la vie des pasteurs dans le Niphate* caucasien. Là, suivant le poète Nonnos, habitait le peuple du taureau, voué à Jupiter As té ri ils, Astor, Astoreth ,
l Nous répudions absolument l’étymologie de Pontos axenos, mer inhospitalière, vulgarisée par les auteurs anciens. La mer Noire, ainsi nommée sans doute des peuples noirs qui la bordaient, prit son autre nom des deux principales nations qui occupaient ses rivages : Askénos, les Phrygiens au sud, Pontos , le peuple de Pont au nord. C’est don e Pontos askénos qui dut être ta primitive et véritable appellation*
le môme que Bélus qui fut l'ancêtre et le dieu de . Assyriens, comme Khenr fut le père des Phéniciens Kham est encore le nom de la Syrie parmi les Orier • taux.
A côté des Egyptiens et des Libyens vivait la rac< i autochthone scythique, dont la qualification originelle paraît avoir été Gher, radical d’un grand nom • bre de vocables : le Gherrus, selon Hérodote, est un fleuve de la Scythie ; cet historien donne aussi le nom de Gherrha à la ville où les Scythes Basilées ont la sépulture de leurs chefs. Her, seigneur ou roi, se retrouve dans une foule de dénominations de toutes langues : Heroôn héros, Gheroûon Géryon, le même que Saturne, le pays d 'Egher la Golchide, Gherséti, nom ancien de Kertch, les Kerkethi ou Gircassiens, Gherman les Germains, etc. Ce terme s’assimile avec er ou ter , dieu en hiéroglyphique, et avec Heri, la race de Vischnou selon les poèmes sanscrits. Dans son orgueil national, chaque famille s’intitulait la lignée des dieux, des célestes, comme les Chinois s’appellent aujourd’hui.
Les migrations de ces familles qui s'établirent dans les plaines baignées par l’Euphrate, le Tigre, le Jourdain et la Méditerranée, obligées de se resserrer dans les villes, y subirent fimpulsion féconde delà vie policée, tandis que leurs frères restés barbares derrière
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la barrière du Caucase, sous leurs noms primitifs de Cus, Put et Gog, épouvantaient encore, au temps des prophètes, la Syrie et la Judée.
Dans les forêts, au fond des grottes de la Chersonnèse, habitaient les Amazones-cvgnes et les Centaures ou cavaliers taures de la tribu du cheval, peuplades scythes restées indépendantes et nomades, tantôt en guerre avec les Africains du littoral, tantôt s'alliant avec eux et acceptant la domination de leurs rois. De là naquirent les premières familles pélasgiques qui fondèrent dans la Tauride plusieurs cités, entr’autres une Athènes primitive que renversa l’irruption de l’Océan Scythiquo. Les reines de ces tribus égypto-scythes, célèbres dans la mythologie, enseignèrent à leurs sujets les préceptes religieux, les lois, les arts, l’agriculture qu’elles tenaient des l'ois et des pontifes égyptiens que nous connaissons sous les noms d’Ouranos, de Kékrops, d’Erechthée, et les préparèrent ainsi aux brillantes destinées qui les attendaient dans l’Hellade.
Outre la grande et forte race scylhique d'où sont descendues les familles Scandinave, germanique et gauloise, une race naine dont la postérité se retrouve dans les Finnois-Lapons, et que les Grecs ont représentée par les Pygmées de la fable, les Egyptiens par les dieux Bès et Phtah, et les traditions du Nord
par les Dwergs et les Gnomes, fut employée à l’exploitation des mines du Caucase et de la Crimée. Dans cette dernière contrée, le Tchatir Dagh et la chaîne des monts qui s’en détachent contiennent d’abondants filons d’or et de cuivre, qui appelleront un jour vers ces lieux déserts la foule des chercheurs de métaux précieux, lorsque la Russie songera à tirer parti de cette source de richesse, restée oubliée depuis les temps mythologiques.
Entre ces foyers distincts de populations, errait dans les vallées, sous les bois, une multitude de pâtres de toute race, blottis au fond des cavernes, faisant tantôt la moisson ou la vendange, tantôt vivant de chasse et de pêche, se mêlant suivant leur caprice et rappelant par leurs mœurs la vie sauvage et animale d’où ils sortaient à peine. La fable a retracé, par de vivants tableaux, la paresseuse existence des faunes, des satyres, des sylvains, des dryades folâtrant dans la nudité primitive, sous le ciel tiède de l’Akté taurique, et les jeux des tritons, des naïades et des sirènes au sein des eaux calmes, sur les sables et les récifs de la mer d’Azof et du Bosphore. Ce fut l’âge d’or, tant regretté des poètes, l’âge de concorde et de liberté, où sous le règne débonnaire de l’Horus d’Asie, vicaire du roi-soleil d’Egypte, les Cabires gouvernaient on paix les tribus du Soleil et de la
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Lune, et veillaient, l’œil ouvert, sur les portes de l’enceinte qui protégeait le monde égyptien contre les attaques des nomades du Nord et de l'Orient.
De ces peuples et de ces chefs les Grecs et les Latins firent autant de dieux, d’abord parce qu’ils avaient divinisé tout ce qui se rapportait au temps où se forma leur race ; ensuite parce que la connaissance du pays dont ils étaient originaires, s’étant effacée de leur souvenir, ces vagues notions leur apparaissaient comme les cimes lointaines qu’on prend d’abord pour des nuages. Il faut de plus remarquer que l'identité des noms de localités, dans les deux patries, ne contribua pas peu à faire croire aux populations que leur lieu d’origine avait été la Grèce ou le Latium.
Au-dessus de la foule des demi-dieux, tellement près de l'humaine nature qu'ils se confondaient souvent avec elle, sur un sommet de la Colchide baigné par les nues, trônaient, dans leur majesté divine,
Zèus Jupiter, le roi des dieux et des hommes, et les
Olympiens immortels, chefs des douze grandes tribus scythes et éthiopiennes. Mais la partie la plus intéressante de cet empire mythologique fut le centre religieux situé entre le Caucase et la Crimée, ce
qu’on appela ensuite le milieu sacré, Médéon ou Méotis. Fondé, dès le début de la colonie, par le nome d’Ammon, c’était le foyer de la science, du culte
et des oracles et, durant nombre de siècles, son autorité- s’étendit sur les Scythes, les Goushites et les Pélasges, même jusqu’à leurs colonies de la Grèce et derillyrie. Les rites solennels, qui y étaient pratiqués et qu’il nous reste à décrire, se sont perpétués dans la mémoire de tous les peuples dont les aïeux se trouvaient, à l’époque reculée que nous étudions, groupés autour de ce foyer, d’où ont découlé la plupart des croyances et des institutions religieuses de l’Orient et des nations alors barbares de qui les Européens tirent leur origine.
LES ENFERS
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