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CHAPITRE III

LA SOURCE DU DÉLUGE

Lorsqu’on étudie la configuration des rivages de la mer d’Azof, on se demande comment il se fait que son lit n’ait pas participé au mouvement général qui exhaussait la steppe, et qu’elle ne se soit pas desséchée comme le reste? Quelle barrière invisible a arrêté sous les flots la marche du soulèvement? C’est qu’ici nous sommes en présence d’un tout autre phénomène.

Il ressort avec évidence des observations des voyageurs que la mer d’Azof est un ancien cratère. Les côtes profondément déchirées de la Crimée septentrionale, les montagnes fissurées de larges abîmes, les roches d’Opouk lancées par le travers du Bosphore, les nombreux volcans de naphte et de boue de Taman et d’Iénikalè attestent, comme le dit un explorateur savant et perspicace, qu’un prodigieux effort

plutonien s’est accompli en ce lieu, sous la mer. Il se manifestait encore à la fin du siècle dernier, lorsque, le 5 septembre 1799, après un bruit souterrain accompagné de tremblements de terre et de tonnerre, on vit subitement sortir de la mer d’Azof une île de 721 toises de long, de 48 de large et de 7 de hauteur. Au centre de cette terre nouvelle s’ouvrait un cratère vomissant du feu et de la vase. L’année suivante, l’ile disparut aussi soudainement qu’elle était venue. Une autre île surgit, en 1814, mais beaucoup plus petite; elle ne dura que trois mois L

L’aire ancienne de ce foyer est indiquée par la contrée d’herbages, dite Tchornosjom ou Terre-Noire, qui paraît être, comme à Santorin, le résultat de la décomposition de la lave. Cette terre est devenue, par le concours de l’action des eaux, un sol végétal couvert de cultures, sillonné de rivièrés dont les berges sont taillées à pic, mais oü les arbres ne peuvent croître. Les. Terres-Noires comprennent le bassin du Don, sur une étendue de plusieurs millions d’hectares, avec une profondeur de 10 à 15 mètres. Beaucoup plus basses autrefois, ces terres auront été soulevées avec les autres terrains du fond de l’Océan qui les recouvrait.

l Dubois de Montpéreus, Voy. autour du Caucase, t. Y.

oogle *

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On sait, par les historiens, qu’aux temps anciens les rivages de la mer Noire étaient sujets à de fréquents bouleversements. Ammien Marcellin, au quatrième siècle, mentionne d’horribles tremblements do terre qui eurent lieu dans la Macédoine, l’Asie et le Pont : « Des villes entières furent renversées, Nicomédie fut ruinée. Les rivages s'entrouvraient et il en sortait des tourbillons de vapeurs bitumineuses. Les flammes qui couraient au milieu des ténèbres brûlèrent pendant cinquante jours. En môme temps un orage furieux éclata comme si le Dieu suprême eût déchaîné les vents des quatre coins deJa terre L »> I^e bassin entier de la mer Noire nous apparaît donc comme une de ces larges bouches par lesquelles les gaz ignés s’exhalent du foyer central vers la superficie du globe. On conçoit, dès lors, que la force qui soulevait lentement les terrains adjacents ait été ici contrariée dans son action, et que les agitations fréquentes de cette région y aient suspendu, pendant une longue période, le mouvement ascensionnel. 11 est vrai que l'Intensité du volcan s’est, depuis plusieurs siècles, fort affaiblie et les alluvions ont rapidement comblé l’abîme. La mer d’Azof n’est guère

profonde que de 12 à 13 mètres; elle en a 3 ou A en-

l Am. Marcel// 1 . XVII, ch. vu.

viron sur les bas-fonds de la mer Putride. Mais son littoral nord s’élève à pic par une muraille de 35 mètres, du sommet de laquelle les cours d’eau, qui viennent de la steppe, se précipitent dans la mer. Il est évident que, de ce côté, ils n’ont eu ni le temps, ni la force de se creuser des estuaires dans cette falaise qui grandit lentement L

Cette inégalité entre le niveau de la mer d’Azof et celui de l’Océan Scythique tendant constamment à s’élever, a dû nécessairement être la cause de grands troubles, pendant la période où le fond de l’Océan, sous l’effort de la poussée souterraine, commença sourdement à dépasser le niveau de celui de la mer Noire. Il a pu suffire alors d’une secousse atmosphérique pour ébranler les eaux et provoquer d’effroyables débordements. Les débâcles do glaces se précipitant du nord au sud et se dissolvant soudainement

l La présente étude n’aura pas été sans fruit pour la science, si elle peut suggérer à quelque voyageur, dans la Russie méridionale, l’idée de dresser, sur le rivage de la mer d’Azof, une échelle pareille à celle que Linné a établie près d’Upsal et qui aurait pour objet de mesurer la marche progressive du soulèvement des terrains de la steppe. Nous appelons sur cette expérience l’attention de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, dont les travaux ont déjà servi à élucider certains côtés de cet intéressant problème.

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sous les feux d’une température pareille à celle du midi de la France, les tempêtes de neige et les pluies abondantes formées en automne par l’évaporation condensée d’une aussi vaste étendue d’eau, les marées d’équinoxe dont le choc se répercutait jusqu’aux chaînes centrales de l’Europe et de l’Asio pour refluer sur les terres basses voisines, durent produire, plus d’une fois, des raz de marée formidables dont ceux qui ont visité les contrées tropicales peuvent se faire une idée. Sous une pression locale de l’atmosphère, la mer s’enfle, forme un dos énorme qui surmonte le rivage, puis, du fond de l’horizon, une barre noire, couronnée d’écume, accourt avec la rapidité d’un cheval de course. Qu’on se représente ce phénomène dans des proportions colossales, s’étendant des monts de la Thrace jusqu’au Caucase, l’Océan Scythique déversant son trop plein dans le bassin de la mer Noire dont les eaux refoulées envahissent les bords, renversant les cités, inondant les campagnes, exterminant les populations; à ces traits on reconnaîtra sans peine le fléau dont le souvenir occupe une place si importante dans les premières traditions des peuples : celui auquel ils ont donné le nom de Déluge.

C’est un fait d’un haut intérêt que la coïncidence de ce dernier des cataclysmes terrestres avec les

commencements des sociétés humaines. Toutes les

nations civilisées en ont fait mention au début de leur histoire, et il ne semble pas douteux que le bassin du Pont-Euxin, auquel ramènent leurs origines, ait été le théâtre de ce grand événement.

Diodore raconte que, selon l’opinion populaire , le Pont-Euxin aurait été primitivement fermé comme un lac ; mais les eaux s’étant subitement gonflées se répandirent sur les plaines d’Europe et d’Asie et brisèrent la barrière qui séparait la mer Noire de la Méditerranée L Ce qui prouve, au surplus, que le débordement avait son principe au nord, c’est la croyance acceptée par les géographes anciens que le Pont- Euxin était un produit du Palus Méotide qui s’y déversait par le Bosphore cimméricn 1 2 . La mer d’Azof était appelée, à cause de cela, Matrem maris, la mère de la mer, ce qui n’était admissible qu’en la considérant comme un intermédiaire avec l’Océan Scythique. Dans ses généalogies divines, Hésiode donne, en effet, à Pontos pour père Okéanos.

Les anciens font mention do plusieurs déluges ;

1 Diod., 1.

2 Matrem Ponti perhibent Mœotidis undam Scilicet hic Ponti vis exil gurgite vasto Cinunericum torrens per Bosphorum.

Dyonisio, Prisciani periegeris, v. 155.)

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Xénophon en compte cinq : le premier eut lieu sous Ogygès, fils de Neptune et roi des Pélasges athéniens; le second, au temps d’Hercule, dura un mois; le troisième, sous un autre Ogygès, dévasta l’Attique ; le quatrième se prolongea pendant trois mois entiers, ce fut celui de Deucalion, et Cedrenus affirme qu’il eut lieu deux cent quarante-huit ans après celui d’Ogygès ; le cinquième déluge survint au temps de la guerre de Troie et fut désigné par le nom de Phat'oun .

Le poète Nonnus n’en compte que trois : ceux d’Ogygès et de Deucalion, puis celui qui chassa de sa patrie Dardanus, le fondateur d’ilion. On sait que la Genèse ne fait mention que d’un seul. Ce fut évidemment le plus considérable par l’étendue de ses effets, et son souvenir resta profondément gravé dans la mémoire des populations qui y assistèrent. La tradition mythique qui se ratl«;he h ce déluge et qui prit naissance chez les divers peuples dont le bassin de l’Euxin paraît avoir été le berceau, nous aidera à démontrer que c’est bien là qu’il faut chercher le siège de cette grande catastrophe.

Cette légende est, en effet, identique chez les Hé-

42 GÉOORÀPHIE PRÉHI8TOMQUE.

breux, les Chaldéens, le8 Indiens, les Grecs, les Celtes et les Scandinaves, et elle s’applique évidemment partout à un môme événement. C’est, en Grèce, le déluge de Deucalion, qui, selon Diodore, fut un roi de la Scythio. Il échappa seul, avec sa femme Pyrrha, dans une barque,’ à l’inondation qui couvrit la terre entière. Il aborda sur la cime du Parnasse, en Phocide, et, lorsque les eaux se furent retirées, étant descendu dans la plaine, il devint le père de la plupart des nations de la Grèce. C’est la môme aventure que celle de Noé, le patriarche hébreu, et du Chaldéen Xisuthrus qui, à l’approche du fléau, se réfugièrent dans une arche avec leurs familles, et survécurent seuls à la destruction du genre humain, dont ils devinrent les reproducteurs.

Par ces divers éponymes, la légende caractérise les peuples de race différente, groupés à cette époque aux bords de la mer Noire, et le double mouvement vers le sud, des uns par l’Occident et des autres par l’Orient, indique clairement que la cause de leur dispersion était au nord de cette mer. Noé, on le sait, aborda en Arménie. Comme preuve, les gens du pays

montrent un fragment de l’arche incrusté dans le roc, près de la cime de l’Ararat. Dans la vallée de l’Araxe, on fait voir aux voyageurs le mont Koulpé, où se trouve la mine de sel que le patriarche exploita le

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premier, et les rejetons de la vigne qu’il planta au sortir du déluge L

Les Triades celtiques parlent du débordement du lac de Llion qui couvrit toute la terre et noya tous les hommes, à l’exception de Dwyhan et Dwybach qui se sauvèrent dans une barque et vinrent repeupler l’île de Bretagne 1 2 . Ces poèmes racontent aussi que Hu Gadarn conduisit dans la Bretagne le peuple Cymri, du pays de HafT, situé du côté où est Constantinople, selon un commentateur. Or, au dire de Plutarque 3 , les Cimbres ou Cymri, ancêtres des Celtes du Jutland, de l’Armorique et de la Grande-Bretagne, étaient originaires du Bosphore cimmérien qui avait conservé leur nom.

Les Sagas du Nord font mention de Belgémer et de sa femme qui échappèrent seuls, dans une barque, à l’inondation universelle. Les savants commentateurs de l’Edda islandaise présentent, comme un résultat certain de leurs patientes études sur la mythologie du Nord, qu’Odin et ses tribus vinrent des bords de la mer Noire, d’où ils apportèrent la civilisation en Allemagne et sur les rives de la Baltique 4 .

1 Dubois de Monlpéreux, t. II, p. 426.

2 Tryoedd ynis Prydain, Myvirian arch., t. II.

3 Plutarch., in Mario. — Henri Martin, Arch. celtique. 1 vol.

< Edda Sœmunda, Glossar t. III.

OÉOORAPHIE PRÉHISTORIQUE.

Le poème sanscrit Bhagavata rapporte que, sou9 le septième Manou, la terre entière fut plongée sous les eaux et l’espèce humaine exterminée, sauf le roi vertueux Vaïswata et sept Richis ou saints personnages, dont les descendants repeuplèrent le monde l .

On ne saurait affirmer que les premiers Aryas qui s’établirent aux bords du Gange et de la Djumnah, ces frères des familles hellénique et germanique, aient vécu originairement avec elles aux bords de l’Euxin, mais, ce qui ost certain, c’est qu’ils vinrent dans l’Inde du nord-ouest, et que, par conséquent, ils connaissaient l’Océan et durent recevoir, de première main, la légende diluvienne.

Quant aux Pélasges, pères des nations du midi do l'Europe, les historiens anciens disent clairement quel f utleur pays natal. Ils sont unanimes pour déclarer que les Curètes, les Telchines, les Caucons, les Mysiens, les Arcadiens, les Phrygiens, colonisateurs de l’Asic- Mineuro et du Péloponèse, les Ligures d’Illyric, les Ombriens d’Italie étaient originaires de la Scythio et du Caucase. Tous ces peuples conservaient la mémoire de terribles inondations qui les avaient contraints à abandonner leur terre natale. Un grand nombre, surpris par le fléau, avait péri sous les eaux ; ceux

1 Les lois de Manou, Loiseleur de Loagchatnps.

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qui purent gagner les montagnes s'y trouvèrent rassemblés en telle multitude qu’ils ne purent y subsister. Ils prirent le parti d’émigrer et construisirent des canots et des radeaux à l’aide desquels ils gagnèrent sans doute la Thrace et, de là, passèrent en Thcssalie L

Le merveilleux s’empara rapidement d’un événement aussi extraordinaire dont la cause était un mystère pour tous et l’imagination populaire en fut frappée d’une longue épouvante qui se perpétua de génération en génération. Sous l’empire des idées religieuses, que cet événement contribua à affermir, les nations crurent sans peine que la divinité, Jéhovah selon les Hébreux, Saturne selon Bérosc, Jupiter selon Platon, avait voulu punir les hommes de leur perversité, en sauvant seulement quelques justes. Les sacerdoces, dans le but de propager l’idée j

moralisatrice du châtiment et de ]fi. récompense, inscrivirent dans leurs livres mythiques, cotte lé- *

gendc merveilleuse qui prit le caractère d'un dogme, i

en passant d’une religion dans une autre. Ce fut par une inspiration semblable que les Pères de l’Eglise attribuèrent la destruction d’IIcrculanum aux impiétés commises par les idolâtres de Syrie, et qu à la

1 Diod., 1. IV. - Plin., 1. III. ch. xiv. - SoUn, c. vut.

reprise des persécutions contre les chrétiens, sous Domitien, le Vésuve fut constamment représenté par les légendaires comme l’instrument des colères du Très-Haut.

Les Pélasges, en traversant l'Arménie etl’Asie-Mineure pour se rendre en Grèce , y prirent la légende du déluge universel et se l’approprièrent sous le nom de Deucalion. Quant aux peuples celtiques et gothiques l , leurs tribus unies en une vaste confédération, celle des Hermundures, s’échelonnaient encore du temps de Strabon , au centre de l’Europe , depuis les bouches du Danube jusqu’àla Baltique. Les récits mythiques do la Grèce et de l’Orient leur arrivaient parles commerçants et les voyageurs, et, transmis d’une peuplade à l’autre , ne tardaient pas à prendre place dans les chants des Scaldes et se confondaient avec les traditions particulières de chaque nation.

On comprend, dès lors, qu’une explication surnaturelle et uniforme du prodige, dont leurs pères avaient été les témoins, ait été acceptée par tous ces peuples, bien que de race et de langue différentes. Mais cette

1 Jornandè3 constate formellement l'identité des peuples gothiques et gétiques. Or, depuis un temps immémorial, les Gètes habitaient les bords de l’Euxin, depuis le Tyras jusqu'au Volga où campaient les Massagètes.

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croyance resta limitée à ceux qui avaient été riverains de la mer Noire, et il s’en faut qu’elle ait été générale dans l’antiquité. Des nations renommées par leur science, et dont la civilisation avait devancé toutes les autres de bien des siècles, étaient très-éloignées de la partager. Les prêtres de Sais apprirent à Solon, lorsqu’il visita l’Egypte , qu’avant le déluge de Deucalion , le seul dont les Grecs eussent alors connaissance, il y avait eu d’autres inondations considérables « en Asie ; mais ils affirmaient que leur pays avait été à l’abri de cette calamité, et ils attribuaient à ce fait la conservation de leurs annales depuis les temps les

plus reculés l . Il en était de même des Perses : l’historien Ibn-Shahna • assurait que plusieurs classes de Mages, ceux de l’Inde et ceux de la Chine, niaient que le déluge eût été universel. Ils disaient seulement qu’au temps de Tehmouras, un des rois mythologiques de l’Iran, il y eut dans l’Occident une immense inondation qui pénétra assez avant en Arménie. L’opinion \

de Zoroastre était aussi, prétendaient-ils, que le >

monde n’avait pas été submergé 2 . Bien que Mahomet ait adopté, dans le Coran, la tradition hébraï-

1 Platon, Timée.

2 Hyde, De veter. Persarum religione , c. vin. — Anquetil, Zend Avesta, II, p. 363. — Langlès, Voy . de Norden, III, p. 255.

que, la plupart des écrivains arabes sont loin de partager, à cet égard, la doctrine de leur législateur.

Les témoignages les plus probants se réunissent donc pour placer, dans le bassin de l'Euxin, le lieu où cet imposant phénomène exerça son action. On ne saurait, avec quelque vraisemblance, le chercher ail- • leurs. L’Océan Scythique a donc dû être la source du déluge. Seule, dans l’ordre des faits physiques, cette cause parait proportionnelle à la grandeur des effets. Il serait plus exact de dire des déluges, car, ainsi que l’affirmaient les prêtres égyptiens et Xénophon , il y en eut, à coup sûr, plusieurs. Au dire de l’auteur grec, le dernier aurait eu lieu à l’époque du siège de Troie, ce qui nous conduit au premier quart du douzième siècle. Ce fut, sans doute, une inondation purement locale. L’Océan , épuisé par ses précédents débordements et par une évaporation que son peu de profondeur rendait plus active, avait perdu cette puissance qu’il devait à la masse immense de ses eaux et qui rendit, quinze à dix-huit cents ans auparavant, leur irruption si terrifiante, lorsque l’impulsion ascendante du fond ayant rompu l’équilibre de sa surface avec celle do la mer Noire, les ondes, grossies déme-

i surément par des pluies diluviales , se précipitèrent

dans le Pont-Euxin en un torrent de deux cents lieues

d’étendue.

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Que le môme cataclysme sc soit produit également au nord, rien n’est plus probable. On trouverait alors dans ce phénomène la raison encore ignorée de la destruction complète et évidemment instantanée de cette famille de grands éléphants à crinière du nom de mammouths, dont les cadavres ont été découverts, en nombre considérable , aux embouchures des fleuves sibériens et dans les îles de la mer Glaciale. Surpris par l’inondation, ils auront tous péri, puis leurs corps énormes, engloutis d’abord sous les glaces, auront surgi graduellement avec le sol. Leurs chairs couvertes encore de poils touffus se sont conservées tellement intactes, sous l’influence du froid, qu’elles ont servi de pâture aux chiens. II paraît que, depuis plusieurs siècles, l’ivoire de leurs défenses a été et csf encore l’objet d’un commerce actif entre les habitants du pays et la Chine.

Ce serait donc a partir du douzième siècle avant notre ère que l'Océan Scythiquc entra dans sa période de dessèchement. L’évaporation y pourvut assez rapidement pour que, sept cents ans plus tard, au temps d’Hérodote, le lit solidifié de l’Océan, bien qu’entrecoupé de fleuves et de vastes lacs, fût occupé par des groupes nombreux de populations, les unes nomades, les autres déjà sédentaires et vivant dans des cités de bois. Cinq siècles après, aux premières années de no-

tre ère, ces nomades étaient devenus des peuples riches et commerçants. Les Aorses et les Agathyrses du Pont-Euxin traversaient , en ponduisant des files de chameaux chargés des marchandises de l’Inde et de la Babylonie, ces mêmes lieux où leurs premiers pères jadis avaient navigué.

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LES ÉGYPTIENS EN ASIE

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