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LES COLONIES COUSH1TES

tuniques de lin transparentes , serrées par des ceinturons de cuir habilement travaillés , et portent une peau de léopard jetée sur l’épaule. Ils sont armés d'épées, de lances, et leurs tôles sont ceintes de couronnes de plumes pareilles aux panaches des Péruviens et des Mexicains J .

Il n’est pas douteux que le vocable grec Ælkiopaïdus est, comme YEthiopia de la Vulgato, l’équivalent du Cousch égyptien et hébraïque. Or, Homère, Eschyle, Euripide font souvent mention des Ethiopiens, et ils les placent aux extrémités de la terre, presque toujours au nord. Il est donc certain que, pour les Grecs, il y

1 Voici comment Fraser, Larrey, Pagès, Volney, Burckliardt dépeignent la race syro-arabe : visage long, effilé, front peu haut avec une protubérance au sommet; élévation remarquable de la voûte du crâne; cette configuration indique peu de réflexion et beaucoup d’imagination tendant à la vénération religieuse et à la contemplation ; nez aquiiin, bouche et menton fuyants ; yeux noirs, brillants, enfoncés dans une orbite évasée ; barbe noire, laineuse -, membres grêles, corps nerveux, mains petites, presque féminines; dents blanches et régulières; 03 de la tête minces- peau variant du brun doré au brun noir; air farouche et noble.

Ces Sémites sont bien les descendants des Coushiles que retracent les monuments et qui eux-mêmes sont les fils des nègres libyens, c'est-à-dire de la race humaine la moins favorisée sous le rapport de l'intelligence.

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avait plus d’une Ethiopie, et que celle dont ils parlent le plus souvent n’est pas la contrée obscurément reléguée, du temps des Romains, entre l’Egypte et l’Abyssinie.

Même après l’ère chrétienne , la Colchide était encore désignée par le nom d 'Ethiopia l . Saint Jérome l’appelle ainsi à plusieurs reprises. La chronique des Apôtres raconte qu'André, frère de Simon-Pierre, prêcha près du fleuve Phase, chez les Ethiopiens de l’intérieur, et que Matthias porta l’Evangile in altéra Ethiopiù, la seconde Ethiopie, où sont le fleuve Apsarus et le port d’Hyssus , tous deux placés en Colchide par Arrien.

Les montagnes du Taurus arménien, où le Tigre et l’Euphrate prennent leurs sources , étaient aussi désignées parle nom de Niphates, sans doute à cause des peuplades libyennes qui y demeuraient. Ce dut être de cette contrée que sortit , comme le dit l’Ecriture, Vérach le Couschïth, qui vint attaquer Asa, troisième successeur de Salomon, ù la tête d’une armée composée de Libyens et d’Ëthiopiens. Il serait par trop invraisemblable de supposer que ce prince, parti de l’Ethiopie africaine, eût traversé sans obstacle l’Egypte etTArabie, pour venir se faire battre par les

l Hist. eccl., 1. 1, c. xix.

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Israélites (Jans la plaine de Marésa, au centre de la Judée L

Il est souvent question de Cous dans les écrits des prophètes hébreux. Pour eux, c’est habituellement un peuple du nord. Dans la prophétie contre Gog et Magog, Ezéchiel s'écrie: « J'en veux à toi, Gog prince des chefs de Mésech et de Tubal. Ceux de Cus et de Put sont avec toi ; Gomer et toutes ses bandes, la maison de Thogarma viendront avec toi du fond de l’Aquilon 1 2 . »

Examinons les indications que fournit ce passage : suivant le commentaire do Josèphe, Tubal fut le père des Ibères ou Géorgiens, lesquels se disent eux-mêmes issus de Karthlos, fils de Thagarmos, fils de Japhet, père des nations scythiques, d’après la Genèse. Quant à Gomer et Méscch, le chapitre x du livre sacré en fait mention, ce qui les reporte à une très-haute antiquité. Les interprètes bibliques voient dans Gomer les Cimmériens du nord de la mer Noire dont le souvenir se mêle sans cesse aux récits fabuleux de la Grèce. Les Mesghes ou Moschi du mont Caucase dont parle Hérodote, seraient, d’après M. Munk, les mêmes que Mésech. En outre , Josèphe et saint Jérome

1 Chroniques, 1. II, c. xiv.

2 Ezech., c. xxix.

nous apprennent que Gog et Magog étaient des noms collectifs par lesquels les auteurs orientaux désignaient la multitude de nations barbares qui habitaient au delà du Caucase, entre la Caspienne et la mer Noire L

Put 9 , l’allié constant de Cus, désigne le peuple de Pont (pout, pount) qui, selon Diodore, fut une des colonies de l'Egypte sur la mer Noire 1 2 3 . C’est aussi un peuple éthiopien comme l’indique l’emblème du serpent auquel les Grecs donnèrent son nom, Putânn, Python. On peut donc, avec pleine confiance, conclure, de l’accord do ces témoignages, que le Caucase fut la demeure , pendant un long espace de siècles, des Egyptiens, des Libyens et des Ethiopiens. De nombreuses tribus de race blanche y résidaient aussi et de leur fusion naquirent, ces populations mixtes que les prophètes appellent « les peuples du mélange » et dont les idiomes variés ont fait donner au Caucase, par les géographes arabes, le nom de Montagne des langues.

On reconnaît également, dans les auteurs anciens, les indices de l’existence d’une colonie égyptienne

1 Herod., 1. III, 94. - VIII, 78.

2 B. de Tudela, Tr. de Benoist, I. 37.

3 Diodore. 1. 1, c. ii.

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importante, à l’orient do la Caspienne, sur l’Oxus : « Sémiramis, dit Diodore, marcha avec une grando armée contre les Mèdes qui sont au nord de la Babylonio. De là, elle passa chez les Perses, puis chez les Egyptiens quelle subjugua, ainsi qu une partie de la Libye L » On est bien forcé d’admettre, d’après l’itinéraire suivi par la reine, que ces Egyptiens et ces Libyens étaient à l’orient des Perses. Ailleurs, le meme auteur, qui eut le rare bon sens d’enregistrer, sans prétendre les corriger, les notions qu’il avait recueillies, ajoute que Sémiramis, ayant établi un gouvernement chez les Ethiopiens, se rendit à Bactrès pour y préparer la guerre conlro les Indiens.

Philostrate assure que les Indiens sont les plus sages des hommes et qu’ils forment une branche des Ethiopiens orientaux 1 2 . Mais les témoignages les plus positifs sont ceux qui émanent des Asiatiques eux-mêmes. Le colonel Chesncv, l’un des savants explorateurs anglais de l’Orient, a recueilli, à la bibliothèque de Bombay, un document fort curieux, suivant lequel la partie occidentale de l’Inde, ainsi que la région ouest qui borde l’Indus, porta autrefois le nom

1 Diod., 1. II, sect. xii.

Vita Apollon t. IV, p, G.

de Koushdl-Khorassan l . Ce territoire comprenait ce que nos géographes désignent sous les appellations de Bactriane, Sogdiane, Khwarisme, Hyrcanie et Parthie. Le massif montueux, qui relie la chaîne du Demavend au Belour-Tag, a conservé le nom do Koush-Hindi. Khosrou-Nouschirvan, un des rois de l’Iran, eut ce pays sous sa domination et, à ce titre, il s’intitulait roi des Kouschites. Or, ceux-ci sont désignés expressément dans le manuscrit, comme étant les ancêtres des Perses et des Indous.

Les poëmes orientaux sont pleins du récit des guerres que les rois de l’Iran soutinrent, pendant mille ans, contre le mythique Afrasiab, prince du Touran. Les ethnologues sont encore indécis sur l'origine et les caractères du peuple touranien, dont ils ont fait une famille spéciale comme les Aryens et les Sémites. Ils inclinent à classer sous ce nom les nations de souche tartare, imprégnées plus ou moins du type mongol. Cette solution n’explique qu’une moitié de la question. D'après les écrits des Perses, le Touran avait des cités et une capitale considérable appelée Roum. C’est un royaume régulièrement constitué qui rivalise, souvent avec succès, celui de l’Iran. De plus, le type ardent et héroïque de la nation implique un

l Kitab al boldfn, East India house library, 617, Cheaney.t. II.

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rang assez élevé dans l'échelle humaine. Nous n’hésitons donc point à considérer les Touraniens comme un rameau de la famille Coushite, éternelle ennemie de la race aryenne, et Afrasiab, comme le frère de l'Ethiopien Ahriman, que l'Avesta appelle le noir de peau et dont le symbole est le serpent. Ce sont les mêmes que ces Tartares de l’Altaï que le voyageur Rubruquis appelait des Sarrasins.

L’historien arménien Moïse de Khoren, qui écrivait au cinquième siècle, a recueilli, dans unlivrc précieux, les vestiges d'une ancienne division géographique de l’Asie dont les Grecs n’ont eu aucune connaissance. Il la classe en plusieurs régions sous le nom générique de Kushdi : la Géorgie s’appelle Kushdi-Kabgokh, l’Arménie Kmhdi-Aram, l’Ariana Kushdi -Khorassan. Cette communauté d’appellation correspond fort bien à l’observation de l’historien Josèphe L En commentant le livre x de la Genèse , où est exposée la distribution des peuples fils de Sem et de Cham dans le monde, il fait remarquer que les noms qu’ils donnèrent aux pays où ils s'établirent avaient tous été remplacés par d’autres : « Il n’y a, ajoute-t-il, que les Ethiopiens dont Chus, fils de Cham, fut le patriarche, qui aient conservé leur nom ; dans toute l’Asie on les nomme Kushites. >»

1 ffist. des Juifs, 1. ï, ch. vx.

L’étymologie biblique fournie par Josèphe est loin de suffire aux exigences delà science moderne. Nous en proposerons donc une autre puisée dans la langue des inscriptions de l’Egypte qui doit avoir été parlée, puisqu’elle a été écrite, et qui fut très -vraisemblablement ce langage unique dont se servaient les hommes avant la confusion des langues, au temps de la construction de Babel.

Le vocable kons semble s’être fornaé de l’union de deux termes hiéroglyphiques, kah, terre, ous, gardien. Ce dernier est une qualification ordinaire des Pharaons, surnommés gardiens du monde tô-ous; gardiens stabiliteurs men-ous, de la haute et basse région, serpent gardien delà porte à la deuxième heure du jour, etc. Kah-ous *, et par abréviation kous, aurait donc le sens de gardien de la terre. Cette qualification convenait aux gouverneurs desNussa*ou villes frontières, et l’on voit, en effet, par la situation des colonies coushites, qu’elles avaient mission de protéger la région civilisée soumise à l'Egypte contre l’invasion des barbares qui rôdaient alentour dans les déserts de l’Asie.

Ces. déductions trouvent leur justification dans la

1 Nous retrouverons cette forme kahous, dans le mot chaos des cosmogonies de Sanchoniathon et d’Hésiode. Rex chahs est une des qualifications de Pluton. . .

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Genèse. Les plus doctes des hébraïsans sont aujourd’hui d’accord pour reconnaître que, par Mizraïm, le livre saint désigne les colonies de l’Egypte en Asie dont deux s’appelaient Khem et Ous l . Cette dernière est la colonie de Colchos. Nous verrons plus loin que Khem représente l’établissement du Palus Méotide et les Cimmériens. Ce sont, sans doute, ces deux établissements auxquels Homère, qui n’avait sûrement aucune notion de l’Ethiopie africaine, fait allusion lorsqu’il rapporte que les Ethiopiens, les plus éloignés des peuples de la terre, sont partagés en deux; ils habitent, les uns au levant, les autres an couchant, sur les bords de l’Océan 2 .

En partant de l’idée que le roi Osiris ait voulu, à son retour de l’Inde, marquer, par les étapes de son voyage, les frontières de son immense empire, il dut y échelonner successivement les groupes détachés de son armée pour servir de noyau aux colonies qu’il voulait fonder. Il ne semble pas impossible d’en retrouver la trace. Ainsi, en remontant l’Indus. à partir de l’embouchure, on trouvait d’abord les Horites et les Arabites, deux peuples qui, selon les historiens d’Alexandre, n’étaient pas indiens. Ensuite, c’est la

1 Munk, Palestine , p. 432.

2 Odyss., 1. I, v. 23.

Susiane dont faisait partie l’Araeosie (Aracous), aujourd’hui le Kousistan ou pays de Cous. Là régnait, au temps du siège de Troie, Memnon, qui partit, pour marcher au secours du roi Priam, à la tête de dix mille Ethiopiens, ses sujets. Dans le Caboul, Nysa, gouvernée par des chefs dont les noms sont égyptiens, fournit un jalon certain. Au bord de l’Oxus était située la colonie égyptienne dont Bamian fut la capitale, et au nord, dans la Sogdiane, entre le Jaxartes et l’Oxus,les Ethiopiens avaient construit sept cités. Sur le littoral sud de la Caspienne, se trouvaient Nysa d’Hyrcanie et les prairies nyséennes.

A l’occident, on rencontrait le foyer coushite établi sur l’Euphrate et sur l’Araxe. Les Turcs donnent encore le nom de Kousdagh aux montagnes du sud, et, chez les Arméniens, le mot Koushan désigne la région située entre les sources de ce fleuve et la mer Caspienne. La Colchide était peuplée d’Egyptiens et les Libyens paissaient leurs troupeaux sur les versants de la chaîne occidentale du Caucase dont ils habitaient les grottes innombrables creusées dans les monts du Gouriel, de l’Osséthi, du Souanéthi et de l’Abasie. Leurs barques sillonnaient le Palus Méotide, le Bosphore cimmérien et la mer Noire dont les rivages étaient couverts des bourgades qu’avaient élevées les plus civilisés de ces peuples. Leurs nom-

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