LES COLONIES COUSH1TES
breuses colonies envahirent l’Asie-Mineure , la Palestine, la Babylonie, et c’est ce qui a pu faire dire avec raison à Pline que, au temps de la guerre de Troie, l’Ethiopie était renommée et puissante et que sa domination s’étendait sur la Syrie l .
Le large débouché qui s’ouvre, d’un côté, entre le massif des monts de la haute Asie et la mer Caspienne, ainsi que les déûlés de l’isthme caucasien, jeté comme un pont entre deux mers, ont, de tout temps, servi de passage aux hordes du nord, attirées vers le midi par l’or et le soleil. Ces deux entrées furent longtemps fermées par de vastes lignes de murailles. Au delà de ces barrières, les cavaliers scythes, au teint blanc et vermeil, aux membres velus et énormes, campaient dans la steppe derrière les rangs circulaires de leurs chariots ou se blottissaient dans les cavernes. Sur les versants de l’Altaï et du Thibet, les Mongols, trapus et jaunes, dressaient leurs tentes de peaux, tandis que les Indiens rouges, aux formes sveltes et nerveuses, vivaient de pê.che sous les huttes de bambous qu’ils dressaient aux bords du Gange et de l’Indus. La race noire d’Afrique, déjà exercée aux travaux de la civilisation, guidée par des chefs expérimentés, Vint à son tour construire, en face de
î Plin., 1. VI, ch. xxxv.
UÉOUKAPH1E PRÉHISTORIQUE.
ces sauvages, des remparts de pierres taillées 'et
des maisons de briques en terre glaise séchée au soleil.
Attirés par le bien-être de ces loyers industrieux
par la sécurité qu’offrait l’enceinte des cités, les peuplades barbares se groupèrent alentour et acceptèrent, avec une soumission reconnaissante, qui se changea avec le temps en culte et en adoration, les enseignements et les lois des Remanchémi. Ceux-ci prirent des femmes parmi ces vassaux de race diverse. De leur croisement avec les colons africains se formèrent d’abord des familles fortement empreintes du type africain, qui reçurent le nom d'E- ^hiopiens. Puis, à la suite de nombreuses fusions et de sous-croisements réitérés, naquirent de ceux- Cl des nations qui, abandonnant leur terre natale, allèrent s’établir en d’autres pays. Ce sont celles qui, 3 étant développées selon les tendances et les aspirations de leur génie, créèrent les idiomes particuliers qui ont servi aux philologues de point de départ pour classer les peuples anciens en trois familles aryenne, sémitique et touranicnne. 11 est curieux d’observer que, malgré l’altération considérable apportée au type primitif par les croisements, les écrivains anciens, fidèles à la filiation généalogique, leur conservèrent longtemps l’appellation ethnique origi-
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nelle. Josèphe affirme que, partout en Asie, le, nom de Coushites était resté aux Ethiopiens. Pline, de son côté,- remarque qu’en Afrique les Ethiopiens sont noirs et qu’on les appelle Maures, mais que les Ethiopiens d’Europe sont blancs et sont nommés Hyperboréens. Enfin Philostrate écrit dans la vie d’Apollonius de Thyane, qu’il y a en Asie des Ethiopiens dont la couleur èst rougeâtre.
Ces diverses observations démontrent que les Libyens et les Ethiopiens d’Asie, par leur immixtion continue avec les nations scythiques, indiennes ou mongoles, prirent dans le nord une teinte cuivrée ou olivâtre, tandis que ceux qui se répandirent en Afrique, à la suite de l'invasion des Huksôs, se pénétrant exclusivement, de l’élément noir, éliminèrent, par degrés, la teinte claire, et comme les Abyssins, les Berbères, les Nubiens, reprirent la couleur de leurs premiers ancêtres, tout en conservant, cependant, le profil droit ou aquilin, les cheveux longs, que le mélange asiatique avait développés en eux. Un savant voyageur, M. de KhanikofT, a fait cette intéressante remarque que, chez les peuples du Caucase et les Turcomans d’origine mongole, la forme du nez est le premier trait qui se modifie par le mélange ; l’os nasal, une fois acquis à la race, ne disparait plus.
La tradition coushite vit dans tout l’Orient. Les
Persans donnent à de certaines familles étrangères à leur nationalité le nom de Tazi ou Tajiks, qui correspond à Ethiopien. Les Chinois les appellent Ta-Che et les assimilent aux Arabes. Les Persans racontent qu'ils furent jadis gouvernés par une dynastie d'indiens noirs, Siah-Hindu, du nom de Zenghi. Or, selon Massoudi et Ibn-Khaldoun, Zengh est le nom d'une des trois grandes branches de la race noire africaine.
Les contes arabes, aussi bien que nos romans de chevalerie, parlent fréquemment des Ethiopiens ; ce sont presque toujours des hommes cruels, ravisseurs de femmes et habiles magiciens. De nos jours, en Russie, on distingue, parmi les cochers de place et les domestiques des seigneurs, des hommes au teint cuivré, dont les traits aquilins tranchent vivement parmi les faces aplaties des, moujiks. On les désigne généralement par la dénomination d'Ethiopiens ; les Russes sont aussi embarrassés d'en donner la raison qu’on l'est en France et en Angleterre pour expliquer celle d’Egyp tiens ou Gipsies que portent dans ces pays les Bohémiens, Zingari ou Gitanos, en qui se révèlent les signes évidents de leur primitive origine. Ce sont, en effet, les restes dispersés des colonies coushifos, jadis établies au bord de l’Indus et chez lesquels persistent, avec une singulière vitalité, le culte
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des astres, le don de divination, les coutumes et jusqu'au nom des premiers pères de leur race. Roumi est évidemment le môme terme que pi romi, qui, selon Hérodote, désignait, chez les anciens Egyptiens, les hommes vertueux et bons l .
Des chaudronniers nomades, astrologues et chiromanciens, voilà donc ce qui reste de la race ardente et énergique dont la puissance embrassa, durant une période considérable, l’Afrique, l’Asie et l'Europe. Elle pratique encore, dans sa déchéance, les deux sciences que ses pères enseignèrent au monde inculte, la métallurgie et les oracles ; l'art de façonner le cuivre et le fer et l’art de prédire. Rapidement dépassés par les peuples dont ils furent les premiers maîtres, ces Bohémiens qui, sous les haillons, portent la fierté de leur cinq mille ans d’antiquité, ressemblent au loch qu'pn jette du navire à la mer pour mesurer la vitesse de sa marche ; leur immobilité marque le chemin qu'ont fait les sociétés depuis quarante siècles.
1 Hérod., t. II, 143.
L’ATLANTIDE