‹ L'océanChapitre 10 sur 76 · HE HE · texte numérisé non relu

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lumières de l’océanographie. Il n’est point ici question de prééminence à établir entre les deux sciences : océanographie et zoologie, mais il y a pour l’une, l’océanographie, antériorité forcée d’application sur l’autre, la zoologie. Comme on a persisté à agir autrement, il en est résulté une difficulté ou pour parler plus franchement, une impossibilité à la solution d’un problème qui par lui-même n’était déjà que trop compliqué. Il faut étudier méthodiquement la question et, dans le cas actuel, le bon sens à lui seul, indique que pour établir les relations entre l'être vivant et les conditions du milieu, il convient avant tout de connaître les conditions relativement plus simples à observer parce qu’on possède le pouvoir de les étudier isolément, l’une après l’autre : la profondeur seule avec une sonde, la température seule avec un thermomètre, la pression seule avec un piézomètre, instruments précis et à graduation abondante, au lieu de se servir d’un hareng ou d’une sardine, êtres vivants, instruments totalisateurs et insuffisamment gradués. Procédons logiquement, du moins difficile au plus difficile, ne perdons jamais de vue le bon sens, agissons par chiffres, expériences, cartes, analyses et synthèses et nous viendrons à bout de tous les problèmes. Quand, éclairé par l’océanographie, le zoologiste aura fourni au paléozoologiste ou au paléobotaniste, gräce à la présence constatée d’un ensemble de fossiles dans une couche géologique, la possibilité d’affirmer la profondeur à laquelle était située cette couche alors qu’elle était en train de se former au sein de l’océan disparu depuis des milliers d'années, on saura la température, la salure, la densité et le reste de l’eau qui la baignait. La géologie stratigraphique, science à peu près entièrement de descriptions, d'énumérations, d’inductions plus ou moins hasardées et sans sanction, sera transformée en paléogéographie, science exacte comme l'ont répété depuis si longtemps Pfaff, von Hoff et tant d’autres en Allemagne; Delesse, Ch. Sainte-Claire Deville, Daubrée en France. Bon gré, mal gré, elle y arrive à grands pas.

L’humanité n’a pas dü tarder beaucoup à observer que la mer servait de demeure à des êtres vivants bons à dévorer. Poissons

d’eau douce, poissons d’eau de mer, la pêche est presque aussi vieille que l’homme, presque aussi vieille que la faim. Mais entre savoir qu’il existe des animaux aquatiques, découvrir la façon de s’en emparer et avoir l’idée de chercher les lois de leur distribution, d’abord pour connaître celles-ci, puis pour pêcher méthodiquement, il s’est écoulé des siècles.

Au moyen âge, vers 915, le savant voyageur arabe Maçoudi pensait que certaines mers renferment des animaux tandis que d’autres — et en particulier le Grand Océan — n’en contiennent pas. Îl raconte une curieuse légende sur la façon dont le roi Alexandre se renseigna sur la nature des êtres, un peu animaux et beaucoup génies, habitant la mer au voisinage d'Alexandrie dont ils empêchaient la fondation. Le roi se fit tout simplement descendre au fond de l’eau dans une cloche à plongeur ce qui prouve que l'invention est plus ancienne qu’on ne le suppose. Il est vrai que tel qu'il est décrit, l’appareil laissait assez à désirer pour que tout autre que le légendaire héros qui s’y serait enfermé aurait payé cher sa hardiesse.

Au xvr° siècle, Hans Sloane étudie les algues et sir John Hawkins, navigateur anglais, signale l'extrême abondance de la vie pélagique.

Le véritable début des études sur les êtres marins date réellement du xvm siècle. On y fut amené, en Italie, par l'observation des couches terrestres. On découvrit des fossiles dont on constata Panalogie avec les coquilles des rivages actuels, ce qui était d’autant plus facile que les couches fossilifères italiennes sont d’âge relativement récent. On remarqua que si certains de ces fossiles manquaient aujourd’hui de représentants côtiers, ils en avaient sans doute dans les profondeurs océaniques, de sorte que celles-ci devaient être habitées. A la même époque (1729), Baccari examinait comparativement au microscope les débris fossiles des roches sédimentaires et ceux des fonds marins voisins du rivage et il signalait la ressemblance mutuelle des uns et des autres. La géologie et la paléontologie ont servi d'introduction à la zoologie marine, parce qu’il est moins pénible d'étudier une roche mise à

64 L'OCÉAN nu dans une carrière que de la récolter au fond d’une couche d’eau, même peu profonde. |

Les nombreuses expéditions maritimes qui eurent lieu pendant la seconde moitié du xvii* et le commencement du xix° siècle comptaient pour la plupart parmi leurs membres des naturalistes qui s'occupaient à recueillir et à décrire des animaux marins. La science bénéficia de tout ce que l’on apprit relativement aux animaux pélagiques, mais on ignorait toujours si le fond même était

habité. Là élait la grande question d’autant plus irrésoluble pour

le moment qu'il fallait tout d’abord savoir atteindre ce fond, ce à quoi l’on ne parvenait pas.

Cependant l'attention demeurait éveillée et les tentatives persévérantes que l’on ne cessait de faire pour toucher le sol sous-marin au moyen de sondages acheminaient vers le succès. En science, tous les progrès sont solidaires et, dans cette chasse aux vérités, le butin rapporté n’est pas toujours celui à la poursuite duquel on s'était lancé.

Sir John Ross, en 1818, sondant par grandes profondeurs, dans les régions polaires arctiques, ramena, enchevêtrés dans sa ligne ou même accrochés à son plomb de sonde, des animaux de forme nouvelle. Mais, était-on assuré qu'il provenaient bien des profon-

deurs considérables auxquelles était parvenu le plomb, ou bien

avaient-ils été rencontrés au passage entre la surface et le fond ? Les savants n’attachaient pas une importance suffisante à ces faits qui n'étaient pas encore de mode. On trouvait parfois à la côte ou à la surface de l’eau des animaux morts, d'aspect inconnu, et souvent bizarre qui ne pouvaient venir que des profondeurs d’où ils avaient été ramenés accidentellement par des tempêtes ou d’autres causes, Cependant, comme il arrive souvent, le problème était résolu sans que les savants s’en doutassent par les pêcheurs portugais de Sétubal qui depuis longtemps pêchaient à la ligne des requins à plus de mille mêtres de profondeur.

En 1840-1843, le naturaliste anglais Edward Forbes embarqué à bord du Beacon dans la mer Égée, crut être en droit d’affirmer l'existence d’un zéro de la vie animale qu'il fixa à 300 brasses

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