‹ L'océanChapitre 15 sur 76 · FAO ANT PRE Q PSN ETES · texte numérisé non relu

FAO ANT PRE Q PSN ETES

de l'azote, alors que dans l’air atmosphérique le rapport de l’oxy- . gène à l’azote est de 21 parties de l’un pour 79 de l’autre, il est de 35 à 65 dans l’eau douce, d’après Dalton et de 33,9 à 66,1 dans l’eau de mer, d’après Jacobsen. Les deux dernières valeurs sont des moyennes comprises entre 36,1 et 33,6 d’une part et 65,9 et 66,4 d'autre part, comme limites extrêmes. La variation de la quantité d'azote avec la profondeur est insignifiante parce que ce gaz est inerte et ne semble jouer aucun rôle dans l'économie océanique. Il en est autrement de l’oxygène qui subit d'assez fortes variations et passe de 35 ou 36 à 28, 24, 16 et même 11 p. 100. Ces différences s'expliquent par les oxydations qui se produisent dans les matériaux du sol sous-marin et par la respiration des êtres vivants qui, groupés en nombre plus ou moins considérable, selon la localité, suivent sous les eaux, flore ou faune, les mêmes lois que dans l'atmosphère gazeuse continentale. Ainsi qu'il résulte des recherches d’Aimé et plus tard de Knudsen, les animaux aspirent de l'oxygène et expirent de l’acide carbonique comme le font les plantes pendant la nuit tandis qu’à la lumière, celles-c1, au contraire, aspirent l’acide carbonique et expirent l'oxygène.

l’eau de mer absorbe l'air atmosphérique avec lequel elle est en contact, en plus ou moins grande quantité selon la température. L’eau froide en prend plus que l’eau chaude de telle sorte que 1 000 volumes d’eau de mer absorbent 24,7 volumes d’air à zéro, 18,5 à 13 degrés et 17 seulement à 20 degrés.

On a longtemps pensé que, dans les profondeurs, les gaz devaient être dissous sous une pression énorme correspondant à autant d’atmosphères qu'il y a de fois 10 mètres environ dans la distance comprise entre la surface et Le point considéré. Aimé a prouvé expérimentalement qu’il n’en était rien et que, quelle que soit la profondeur, l'air ne se trouvait qu’à la pression atmosphérique. Pour mieux faire comprendre sa pensée, il comparait un liquide à une roche bourrée de canalicules tous en connexion avec la surface et par conséquent avee l'atmosphère. La couche profonde d’eau de mer est dans la condition d’une brique qui, placée à la base d’un édifice, supporte, il est vrai, sur sa masse la pression de

tout l'édifice situé au-dessus d’elle mais dont les pores restent toujours remplis d’air à la pression même de l’atmosphère avec laquelle ils ne cessent pas de rester en communication. Ces faits intéressent les conditions de vie des êtres habitant les abîmes. Ils autorisent à diminuer lépaisseur des bouteilles destinées à recueillir l’eau des profondeurs et qu’on avait d’abord tenues très épaisses afin de leur permettre de résister à la puissante décompression supposée résulter de la remontée à la surface après remplissage et fermeture parfaite. Les expériences d’Aimé ont été reprises au moment de l’expédition du Vôringen par le commandant Wille au moyen d’une bouteille de son invention et, plusieurs années après, à bord de la Princesse-Alice par le D' Richard. Ëlles ont confirmé la loi d’Aimé. La légère effervescence du liquide que l’on avait cru remarquer est due à l'augmentation de volume de l’eau elle-même, conséquence de la décompression au moment de l’arrivée à la surface.

IL importe encore de remarquer que la communication constante avec l’atmosphère de la couche d’eau profonde explique comment est indéfiniment renouvelée la provision d'oxygène nécessaire à la respiration des êtres vivant sur le fond et qui, s’il en était autrement, ne tarderaient pas à la consommer entièrement et, par conséquent, à périr asphyxiés. En supposant le bas d’une colonne liquide aussi haute qu’on le voudra, absolument privée d’air, mais en communication avec l’atmosphère à sa partie supérieure, cette colonne s’aérerait de nouveau par convection de haut en bas et dissolution de l'air de proche en proche. Le phénomène a été parfai-

tement établi par les expériences de M. Thoulet et plus tard du D’ Regnard.

Le rôle exact de l'acide carbonique dans l’eau de mer est mal connu. Si on veut chasser par l’ébullition l'acide carbonique contenu dans un volume déterminé d’eau de mer, le gaz se dégage d’une façon continue alors même que, tout le liquide étant évaporé, on en est arrivé à calciner une masse solide de sels. Avec de l’eau douce, l’ébullition dégage rapidement tout l'acide carbonique en donnant lieu à une précipitation de calcaire. L’eau de mer traitée

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de même demeure limpide. On a attribué le phénomène à la présence dans celle-ci soit du chlorure de magnésium, soit des sulfates. Dans ces conditions, l’acide carbonique est-il à l’état libre ou bien est-il combiné à des bases et particulièrement à la chaux et au fer, Ë à l’état de bicarbonate instable se formant et se détruisant conti- | nuellement sous des influences non précisées ? Tornde admet que chaque litre d’eau de mer contient de 48 à 50 centimètres cubes d’acide carbonique et cette proportion n’éprouverait que de faibles variations avec la profondeur ; elle dépendrait d’abord de la quantité même des sels dissous dans l'échantillon et de la température, de sorte que l’eau serait d'autant plus chargée de gaz qu’elle renfermerait plus de sels dissous et que satempérature serait plus basse. 4 Elle serait aussi en relation avec la présence du plankton, surtout 4 animal, dont la respiration exhale de l’acide carbonique qui se dis- À sout dans l’eau environnante.

On ne s’est pas encore préoccupé de la présence de l'acide carbonique libre dans les eaux océaniques en contact avec certaines parties du sol sous-marin. L'existence au fond de l'océan de manifestations actuelles d'activité volcanique est aujourd’hui hors de doute. L’eau alors fortement échauffée provoque dans les profondeurs et souvent même jusqu’à la surface, de violents courants. IL serait étonnant que les dégagements d’acide carbonique, compagnons si constants de l’activité volcanique continentale, manquassent sur le lit océanique. Il y a là une question d’une extrême importance, encore obscure et par conséquent digne de fixer l'attention des chimistes océanographes.

L’acide sulfhydrique est rare dans l’océan. Comme il résullà de la putréfaction des matières organiques, on n’en trouve guère qu’au voisinage des continents ou, sous les tropiques, dans l’eau des marais de palétuviers. En revanche, la mer Noire contient d'énormes quantités de ce gaz. L'eau de surface en est exempte, mais À à 183 mètres, il en existe déjà 0,33 emcb par litre et plus bas, la | proportion en augmente régulièrement jusqu’au fond où elle atteint 6,55 cmcb par litre à 2166 mètres. Au-dessous de 200 mètres, \ la mer Noire est inhabitable pour tous les organismes. On a donné 4

bien des raisons pour expliquer le phénomène : on a supposé qu'il provenait de l'invasion des eaux méditerranéennes, à la fin du pliocène, au moment de la rupture du Bosphore dans le lac qu'était alors la mer Noire et de la destruction des êtres vivants qui en avait été la conséquence. On l’a également attribué à l’action d’une bactérie. Là encore de nouvelles recherches seraient indispensables.

L'étude précise et complète du rôle chimique que jouent les matières organiques contenues dans l’eau de mer est une des plus compliquées et en même temps des plus importantes de l’océanooraphie. Elle est loin d’être terminée et les détails encore obscurs ou diseutables n’y manquent pas. Au point de vue philosophique, il s’agit du passage de la vie organique à la vie inorganique qui, dans le grand cycle de choses qu’est la nature, relie l'être vivant presque au moment même où 1l achève son existence, à la roche et inversement, la roche à l'être vivant. La matière organique qui sert à l’alimentation de l'animal produit du carbonate de chaux par sa réaction sur le sulfate de chaux dissous et il résulte du phénomène lui-même une régénération de la combinaison azotée, On conçoit donc le caractère éminemment transitoire, passager et instable de ces combinaisons que détruisent le plus souvent:les opérations mêmes éxécutées dans le but de les reconnaître dans l’une quelconque des phases par lesquelles elles passent, mais dans lesquelles elles ne persistent jamais.

Les matières organiques se trouvent dans l’eau de mer à l’état de particules excessivement ténues, quoique ayant chacune leur individualité ou bien en dissolution complète. Elles sont apportées dans le bassin océanique par l’eau continentale amenée par les fleuves, elles proviennent des corps vivants des animaleules habitant la mer et plus encore de leurs cadavres, débris innombrables qui subissent les phénomènes de la putréfaction. Si derrière un navire en marche, on immerge un filet de traîne à mailles très fines, on est émerveillé, pour ne pas dire épouvanté, de la quantité de plankton qu’il renferme après un court séjour dans l’eau. On à imaginé des procédés spéciaux dans lesquels nous n’avons pas à

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