‹ L'océanChapitre 23 sur 76 · SN COLE) ANS CRT · texte numérisé non relu

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si lent de l'argile dans l’eau distillée est-il dû à une gaine d’air enveloppant chaque grain. Pour s’en assurer, il suffirait de constater la clarification après qu’on aurait fait bouillir, pour en chasser l'air, ou les poussières ou le liquide, afin de permettre à celui-ci de dissoudre l'air supposé entourer les particules d’argile non bouillies. L'expérience mériterait d’être tentée. Quant à l’arg'ile descendant si promptement dans le liquide salé, tout se passe comme si chaque particule s’entourait d’une portion du sel dissous, condensée à sa surface, de manière à perdre sa gaine d’air retardatrice et à acquérir une gaine de sel condensée jouant, par conséquent, un rôle accélérateur de chute, par suite du changement provoqué dans le rapport entre les densités du solide et du liquide ambiant. L’un augmenterait de densité par fixation de sel, l’autre en diminuerait au contraire par affaiblissement de la teneur en sel, d’où augmentation de différence et accélération de la vitesse de chute. Les lois de ces attractions ne sont pas encore bien élucidées. Quelles variables règlent l'attraction des divers corps entre eux? Serait-elle une fonction de la masse, de l’équivalent chimique, du degré de dilution du solide dissous dans le liquide dissolvant ? Qui sait si en poursuivant cette étude on ne tomberait pas sur la loi de la gravitation universelle, la loi des masses et des distances, gouvernant le monde des plus qu'infiniment petits, les molécules et les atomes, comme elle gouverne l’infiniment grand des mondes planétaires? Quoi qu'il en soit, c’est ainsi que s'expliquent la purification des eaux par filtration au travers du sol, le trouble persistant de certaines rivières dont l’eau est particulièrement pure et, pour en revenir à l’océanographie, le dépôt des sédiments apportés par les fleuves immédiatement devant l’embouchure où, si la mer est suffisamment calme, ils donnent naissance dès leur premier contact avec l’eau salée à une barre ou à un delta.

Bien d’autres expériences mériteraient d’être faites; elles n’exigeraient point de génie de la part de celui qui les exécuterait, mais seulement du soin, de la patience, de la méthode et — hélas! du temps. Les applications à la géologie seraient du plus haut intérêt. Guidé par les chiffres trouvés, on reconstituerait l’histoire vivante

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des couches maintenant rocheuses et sèches, jadis fonds de mer disparus depuis des siècles de siècles. Une espèce minérale étant donnée, il faudrait mesurer sa résistance aux actions diverses exercées par l’eau. La résistance aux actions mécaniques fournirait la vitesse des courants de l’océan d’autrefois et l’on y parvient en observant si les grains de sable sont anguleux ou arrondis — résistance à l’action dissolvante et l’on aurait peut-être le temps que le minéral est resté immergé — résistance à l’action chimique de diagenèse et l’on s’expliquerait, parmi un ensemble de minéraux déposés en même temps, la disparition de quelqu :s-uns, la transformation de certains autres. De déduction en déduction et non de rêverie en rêverie, sans cesser de s’appuyer sur des chiffres, des mesures, des expériences rigoureuses de synthèse et d'analyse, un grain de sable examiné au microscope raconterait l’histoire entière de l’océan silurien, dévonien, jurassique ou crétacé au sein duquel il a flotté, au fond duquel il a roulé, On aurait son étendue, sa profondeur, la puissance de ses vagues, leur direction la plus ordinaire et par conséquent la force et la direction de ses vents, la salure, la densité, la température de ses eaux; on mesurerait ses courants, on calculerait la forme de son lit, ses pentes plus ou moins abruptes; on assisterait à ses tempêtes, on

contemplerait ses calmes, on entendrait en quelque sorte le mugis-.

sement de ses flots battant, sous un ciel limpide ou brumeux, les plages de continents ou d’iles dont la paléobotanique ferait connaître les arbres, les plantes, les fleurs et les fruits; dont la paléozoologie montrerait les animaux depuis les plus énormes jusqu'aux plus humbles insectes, jusqu'aux microbes eux-mêmes, aussi actifs autrefois, comme on commence à peine à soupçonner, qu'ils le sont aujourd’hui. La science est d’autant plus remplie d’art et de poésie qu'elle est plus rigoureuse et seul, le chiffre, unique garantie de vérité, lui donne son entière splendeur. . | Nous avons suivi dans leur marche du rivage aux portions centrales des océans, les sédiments minéraux fins. Les galets et les sables qui leur ont donné naissance n’ont, pendant ce temps, pas quitté les eaux peu profondes des côtes. Poussés vers:la terre par

la marée et la vague, repris par le flot descendant, successivement couverts d'herbes marines et, ainsi allégés, lancés comme autant de projectiles contre les falaises, dépouillés alors de leur parure d'algues et immobilisés, puis de nouveau pris et repris, roulés, broyés les uns par les autres, ils sont lentement entraînés le long du rivage, accomplissant en ligne brisée des kilomètres pour avancer de mètres mesurés en ligne droite, ils s’usent surtout mécaniquement jusqu'à ce que, complètement réduite en parcelles, l'énorme pierre devenue galet, devenue grain de sable, devenue grain de poussière, ait été en quelque sorte rendue digne de partür enfin pour le vaste océan lointain aux grosses vagues de houle, aux régions de calme où la mer poudroie d’étincelles sous le soleil, puis de là, à travers les profondeurs glauques, sur le sol des abimes sombres et silencieux où dorment, couchées dans la vase, les carcasses des navires naufragés, masses informes et immobiles, éclairées par instants des lueurs phosphorescentes verdâtres, violettes ou rouges des poissons des grands fonds.

La récolte et l’étude des fonds marins ont pour but la solution d’un grand nombre de problèmes et, parmi eux, celui qui, peutêtre, les résume tous ou du moins est le meilleur outil servant à les élucider tous, l'établissement d’une carte lithologique du sol immergé. Dès le début, il est indispensable, pour se reconnaître

-dans l'extrème diversité des échantillons, de fixer une classification.

Plusieurs ont été proposées dont aucune, il faut l'avouer, n'offre le caractère de précision et de simplicité qui la rendrait vraiment scientifique. Ayant eu à m'occuper des fonds récoltés par le prince de Monaco dans ses diverses campagnes, j'ai dû étudier la question avec beaucoup de soin et peser sérieusement les avantages et les désavantages des diverses classifications. Comme en définitive, je n'ai été satisfait d'aucune, j’ai été amené à en créer une nouvelle et je vais exposer ici les motifs qui m'ont guidé.

On est frappé du manque de précision des dénominations employées pour désigner les fonds. Si tout le monde semble à peu près d'accord sur ce qu’on entend par les mots pierres, cailloux, galets, graviers et sables, il n’en est pas moins vrai que personne

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n’a eu l’idée d'établir de limites rigoureuses pour ces diverses catégories de terrains et, à la limite, certains échantillons nommés graviers par un observateur, seront appelés sables par un autre. La même incertitude, plutôt encore augmentée, existe s’il s’agit de qualifier un sable gros, moyen, fin ou très fin et elle atteindra son maximum pour les vases, les vases sableuses, les sables vaseux, les argiles et les boues, termes créés pour des usages pratiques immédiats, alors que rien n’était soupçonné des immenses progrès que devait accomplir l’océanographie. Je laisse de côté les désignations employées dans divers pays et purement locales. On s’est contenté d’affirmer que tout le monde, ce qui, en réalité, signifiait personne, savait faire les différences. Il est curieux que les désignations soient aussi imprécises en anglais et en allemand avec les mots ooze, mud, clay, ou schlamm et schlick. Le premier soin doit donc être de fixer nettement la signification et les limites de ces termes. A vrai dire, la limite même importe assez peu, l'essentiel est qu’elle existe, soit bien établie et adoptée par tous afin que le même échantillon porte toujours et partout le même nom. Le caractère d’un fond, parmi tous les autres, ne donnant

prise à aucune discussion puisqu'il est en quelque sorte mathé-

matique, est la dimension des grains qui le composent, tous minéraux quelle que soit d’ailleurs leur origine, et la proportion relative des grains de telle ou telle dimension. Il convient done de séparer un échantillon en catégories dont chacune ne contienne que des grains de même grosseur et qu'il suffira ensuite de peser et de ramener à un total de 100 pour avoir la relation cherchée. Le commerce et cerlaines industries, en particulier la minoterie, font usage de tamis calibrés suscepübles d'effectuer ce triage dans des conditions satisfaisantes. Ils sont en fils de fer ou de laiton ou bien en tissu de soie dite soie à bluter. On les distingue par leur numéro indiquant le nombre de mailles comprises sur une longueur déterminée qui, dans l'espèce, est l’ancien pouce égal à 27 millimètres. C’est ainsi qu'un tamis n° 3, par exemple, aura 3 mailles et un tamis 200, le plus fin de tous, 200 mailles sur 27 millimètres de long. Bien entendu, cela n'implique pas que

chaque maille carrée du tamis 3 ait pour dimension le tiers de 27 millimètres, c’est-à-dire 9 millimètres, car l'épaisseur des fils est à défalquer. On en est quitte pour mesurer une fois pour toutes la dimension du vide des mailles pour chaque numéro de tamis, bien qu’en fait, cette connaissance n’ait pas grand intérêt, mais on est assuré de trouver partout, en demandant des tissus de soie à bluter d’un numéro déterminé, des tamis identiques. Il ne faut pas oublier que la dimension des mailles des tamis de soie est modifiée quand on les mouille. Ainsi que le prouve un examen au microscope, elles se rétrécissent et assez irrégulièrement, aussi sera-t-il nécessaire de n’opérer qu’à sec, ou, si l’on est forcé d’agiir sous l’eau, comme c’est le cas pour les fonds marins, de faire passer de nouveau, avant de les peser, les fractions isolées par des tamis secs.

Dès lors les fonds seront classés de la manière suivante qui, je le répète, est arbitraire, mais telle qu'un même échantillon sera toujours désigné de la même manière par tous ceux qui auront à le décrire.

On dit qu’un fond est de roche lorsque le plomb de sonde ne rapporte rien et l’on appellera pierres ou galets les fragments anguleux ou arrondis d’un poids supérieur à 3 grammes.

Les graviers seront gros, moyens ou fins selon qu'ils seront arrêtés par les tamis 3, 6 et 10.

Les sables seront gros, moyens, fins et très fins s’ils sont respectivement arrêtés par les tamis 30, 60, 100 et 200 après avoir franchi le tamis du numéro immédiatement supérieur,

Tout ce qui a franchi le tamis 200 porte le nom de vase et comprend des grains minéraux fins-fins ayant chacun son individualité minéralogique, au microscope, et qu’il n’est pas impossible d’isoler avec une certaine précision ainsi qu'une portion amorphe en partie calcaire et en partie inattaquable à l’acide chlorhydrique étendu. Cette dernière est l’argile.

Cette classification supprime toutes les autres. Des désignations telles que fonds terrigènes ou abyssaux ne spécifient rien qu’une origine d’ailleurs sujette à être discutée; des fonds dits de mer profonde ou improfonde, du large ou côtiers n’ont point de valeur

disünctive, car peu importe l’endroit où l'on a récolté l'échantillon à qui ne se propose que de le nommer. Je m'élève davantage encore contre les appellations impliquant la présence de tels ou tels animaux ou végétaux comme vases à diatomées, à globigérines ou à radiolaires, pour une foule de raisons dont la première est qu'il n’existe aucun procédé pour trier ct isoler .la totalité garantie des débris organiques de telle ou telle espèce dans un échantillon et, la seconde, qu’il y a bien peu de fonds où, en les cherchant bien, on ne découvre en même temps deux, trois variétés de ces débris d'organismes. On répondra par la rareté ou l'abondance relatives de celles-ci. Les adjectifs « abondant » ou « rare » n'offrent pas la moindre rigueur scienlifique puisque personne n’est capable d’affirmer où finit la rareté et où commence Pabondance. Enfin je ne saurais admettre les désignations topoœraphiques telles que vases du Nord ou vases du Sud de quelques auteurs, pour ce motif que la vase du Nord par rapport à une localité est vase du Sud par rapport à une autre et qu'il importe de faire, non de l’océanographie locale, mais une océanographie s'appliquant à l’océan tout entier. De quelque part qu'il vienne, l'échantillon doit être nommé à l’aide de procédés simples et précis et de manière à ce que chacun lui donne le même nom. J'ai désigné plusieurs centaines d'échantillons d’après ma méthode; jamais je ne l’ai trouvée en défaut et c’est pourquoi on me permettra de la trouver bonne et de m’y tenir.

Étant ainsi fixé sur la valeur des termes gravier, sable et vase, on conviendra qu’un échantillon continuera à être considéré comme un sable tant qu'il ne contiendra pas plus de 5 pour 100 de vase. Si la proportion de celle-ci augmente, pourvu qu’elle n’atteigne pas 25 pour 100, on a un sable vaseux; entre 25 et 90 pour 100 de vase une vase sableuse, enfin la vase proprement dite contiendra moins de 10 pour 100 de grains ou plus de 90 pour 100 de vase.

La proportion de calcaire jouant un rôle important, il est utile de donner une qualification à limites précises, à ce point de vue spécial, aux divers fonds. C’est ainsi qu’un échantillon quel qu'il soit, vase ou sable, sera faiblement calcaire, très calcaire ou extré-

mement calcaire s’il renferme, au plus, 5 pour 400, ou de 5 à 50, de 50 à 75 et enfin plus de 75 pour 100 de carbonate de chaux.

L’échantillon nommé, on procède à son analyse.

L'analyse est multiple : mécanique, chimique, biologique; tel élément sans intérêt pour un certain ordre de recherches est susceptible en effet de prendre une importance dans d’autres recherches prévues ou imprévues. Chaque fois que l’on possède un échantillon de fond marin de position connue, on peut être amené à y chercher par les procédés précis des sciences expérimentales, la vérifcation ou la négation de toutes les hypothèses dont il aura suggéré l’idée. C’est pour cela qu’il est si désirable que le même échantillon soit étudié à tous les points de vue, car on est ainsi amené à discerner des relations qui autrement n'auraient jamais été soupçonnées entire les divers caractères, et c’est là aussi que se trouve l'avantage de posséder des échantillons abondants.

La classification est basée sur une analyse mécanique à laquelle s'ajoute un peu d'analyse chimique. Après avoir passé l’échantillon aux tamis divers, on le traite par l'acide chlorhydrique étendu afin d’y doser le carbonate de chaux. On soumet ensuite le résidu à un nouveau passage aux tamis pour déterminer par différence la part de calcaire qui revient à la vase et celle attribuable au sable, Enfin, un triage à la liqueur d’iodures des grains qui ont résisté à l’acide, laisse évaluer la proportion de minéraux lourds, c’est-à-dire de densité supérieure à 2,7, immédiatement supérieure à celle du quartz, et celle des minéraux légers comprenant le quartz et ceux qui sont encore moins denses que lui.

Ces minéraux et d’ailleurs le fond tout entier, sont examinés au microscope. Les débris calcaires animaux ou végétaux, quant à leur nature organique, relèvent de l’analyse biologique dont il sera parlé plus tard. Cette étude microscopique est assez délicate à cause de la dimension très faible des grains dans la plupart des cas. On en aura une idée en se rappelant que la dimension moyenne de ceux auxquels j'ai affaire dans mes analyses de vases de grands fonds est telle qu’il faut environ 20 000 de ces grains pour peser un milligramme ; elle implique une technique spéciale quelque peu

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différente de celle en usage pour l'examen microscopique des lames rocheuses minces. Elle est fondée sur l’aspect général du grain, les phénomènes qu’il manifeste en lumière naturelle et en lumière polarisée, avant et après calcination, sa résistance plus ou moins énergique à l’action d’acides comme l'acide hydrofluosilicique ou les vapeurs d'acide fluorhydrique et les résultats cristallins de l'attaque, la façon de se comporter pendant la calcination et d’autres caractères encore. Le microscope permettant de reconnaitre la nature individuelle des grains, donne les moyens de savoir leur provenance de telle ou telle région continentale dont la constitution rocheuse est déjà connue. La nature minéralogique donne la densité et plusieurs autres propriétés ; on voit si le grain a été rejeté par un volcan, s’il est anguleux et alors il aura été entrainé flottant dans le courant, ou arrondi parce qu’il aura été roulé sur le fond et, dans l’un comme dans l’autre cas, on obtiendra une notion sur la direction et la vitesse des courants qui l’ont charrié. L'analyse microscopique en y comprenant l'analyse miero-chimique est tout à fait indispensable en lithologiie sous-marine.

L'analyse chimique qualitative ou quantitative à laquelle peut être soumis un fond est variable à l'infini selon le but que l’on se propose de mettre en lumière. Les procédés sont ceux de l'analyse chimique ordinaire parfois modifiée ainsi que l’exige le faible pourcentage des corps dont on cherche le plus souvent à déceler la présence. C’est ainsi que Dieulafait s’est servi de l'analyse spectrale pour discerner des traces infiniment petites de matière, zinc ou manganèse. Les substances organiques jouent un rôle si important que dans la plupart de mes échantillons, je les ai dosées sous formé d’ammoniaque. Il est probable que l'évaluation des diverses silices et celle du phosphore présenteraient un notable intérêt. Néanmoins comme une analyse immédiate exige beaucoup de temps, il ne faut lentreprendre que si l’on voit clairement le but où elle doit conduire et plus que jamais il est indispensable de rappeler le sage conseil de Mobr : adresser à la nature la question bien définie à laquelle l’analyse devra répondre affirmativement ou négativement.

Une analyse mécanique exigeant des pesées est impossible à

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exécuter à bord. On se contente alors d’une analyse approximative mais rapide, qui consiste à introduire un ou deux grammes de l'échantillon dans un tube en verre fermé à l’une de ses extrémités et contenant de l’eau de mer. On agite vivement et on laisse déposer en maintenant le tube bien vertical. On mesure exactement la hauteur du dépôt après une minute et après trente minutes. Le rapport entre ces deux hauteurs fournit sensiblement le rapport entre le sable et la vase et par conséquent permet de nommer le fond. Supposons que sur un certain espace de mer, on ait recueilli en un grand nombre de points des échantillons dont chacun aura été l’objet d’une analyse. Si on a eu soin de noter sur la carte de cette région le lieu de chacun des sondages par un petit rond, il suffira d’attribuer à chaque espèce de fond une couleur spéciale, par exemple le bleu pour les roches, le rose pour le sable, Le brun plus ou moins rouge pour le sable vaseux et la vase sableuse, le jaune clair pour la vase et de peindre de cette couleur le petit rond, pour avoir dressé un canevas de la carte lithologique. Les points étant suffisamment rapprochés, on entourera d’un trait tous ceux juxtaposés ayant la même couleur et on lavera de cette couleur l'aire tout entière. On figurera ensuite par des signes coloriés diverses particularités du fond : les pierres au moyen de triangles, les galets par des circonférences, les graviers par des points rouges, puisque les pierres, les galets et les graviers sont en quelque sorte de la famille du sable, les coquilles en bleu clair, par des croix si elles sont entières, par des traits enchevétrés si elles sont brisées, par des points si elles sont moulues, les herbiers par des traits horizontaux verts et l’on aura ainsi une carte qui, d’un seul coup d'œil, montrera la nature du fond. J’ai employé ce procédé pour l’atlas lithologique en 22 feuilles grand aigle que j'ai dressé des côtes de France d’après les cartes de la marine. Certes mon travail n’est pas définitif : il n’est pas sûr qu’il le soit dans un demi-siècle et encore à la condition qu'on y travaille. Dans son état actuel, Je le considère comme une simple esquisse fournissant un premier aperçu et surtout permettant d’être incessamment améliorée. Grâce à l'avantage d’une classification précise qui établit l'unité

de dénomination, à l'accord sur la gamme des colorations, toute

observation suivie d’une analyse et d’un pointage, füt-elle unique

et en quelque lieu que ce soit, sera une amélioration. En outre deux océanographes travaillant l’un dans la Manche ou l’Atlantique et l’autre dans la Méditerranée, seront assurés de rester d'accord, Les cartes lithologiques, pour les régions inondées, sont l’exacte image des cartes géologiques pour les régions exondées. Si l’on veut se souvenir que la carte géologique de la France commencée il y a bientôt un siècle et demi, n’est pas encore terminée et de plus, qu’une carte marine lithologique où chaque coup de sonde ne garantit que le point même où il a touché le sol, est beaucoup plus laborieuse et plus longue à dresser qu’une carte géologique terrestre, on comprendra le délai que nous fixions à l’achève-

ment de l’œuvre. Je souhaite qu’on s’en occupe le plus tôt et le plus

activement possible, car un pareil document rendra d'immenses services pratiques à tous ceux qui travaillent la mer, pêcheurs, ingénieurs, télégraphistes et marins. Plusieurs nations en‘ont dressé de semblables et en particulier la Norvège dont l’industrie essentielle est la pêche. Et c’est parce que l’œuvre est éminemment utile et très longue à achever qu’on ne saurait trop faire appel au concours et au dévouement de tous.

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