‹ L'océanChapitre 29 sur 76 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ERTAINES formations s’effectuent par voie chimique au fond de la C mer. L’océanographie, à mesure qu’elle se développe, voit s’ouvrir de nouveaux et plus vastes horizons. On croit d’abord qu’il sera facile d’en embrasser l’ensemble et à peine s’est-on mis résolument au travail et a-t-on pénétré un peu plus dans le vif des diverses questions qu'elle traite, qu’on s’aperçoit de l’ambition de ses espérances. Chaque sujet se divise en branches distinctes, assez peu différentes au début, mais qui divergent toujours davantage les unes des autres et qui jettent à leur tour des rameaux ; de spécialité en spécialité, sans rien méconnaitre des inconvénients graves | de la spécialisation, le chercheur est, malgré lui, forcé lui aussi de Ù se spécialiser. Il ne reste qu’une rèssource. Le rôle du spécialiste ; consiste à connaître aussi complètement que possible, une région | déterminée quelconque de la science, si petite qu’elle soit et à se servir des connaissances acquises à force de travail pour en résumer les lois, en extraire en quelque sorte la quintessence afin de la livrer, réduite à son expression la plus simple et par conséquent la plus compréhensible, aux autres spécialistes. Ceux-ci agissant de même, livreront en échange la quintessence de ce que leurs efforts dirigés vers un but restreint leur auront permis à eux aussi d'approfondir. Une science non susceptible d’être résumée, condensée à l’usage de tous, n’est pas ‘une science. Il ne s’agit évidemment pas d’être informé des détails, ni même des faits qui ont

servi à établir les lois, mais de savoir nettement le but vers lequel on marche, les grands résultats déjà conquis et ceux qui restent à conquérir. Trouver les moyens d’y parvenir reste l'affaire du spécialiste ; chacun d’eux portant toute sa responsabilité doit être cru sur parole jusqu'à preuve formelle d'erreur. Telle se comprend l'œuvre de la science, collaboration d'autant plus indispensable que le domaine du savoir humain s’est si effroyablement agrandi que l'intelligence est maintenant incapable d’en embrasser autre chose qu’une infime parie. On a acquis la conviction que dans la nature,

le moindre phénomène est la totalisation algébrique de l’ensemble

de toutes les forces naturelles, objets de toutes les sciences, dont chacune, en chaque cas particulier, possède une valeur positive, négative ou nulle. Plus je regarde la nature, plus je vois grandir la complication et diminuer le hasard. Tout homme voulant se livrer à la science serait donc, quoi qu'il fasse, obligé de tout savoir, ce qui lui est matériellement impossible. Il est par conséquent forcé de passer par une éducation première complète embrassant à grands traits l’ensemble des connaissances humaines, sorte de culture générale préliminaire pour l'esprit qui devient alors apte à tout comprendre, suivie d’une spécialisation de plus en plus serrée, à mesure des progrès accomplis, avec obligation stricte de condenser pour l’usage d’autrui et à charge de revanche, les résultats obtenus, fruits de son labeur et de son expérience. Je ne parle pas des spécialisations hâlives ; la science en meurt et bien d’autres choses en même temps.

S'il fallait fournir une preuve, on la trouverait dans l’étude des sédiments chimiques. Parmi les sciences, on a pris la géologie; puis, en géologie, on a restreint ses investigations à l’océanographie. Après l'avoir étudiée dans son ensemble et avoir constaté que son horizon s’élargissant, dépassait la portée de la vision intellectuelle d’un seul homme, on s'est à peu près cantonné dans le domaine de la lithologie sous-marine. Bientôt on a reconnu que c'était encore trop ; que l'intelligence, la puissance de travail et surtout, hélas ! Le temps, étaient limités et 1l est devenu indispensable, sans dédaigner le reste, selon l'aptitude personnelle, les cir-

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constances qui ont une part si considérable dans les décisions, d'opter pour l’une des trois branches, lithologie minérale, lithologie organique ou chimie du fond de la mer. Depuis la mort du regretté Konrad Natterer, cette dernière spécialité n’est guère représentée aujourd’hui ; c’est un terrain à peine aperçu qui devrait tenter une jeune ardeur scientifique en quête d’une voie. Que d’obscurités à éclaircir, que de mystères à dévoiler! On connaît une multitude de faits ; ils demeurent isolés les uns des autres et non coordonnés en des lois simples qui évidemment existent, qui ne sont pas trouvées et dont la connaissance est impérieusement réelamée, car l’histoire du fond de la mer est celle des roches sédimentaires de la surface du globe que nous habitons.

Cette étude est évidemment compliquée ; quelle étude nouvelle ne l’est pas? L’œuvre de la science consiste à débrouiller un chaos, à transformer en simplification une complication qui n’est jamais qu’apparente. Des minéraux prennent naissance sur le fond, calcaire, silicates comme le phillipsite, la chabasie, la glauconie, les phosphates ; il se fait des dolomitisations, des palagonitisations. Ces produits résultent des actions mutuelles des minéraux dissous, mais tous les corps, en abondance ou en petite quantité, se trouvent dans la mer puisqu'aucun n’est absolument insoluble. Leur quantité plus ou moins considérable par unité de volume du liquide n’est pas en question, étant donné le pouvoir de sélection et d’accumulation de certains éléments à l'égard de certains autres éléments, lois moléculaires à peine soupçonnées. On ignore à quel état les corps existent dans l’eau, L'analyse indique la somme totale brute de chaux, de magnésie, d’acide carbonique, d’acide sulfurique, mais toute la magnésie, par exemple, se trouve-t-elle en sulfate ou en carbonate ou partie en sulfate et partie en carbonate ? De même pour le reste. À supposer que l’on connaisse ces proportions dans une localité, elles ne sont évidemment pas les mêmes dans une autre localité, car on ne saurait trop le répéter, l’eau de mer n’est pas une solution plus ou moins étendue, dans de l'eau distillée, d’un mélange unique de sels, si complexe qu’il soit, mais toujours identique. IL importe de prendre en considération, comme

conditions non usuelles dans les laboratoires, le temps dont la durée est presque illimitée au fond de l’océan, à cause de la lenteur de la sédimentation et la pression s’exerçant dans les abimes, énorme puisqu'elle est d’une atmosphère environ par 10 mètres de profondeur et en même temps nulle s’il s’agit de gaz, puisque ceux-ci, au fond, ne sont jamais qu’à la pression almosphérique. La matière organique possède un immense rôle chimique, différent selon qu’elle est vivante ou morte, — pouvoir de sélection dont nous parlions tout à l'heure, grâce auquel telle ou telle plante accumule dans ses tissus, parce qu’elle vit, tel ou tel métal contenu parfois en proportion infinitésimale dans l’eau ambiante et, comme Mohr l’a établi dans sa belle théorie, effet du carbonate d’ammoniaque provenant de la décomposition de l’albumine des êtres ayant vécu et qui précipite le carbonate de chaux par réaction sur le

sulfate de chaux dissous. Il y a encore à ajouter l’action des microbes dont on commence à peine à deviner la grandeur ou, pour mieux dire la toute-puissance sur la terre, tandis que, sauf son existence, on ignore à peu près tout sur elle au fond des mers. Un si vaste sujet, la certitude de si belles et si utiles découvertes ne tenteront-ils pas un jeune savant riche des années qui lui restent à consacrer au travail, riche de temps, ce trésor si précieux et si rapide à se dépenser quelque économe qu’on en soit.

Nous nous bornerons à présenter les faits principaux relatifs aux dépôts chimiques. Puisse cette énumération de ce qu’on sait montrer combien il reste à savoir.

L'eau de mer qui contient tant de sels divers est néanmoins très éloignée de son point de saturation. Avant de rien laisser déposer, elle doit être réduite à la moitié de son volume et la précipitation ne commence à devenir réellement abondante qu'au moment où elle a été réduite par évaporation au cinquième de son volume primitif. Les sels se déposent successivement. D'abord le fer seul, puis le carbonate de chaux seul, ensuite le sulfate et le carbonate de chaux mélangés, puis successivement le sulfate de chaux seul, le sulfate de chaux mélangé au chlorure de sodium, au sulfate de magnésie et au chlorure de magnésium. Enfin, le sulfate de chaux

étant entièrement précipité, il se déposera simultanément un mélange de chlorures de sodium et de magnésium, du sulfate de magnésie et du bromure de sodium. On comprend quelle variété en résultera pour les dépôts d’évaporation selon la nature de l’eau de mer et surtout selon la localité géographique, le climat chaud ou froid, see ou humide. Cette question élucidée et simplifiée éclairerait le problème encore confus des formations salifères géologiques anciennes et même plusieurs phénomènes actuels comme celle de la concentration de l’eau de la Caspienne dans le golfe Kara-Boghaz.

Si l’on considère les dépôts formés sur le sol océanique, on se trouve dès le début en présence d’une question capitale. L'eau du fond a-t-elle la même composition que l’eau de la surface ? Le problème tout aussitôt se double. S'agit-il de l’eau immédiatement sus-jacente au sol ou de l’eau d’imbibition du fond, celle qui humecte la vase et dont les molécules tenant tant de sels en dissolution sont au contact d’une énorme prédominance de matériaux excessivement fins, augmentant l'énergie des phénomènes moléculaires, toujours fonction des surfaces et très variés puisque ces matériaux sont constitués par des minéraux à toutes les périodes de leur diagenèse. Chacune d’elles possède une composition particulière. Murray et Irvine qui ont établi ce résultat par l’analyse chimique en ont conelu qu’essayer, comme on ne l’a que trop fait, d'évaluer par un simple dosage du chlore les autres parties consütuantes de l’eau de mer conduirait à des résultats complètement erronés. Cette variation de composition diffère avec la composition minéralogique du fond et, d’après des analyses exécutées

dans mon laboratoire, sa tenenr si variable en matières organi-

ques dosées sous forme d’ammoniaque. Il en est de même de l’eau immédiatement sus-jacente où tout varie selon la localité : densité, teneur en halogènes, en ammoniaque, en acide sulfurique. Or, ces deux eaux étant en contact, se diffusent l’une dans l’autre. C’est pourquoi j'ai été amené à supposer, du fond vers la surface, l’existence d’une circulation chimique s’effectuant par diffusion, dont on peut suivre la trace pour un espace de mer déterminé, au moyen

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des variations de la densité normale, de l’halogénie, de la teneur en acide sulfurique et en ammoniaque, d’échantillons d'eaux recueillis en divers points de l’aire étudiée, en séries depuis le fond jusqu’à la surface.

L'action de la matière organique est particulièrement importante. Sous forme de carbonate d’ammoniaque, en présence du sulfate de chaux dissous dans l’eau, elle se transforme en sulfate d’ammoniaque avec précipitation de carbonate de chaux. En présence de phosphates alcalins, de phosphate de soude, par exemple, le carbonate de chaux, en quelque sorte à l’état naissant, sera susceptible par double décomposition, de donner naissance à du phosphate de chaux et à du carbonate de soude. Telle serait peutêtre la genèse des nodules phosphatés du fond de la mer. Peut-être faudrait-il expliquer d’une façon analogue la précipitation simultanée de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie produisant de la dolomie. On a prétendu qu’à cause de la matière organique, il se faisait au sein de l’eau de mer une réduction des sulfates des alcalis et des terres alcalines, de sorte que l’alcalinité de l’eau de mer augmenterait sur le fond. Le fait, actuellement hypothétique, serait facile à prouver par des dosages comparatifs de l’alcalinité dans les profondeurs intermédiaires et contre le sol. Si il se vérifie, il se trouvera en opposition formelle avec l’hypothèse de la disparition du calcaire dans les profondeurs, attribuée à l'acidité de l’eau de mer par dissolution d'acide carbonique se dégageant du sol. En revanche, il expliquerait la richesse de la mer Noire en acide sulfhydrique, gaz résultant de ce que l’eau de cette mer contiendrait une quantité de fer et d'oxygène insuffisante pour se combiner au soufre des matières organiques décomposées et permettre à la peroxydation de s'effectuer. Il est vrai que, par contre, on a expliqué cet acide sulfhydrique par la présence d’un bacille particulier, Bacillus hydrosulfuricus ponticus et il en a été de même pour la formation de la dolomie. Aux points où il y aurait sur le fond grand excès de matières organiques, il y aurait plus particulièrement création de nodules phosphatés, de schistes bitumineux, même de pétrole. Le professeur Konrad Natterer, a

étudié ce mode de formation du pétrole dans des fonds provenant de la Méditerranée. On a aussi attribué le pétrole à ce que beaucoup d'êtres planktoniques ont le pouvoir, pour faciliter leur natation, de sécréter des gouttelettes d’huile couvrant leur corps comme un enduit. Tombés sur le sol après leur mort, leur graisse se mélange à la vase et, dans les anciennes couches géologiques, ce serait à la suite d’un échauffement subséquent, que ces matières grasses auraient été distillées et se seraient accumulées en donnant naissance au pétrole ou à tout le moins aux schistes bitumineux. Que de mystères à dévoiler, que de travaux à exécuter ! Et j’ai entendu se plaindre de ce que les sujets de thèses étaient rares! Le dépôt chimique le plus important par son abondance au sein des mers est celui de la glauconie, silicate de fer hydraté contenant des quantités variables de potasse, de magnésie et d’alumine. Pour se former, il exige la présence de la matière organique ; il recouvre d’abord les parois intérieures des foraminifères morts descendus sur le fond ; peu à peu la cavité se remplit, l'enveloppe calcaire finit par éclater et tomber, le grain de glauconie continue à s’accroître et prend l’aspect de globule. On rencontrera donc tous les stades depuis le véritable sable glauconieux pur, la vase glauconieuse plus ou moins mélangée de grains, jusqu’à la vase profonde, quelle que soit sa nature, renfermant quelques grains éparpillés de glauconie.

Le type des sables glauconieux a été récolté par l’A/batross sur les côtes de Californie entre 180 et 550 mètres, en grains atteiœnant 1 millimètre de diamètre. Il en existe sur le banc des Aoulhas, entre 180 et 270 mètres, en grains ronds, à surface lisse ou mamelonnée, mate ou brillante, de couleur noire ou vert foncé que parfois la glauconie, par cimentation de grains minéraux étransers, transforme en nodules de plusieurs centimèêtrés de diamètre, ainsi que dans le détroit de Torrès par 280 mètres et sur le rebord concave du Gulf-Stream. Les sables verts sont des dépôts de faible profondeur ; on n’en a jamais reconnu au-dessous de 1650 mètres.

La glauconie des vases est aisément reconnaissable à son aspect terreux, sa couleur vert olive qui, pour les grains d’un certain

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volume, est tellement foncée qu’elle paraît noire. Au microscope, en lame mince, elle manifeste en lumière polarisée les phénomènes de polarisation d’agrégat, c’est-à-dire offre l'aspect d’un semis de points brillants s’éteignant successivement mais dont l'intensité lumineuse totale ne change pas par une rotation complète entre les nicols croisés. Elle résiste aux acides étendus de sorte qu’elle se concentre dans le résidu obtenu en traitant la vase par l'acide chlorhydrique étendu afin de la débarrasser du calcaire. Elle est toujours mêlée aux sédiments terrigènes sur les côtes rocheuses où ne débouche aucun grand fleuve ; elle exige une sédimentation lente, c’est-à-dire des eaux tranquilles. Selon Murray, la nature des roches ayant fourni les débris aurait une importance ; il faudrait des roches cristallines anciennes. Dans beaucoup de sables verts et de vases vertes, on distingue de petits corps brunâtres ou verts qui seraient des fragments de roches cristallines transformées en glauconie, laquelle, dans ces conditions, prendrait même quelque-

fois aussi l’état amorphe avec une couleur vert brunäâtre. Elle est

absente dans les grands fonds au centre des océans ; si on la rencontre quelquefois en grains dans les argiles rouges, elle y a été apportée par les courants. Elle manque également dans les vases et sables coralliens lorsque ces dépôts sont éloignés des continents, et au voisinage des volcans. Cependant, si les sédiments voleaniques sont à quelque distance de terre, on peut y trouver de la glauconie, preuve que la présence de ces minéraux particuliers

n'est pas indispensable. Il en est de même des restes calcaires qui

ne sont qu’une condition de la formation du minéral, puisque, dans une foule de points, même voisins des continents, on récolte des vases abondamment fournies de restes de foraminifères, quoique sans trace de glauconie. La glauconie manque également dans la vase rouge de la côte du Brésil et dans celle de la mer Jaune, probablement à cause de la peroxydation totale du fer qui y est contenu. En revanche, elle abonde sur la côte du Portugal, sur celle de l'Afrique occidentale, à l’est de celles de l’Amérique du Nord, en Méditerranée el au nord de l'Écosse. Les vases vertes glauconieuses ne commencent guère à apparaître que de 360 à 550 mètres

de profondeur et elles descendent jusqu’à 2300 mètres. Leur teneur en calcaire, comprise entre 0 et 56 pour 100 diminue à mesure qu'augmentent la profondeur et la distance à la terre. Passées à l’acide, elles laissent de 44 à 100 pour 100 de résidu composé de débris minéraux, de grains phosphatés, compagnons presque constants et de restes siliceux de diatomées, radiolaires ou spongiaires constituant de 4 à 50 p. 100 du total du résidu.

Le traitement d’une vase verte à l'acide étendu renseigne sur la genèse de la glauconie. En effet si on agite dans un tube de verre le résidu avec un fort excès d’eau et qu’on abandonne au repos, le sédiment se partage en trois portions : des grains vert foncé, des grains vert clair et des moulages intérieurs de foraminifères blancs, gris clair, jaunes et brunâtres, stades successifs de la glauconitisation. Au microscope, les coquilles de foraminifères s’aperçoivent revêtues à l’intérieur d’un mince enduit brun rouge qui, en augmentant de volume et en prenant une couleur vert clair, puis vert foncé, finit par remplir la cavité et la fait même éclater. On a alors un véritable grain de glauconie. Jamais la glauconitisation ne commence par l'extérieur de la coquille; les moulages sont toujours intérieurs. |

On a trouvé des grains de glauconie absolument semblables aux grains des mers actuelles dans tous les étages géologiques, depuis le cambrien jusqu’au tertiaire.

Pour faire en quelque sorte pendant à la glauconie, la mer crée la phillipsite, autre silicate qui est pour ainsi dire en tout l'opposé du premier. C’est une zéolithe, silicate d’alumine hydraté contenant du fer, de la potasse, de la soude, de la chaux et de la magnésie, attaquable par l'acide chlorhydrique en laissant un squelette de silice. La glauconie était amorphe ou tout au moins en agrégats cristallins; la phillipsite est toujours cristallisée en prismes de 0,03 mm. de longueur environ, à arêtes vives, recouverts d’un enduit jaunâtre, simples, isolés ou mâclés par six, ou bien encore en groupes irréguliers formant des sphérolithes. Un passage à l'acide très dilué les débarrasse de cet enduit. On trouve en abondance la phillipsite dans les argiles rouges. Le

Challenger, entre lesiles Sandwich et celles de la Société, a ramassé des fonds dans la constitution desquels ce minéral entrait pour 20 à 30 pour 100 ; aussi couvre-t-l de vastes espaces dans le Pacifique central et dans l’océan Indien. Il est plus rare dans les vases à radiolaires et davantage encore dans les vases à globigérines. Tout au contraire de la glauconie, minéral de faible profondeur et du voisinage de terre, la phillipsite se trouve dans les grandes profondeurs des portions centrales des océans où elle est associée aux roches volcaniques récentes de la décomposition desquelles elle provient, au fond des mers, comme la phillipsite qu’on pourrait appeler continentale, se trouve dans les vacuoles des roches volcaniques récentes décomposées par l’eau qui suinte au travers et dans les briques des eaux thermales de Plombières où Daubrée a reconnu son existence.

Deux autres substances minérales se forment au sein des eaux marines, les nodules phosphatés et les nodules manganésiens et entre elles on retrouve un peu de l'opposition existant entre la glauconie et la philipsite.

Les nodules phosphatés se rapprocheraient volontiers de la glauconie; ils sont abondants dans les vases vertes et existent dans les vases à globigérines qui, traitées par les acides afin de supprimer le calcaire des foraminifères, les laissent en résidu sous forme de petits grains pierreux. Parfois le phosphate de chaux constitue des nodules de 1 à 3 centimètres de diamètre, atteignant même 6 centimètres, de couleur brun sale, d’aspect inégal, percés de trous, mamelonnés ou anguleux, concrétions de minéraux divers cimentés par le phosphate de chaux, entre 180 et 3 430 mètres, au voisinage des côtes, surtout dans les parages où, par suite de la rencontre d’un courant chaud et d’un courant froid, les eaux sont soumises à des alternatives brusques de température auxquelles ne résistent pas les animaux marins. Ceux-ci meurent en foule et leurs dépouilles entassées sur le fond y apportent la matière animale et l’acide phosphorique indispensables à la production des nodules.

L’acide phosphorique peut être apporté par d’autres voies. Les anthozoaires des récifs coralliens contiennent en outre du calcaire

qui en constitue la masse principale, de la silice, du fluor et du phosphate de chaux, et Verill a montré qu’une source notable de phosphore provenait des excréments de poissons tombés sur le fond.

Enfin la dernière formation à étudier est celle des nodules manganésiens en grains mamelonnés, en nodules de 1 à 15 centimètres de diamètre, de couleur brun noirâtre très foncé et assez variés de forme pour que leur seul examen permette de reconnaitre leur provenance. Buchanan en a trouvé par 190 mètres dans le Loch Fyne, près Glasgow, en pelits grains. Les Américains en ont récolté entre 1800 et 3 000 mètres dans la région du Gulf-Stream où le sol est couvert de leurs concrétions en fragments de 2 à 15 centimètres qui atteignent quelquefois un poids de 10 kilogrammes. D’un seul coup de drague, dans le Pacifique, par 4 297 mètres, le Challenger en a rapporté 508 kilogrammes. C’est plutôt un produit de mer profonde où il se trouve à la surface du sol; il est abondant dans l’océan Pacifique et l’océan Indien; dans l'Atlantique, on ne le connaît qu'autour des îles volcaniques.

Les nodules manganésiens contiennent 70 pour 100 environ d'oxydes de fer et de manganèse hydratés par portions à peu près égales ; le reste est constitué par un grand nombre de corps différents, parmi lesquels prédominent la silice et l’alumine. En outre, par un curieux pouvoir de sélection sur les corps dissous dans Veau ambiante, on y a signalé la présence de corps très rares dans l’eau de mer, Le zinc, le thallium, le titane, le nickel, le cobalt, le cuivre, le plomb et le molybdène. Le centre du rognon est toujours occupé par un débris d’origine organique ou minérale, un fragment de ponce ou d’obsidienne, par exemple, ayant servi de centre d'attraction. Le manganèse est aussi en enduit sur des pierres, des coquilles, du calcaire, des algues, des dents de requins, des os tympaniques de cétacés.

La genèse de nodules manganésiens a fait l’objet d’hypothèses diverses. On les a attribués à une action exercée par de la matière organique ou encore à des sources minérales sous-marines. Murray et Renard, remarquant leur abondance dans les régions volcani-

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ques, ont pensé qu'ils résultaient d’une décomposition des matériaux détritiques rejetés par les volcans. Stanislas Meunier a reproduit synthétiquement les enduits manganésiens en faisant arriver sur du calcaire une solution manganésienne additionnée d’une faible proportion d’un sel ferreux. Enfin Dieulafait à pensé que le manganèse dissous à l’état de carbonate de protoxyde à la faveur d’un excès d'acide carbonique, se transformait au contact de l'air en bioxyde qui tombe sans cesse en pluie de la surface à travers les eaux océaniques. Sa proportion serait donc d’autant plus grande sur le sol que les autres débris tombés en même temps que lui seraient en plus petite quantité. Il lui a suffi de laisser au repos pendant un mois des bouteilles remplies d’eau de mer, de les vider et de promener à l’intérieur quelques centimètres cubes d’acide chlorhydrique, pour obtenir un liquide abandonnant par évaporation un produit ferrugineux exceptionnellement riche en manganèse, Le même savant, en employant des procédés d'analyse très délicats, a trouvé du manganèse dans tous les fonds marins examinés par lui. De ces hypothèses, quelques-unes sont contradictoires, d’autres ne s’excluent pas. Le plus probable est que l’origine n’est pas unique. Dans la plupart des discussions, le cas le plus fr équent est que personne n’a tout à fait tort et n’a tout à fait raison.

Il est d’autres concrétions sous-marines : la dolomie, par exemple, pourrait provenir de la réaction du carbonate d’ammoniaque sur un mélange de sulfates de chaux et de magnésie dissous, suivie d’une précipitation simullanée de carbonate de chaux et de carbonate de magnésie. D’autres auteurs et en particulier Walther, ne seraient pas éloignés d’attribuer sa formation à l’action de bactéries spécifiques. Ona bien trouvé, près de Ceylan, par 1 234 mètres, des concrétions calcaires contenant 75 pour 100 de sulfate de baryte. On ignore la cause de ces localisations de certains éléments au sein des eaux de la mer sur le lit océanique.

Les dépôts chimiques, quels qu’ils soient, se créent en échantillons isolés. Quand on trouve de grandes concrétions, elles résultent d’un englobement d'éléments minéraux quelconques par un

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