‹ L'océanChapitre 48 sur 76 · PÊCHE AU HARPON SOUS LE BEAUPRÉ · texte numérisé non relu

PÊCHE AU HARPON SOUS LE BEAUPRÉ

solidité, la dureté et la résistance d’une glace changent avec les conditions de sa formation. Ces relations probables méritent d’être l’objet des investigations des explorateurs qui, pratiquement, auront à prendre encore en considération dans leurs expériences, les gouttelettes de saumure restées liquides ou postérieurement solidifiées et mécaniquement mélangées à la glace.

Si les saumures isolées successivement et qui se mélent aux eaux sous-jacentes au moment de la prise de la mer ont une composition variable, elles doivent influencer la disposition du coin thermique polaire. On désigne sous ce nom le retroussement en coin tournant son arête aiguë vers l’équateur, des couches marines isothermes de telle sorte que, contrairement aux lois thermiques habituelles des autres parties de l’océan où les couches possèdent une température décroissante depuis la surface jusqu’au fond, dans le coin, les couches froides sont intercalées entre les couches chaudes. Des sondages thermiques, après avoir témoigné en descendant d'un abaissement de la température, indiquent ensuite un brusque relèvement suivi de la diminution progressive rentrant dans ce cas général. Les explorateurs polaires auront à élucider sur place ce détail important de la circulation océanique et ils y parviendront peut-être en combinant les mesures thermométriques de l’eau, de la glace et de l’air à des dosages chimiques, probablement d'acide sulfurique plus particulièrement prompts, faciles et précis.

Une autre propriété importante de la glace est sa faible conductibilité thermique considérée comme 213 fois moindre que celle du cuivre. De même que la neige couvre le sol d’un manteau protecteur contre les atteintes du froid, la glace protège l’eau contre le refroidissement, l'empêche de se congeler et, par conséquent, d’accroître indéfiniment la croûte qui la sépare de atmosphère. On s’explique ainsi comment, dans les régions polaires, l'épaisseur de la couche de glace formée annuellement ne dépasse guère 2 mètres ou 2 m. 5; elle n’augmente plus ensuite, ce qui a permis de réfuter l’ancienne théorie des glaces paléocrystiques épaisses de 50 et 60 mètres, Ces fortes épaisseurs ne sont, en effet, qu’accidentelles

et proviennent le plus souvent de la superposition de glaçons projetés les uns sur les autres pendant les cataclysmes si communs

dans ces contrées et cimentés par le regel ou par de l’eau de mer

ayant jailli à travers les fentes et ensuite congelée.

On mentionnera encore comme jouant un rôle dans la nature, l’évaporation de la glace. Quelque basse que soit la température ambiante, Weyprecht a reconnu qu’un cube de glace exposé à l'air et préalablement mesuré et pesé, perdait par évaporation une notable partie de son poids.

Le repos absolu retarde la congélation. De l’eau parfaitement calme peut être amenée à une température très sensiblement inférieure à celle de son point de congélation sans se congeler. Elle se trouve alors en état de surfusion, mais dans ces conditions, le moindre ébranlement suffit pour qu’elle se prenne instantanément. Les marins sont souvent témoins du phénomène.

La circulation de l’océan, c’est-à-dire ses courants, dépend essentiellement des actions antagonistes de la chaleur des régions tropicales et du froid des rayons polaires. Ces deux actions sans cesse agissantes troublent continuellement l'équilibre qui, sans elles, tendrait à s'établir dans la masse des eaux. Un tel équilibre serait l’immobilité, c’est-à-dire la mort; sa rupture est le mouvement, c’est-à-dire la vie. Il importe donc maintenant de récapituler les conditions générales qui font des régions polaires et tropicales les centres d’activité du froid et du chaud, en d’autres termes, d'indiquer la répartition des climats sur l'étendue de la planète.

La terre est un globe qui, dans le cours d’une année, accomplit autour du soleil une trajectoire elliptique dont le plan est celui de l’échiptique. Le soleil occupe l’un des foyers de cette ellipse. Le olobe est, en outre, doué d’un mouvement de rotation achevant en une journée un tour complet autour de son axe passant par les deux pôles, non perpendiculaire au plan de l’écliptique avec lequel il fait un angle de 23° 27/ 21” et conservant cette inclinaison sensiblement pendant le cours entier de la rotation autour du soleil. L'inclinaison de l’axe terrestre provoque les différences d’éclaire-

ment et d'incidence des rayons solaires qui donnent naissance aux divers climats.

En effet, si l’axe était perpendiculaire, la terre serait chaque jour et pendant toute l’année également éclairée sur tout un hémisphère en même temps, la séparation de la lumière et de l’ombre aurait continuellement lieu suivant un méridien et, la puissance de léchauffement ainsi que sa durée ne se modifiant point, les saisons et les climats proviendraient uniquement de l'incidence plus ou moins oblique des rayons solaires tombant sur la surface terrestre. Cependant, par suite de l’inclinaison de son axe sur l’écliptique, le globe tourne en quelque sorte obliquement et les jours varient de longueur. De l'équateur au pôle, chaque petit cercle de la sphère est éclairé pendant une durée différente en relation avec la position du globe sur l’échptique et le rapprochement plus ou moins grand de ce petit cercle de l’un ou de l’autre pôle. De l'équateur aux cercles polaires arctique et antarctique, à une distance angulaire de 23° 27’ 21” du pôle, c’est-à-dire à la latitude géographique de 66° 22’ 39" nord et sud, nulle part une durée de vingt-quatre heures ne s’écoulera sans qu’elle ne soit partagée en une période courte ou longue d’éclairement ou jour et une période d’obscurité ou nuit. Depuis le cercle polaire jusqu'au pôle, il en sera différemment. Pour la calotte arctique, le pôle lui-même restera éclairé pendant six mois sans interruption, de l’équimoxe du printemps à l’équinoxe d'automne en passant par le solstice d’été et pendant le même temps, le pôle antarctique demeurera plongé dans la nuit, De l’équinoxe d’automne à celui du printemps, en passant par le solstice d'hiver, le pôle nord restera continuellement dans les ténèbres, tandis qu’au contraire le pôle sud demeurera à son tour sans interruption lumineux. Aux cercles polaires mêmes, on aura une fois par an une seule nuit et un seul jour de vingt-quatre heures, sur le cercle arctique au moment du solstice d’été et, pour Le cercle antarctique, au solstice d’hiver. Privées si longtemps des rayons du soleil et, pendant leur jour de six mois, éclairées seulement par des rayons obliques jusqu’à être tangents, ces calottes seront de véritables réceptacles de froid,

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Un tel état se rapporte à ce qui se passe aujourd’hui, mais d’autres mouvements du globe, la précession des équinoxes ou déplacement dans l’espace de la ligne des équinoxes, intersection du plan de l’équateur terrestre avec celui de l'écliptique, la nutation qui produit une oscillation dans l’obliquité de l’écliptique, l’excentricité variable de l'orbite terrestre et d’autres variations des éléments astronomiques changent incessamment quoique très lentement les conditions de la distribution de la chaleur et de la lumière sur le globe. Ces variations, sans influence sensible, s'il ne s’agit que de périodes relativement courtes comme celle des temps historiques, se sont certainement produites pendant l'immense durée des temps géologiques de sorte que l’on est fondé à admettre que la répartition de la chaleur et de la lumière sur le globe n’a pas toujours été et ne sera pas toujours ce qu'elle est aujourd’hui.

Les deux calottes arctique et antarctique n’offrent même pas, quant à la durée de leur éclairement respectif, une symétrie complète, l’une n’est pas éclairée exactement pendant le même temps que l’autre est dans l'obscurité. Il existe en faveur de l’hémisphère

nord une légère différence due à des causes dans l’étude desquelles

nous n'avons pas à entrer.

On en dirait autant de l'influence de la chaleur centrale sur la surface de la croûte terrestre et qui est sensiblement nulle. En Sibérie le sol, à quelques mètres de profondeur, demeure continuellement gelé et un puits foré à Irkoutsk et poussé jusqu'à 116 mètres n’a pas quitté le sol gelé. Le soleil seul possède done une influence pratique sur l'établissement des climats, abstraction faite, bien entendu, des conditions topographiques.

Les observations thermométriques prises plusieurs fois par jour et durant de longues suites d'années dans les divers lieux du globe ont permis d'établir des moyennes de températures diurnes, mensuelles ou annuelles. Celles-ci étant reportées sur des cartes, on a rehé par des lignes, dites isothermes, l’ensemble des localités de même température. En ces sortes d’études, l'usage des cartes qui parlent à l'intelligence par les yeux et montrent graphiquement la continuité des phénomènes, l'emporte de beaucoup sur les tableaux

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de chiffres où apparaissent mal les lois et dont la véritable utilité consiste à servir à confectionner des courbes. La plus haute température moyenne annuelle est de + 30°, les plus basses sont de — 17,5 en Sibérie, près de la petite ville de Verkhoïansk, et de — 20 par 75° environ de latitude nord, au milieu des terres arctiques du nord de l'Amérique. Il y a donc deux pôles de froid, Mais ces valeurs ne sont que des moyennes. Les écarts réels de température sont bien plus considérables et ils ont beaucoup plus d'importance quant aux phénomènes qu'ils provoquent dans les régions polaires. On les a figurés aussi sur des cartes. Ils atteignent jusqu’à 132 degrés si l’on considère le globe entier où l’on a constaté +- 56° à l’ombre, à Mourzouk et — 76 à Verkhoïansk ; ils arriveraient même à 114 à ce pôle même de Verkhoïansk, de + 38,8 à — 76 si cette température est bien réelle. Sous l’influence de ces froids terribles, tout se congèle, le sol ne dégèle d’ailleurs jamais et l'océan se recouvre d’une couche de glace heureusement peu conductrice, de sorte que son épaisseur ne s’augmente pas indéfiniment. Parry raconte que pendant l’un de ses hivernages, un commencement d'incendie se déclara à bord de son navire dans la chambre où étaient conservés les instruments. Pour sauver une petite boussole d’inclinaison, un matelot se précipita, la saisit de ses mains non gantées et l’emporta au dehors où il la tint pendant un quart d'heure environ. Quand il voulut la déposer, les doigts du malheureux étaient collés au métal brûlant comme un fer rouge à force d’être froid; il fallut lui en couper trois. La calotte arctique subit des écarts de température notablement plus considérables que la calotte antarctique à la fois plus froide et plus régulière dans les différences de l’été à l'hiver. La première est semée de nombreuses îles maritimes; la seconde est continentale. Or la mer qui, dans les contrées chaudes et tempérées, agit comme un régulateur de température, joue au contraire, un rôle perturbateur du climat dans les contrées polaires. Dans l’une, parcourue par des courants réguliers, surtout par le Gulf-Stream, la température s'élève davantage lorsque les courants agissent et que la mer est libre ; elle baisse aussi davantage quand toute sa surface s’est trans-

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formée en une immense plaine glacée. En revanche, la débâcle y

est assez irrégulière et d'avance, le navigateur ignore, jusqu'où,

à une époque déterminée de l’année, dans chaque endroit, la banquise lui permettra d'avancer avec son navire. Le climat de la calotte antarctique offre plus de régularité; nul courant chaud ne balaie ses côtes massives et les glaces qui s’en détachent en été et dérivent vers le nord laissent mieux prévoir jusqu’à quelle latitude elles s'avanceront vers l'équateur.

L'écart de température produit une foule d’effets dont l’ensemble communique aux régions polaires leur aspect particulier. Celui qui frappe le plus dans les régions polaires continentales est l’effroyable puissance de la désagrégation des roches par la gelée. On en connaît maintenant les motifs : porosité des roches qui absorbent les eaux de fusion des glaces pendant la courte durée de l'été, congélation, éclatement par la dilatation de l’eau remplissant les pores et détachement au moment du dégel suivant des fragments qui roulent sur les pentes et s’entassent au pied des falaises en amoncellements prodigieux. Mais cette action, puissante dans toutes les contrées polaires est surtout énergique dans les contrées subpolaires où les alternatives de gel et de dégel sont encore plus fréquentes. En Norvège elle saisit plus que tout le reste le voyageur; elle cause la désagrégation des côtes de l’ile de Terre-Neuve dont les débris sont charriés par les glaçons jusqu'aux bancs où ils sont abandonnés à la suite de la fusion. Lorsqu'ils sont visibles, ces débris mêlés à ceux qui constituent les moraines des glaciers forment en grande partie ce qu’on nomme la banquette glaciaire. Ils offrent la couleur grise, bleu grisâätre ou noire des roches soumises aux intempéries et sur laquelle tranche, par places, généralement dans les fonds, la couleur jaune rouge des dépôts ocreux des produits argileux chargés de fer suroxydé provenant de la décomposition chimique des roches, boue fine charriée par les torrents résultant de la fonte des neiges et des glaces et abandonnés ensuite dans les parties basses des vallées. Le coloris des régions polaires est caractéristique. Alternant avec les dépôts ocreux s'étendent de vastes tourbières, des dépôts

d’humus, boue noire de nature organique. Pendant le court été, la végétation est relativement abondante, des mousses, des hypnum, des sphaigues, des lichens naissent et se hâtent de couvrir le sol. La sécheresse du climat due à la basse température d'hiver s'oppose à la décomposition des matières végétales qui se rassemblent dans les dépressions. Les débris animaux sont aussi bien conservés que les débris végétaux. Les cadavres retrouvés après de longues années des malheureux qui ont succombé au froid et à la faim au Spitsberg et à la Nouvelle-Zemble, semblaient à peine morts de la veille. Dans certains endroits, la fiente des innombrables oiseaux qui fréquentent ces parages crée des couches de guano et, sur les bords de la mer, les côtes faisant face aux courants marins sont jonchées d'énormes quantités de bois flottés amenés de lointains pays, des régions tropicales ou des forêts sibériennes, apportés à la mer par les fleuves puis poussés par les courants et qui s'enchevêtrent, ne conservant que leurs grosses branches dépouillées d’écorce, d’un blanc argenté et absolument polies. Telles s’offrent aux regards les contrées polaires et pourtant malgré leur désolation, grâce à la vigueur qu’elles communiquent au corps et à l’âme de ceux qui les visitent, elles exercent une véritable fascination. On les aime d’un âpre amour, car on s’y sent vivre d’une vie intense; on s’y enivre d’air, de lumière, de silence, de grandeur et de liberté ; on les quitte presque toujours à regret et l’on y revient avec joie, oublieux des dangers courus, désireux d’en courir de nouveaux dans l’assurance qu’on les surmontera quels qu'ils soient. L'homme y sent son humanité exaltée. Quiconque à navigué une seule fois sur ces mers cherche à y retourner ou, si cela lui est impossible, il soupire à leur souvenir et pourtant tout y est à craindre, le froid, les tempêtes, la brume, la neige, l'emprisonnement par les glaces, l'obscurité, la disette, la maladie, les souffrances morales de l'isolement et l’écrasante monotonie de l'existence.

L'eau à l’état de vapeur brusquement solidifiée par le froid, comme cela a lieu pour l'humidité atmosphérique, prend l’état de neige, assemblage de très petits cristaux à formes infiniment

variées quoique conservant toujours la disposition hexagonale correspondant au système cristallin qu’affecte l’eau cristallisée. Le capitaine baleinier Scoresby, auteur de deux volumes, véritable encyclopédie de tout ce qui concerne les régions polaires, description fidèle et précise des phénomènes de la terre et de la mer, mesures rigoureuses, expériences remplies d’'ingéniosité, observations nettes et intelligentes, renseignements complets sur les sujets les plus divers, histoire, statistique, commerce, pêche à la baleine, informations sur la faune terrestre et marine, n’a pas manqué de s’occuper des flocons de neige. Il en a dessiné un nombre considérable de formes, mais il avoue n’avoir pas réussi à trouver les lois de leur formation qui doivent évidemment dépendre de la température ambiante au moment même de leur création. Ces lois sont encore inconnues. Sera-t-il donné à quelque savant ou à quelque

futur explorateur de les découvrir ? Il faudrait pour cela pouvoir :

observer les flocons non pas près du sol mais dans les hautes régions de l'atmosphère où ils prennent naissance. Peut-être même serait-il plus sûr d'essayer de procéder synthétiquement. Le poids de la neige tombée est, à ce qu’on prétend, d’autant plus léger que le froid est plus intense; sa densité varie entre 0 1694 et 0,0402; elle dépend de l’état hygrométrique, de l'épaisseur de l’amas d’où l’on a retiré l'échantillon, de leur dimension, de la rapidité de la chute et du tassement. La neige tombe à peu près à toutes les latitudes et même par les plus froides températures car on en a vu à Yakoutsk alors que le thermomètre marquait — 46°. Elle donne parfois lieu à des tempêtes terribles qu’on nomme blzzards aux États-Unis. Accumulée sur le sol, elle s’y conserve tant que la température ambiante est inférieure à zéro. On s’explique donc aisément que, à toutes les latitudes, existe une limite des neiges dites persistantes, lignes d’équilibre idéal marquant les localités où l’apport de la neige est exactement compensé par son ablation sous les influences extérieures. Cette ligne dépend de l'altitude et de la latitude. Tandis qu’elle atteint 6 600 mètres d'altitude au Karakorum, elle arrive à peu près au niveau de la mer aux latitudes élevées. Cependant cette division qu'indique le simple bon

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