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chaudes, les glaçons servant de véhicules sont fondus et abandonnent leur chargement pierreux qui devient désormais un fond marin. Les bancs de Terre-Neuve montrent ce caractère. Ils se composent de menus débris de l’île enlevés chaque année par les glaces côtières et qui entraînés par le courant froid du Labrador vont se fondre au contact des eaux chaudes du Gulf-Stream. Ils ‘ sont une moraine marine d’un genre particulier. Un autre cas se rapporte à l’époque géologique dite glaciaire, celui des blocs que ramène la drague dans le golfe de Gascogne ou plutôt dans l'Océan 4 Atlantique, sur le parallèle de Brest, vers les bancs de la Chapelle. ; Les pierres sont des quartz, des granites et des gneiss provenant Li. des régions septentrionales à roches cristallines et les endroits où 0 elles sont disséminées sont l’emplacement de ce qu'on appellerait volontiers d'anciens bancs de Terre-Neuve. Une conclusion en appelle d’autres. La carte de ces dépôts étant convenablement faite par points permettrait d'affirmer l'existence de courants marins chauds et de courants marins froids se rapportant à cette époque si reculée et, conjointement avec d’autres données, de reconstituer une géographie, une distribution des terres et des mers peut-être un peu différente de celle qui existe aujourd’hui dans ces parages. 4
La masse de glace d’un glacier exerce une énorme pression Fe contre les roches de son lit; entraînant. enchâssés avec elle des à cailloux qui font l’office de burins, elle strie les roches, les polit et leur communique une forme arrondie, moutonnée rappelant les dos Me de moutons en troupeaux, serrés les uns contre les autres et bien caractéristique des régions anciennement ou récemment abandonnées par les glaces. Le résultat de ce polissage est une boue infiniment fine entraînée par les cours d’eau coulant sous la glace. Û Elle arrive avec eux à la mer au fond de laquelle elle se dépose non seulement dans les régions polaires elles-mêmes, mais probablement à de grandes distances et s’y mélange aux autres sédiments organiques et inorganiques. Le fond de la mer de Baffin en est uniquement constitué. Il en est sans doute de même pour la , plus grande partie du bassin polaire arctique dont Nansen a mesuré la profondeur insoupçonnée et qui dépasse 3 200 mètres. Une
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302 L'OCÉAN notable portion de l'argile sous-marine des grands fonds du large doit être d’origine glaciaire.
Les glaciers sont particulièrement abondants dans les régions arctiques ; on en comprend le motif. Là seulement ils peuvent pousser leur front jusqu’à la mer. Ils sont surtout nombreux sur la côte ouest du Groenland où l’un d’eux, celui de Humboldt, a 111 kilomètres de large sur 90 mètres de hauteur, à pic sur la mer. Le Spitzhberg en possède beaucoup ainsi que la terre François- Joseph. La masse glacée pénètre dans les flots, les refoule et continue sa marche sur le sol sous-marin, mais comme la glace, quelque compacte qu’elle soit, est plus lécère que l'eau, il arrive un moment où la poussée l'emporte sur la cohésion : toute une portion est soulevée ; il se produit une rupture. Les blocs se détachent avec un bruit terrible, roulent dans la mer en provoquant de violents remous et en soulevant autour d’eux d'énormes colonnes d’écume. Ils roulent plusieurs fois sur eux-mêmes et finissent par se calmer en prenant une position stable d'équilibre de flottaison telle que leur volume immergé et invisible est environ sept fois égal à leur volume apparent au-dessus des eaux. Chacune de ces montagnes de glace dérive sous l’action du vent qui la pousse par sa partie supérieure et plus encore par les courants marins qui agissent sur sa portion inférieure. Elle s’avance lentement vers le sud. À mesure qu’elle trouve des climats plus doux, des mers plus chaudes, elle se fond, diminue de volume, ce qui provoque des changements de forme et par conséquent d'équilibre ; elle chavire, se retourne ; des portions auparavant cachées apparaissent, d’autres portions autrefois visibles disparaissent ; l’iceberg car tels sont le nom et la genèse de ces montagnes flottantes, se sculpte, se modèle et prend les formes les plus bizarres non pas en aiguilles plus ou moins déchiquetées et aiguës comme tant de fois il arrive de les dessiner aux artistes peu soucieux de représenter d'imagination des choses qu'ils n’ont jamais vues, mais arrondies et à contours adoucis. Leur effet est grandiose. Je n’oublierai jamais mon sentiment d’émotion à la vue du premier qu'il me fut donné de regarder de près. C'était un peu au sud du détroit de Belle-Isle, entre le Labrador
et Terre-Neuve. J'étais en bas; on me fit appeler; je montai et je demeurai stupéfait à l'aspect de celte gigantesque masse qui passait à un demi-mille à peine de nous dans la majesté de sa blancheur éblouissante se détachant sur le ciel chargé de nuées. Quelques places, peut-être couvertes de neige, apparaissaient d’un blanc mat et opaque. Les vagues avaient arrondi les parois contre lesquelles elles battaient et, à la lorgnette, dans des anfractuosités ou grottes creusées à son pied, on distinguait sa structure veinée, en bandes parallèles tantôt à demi-transparentes, tantôt limpides et teintées d’un azur pâle prenant en certains endroits une incroyable profondeur. L’iceberg avait une trentaine de mètres de hauteur. C'était le type de la pureté la plus immaculée ou plutôt c'était la pureté même. Des oiseaux s'étaient groupés sur son sommet ; on eut l’idée de leur envoyer un coup de canon à projectile de combat. Je suivis des yeux le projectile décrivant sa trajectoire courbe et frappant l’iceberg. On espérait faire tomber des blocs de glace, provoquer peut-être un retournement. Il n’en fut rien. Les oiseaux surpris ouvrirent leurs grandes ailes, s’élevèrent de quelques mètres et reprirent leur place ; d’autres se contentèrent dédaigneusement de les battre sans même prendre leur vol et l’iceberg tout blanc, indifférent à l’insulte des hommes, continua paisible et sohtaire sa route vers Le sud, vers les contrées du soleil où il devait s’anéantir. J'ai rencontré depuis cette époque beaucoup d’icebergs ; une fois nous fûmes entourés par quarante-sept d’entre eux parmi lesquels plusieurs étaient échoués ; j'en ai touché dont je faisais le tour en embarcation sans jamais oser y monter car leur surface est tellement polie et glissante que j'aurais infailliblement roulé dans la mer; j'ai examiné de très près leurs bandes blanches ou bleues, jamais je n’y ai observé le moindre caillou, la moindre poussière ; jamais leur pureté n’a présenté trace de souillure. Les icebergs ne portent pas de pierres ; s’ils en supportaient quelques-unes alors qu'ils faisaient partie du glacier, elles étaient à la surface et ont dû par conséquent être précipitées à la mer au moment de la rupture qui les transformaient en icebergs. Les transporteurs de débris minéraux sont les glaces côtières en tables
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