‹ L'océanChapitre 53 sur 76 · CE · texte numérisé non relu

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plus ou moins vastes mais peu épaisses qui se chargent des débris des roches baignées par les flots, sur le rivage. et surtout des galets qui forment le fond de la mer, par de faibles profondeurs, se collent à la face inférieure des glaçons, sont enveloppés et finalement emportés par eux. Plus tard, j'ai voulu aller étudier les glaciers de Suisse, la mer de Glace, le Grindelwald. Que les touristes me pardonnent ! J’ai cru voir les tas de neige malpropre et boueuse que les balayeurs ramassent dans nos rues au moment du dégel.

La marche des glaciers présente une vitesse variable. Leur front avance pendant un certain nombre d'années puis, pendant une autre période, il recule pour reprendre ensuite sa progression. Les causes de ces variations sont météorologiques et l’on comprend que pour les glaciers polaires arctiques ou antarctiques qui se déversent dans la mer, elles aient une influence considérable sur la quantité d’icebergs débités. S'ils sont abondants, leur fusion dans les régions tempérées donne naissance aux brumes épaisses si dangereuses pour les navires sur les bancs de Terre-Neuve ; ils refroidissent le Gulf-Stream qui lui-même, continuant sa dérive vers l’Europe, apporte un été froid et pluvieux. On ne saurait trop le répéter : tout se tient dans la nature et le phénomène en apparence le plus humble étudié consciencieusement, dans tous ses détails, de conséquence en conséquence, de cause en cause, entraine derrière Jui l'univers.

On prétend que certains icebergs ont une hauteur visible atteignant 100 mètres. L'évaluation me paraît exagérée. Ceux du continent antarctique sont tabulaires, en énormes plaques longues quelquefois de 15 ou 20 milles, terminées à pic par des parois verticales d’une cinquantaine de mètres de hauteur contre lesquelles les immenses vagues de l’océan glacial du Sud, arrêtées brusquement dans leur course, bondissent et se réduisent en embruns qui ressemblent à de la fumée. Quelquefois de leur base qui s'enfonce profondément sous les eaux, ils raclent le fond et s’échouent. Alors, quand on s’approche d’eux, on entend sortir de leur intérieur un grésillement continu, mille et mille décrépitations dont chacune résulte d’une bulle d’air qui fait éclater les paroïs de sa prison de

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glace. Il arrive même que des icebergs, dans un état particulier de tension, se pulvérisent instantanément comme une gigantesque larme batavique.

Nous avions admis comme origine ou source des glaciers une cuvette montagneuse servant de réceptacle à la neige, lui permettant de se transformer par la pression en névé et ensuite en glace et munie d’une brèche latérale par où cette glace sort et commence son cours le long des pentes. Il n’en est pas toujours ainsi et l’on comprend aisément que si la nappe de neige est suffisam- . ment étendue sur une vaste surface formant plateau, l’accumulation et la compression pouvant se produire, il en sera de même de tous les phénomènes qui en sont la conséquence. Le cas se présente au Groenland ainsi que sur le continent antarctique. Il donne naissance à l’inlandsis, nappe de glace continue, glacier unique ayant près de trois fois la superficie de la France et bien connu depuis la mémorable traversée de Nansen en 1888. Avant lui Nordenskjôld l'avait étudiée mais 1l n’y avait poussé qu’une pointe hardie et n’avait point réussi à la traverser. Débarqué après mille dangers sur la côte est, après avoir franchi une mince bordure de rochers et de tourbières, Nansen trouvait la nappe glacée et, avec ses compagnons, il se dirigeait vers l’ouest, Le voyage dura quarante cinq jours. La nuit, on couchait sous la tente; pendant la journée, chaussé de ski, on demeurait attelé aux traineaux. On eut à supporter des températures extrêmement basses et pourtant, lorsque parfois le soleil brillait, là où parvenaient directement ses rayons, le thermomètre marquait jusqu’à -- 31°, tandis qu’au même moment, au même endroit, mais du côté de l’ombre, le mercure s’abaissait jusqu’à — 30. La nuit, la température descendait à — 40° et — 50°. Près de la côte ouest on rencontra quelques nunataks, pics rocheux élevant leur tête déchiquetée au-dessus de l’immense plaine. Tout près de la mer, la glace prit fin, séparée d’elle seulement par une étroite ceinture de marécages. L’épaisseur de la glace fut évaluée de 1 600 à 1 900 mètres. Ainsi que l’avait vu Nordenskjôld, sa surface coupée de fentes profondes tantôt béantes et tantôt recouvertes d’un mince pont de neige, sillonnée pendant

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