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l'été de ruisseaux souvent assez considérables pour se transformer
en rivières, est toute semée de cavités grandes ou petites dues à la présence d’algues de couleur brunâtre ou d’une poussière nommée cryoconite constituée par de la boue glaciaire desséchée, débris chassés par le vent des roches exposées aux intempéries. Ces matières, grâce à leur couleur sombre, absorbent les rayons solaires et provoquent la fusion de la glace qui les entoure. Tout le continent antarctique est recouvert d’une nappe d’inlandsis, débordant par endroits sur la mer qui en brise le front en donnant naissance à un mur vertical que Ross a mesuré du haut des mâts de son navire et dont il a estimé la hauteur à 45 mètres. Il s’en détache d'énormes icebergs tabulaires antarctiques coupés par des parois abruptes qui se distinguent des icebergs arctiques aux formes bien plus contournées.
La glace d’eau douce et celle d’eau de mer diffèrent assez notablement de la glace de glaciers.
La glace d’eau douce qui se forme sur les lacs et sur les rivières, au lieu d’être poreuse comme la glace de glaciers, est compacte, transparente, dure et très résistante. Amenée à la mer par les fleuves sibériens, elle constitue un des plus grands dangers de la navigation dans les parages si dangereux des côtes asiatiques de l’océan arctique. Presque invisible dans l’eau, elle se présente en larges dalles qui dépassent à peine la surface de la mer et sont à chaque instant balayées par les vagues ce qui augmente encore la difficulté que l’on éprouve à les distinguer de loin, de sorte que si un navire en marche les heurte, elles risquent de lui faire de graves avaries. La glace des lacs est d’un mtérêt secondaire en océanographie. La débâcle des cours d’eau de la Sibérie et de Amérique du nord a lieu au printemps ; les glaces arrivent jusqu’à la mer de Kara ; chassées par les coups de vent elles s’entassent sur les rivages de la Nouvelle-Zemble où elles déposent par le dégel, en un talus presque ininterrompu, les pierres et les boues dont elles sont chargées.
La glace de mer est une troisième variété.
Un vaisseau vogue à travers la mer polaire, plutôt un voilier
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qu'un vapeur dont le mouvement de l’hélice introduirait une cause de trouble; le vent est tombé ; il flotte à peu près immobile au milieu de l’eau calme ; la température de l’air s’abaisse, elle dépasse le point de congélation et cependant, par surfusion, la mer reste encore liquide. Tout à coup, sous l'influence d’une légère commotion, une embarcation amenée et dont les avirons commencent à frapper l’eau, l’équilibre physique instable est brusquement rompu et la mer se transforme instantanément en une bouillie glacée dont la consistance est celle d’un sorbet et qu’on désigne sous le nom d’eisbrei. Le vent a sur elle peu d'influence et la matière pâteuse résiste-à se former en vagues. Le navire la fend de son étrave mais sa consistance ne tarde pas à augmenter encore ; les cristaux s’enchevêtrent les uns dans les autres ; ils se massent, ils se transforment en glace élastique car elle obéit aux oscillations de la houle; la croûte s’épaissit, devient rigide ; le bâtiment est arrêté ; il est emprisonné, pris, beseé comme le disent les Anglais.
Les termes employés pour désigner les objets ou les phénomènes polaires méritent de fixer un instant l'attention. Les premiers explorateurs en présence d'objets, de phénomènes nouveaux inventèrent pour eux des termes nouveaux et créèrent ainsi une langue spéciale. Comme ces explorateurs furent des Anglais, des Scandinaves ou des Autrichiens, leurs dénominations furent, elles aussi, anglaises, scandinaves et allemandes. Une seule, hélas! est française, le mot banquise qui signifie l’amas de glaces infranchissable au navire, est la glorieuse récompense du voyage de Dumont-d’Urville. Notre pays porte la peine de son inertie ; le passé est passé et maintenant qu'il y a lieu de décrire en français les phénomènes découverts, décrits et étudiés par les autres nations, il nous faut prendre purement et simplement le parti d'adopter les termes choisis par les autres. Toute tentative de traduction aurait de fortes chances d’être inexacte, quelquefois ridicule, en tous cas inutile. Il serait puéril de chercher à inventer de toutes pièces des mots français nouveaux. Tout au plus nous est-il permis de simplifier une langue pour laquelle on a évidemment multiplié les termes plus qu’il n’était indispensable et de n’adopter, en les laissant ce qu’ils sont, que les
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