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exacte, plusieurs conditions assez difficiles à réaliser sont indis-:
pensables. Il faut d’abord que l'observateur soit immobile, qu'il possède un instrument pour fixer une direction, compas ou boussole, et une montre ou tout autre appareil à évaluer le temps. C’est parce qu’ils en étaient dépourvus que les anciens sont restés incapables de découvrir les lois de la circulation.
L’immobilité de l'observateur peut être affirmée si celui-ci demeure sur le rivage mais le cas est restreint aux observations exécutées dans le voisinage immédiat de la terre puisque, déjà même à une petite distance du flotteur, il n’est pas toujours facile de s’assurer que celui-ci marche bien parallèlement au rivage. On se tiendra sur une embarcation mouillée et cependant là encore, l'observation est limitée aux petits fonds. Si l’on opère au large, on se rappellera le conseil déjà donné de se servir comme point sensiblement fixe, de la nasse profonde. A la rigueur, on installerait une bouée supportant une corde liée à un sac rempli de pierres qu’on enverrait au fond et que rien n’empécherait d'abandonner après l'opération. Les Américains ont imaginé le flotteur de Mitchell constitué par deux récipients cylindriques de même surface, reliés par un fil métallique. Une cordelette divisée, quelquefois en coton afin de ne point se contracter quand elle est imbibée d’eau, est attachée au récipient supérieur tandis que son autre extrémité reste entre les mains de l’observateur qui la laisse filer petit à petit. On relève la direction au compas et on mesure la vitesse avec une montre à secondes. Les Américains amarraient leur embarcation au câble qui, pendant un dragage, retenait la drague au fond. Avec cet appareil, on obtient les éléments d’un courant à n'importe quelle profondeur. On commence par mesurer le courant de surface ou plutôt la moyenne entre celui qui règne tout à fait à la surface de l’eau et celui à 5 mètres de profondeur ce qui se fait en espaçant de cette longueur les deux récipients. Cette valeur obtenue, on opère à n'importe quelle profondeur ; il suffira d’allonger le fil. Le récipient inférieur sera poussé par le courant supérieur, le récipient inférieur, de même surface, subira limpulsion du courant inférieur de sorte que l’ensemble du système
R prendra une direction intermédiaire que l'on fixera graphiquement et que l’on remplacera par ses deux composantes suivant la loi du parallélogramme des forces. L’une de ces composantes est déjà connue puisqu'elle représente le courant superficiel objet d’une expérience préliminaire ; la. seconde est le courant cherché en direction et en intensité.
Un autre procédé consiste à employer la drague à courants composée de deux cadres en bois croisés à angle droit et portant une toile à voile huilée bien tendue. On leste avec un poids, on attache à une corde, on descend à la profondeur voulue et on fixe à une bouée flottante facile à distinguer.
M. Hautreux a simplifié le système de Mitchell en se bornant à attacher par couple à l’aide d’une ficelle de longueur variable, deux bouteilles quelconques, bouteilles à vin ou bouteilles à bière, pourvu qu’elles soient de même dimension et de même forme. L'une vide descend à la profondeur choisie ; la seconde, bouchée après avoir été à demi remplie d’eau reste à la surface et sert de bouée. Drague, flotteur de Mitchell ou bouteilles accouplées, ces procédés sont encore les moins coûteux et les plus précis de tous ceux qui servent à mesurer des courants.
On emploie aussi des flotteurs libres qu’on abandonne en un point connu de l’océan et qu’on fait renvoyer, ou du moins le papier que contient chacun d’eux, à une certaine adresse, avec indication du lieu et de la date de la découverte, par ceux qui tôt ou tard les trouvent échoués sur une plage. En cours de voyage, chaque jour à midi, tout bâtiment de guerre allemand jette à la mer une bouteille avec prière au découvreur d’expédier le billet qui y est contenu au Deutsche Seewarte de Hambourg ou au consul allemand le plus voisin. Ces données permettent de tracer la trajectoire du flotteur, c’est-à-dire la direction et la vitesse du courant. Le Prince de Monaco a pris pour ses expériences dans l'Atlantique nord des sphères de cuivre et des barils. On s’est servi de bouteilles accouplées Hautreux ; les Américains ont préféré des tubes en verre de forme spéciale et, pour l'étude des courants avoisinant le pôle, de solides barils cerclés de fer qu’on
immergeait au détroit de Behrmg et qu’on espère retrouver au détroit de Danemark ou sur les côtes du Groenland. Quel que soit le flotteur et sauf conditions particulières comme à travers la mer polaire, le système laisse prise à la critique parce que si lon est certain du lieu et de la date du départ, on ne connaît que le point d'arrivée et l’on reste sans aucune notion de la trajectoire suivie. De plus, on n'obtient qu’une évaluation très grossière de la durée du voyage parce que le flotteur échoué sur un rivage peu fréquenté a souvent attendu longtemps avant d’être découvert. Celui qu'on trouverait en pleine mer donnerait de meilleurs renseignements mais quel navire consentirait à s’arrêter pour le recueillir ? Un autre reproche à leur adresser est que, plongés dans la couche absolument superficielle de la mer et en partie à l’air, ils renseïgnent à peu près autant sur les courants aériens, c’est-à-dire le vent, que sur les courants de l’eau. Leurs indications sont un mélange de météorologie et d’océanographie et comme il n’est pas possible de faire la part de ce qui revient à l’une et à l’autre, elles sont aussi insuffisantes pour l’une que pour l’autre.
Les résultats sont meilleurs avec les épaves des navires naufragés qui plongent presque entièrement dans l’eau et sont, par conséquent à peu près soustraites à la poussée des vents. Elles sont un danger pour la navigation, aussi les bâtiments qui passent à portée ne manquent pas de les observer pour les éviter et, s’ils les signalent, il devient possible, ce qui est un avantage considérable, de tracer, ainsi que le font régulièrement les Américains sur leurs Pilot-Charts, leur trajectoire par points. C’est pourquoi j'avais été amené à préconiser l'usage d’épaves artificielles, doubles barriques accouplées à la façon des bouteilles d’Hautreux, sans danger pour les navires qui les heurteraient, numérotées et peintes en couleurs visibles de loin, servant en même temps à distinguer leur nationalité c’est-à-dire à indiquer l’endroit où devrait être envoyé l’avis de leur rencontre.
Un autre procédé pour mesurer les courants est celui du point, Chaque jour à midi, les bâtiments à la mer font Le point à l’aide d'observations astronomiques, c’est-à-dire calculent l'endroit où
ils se trouvent au milieu de l'océan et le marquent sur la carte. Pendant le reste de la journée, sans interruption, des timoniers notent la vitesse du navire et les directions suivies relevées au compas. On reporte sur la carte, à partir du point initial, cette route dont l'extrémité marque l'endroit où est le navire à midi, le lendemain. Mais, d'autre part, on peut comme la veille déterminer ce point astronomiquement, au même moment. Le plus souvent, les deux points, l’un estimé, l’autre calculé, ne coïncident pas. On attribue leur écart à l’action du courant et on le fait servir de mesure, en direction et en intensité, à ce courant. Le procédé est très insuffisant, il n’est en réalité qu’une totalisation d’erreurs : erreurs d'observations et de calculs astronomiques et erreurs dans les évaluations directes de la timonerie relativement à la route. Les mesures de courants faites de la sorte, ne sont que de grossières approximations.
Le mesureur de courants superficiels et profonds d’Aimé était constitué par un moulinet orienté et mis en mouvement par le courant et dont le nombre de tours pouvait être évalué, ce qui fournissait la direction suivie par l’eau et sa vitesse. Cet appareil n’échappait pas à de graves critiques qui, il ne faut pas se le dissimuler, peuvent encore être adressées aux perfectionnements nombreux apportés par Arfwedson, puis par le commandant Pillsbury et par l’amiral Makarow lequel, dans le Bosphore, notait les tours d’aïlettes au moyen d’un timbre, enfin par les nombreux inventeurs de compteurs de courants électriques. Quand un appareil ne fournit que des approximations, autant le prendre simple que compliqué ; il coûte moins cher, est plus commode à manœuvrer et, au total, donne presque toujours des indications plus voisines de la vérité à cause même de sa simplicité.
Quand on a mesuré la direction et la force de courants suivant une même verticale, on représente graphiquement les résultats en traçant à partir d’un point considéré comme point initial et pour les diverses profondeurs observées, des droites divergentes dans les directions mêmes constatées et de longueurs respectivement proportionnelles à l'intensité de ces courants. C’est ce qu'on nomme
une rose de courants, schéma facile à comprendre et ayant l’avantage, comme tous les graphiques, de parler aux yeux et de montrer immédiatement l’ensemble des faits.
Tous ces procédés renseignent sur les courants superficiels et sur ceux existant jusqu’à une certaine profondeur. Il serait imprudent de vouloir, dès maintenant, les employer trop bas dans la crainte de variations probables qu’il serait impossible non seulement d'évaluer, mais même de constater. Pour la véritable circulation abyssale, d’autres méthodes serviront. Néanmoins si ces expériences étaient faites en assez grand nombre, elles ne manqueraient pas de jeter une vive lumière sur les phénomènes dynamiques superficiels. On connaît si peu les courants dans les parages même les plus fréquentés! On pense avec regret qu'il suffirait, par exemple, de sept ou huit roses de courants, jusqu'à 400 ou 500 mètres de profondeur, à quelques milles de terre, entre Gênes et le cap Creus, devant notre Toulon, devant notre Marseille, pour fournir sur l’économie des courants en Méditerranée, plus d’indications précises qu'on n’en a recueilli et qu'on n’en possède depuis le commencement du monde. Nous n’avons rien qu'un ramassis d'indications souvent contradictoires, dénuées de sanctions sérieuses, la plupart copiées les unes sur les autres et aussi dignes de confiance les unes que les autres.”
Il est inutile d'essayer de décrire ici en détail ce qu’on connaît relativement aux courants, au point de vue pratique. Il suffira de rappeler que la circulation superficielle est essentiellement la même dans chacun des cinq grands bassins océaniques : Atlantique nord et sud, Pacifique nord, Pacifique sud et océan Indien. Le Gulf-Stream dont le trajet est connu de tous, pourra servir de type. Partout l’eau court d’est en ouest le long de l’équateur, monte dans les bassins septentrionaux ou descend dans les bassins méridionaux, le long des côtes faisant face à l'Est, parvient à la latitude de 45 degrés environ, prend en sens inverse une marche parallèle à l'équateur et redescend en suivant les côtes faisant face à l’ouest pour fermer le cycle et le recommencer. Dans l’océan Indien, le régime différent de la mousson d'hiver et de la
mousson d'été introduit une variation particulièrement considérable surtout dans le contre-courant limité au bassin secondaire compris au nord d’une ligne joignant Zanzibar aux îles de la Sonde jusqu'aux rivages méridionaux de l’Asie, Arabie et Inde. Nous n’insisterons pas sur l'importance du rôle géographique et social joué par les courants sur le globe entier. Il serait intéressant de montrer dans chaque partie du monde, leur influence sur l'histoire du peuplement et du développement de la civilisation. Partout cette histoire est la conséquence des courants aériens et des courants marins qui ne sont d’ailleurs qu’un phénomène unique sous ses deux manifestations. On citerait à ce propos, les migrations polynésiennes et malaises dans le Pacifique, les thalassocraties grecques, phéniciennes et carthaginoise en Méditerranée, la découverte et la colonisation de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud, les progrès du commerce maritime pendant l’antiquité et le moyen âge entre l'occident et l'extrême Asie, à travers l’océan Indien. Par la température chaude ou froide qui est la principale caractéristique et qui donne presque à chaque courant une faune et un plankton particuliers, ils ont réglé la répartition des îles de corail et, en y transportant des graines, ils les ont rendues fertiles et ont permis à l’homme de les habiter. Martins a jeté 94 graines diverses dans de l’eau de la Méditerranée, 39 ont enfoncé, 55 ont flotté et, de ces dernières, 18 ont pu germer après six semaines de séjour et 7 après trois mois. Les bois qui couvrent les rivages de l’Islande, de Jan Mayen, de Bären Eiïland, du Spitzberg et qui rendent tant de services à ceux qui vivent dans ces contrées désolées, sont apportés en grande partie de l’Orénoque et du Mississipi par le Gulf-Stream. Les migrations des harengs, morues, sardines et autres ne sont que la conséquence des variations des courants. Il en est de même de l'abondance des poissons à Terre-Neuve, aux Canaries, au banc des Aiguilles. La base rationnelle de l'exploitation de la mer, l’industrie des pêches est entièrement une affaire de courants. Quand on aura élucidé Péconomie générale de ceux-ci, circulation superficielle et cireulation profonde, on saura tout ce qu’il y a lieu de connaître non
sur tel ou tel poisson particulier mais sur tous les poissons quels qu'ils soient. Une fois la théorie élucidée et les cartes dressées, les applications ne présenteront plus de difficultés. Il faut procéder avec méthode; la ligne droite n’est pas toujours le plus court chemin vers un but déterminé et ces questions qui intéressent au plus haut point les problèmes sociaux sont trop graves pour qu’on ait le temps de se trop presser de les vouloir résoudre.
Les Américains ont admirablement étudié le Gulf-Stream, cette masse d’eau qui au détroit de la Floride coule avec une vitesse moyenne annuelle de 72 milles par vingt-quatre heures et qui atteint jusqu’à 100 et 120 milles, soit 1 m. 5 à 2 m. 5 par seconde, celle du Rhin en temps de hautes eaux, puis se ralentit de manière à ne plus faire, au sud de Terre-Neuve, que 1 mille à heure. Borné à l’ouest par le Cold Wall qui longe du nord au sud les
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côtes des États-Unis et dont les eaux sont de 10 à 45 degrés moins .
chaudes, le Gulf-Stream arrive jusque sur les bancs où, mélangé aux eaux glacées du courant du Labrador contournant à l’est et à l’ouest l’ile de Terre-Neuve, refroidi par les icebergs de la mer de Baffin et par les glaces côtières, il donne naissance à d’épais brouillards. Particularité curieuse et néanmoins facilement explicable, tout différent en cela des fleuves terrestres, le fleuve marin monte la pente de son lit. Si près de la Floride sa vitesse ne s’annule que vers 1 100 mètres de profondeur, déjà au cap Hatteras, il se ramifie en branches divergentes, diminue d'épaisseur et, après Terre-Neuve, il ne fait que s’étaler à la surface, il n’est plus qu’une dérive. Cependant par la chaleur qu’il porte alors de l’Équateur sur les côtes européennes, il donne leur climat, c’est-à-dire leur état de civilisation à l'Espagne, à la France, aux îles Britanniques, à la côte de Norvège qu'il frappe directement et où, s’opposant à la prise par la glace des fjords, il rend la navigation possible pendant l’année entière et fait des Norvégiens un peuple de marins. Il s'écoule ensuite jusque par delà la Nouvelle-Zemble où il a permis, depuis le périple de Nordenskjüld, d'ouvrir au trafic maritime, d’une manière bien précaire il est vrai, les régions sibériennes des embouchures de l'Obi et de l’Ténisséi. C’est encore
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