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lui dont les dernières dérives, prenant après avoir baigné la Sibérie, directement le chemin du pôle boréal, remplissent le bassin arctique où Nansen a eu la gloire de découvrir une profondeur dépassant 2 900 mètres et en sortent, comme un torrent, le long de la côte orientale du Groenland, par le détroit de Danemark, entre l'Islande et le cap Farewell. Si, comme rien n’empêche de le croire, le travail incessant des coraux interceptait le passage du Gulf-Stream, à son étranglement du détroit de la Floride, et forçait la masse d’eau chaude à se déverser plus au sud en empêchant de s’étaler en dérive, tout l'équilibre européen serait modifié par ces infiniment petits. L'Espagne et le Maroc se transformeraient en fournaises comme le Sénégal tandis que la France se refroidirait et l'Angleterre ainsi que les contrées septentrionales, aussi bien celles baignées directement par la mer que celles qui, situées en arrière bénéficient aujourd’hui en latténuant, du climat de celles qui les couvrent, deviendraient glaciales, prendraient un climat peut être analogue à celui du Kamtchatka situé à la même latitude. Toute la répartition géographique de la civilisation serait changée et pourtant rien ne serait visible sur la carte, on n'apercevrait aucune modification au contour actuel des continents. Se décidera-t-on à aborder les détails maintenant que les généralités sont connues. Des marins ne seront-ils pas tentés, dans des séries de monographies, d'étudier le régime océanographique de régions restreintes et nettement délimitées, les mers de Chine, du Japon, d’Okhotsk, de Behring, la mer de Baffin, si mal connue, le golfe Persique ? Sans compter les Américains, l'exemple a été donné par l'expédition norvégienne du Vôringen qui a si habilement exploré le bassin arctique compris entre la mer du Nord et le Spitzberg, par les Anglais qui examinent sans relâche le golfe du Bengale, par les Autrichiens qui ont fait l’'océanographie de la Méditerranée orientale et de la mer Rouge. Quand s’occuperat-on de celle de la Méditerranée occidentale, si facile, si peu lointaine, que les Latins appelaient Mare nostrum! Les documents condensés, simplifiés et parfaitement rigoureux seraient alors livrés aux géologues qui s’en serviraient pour faire de la vraie géologie,
histoire d’un passé vieux de a d'années, et aux historiens pour faire l’histoire du passé récent, à peine âgé de quelques milliers d’années. Comme tout cela semble clair et évident et combien on demeure attristé quand on considère le temps qu'il faut aux hommes pour voir la clarté et comprendre l'évidence !
Cherchons à découvrir les causes multiples de la circulation océanique superficielle.
La première, la plus active est le vent. Quand sur la mer passe une brise légère, la moindre risée folle, l’eau se couvre aussitôt de rides et si quelque épave, quelque paquet d'algues flottent à la surface, ils fuient aussitôt devant ce souffle. Que l’on superpose sur un planisphère le tracé des vents réguliers tel qu’il est donné par les météorologistes et celui des courants dressé par les océanographes ou les marins, on reconnaïtra leur coïncidence. Déjà pour les Grecs c'était Borée qui soulevait les vagues et poussait les courants. Franklin affirma de nouveau le fait et il n’eut besoin, diton, pour cela, que de regarder la pièce d’eau des Suisses à Versailles. La question est de toute évidence.
Mais puisque les vents dans leur cours régulier sur le globe sont la cause principale des grands courants marins, il importe de savoir jusqu’à quelle profondeur s’exerce leur action. Züppritz a traité le problème par les mathématiques. Se plaçant dans les conditions idéales d’une masse d’eau absolument calme, sans limites en superficie comme en profondeur, il a démontré qu’un vent soufflant au-dessus d’elle d’une manière continue, pendant un temps infini, sans éprouver aucune variation dans sa direction ni dans son intensité, la vitesse se propagerait au sein du liquide en diminuant de haut en bas et que l’état stationnaire ne serait établi que lorsque la vitesse de la couche immédiatement superficielle serait exactement égale à celle de l'air, c’est-à-dire après un temps infiniment long. Avec une nappe d’eau de profondeur limitée, les temps pour ne plus être mathématiquement infinis sont néanmoins bien près de l’être. Aïnsi dans une nappe de surface illimitée et épaisse de 4000 mètres, reposant sur le sol, l’état stationnaire ne s’établirait que deux cent mille ans environ après que l’eau de
la surface, primitivement au repos, aurait pris une vitesse uniforme. En cent mille ans, l’état stationnaire ne serait pas atteint à 200 mètres où, au bout de dix mille ans, on n’aurait encore que les 37 millièmes de la vitesse de l’eau à la surface.
La vitesse à la surface étant égale à l’unité met plus d’un mois à être communiquée à l’eau située à 1 mètre au-dessous. Après environ cinq mois, à 10 mètres de profondeur, la vitesse n’est. encore que la dixième partie de la vitesse superficielle. Il faudra vingt-neuf mois pour qu’elle n’en soit que la moitié et deux cents trente neuf ans pour que ce dixième de la vitesse superficielle parvienne à 400 mètres de profondeur.
Si, sortant du domaine de la mathématique pourtant très suggestif en cette circonstance, cessant de considérer les conditions idéales d’un océan où tout est infini, agité par un vent conservant
pendant un temps infini la même force et la même direction, on retourne à la réalité et qu’on considère les variations continuelles du vent sur le globe, du jour à la nuit, de l'hiver à l’été, conséquences des mille complications qui surgissent sous l'influence de mille causes naturelles, qui lui donnent souvent des directions diamétralement opposées, qui détruisent et annihilent les actions produites par des actions antagonistes, on sera amené à une conclusion fatale. Les vents sont, il est vrai, la cause immédiate, directe des courants superficiels mais leur action devient nulle à une distance relativement très petite de la surface. Certes l'épaisseur agitée doit être variable en des points différents selon le climat et il appartient à une expérience que nous ne possédons pas encore de déterminer par des constatations directes cette profondeur locale d’après la moyenne des conditions ambiantes. Cependant on est en droit d'admettre qu’elle est très réduite. Il est douteux que nulle part elle dépasse de beaucoup un millier de mètres. On pense que les courants équatoriaux de l'Atlantique ont une vitesse à peine sensible entre 120 et 150 mètres et tout à fait nulle entre 180 et 200 mètres.
Si les courants n’avaient d’autres causes que le vent, ils auraient
sur le globe une unité de distribution qu'ils sont loin de posséder.
S’effectuant sur de l’eau, fluide plus lourd, plus compact, moins capricieux que l'air, la circulation océanique serait la contre-partie atténuée, régularisée de la circulation aérienne. Il est loin d’en être ainsi et une foule de circonstances dont les principales seulement seront mentionnées, vont introduire dans cette simplicité de nombreuses complications.
La première est l'influence de la diversité de poids spécifique des diverses eaux marines. La mer est moins salée sur les bords des continents qu’au large parce que les fleuves se déversent le long des côtes. On admet que l’eau météorique tombée sous forme de pluie ou de neige sur les continents se partage en trois parties sensiblement égales. Un tiers s’évapore immédiatement et se diffuse en vapeur dans l’atmosphère. Un autre tiers coule à la surface et tôt ou tard, après avoir été ruisseau, lac et rivière, 1l devient fleuve et arrive à l’océan. Le dernier tiers est absorbé par le sol. Mais à l'exception d’une minime partie qui, comme eau d’hydratation se combine avec les minéraux, y demeure à jamais fixée et est par conséquent soustraite à tout mouvement ultérieur, les eaux d’imbibition s’enfonçant jusqu’à la rencontre d’une couche imperméable, reviennent au jour à l’état de sources minérales ou autres et rentrent alors dans le cycle ou bien coulent souterrainement jusqu’à ce que, à une profondeur plus ou moins grande, elles parviennent au contact du fond océanique et, par un suintement continu, se mêlent aux eaux salées. On a découvert en plusieurs localités des sources sous-marines dont l’existence est absolument hors de doute. Dans ce cas l’eau douce plus légère remonte en se mélangeant avec le liquide salé ambiant. On a parlé aussi de fleuves souterrains débouchant sous la mer par un orifice assez large pour laisser passage à des troncs d’arbres. Il est difficile de croire que des arbres soient entraînés de la surface du sol dans ses profondeurs, poursuivent ensuite leur route dans un canal assez régulier et assez spacieux pour ne pas les arrêter et gagnent enfin la mer par une ouverture dont jamais on n’a constaté la réalité et qui devrait pourtant se traduire par des phénomènes très distincts à la surface de l’eau, îlots d’eaux de salure réduite et troublées
par des boues remuées ou charriées pendant le trajet. Élucider le détail de ces faits est une tâche qui revient aux géologues. Ils y arriveront certainement par la double considération de la direction et du plongement des couches dans la zone continentale côtière et de leur rencontre probable avec le relief de la mer voisine.
Quoi qu'il en soit, on est amené à conclure que les deux tiers de l’eau tombée sur les continents sont déversés dans la mer soit à l’air bibre, soit sous-marinement, le long des côtes. Il en résulte une conséquence importante,
On sait que les hauteurs de deux liquides différents contenus dans deux vases communiquants sont en raison inverse des densités de ceux-ci. Or, l’eau du bord mélangée d’eau douce et l’eau du centre non mélangée et en outre concentrée par l’évaporation qui, sous les tropiques enlève annuellement une couche épaisse de 2 à 3 mètres et même de 7 mètres dans la mer Rouge, sont bien deux liquides différents. La portion superficielle de la masse océanique est comparable à une immense suite de vases communiquants dans lesquels les surfaces seront à un niveau d’autant plus bas que les eaux y seront plus salées et d’autant plus haut qu’elles seront moins salées. En résumé, le centre des océans constituera une sorte de cuvette à bords relevés dont les portions hautes seront représentées par les régions océaniques côtières. Mais comme le creux et les bords, au lieu d’être solides, sont liquides, que les eaux y sont sans interruption concentrées d’un côté, étendues de l’autre, que leur mélange s'effectue physiquement par diffusion, mécaniquement par le brassage dû aux vagues et par mille autres causes, le niveau tend sans cesse à s’établir par la création d’un courant continu partant des côtes et se dirigeant vers le centre des océans. On ignore la profondeur du plan de densité égale commune; il n'est pas impossible que cette profondeur qu’on a essayé d’évaluer théoriquement dépende en réalité de tant de conditions qu’elle varie en un même endroit à des moments différents et ne soit pratiquement indéterminable. Quelle que soit l'opinion adoptée, il est évident qu’une circulation continue de la périphérie des océans
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vers leur centre va se superposer à la circulation due aux vents et en modifier l’économie. C’est cette irrégularité du niveau océanique qui a autorisé à comparer l’aréomètre qui la mesure au baromètre qui mesure les altitudes continentales.
Une autre cause permanente de modification est la rotation terrestre. Le globe tout entier tourne d’est en ouest; il entraîne dans son mouvement la masse des eaux et celle-ci, en conséquence de son inertie, subit un retard se traduisant par une marche générale d’est en ouest. Le même phénomène se produit, dit-on, pour les rivières dont le cours est dévié et qui empiètent sur l’une ou l’autre de leurs rives suivant l'orientation de leur cours à la surface du globe et l'hémisphère où elles sont situées.
Une troisième cause est l’action de la température qui échauffe les eaux près de l’équateur, les dilate et par conséquent les rend plus légères. Il est vrai qu’en même temps la chaleur active l’évaporation qui concentre les eaux et par conséquent les alourdit. Les deux facteurs sont done antagonistes et il y a lieu d’y ajouter, dans les régions équatoriales, la chute des pluies qui persiste sans interruption pendant la durée entière de l’année quoiqu’elle soit variable comme quantité et comme position géographique selon les saisons. Dans l'Atlantique, on a dressé pour chaque trimestre correspondant à chaque saison, les zones de pluies équatoriales tombant pendant sept heures et pendant quatre heures par jour. Ces aires concentriques l’une à l’autre et toutes deux sous l’étroite dépendance des alizés de nord-est et de sud-est, oscillent entre la côte ouest d'Afrique, Sénégal et Guinée, et celle du nord-est de l’Amérique méridionale entre le cap San Roque et le Vénezuéla. Des torrents d’eau douce sont ainsi ajoutés à la mer ce qui, pour continuer la comparaison précédente, autoriserait à identifier l’Atlantique sud, non à une cuvette simple, mais à un système de deux cuvettes séparées par une crête située un peu au nord de l'Équateur. Dans les régions boréales et australes la formation et la fusion annuelles des glaces introduisent un nouvel élément de perturbation. En effet, quand les glaces se forment sur la mer, comme elles sont plus riches en eau douce que la saumure restée liquide,
elles concentrent le sel dans cette dernière et l’alourdissent d’autant. D'autre part le froïd contractant l’eau en augmente la densité, loblige à descendre et devient encore une cause de mouvement local au début et ayant ensuite sa répercussion sur les phénomènes de la circulation générale, Au moment de la fusion, d'énormes quantités d'eau presque douce sont, au contraire, ajoutées à la mer.
On a vu que l’onde de marée donnait naissance, au voisinage de la terre à des courants tournants dits de marée. Ce phénomène est une conséquence de la diminution de profondeur. de l’eau. Venant se superposer aux phénomènes réguliers de la circulation, il en augmente encore la complication; il est local quoique permanent au même point. Du reste l’influence du rapprochement du fond ralentissant le mouvement des couches d’eau contiguës au sol sans modifier théoriquement celui des couches supérieures et néanmoins accélérant en réalité le mouvement de ces dernières par suite de l'accumulation du liquide, se produit alors fatalement. Elle se fait senür sur un courant quel qu'il soit et indépendamment de toute action de marée.
Il existe d’autres causes de modifications à la circulation. D’après les lois mécaniques du frottement, un courant donne forcément naissance à un contre-courant de sens inverse, de vitesse moindre: et s’atténuant de plus en plus dans la région centrale si le courant originel est circulaire comme c’est le cas pour les cinq grands circuits océaniques. Ces portions calmes facilitent le groupement au centre des corps primitivement flottants à la périphérie. L'exemple le plus typique est celui de la mer des Sarg'asses si bien connue depuis les travaux de Krümmel. On donne le nom de Sargasses ou deraisins des tropiques à des rameaux entiers de plantes marines, Sargassum vulqare, Sargassum bacciferum, Sargassum ilicifohum, Sargassum latifolium et Sargassum obtusatum, arrachées par les tempêtes aux rochers où elles croissent sur les rivages des États-Unis depuis le cap Cod, du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, c’est-à-dire la côte du Vénezuéla y compris les Grandes et les Petites Antilles. Elles sont saisies par les courants
et entraïînées dans le circuit de l’Atlantique nord. Comme les eaux de ce circuit sont plus chaudes que celles qui les environnent, surtout dans le Gulf-Stream, entre le détroit de Bahama et les bancs de Terre-Neuve, elles forment un bombement à double pente dont l’une, la plus douce, est intérieure, c’est-àdire dirigée vers le centre de l’Atlantique. Les sarg'asses ainsi que les autres épaves tendent donc à gagner cette région et dans l’impossibilité où elles sont d’en sortir, s’y cantonnent jusqu’au jour où elles finissent par descendre au fond. La mer des Sargasses était l’effroi des marins de l’antiquité qui n’en ignoraient pas l’existence et elle faillit provoquer la plus grave des rébellions des matelots de Colomb, lors de son premier voyage. Krümmel en a dressé la carte et a limité par des courbes les aires de fréquence de rencontres de Sargasses par les navires. Quatre de ces aires ont été ainsi définies à la suite du dépouillement d’innombrables journaux de bord; elles entourent régulièrement comme les aires isohypses d’une vallée, la région centrale de calme, le creux de la cuvette de l'Atlantique nord.
La configuration géographique des continents impose aux courants leur route et, quand il existe des golfes plus ou moins considérables comme ceux de Guinée, du Bengale, de PAlaska ou de Gascogne, cette configuration se combinant à la diminution de profondeur, aux marées et aux contre-courants constitue une circulation spéciale de courants de déviation qu’il serait bien désirable de voir faire l’objet d’études monographiques particulières. La rencontre de la côte par un courant la heurtant perpendiculairement ou sous un angle assez grand est quelquefois susceptible de séparer ce courant en deux autres de direction opposée et de force variable avec l’inclinaison sous laquelle le courant initial frappe la terre. Il en est de même des mers fermées, sortes de bassins dans le genre des mers de Chine, du Japon ou des Antilles, possédant chacune leur circulation spéciale.
Tout courant étant un apport d’eau, vide une portion de l’océan et amène sur un point un excès de liquide. Comme l'équilibre tend sans cesse à se rétablir, il en résulte un apport d’eau en