CHAPITRE XIII. î
La réouverture se fil le 13 septembre, avec Anligone et la Ciguë, les deux grands succès de Tannée. Les mauvais jours arrivaient, l'étoile de Lireux pâlissait; les indemnités données aux comédiens dissidents avaient dévoré la subvention; le comité de lecture que raillait si spirituellement le directeur de TOdéon ayant accumulé les réceptions, il fallait enfin représenter les tragédies et comédies reçues, ou payer des dédits. Lireux s'exécuta ; il commença ce qu'il appelait en soupirant : « La série des pièces judiciaires. » 11 comptait, pour se relever, sur une pièce de l'auteur de la Main droite et la Main gauche; il réengagea même, à cette occasion. Bocage dans des conditions très onéreuses pour jouer cette dernière partie.
Le i5 octobre, le Bacuelier de Ségovie, ou les Hautes Etudes, comédie en cinq actes, en vers, de Casimir Bonjour. Cette pièce, qui tend à prouver qu'un homme sorti des derniers rangs de la société ne peut se pousser dans le monde s'il ne s'attache à quelque gentilhomme imbécile, avait bien vieilli pendant ses dix années d'attente dans les cartons de la Comédie-Française. Comme elle était spirituelle et bien faite, elle obtint cependant un vif succès, si vif même que le Théâtre-Français, repentant, la prit au répertoire de l'Odéon, et la joua en 1848 pour les débuts de Bouchel. (Barré, Bouchet; M™** Fitz-James, Berlhault, Volet.)
Le i9 octobre, l'Amib intimb, comédie en un acte, en prose, de M. A. Leparmentier. C'est une de ces pièces condamnées d'avance, que les acteurs ne jouent pas, que le public n'écoule guère et dont l'auteur seul est inquiet. {W Valérie.)
Le 22 octobre, insuccès encore avec le Comte d'Eg- MONT, drame en trois actes, en vere, de M. A. Senty. (Rouvière, Baron, Bouchet; M"* Fitz-James.)
Le 31 octobre^ Hippolyte Lucas donne une adaptation des Nuées d'Aristophane. C'était une tâche difficile que de présenter au public la plus hardie pièce du grand railleur grec; l'auteur s'en tira avec tact et habileté. Succès. Rouvière fut très apprécié dans le rôle de Plutus.
Le 9 novembre, Héli le propuète, tragédie biblique en cinq actes, en vers, de M. Riquier-Aldée, continue malheureusement la série des pièces accumulées par le comité de lecture (Ballande, Darcourt, Milon; M^^'' Fitz-James).
Le 40 novembre, seconde pièce « judiciaire » : le Roi Lear, drame en quatre actes, en vers, de MM. E. Sauvage et Duhomme. Les auteurs ont trop reJouté Shakespeare et n'ont fait qu'une pâle imitation du chef-d'œuvre anglais. Rouvière fut cette fois encore très remarqué.
Le i5 novembre : les Paniers de Mademoiselle, comédie en un acte, en prose, de Léon Guillard; réussite. (L. Monrose, Baron, Ferez; M"* Volet.)
Le 30 décembre, Ursus, comédie en un acte, en vers, de Constant Hilbey « ouvrier^ ». Les réclamations
4. Voir: la Manière de faire recevoir une pièce au Th. R. de rOc/^o;»^ par Constant Hilbey. Id-S<^ de 8 pages. Paris, Lehougais, 4845.