‹ L'Odéon: histoire administrative, anecdotique et litte?raire du Second The?atre Franc?aisChapitre 74 sur 221 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

vent exagérée de son jeune public, Harel, fort expert dans Tart de la réclame, fit publier cet avis dans les journaux : « Le parterre de l'Odéon, qui s'est montré pointilleux si souvent mal à propos, et qui, dans des accès de gaieté fatals à de pauvres au teurs, a fait la guerre aux mots plus peut-être que la raison ne l'autorisait, voudra-t-il renoncer à ses habitudes facétieuses pour juger une pièce tout entière et ne pas condamner les expressions avant de savoir si elles sont à la tragédie complète comme certaines touches hardies sont dans un tableau d'histoire ? »

Cette prière fut sans effet, car la seconde pièce fit une chute épouvantable.

Le i4 septembre. — Cette comédie en prose, intitulée LE Frère et l'Amant, de MM. F... et C, devait avoir trois actes; le parterre en décida autrement. On dut baisser le rideau au milieu du deuxième acte sans pouvoir parvenir à le terminer. (Duparai, Delafosse, Delaistre; M"~ Noblet et Thénard.)

Le i3 octobre. — Christine a Fontainebleau, drame historique en cinq actes, en vers, de Frédéric Soulié, ne fut pas plus heureux. L'impatience, qui s'était manifestée par des murmures à partir du deuxième acte , ne se calma qu'au cinquième. (Lockroy, Ligier, Delafosse ; M""' Georges, Noblet, E. Dupuis.) j

Le 24 novembre. — Première (à ce théâtre) de Marino Faliero, drame en cinq actes, en vers, imité de Byron, par Casimir Delavigne, déjà joué cent trente fois à la Porte-Saint-Martin. Succès. Ouverture de Rossini. Costumes de Paul Delaroche.

4«8 L'ODÉCN.

Le i^ décembre. — Mon Ongle le bossu, comédie en un acte, en prose, de MM. Larontaine et Mélesville, fut très applaudie, (Ferville, E. Bernard; M"** Noblet.)

Le 29 décembre. — Une Fête de Néron, drame en cinq actes, en vers, d*Â. Soumet et L. Belmontet, obtint un éclatant succès ; Ligier et surtout M"* Georges furent acclamés. « Ce qu'il y a de plus remarquable dans cet ouvrage, c*est rinsouciant abandon avec lequel les auteurs se sont livrés à la peinture des mœurs de débauche et de sang qui ont épouvanté le règne des empereurs. » Suétone ne va pas plus loin, dit alors le Figaro *. (Eric-Bernard, Delafosse, Chilly; M*^ Level et Gersay.)

Le i 9 janvier. — L'Article de journal, comédie en un acte, en vers, de feu Chéron de la Bruère, le censeur dramatique, qui « désira garder Tanonyme», fut la première nouveauté donnée dans cette année célèbre.

Cette bluette, écrite avec goût, mais sentant trop la littérature de 1815, n'était en réalité qu'une vieille nouveauté ; quelques personnes à la mémoire implacable reconnurent une pièce jouée à la Comédie-Française, le 13 décembre 1811, sous le titre de l'Auteur et le critique. Le parterre siffla (|uelque peu. (Ferville, Duparai, Delafosse; M"' Noblet.)

1. Une Fêle de Néron passa au Théàlre-Français en 4832 et fut reprise à rOdéon en 1862, sous la première direction de M. de la Rounat.

CUAPITUE VII. m

Le i3 février. — On maltraita aussi le Pamphlet, ou l'Adjoint dans l'embarras *, comédie en trois actes, en prose, de Georges Duval. (Duparai, Delafosse; M""^ Saint-Amand, Dupuis.)

Le i8 février. — L\ Mort de Molière*, drame en

trois actes, en prose, terminé par un épilogue en vers,

couplets et apothéose. Singulière pièce, n'oiTrant qu'une suite de tableaux affligeants. Qu'on en juge par la dernière scène : Molière est la, inanimé; à côté de lui on prépare ses funérailles. En ce moment poignant, le rideau du fond se lève; on aperçoit le buste de Houdon sur un piédestal ; une jeune fille, dans le costume de Thalie, entourée de quelques figurants, récite des vers ; puis, tout à coup, le chef d'orchestre lève son archet, et les acteurs que l'on voyait pleurer près du lit de mort de l'auteur de Tartuffe, se redressent et entonnent, sur l'air du vaudeville d'Cne Heure de folie, quatre couplets, à la grande stupéfaction des spectateurs.

Voici le couplet au public :

L'auteur qui trace ces essais Les offre d*une main timide Au public qui fait les succès Et que le bon goût toujours guide;

1. La pièce s*appelait d'abord le Sous-Préfet. La consure exigea un autre titre.

2. Dumersan écrivit au ministre de l'intérieur pour obtenir la permission de faire terminer sa pièce par le tableau de Waflard, célèbre alors, les Deux Sœurs de charité. On le lui défendit. Je voulais, dit-il, terminer par ces mots: « L'hypocrisie a tourmenté sa vie, la vraie religion le console à sa mort. »

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