CHAPITRE VIII
s'incliner devant lui, sont autant de diables qui se moquent de sa puissance. L'heure fatale sonne, Satan vient réclamer sa proie... — Tout avait marché tant bien que mal jusque-là ; mais un duel entre Ambrosio et Satan parut au-dessus de ce qu'on pouvait supporter, le parterre se mit à huer et à siffler; Frederick- Lemaître, peu adroit pour le génie du mal, ayant manqué de s'éborgner dans son duel avec Delafosse (Ambrosio), cet accident n'aida guère à relever la fin de celle étrange pièce, pour laquelle Adam et Auber composèrent deux romances charmantes, et où débutait la belle Juliette, du théâtre de la Porle- Saiiit-Martin.
Le S5 juin, le beau succès littéraire de La maréchale d'Ancre, drame en cinq actes, en prose, d'Alfred de Vigny, remit le second Théâtre-Français dans sa voie *. Le 2i juin, on avait joué les deux premiers actes ; une indisposition grave de M""" Georges empêcha de continuer la pièce ce soir-là. Malgré son interprétation excellente, sa mise en scène soignée, cette belle œuvre ne fit pas d'argent. Reprise à la Comédie-Française en juin 1840, elle réussit mieux *. Frederick - Lemaître dans Concini, Ligier et surtout M"® Georges, furent vivement applaudis.
4. « De ce jour, dit J. Janin, nous avons un poète dramatique de plus; nous en avions grand besoin. Peu de pièces ont été moins applaudies que celle de M. de Vigny. J'en connais peu, de nos jours, qui aient obtenu autant de succès. » M. Paul Lacroix avait présenté un drame héroïque du môme titre, qui fut répété en 4828, mais ne fut pas joué.
%, Lire, dans la Revue de Paris, un compte rendu remarquablefait par Alfred de Vigny sur sa pièce.
Le 7 juillet, C. Merville donne une pièce polilique un peu froide, Le jeune prince ou la Constitution de ***, comédie-drame en trois acles, en prose, qui réussit. L'excellent Duperai se fit applaudir une fois de plus dans le rôle d'un vieux courtisan. (Lockroy, Eric-Bernard, Doligny, Chilly ; M"" Noblet et Juliette).
Le S8 juillet, h l'occasion de l'anniversaire des « Trois journées », Eric-Bernard vint chanter sur l'air : Ten souviens-tu ? quatre couplets en l'honneur des Polonais, entre Othello et le Mariage de Figaro * :
Ils ne sont plus : viens pleurer, noble France ! Dans le tombeau dorment tes défenseurs.
Leur sang pour toi signa ta délivrance.
Viens leur payer une dette de pleurs !
Ils sont tombés, frémissants d'esclavage, Ils ont brisé leur frein ensanglanté ; Ils t*ont légué rhonneur pour héritage; France, ils sont morts! morts pour la liberté!
Après ces couplets, Eric-Bernard a donné communication d'une lettre du comité polonais qui annonçait la victoire remportée sur les Russes. Les cris de : « Vive la Pologne ! Mort aux Russes ! ;> sont sortis de toutes les bouches.
Le 3 août, L'homme au masqlb de fer, drame en cinq actes, en prose « tiré des chroniques authentiques » par MM. Aug. Arnould et N. Foumier. On connaît ce drame, qui fut repris sur presque toutes les scènes du
4 . Dans presque toutes les représentations d'alors, ce comédien est mis à contribution. Le 22 avril, entre Tartuffe et Une fêle de Néron, II avait chanté la Varsovienne.