CHAPITRE II
L’ouverture de la nouvelle salle occupa les Parisiens pendant un mois : en vingt-deux représentations, les acteurs gagnèrent 75,000 livres, sans compter la location des loges à l’année.
Quatorze nouveautés furent représentées dans le cours de cette première campagne théâtrale :
Trois jours après la première de la pièce d’Imbert, V Inauguration du Théâtre -Français , on la remplaçait (42 avril) par Molière a la nouvelle salle ou les Audiences de Thalie, comédie épisodique de circonstance, en vers libres, avec un divertissement ; attribué d’abord à Palissot, ce petit acte était en réalité de Laharpe; il obtint le plus vif succès et servit pendant deux mois de prologue aux représentations de la comédie (M ,,e Contât jouait le Vaudeville et Dugazon, la Muse du drame) *.
depuis son émigration à ta nouvelle salle , aux dépens de MM. les comédiens françois, p. 39, Paris, 1783.
1 . « Molière à la nouvelle salle avait été présentée sans nom d’auteur : elle fut lue, examinéo et jugée par les comédiens qui la refusèrent à l’unanimité. Co tribunal accueillit avec enthousiasme lo misérable pastiche d’Imbert, auteur du Jaloux sans amour. Le public siffla, dédaigna, conspua cette Inauguration du Théâtre-Français le 9 avril 1782, jour do l’ouverture du' théâtre. Présent à cette soirée mémorable, La Harpe indigné s’écria : * Voilà pourtant l’ordure que l’on a préférée à mon ouvrage! — Comment, c’est vous qui?... — Oui, c’est moi qui...— Ah ! ah! c’est bien différent ! que ne lo disiez-vous ?»
Après cette explication vivo et courte, les Audiences de Thalie obtinrent la faveur d’élre écoutées avec attention, la pièce fut relue et trouvée ingénieuse, admirable, charmante, aussi bien conduite qu’elle était bien écrite, et d’une piquante nouveauté; plus d’un imbécile s’avisa mémo de la proclamer sublime. Reçue avec acclamation, elle vint, trois jours après, remplacer le prologue d’Imbert, et le public applaudit de telle sorte, qu’il semblait vouloir célébrer en môme
Le 6 mai . — Agis, tragédie en cinq actes et en vers, premier ouvrage de Laignelot *, fils d’un pauvre boulanger de Versailles. Déjà représentée sans succès devant la Cour à la lin de 1779, cette pièce se soutint peu (Larive, M lles Sainval et Thénard).
10 mai. — Le Satirique ou l'Homme dangereux , comédie en trois actes et en vers, de Palissot, imprimée depuis 1771.
20 juillet. — Les Journalistes anglais , comédie en deux actes et en prose, de Cailhava d’Estandoux.
26 juillet. — L’Ecueil (ou Ecole) des moeurs, ou les Courtisanes y comédie en trois actes et en vers, de Palissot, présentée en 1774 et imprimée l’année suivante (M ,,e Contât).
23 août. — Tibère et Sérénus, tragédie en cinq actes, deM. Fallet, « commis travaillant à la Gazette de France » (Molé).
5 octobre. — Autre tragédie en cinq actes , Zoraï ou les Insulaires de la Nouvelle-Zélande y par Marinier.
23 octobre. — Les Amants espagnols ou les Contretemps , comédie en cinq actes et en prose, de M. Boja (de Marseille), fut représentée en présence de Marie- Antoinette. Le cinquième acte de cette pièce était de Molé, qui y jouait le principal rôle.
13 novembre. — Une petite comédie en un acte et en
temps le triompho différé de La Harpe et l’insigne bévue des comédiens. » (Castil-Blaze, Molière musicien , 1. 11, pp. 311-342.)
1. Laignelot, protégé par la cour, figura plus tard à la Convention et y vota la mort de Louis XVI.