CHAPITRE II
heure indue à cette époque. Enfin, Figaro était représenté et, comme l’a écrit Charles Nodier, la Révolution était faite. « Oui, sans cette comédie, le peuple n’eut pas appris sitôt peut-être à secouer ce respect de servitude que les grands avaient imprimé sur la nation entière. On osait applaudir la satire, parce qu’on s’essayait à mépriser l’autorité 1 ».
Le lendemain, un journal écrivit que « la seule présomption d’occuper le public français, pendant plus de
x quatre heures, avec une farce aussi dégoûtante, méritait
d’être silRée; qu’on ne savait ce qu’admirer le plus, ou de l’impudence du sieur Beaumarchais ou de la patience des spectateurs 1 ». Le même gazetier se plaint ensuite de « l’abus continuel de l’esprit dans cette nouvelle facétie comique; des obscénités, des flagorneries pour le parterre et surtout du style, qui est tout îi fait vicieux et détestable » ; il conclut en disant que le poëte paraît avoir eu pour but véritable d’insulter à la fois au goût, à la raison et «à l’honnêteté publique, et qu’en cela il a parfaitement réussi.
Cette œuvre, qui tient de la satire, du factum, du pamphlet et du plaidoyer dans trois actes, de la comédie et du drame dans les deux autres, est de celles qui font époque dans l’histoire du théâtre plutôt à cause de leur retentissement, de leur vogue et de leur portée, que par