‹ L'Odéon; histoire administrative, anecdotique et littéraire du Second Théatre Français (volume 2)Chapitre 48 sur 218 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sants protecteurs ; aussi, malgré les intérêts de leur caisse, n attendaient-ils qu’une occasion pour interrompre Charles IX, devenu la source continuelle de querelles de vanités ou d’opinions.

. Cette occasion sembla leur être offerte à propos de la vingt-cinquième représentation, annoncée au profit des pauvres. Cette soirée, insuffisamment préparée, affichée le matin seulement, ne produisit que 1,700 livres. Les ennemis de l’auteur proclamèrent qu’enfin la fameuse tragédie patriotique avait dit son dernier mot. Chénier, irrité, écrit 1 aux. comédiens qu’il retire sa pièce et ne la rendra que pour une deuxième représentation au profit des pauvres, mieux annoncée cette fois. Les comédiens prennent acte de la lettre de Chénier, et, tout en regrettant, dans une lettre fort digne (publiée au Journal de Paris ) , qu’il s’érigeât en directeur de leurs bienfaits, ils annoncent la vingt-septième de Charles IX. Cette soirée produisit â, 660 livres. Malgré ce chiffre éloquent, on ne donna plus, en deux mois, que cinq représentations de la pièce.

Un nouvel incident acheva de brouiller tout à fait Chénier et Talma avec la Comédie.

On sait qu’il était d’usage alors qu’à chaque clôture ou réouverture du théâtre, un sociétaire, le dernier reçu généralement , . vînt expliquer au public , en quelques phrases respectueuses, les projets de la Société. Talma, nouvellement élu, devait faire le compliment habituel.

1. Voir sa lettre aux auteurs de la Chronique de Paris dans Étionne et Martainville.

En raison des circonstances, et connaissant ses opinions avancées, le comité lui recommanda , mais inutilement, la plus grande réserve; le zèle réformateur du jeune tragédien l’emporta.

« On m’avait conseillé de ne point parler de , la liberté *, dit-il; j’avoue que j’aurais craint de faire accuser mes camarades et moi de tiédeur pour la Révolution , si rien n’avait indiqué les sentiments patriotiques qui nous animent ». En conséquence, il pria son ami Chénier de lui composer son Discours; quand il l’eut entre les mains, il le porta au maire Bailly, qui l’autorisa. Alors seulement il le lut à ses collègues, qui le rejetèrent et l’invitèrent à en composer un autre : « Non, dit-il, je prononcerai celuilà ou point ». Les comédiens chargèrent Naudet de faire le compliment à sa place.

Le lundi 12 avril, jour de la rentrée % des mains inconnues distribuèrent au public quelques exemplaires du discours imprimé de Chénier 1 2 3 . A la première page on lisait ; « Les comédiens n’ont pas voulu j>ermettre au sieur Talma de prononcer ce qu’on va lire; on leur a rendu les droits de citoyens et iis craignent de parler en citoyens. Quelques personnes de la Comédie sont tourmentées de vapeurs, mais aux grands maux les grands remèdes. »

Lorsque Naudet vint annoncer que désormais la clôture serait abrogée, qu’on allait faire six cents places à des

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