CHAPITRE XI
entrent en scène tout de même», — dit Lireux avec un geste à la Frédériek-Lemaître, « ça ne se voit pas dans la salle. » Et ils entrèrent. — On n'en finirait pas de conter les fantaisies, les traits spirituels de ce directeur original. Quoi qu'on ait dit de sa direction, elle mérita bien de l'art. Personne ne voulait de l'Odéon, avant lui; après lui, on n'eut que l'embarras du choix.
Le 20 février, Cédric le Norvégien, drame héroïque en cinq actes, en prose, de Félix Pyat, fut la première nouveauté de sa direction. Soirée tumultueuse, rappelant celles de la direction Harel. Un retard d'une heure environ, par suite d'un accident arrivé à un machiniste, indisposa le public. Un sl\le trop plein de métaphores, trop redondant, quelques tirades tyrannicides provoquèrent des rires et des sifflets, suivis d'une chute. Trois représentations. (Rouvière, Robert Kemp, Bignon, Rosambeau, Barré, Baron; M mcs Charton, Defrance, Arsène).
Le i er mars, le Mari malgré lui, comédie en un acte, en prose, de M. P. Poitevin, réussit. (Saint-Léon, L. Monrose, Pierron ; M mes Berthault et Weiss.)
Le 13 mars, Lallier ou Paris délivré, tragédie en cinq actes, envers, de 31. de Vennes, tombe à plat. L'auteur, paraît-il, avait donné û,000 francs pour faire jouer cette rapsodie, qui n'eut que deux représentations (Crécy, Rouvière, Valmore).
Le 15 mars, un Déshonneur posthume, comédie en un acte, en prose, premier ouvrage de M. Armand Durantin, fut applaudie. (Saint-Léon, Derosselle, Pierron; M m Roussel.)
SOi L'ODÉON.
Le 19 mars, Les Ressources de Qlinola, drame en cinq actes, en prose, précédé d'un prologue en trois tableaux, de Balzac. Le premier ouvrage dramatique du grand écrivain n'avait pas réussi à la Porte Saint-Martin. Le second ne fut guère plus heureux deux ans après : a En « produisant une œuvre faite avec toutes les libertés des « mêmes théâtres français et espagnols, l'auteur s'est « permis une tentative appelée par les vœux de plus d'un « organe de l'opinion publique, » dit Balzac dans la préface de sa pièce. Les Ressources de Quinola ont en effet toute la saveur des pièces de l'ancien répertoire espagnol..., des comédies de Lopc de Vega et de Calderon; malheureusement, ce n'était pas une œuvre originale, c'était en quelque sorte une imitation, et le public avait le droit d'exiger autre chose du puissant créateur de la Comédie humaine. La représentation fut extrêmement houleuse; on avait fait grand bruit autour de la pièce. « Balzac, non paravidité, mais par bizarrerie et pourobéir « à l'orgueilleux besoin de se passer d'un entrepreneur, « de fouler aux pieds l'homme éternellement placé entre « le producteur et l'acheteur 1 », s'était fait le vendeur, l'agioteur, le fermier de ses billets. « Se présentait-on pour « louer une loge, il répondait invariablement derrière « le grillage du bureau de location où il était installé : « — « Trop tard, elle est vendue à la princesse Augus- « tina, Augustine de Modène ! » — « Mais, monsieur Bal- « zac, nous y mettrions un prix fou »... « Quand ce prix