‹ L'odyssée de la conscience dans la dernière philosophie de SchellingChapitre 11 sur 39 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le renversement des puissances et l’ironie de Dieu

La première puissance est potentielle par rapport à la seconde ; la seconde est réelle par rapport à la première. Mais toutes les deux prises ensemble sont absolument inexistantes si on les compare à la Création effective qui est raboutissement de la théurgie. Il y a trois puissances ; cela veut dire simplement : si Dieu existe Dieu est d’abord — A, ensuite +A, enfin ±A. Mais il pourrait très bien se faire que rien n’existât ; notre description des puissances au repos resterait vraie, comme resterait vrai le théorème de Pvthagore même s’il n'y avait aucun triangle dans la nature. Or, quelque chose existe. Nous savons a posteriori que Dieu s’est décidé à créer, mais à partir d’ici nous sommes dans le domaine du contingent. L’ordre des puissances au repos était un ordre nécessaire que nous retrouvions par une expérience d’intuition. La première puissance, on s’en souvient, est la première chose que je sois forcé de penser. Je ne trouve rien de plus simple, ni de plus essentiel que le sujet ; et de même l’objet se présente forcément à l'esprit dès que le sujet est posé. Ma pensée est tirée

LE MALHEUR DE L’EXISTENCE

d’une forme à l’autre a priori et « par nature », sans jamais prendre pied dans le réel. Or, ces trois situations possibles de l’être divin existeront en fait si Dieu existe. Et nous savons après coup que Dieu existe puisque ses créatures, dont nous sommes, existent effectivement. Mais il n’y a plus rien de nécessaire dans cet événement. Aucun philosophe ne peut démontrer que Dieu a dû créer un monde : seulement nous pouvons après le fait (« ex post » « post actum ») (1) justifier Sa décision ; il nous apparaîtra a posteriori que Dieu était plus incliné à créer qu’à s’abstenir. Mais si ses intentions n’étaient pas rétrospectivement évidentes, nulle raison au monde n’oserait les tenir pour possible (2). Les puissances, qui n’existaient pour nous que « notionnellement » et par nature, vont donc exister « en acte », simplement parce que Dieu le veut, parce quelque chose est ce qu’elles sont. A partir d’ici nous avons à raconter non plus un processus nécessaire, mais un événement imprévu (3) : le premier « frisson d’altérité » parcourt les puissances à l’improviste (« ex improviso »), par une décision dramatique et surprenante du Seigneur. C’est le Hasard primordial, « Urzufall ». Nous devons rechercher toutefois si l’activation des principes échappe vraiment à toute science rationnelle, si un certain genre de nécessité ne préside pas à l’insurrection du Sujet, à la réaction de l’Objet et à la restauration de l’Esprit.

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