TROISIÈME PARTIE
La Mythologie
« Leiblichkeit ist das Ende der Werke Gottes. » (Christophe Œtinger).
« Denn das Wesen muss iiberhaupt erscheinen ; es ist nichts, wenn es nicht erscheint... » (« Car l’essence doit se montrer. Elle n’est rien si elle ne se montre pas. » Hegel, Vorlesungen über die Philosophie der Weltgeschichte (éd. Lasson. VIII2, p. 5S0.)
Le principe dionysien ayant définitivement la victoire, rien n’empêche plus le morcellement de la divinité usurpatrice. De ce morcellement naît le Paganisme classique. Arrivés en ce point où la mythologie devient enfin possible, nous pouvons nous arrêter quelque temps ; il y a du nouveau dans l’histoire de la conscience : quelque chose est devenu visible. C’est l’époque où la conscience, délivrée d’une oppression immémoriale, s'entoure de bruit, de couleurs et de mouvement, multiplie autour d’elle les . figures joyeusement bigarrées; et de même dans la création divine qui a servi de modèle
HISTOIRE DE LA CONSCIENCE
au devenir la mauvaise volonté rendue inoffensive essaimait en corps organisés pour aboutir enfin à son chefd’œuvre, l’Homme. Tout nous dit que ce moment où quelque chose devient visible doit être un moment essentiel, aussi bien dans l’histoire de la conscience que dans l’histoire de Dieu. L’histoire de Dieu, on l’a vu, est surtout une Théophanie, c’est-à-dire une « apparition » : quelque chose se révèle (1), qui n’était pas manifeste. Autant le possible doit être abrité contre les limitations de l’existence, autant il importe de respecter la dignité du réel ; mais justement la volonté qui s’abstient ne va pas sans le vouloir manifeste, et le devenir est là pour expliquer comment l'infini s’actualise effectivement : car c’est dans le temps que l'essence pure de tout être devient l’altérité libre de toute essence. Si donc Schelling exalte la pureté du possible, c’est parce qu'il se fait une haute idée du réel, parce que l'altérité est un moment essentiel dans la vie divine ; le Seigneur, s’il n’est pas impuissant, est forcément le Seigneur de quelque chose, c’est-à-diie une « vox relativa » (2) ; il doit y avoir quelque chose « praeter Deum », sinon « extra » (3), et la création ne peut être considérée comme un luxe. Il faut, on l’a vu, que tout le possible arrive ; que l'Absolu fasse tout ce qu'il peut faire ; que la progéniture de l’Absolu donne toute sa mesure. Ainsi l’homme sera Dieu, et le Fils de Dieu à son tour sera Dieu èv tco xoergeo. De là l’attention que Schelling, par opposition à Fichte, a toujours accordée aux créatures visibles de l’Absolu : la Nature, l'Art, les Mythologies. L’altérité n’est pas
(1) Sur l’idée d’ « Offenbarung » en général cf. XIII, p. 142, 188. Voy. p. 32, 158, 201 de notre livre. XIV, p. 211.
(2) C’est ce que la Darslelluny des philosophischen Empirismus appelle la perspective du Corrélât : X, p. 2G1, 281 ; XIII, p. 291. Voy. p. 125, 158-159 de notre livre; cf. VIII, p. 259.
(3) X, p. 274, 276 ; XII, p. 96-97, 109, 124 ; XIII, p. 283, 321, 352.
l’imagerie
un accident : l’histoire de la conscience païenne va nous le prouver une fois de plus.