ANOMALIE DE LA RÉFRACTION
dure que dans son état habituel, il emploie, pour y voir net au loin, tout ou partie de son accommodation. A raison de cette circonstance, tant qu'il est jeune, qu'il a de l'accommodation à son service, son infirmité ne se décèle généralement point dans la vision à distance.
Mais pour peu qu'elle soit prononcée ou que le sujet soit astreint à un travail appliqué, l'anomalie se révèle plus ou moins tôt lors des applications rapprochées. L'étendue du pouvoir accommodatif est sensiblement le même chez tous les sujets du même âge en santé ; si donc l'hypermétrope est
que ceux dont la rétine est en avant du foyer ont trop peu de pouvoir réfringent pour leur longueur, et que les autres en ont trop.
Fig. 6. — OEil myope.
Anatomiquement, il a été reconnu que chez les hypermétropes ou hyperopes , l'œil était effectivement trop court, l'appareil lenticulaire (cornée et cristallin) étant régulier. Inversement, chez les myopes, l'œil est trop long d'une manière absolue, la force réfringente y étant aussi normale.
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obligé d'emprunter, pour la vision distante, une partie de cette faculté, la quantité empruntée lui manquera dans la vision de près. Aussi, au bout d'un temps variable, mais de moins en moins long , la force accommodatrice encore utilisable pour des travaux rapprochés, étant employée, de façon continue , à son maximum de tension, se voit surmenée, et l'effet produit par le verre convexe dans les occupations de près, est-il aussi immédiat que frappant. Apportant une réfraction toute faite, il soulage instantanément l'accommodation épuisée.
§ 45. Fréquence de l'hypermétropie. — Le médecin général doit être attentif à sa symptomatologie. — Le tableau symptomatologique de l'asthénopie accommodatrice doit être ■présent à l'esprit du praticien général; cette affection est une des plus fréquentes que fournisse l'étude des maladies oculaires; dans les statistiques des 'cliniques spéciales, elle figure, au plus loin, au cinquième ou sixième rang dans la liste numérique générale.
Le médecin doit être mis en garde contre une apparence décevante ; il arrive parfois, soit par l'effet du spasme de cette accommodation constamment tendue, soit par le fait d'une véritable amblyopie consécutive, que l'hypermétrope se pré-
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sente avec les apparences de l'état opposé, sous l'aspect de la myopie, apparences dues à deux ordres de causes.
Dans une hypermétropie élevée, les longs efforts accommodatifs, en congestionnant les membranes profondes, amènent souvent un certain degré d'amblyopie. Or, l'amblyope ne cherche plus les images nettes ; ce qu'il demande, ce sont de grandes images ; et les grandes images ne s'obtiennent que par un grand rapprochement des objets, pendant lequel les dessins rétiniens grandissent bien plus rapidement que les cercles de diffusion.
D'autre part, une convergence forcée des axes optiques (généralement plus facile dans l'hypermétropie que dans tout autre état de réfraction), vient en aide à l'ajccommodation, et tend, en outre, à rétrécir la pupille. Il n'est donc pas très-rare de voir des hypermétropes se rapprocher des petits objets à la manière des myopes. Comme, d'ailleurs, l'amblyopie dont est atteinte cette classe de malades porte aussi bien sur la vision à distance, il se comprend aisément que l'on ait si longtemps confondu l'hypermétropie avec l'état opposé d'anomalie.
Celte manifestation, la myopie apparente, cependant est exceptionnelle; et c'est sous la forme de l'asthénopic accommodative que s'offre communément à l'observateur l'hypermétropie élevée ou
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moyenne. C'est à peu près la règle chez les sujets jeunes adonnés aux travaux délicats, comme on le voit dans les collèges et dans tant de professions industrielles des villes : compositeurs, dessinateurs, graveurs, tailleurs, couturières, piqueuses de bottines, etc.
§ 46. Chez les sujets âgés, I hypermétropie se manifeste par la presbyopie prématurée.
— A un âge plus avancé, vers trente à trente-cinq ans, et s'il n'y a pas eu grand excès de travail, la manifestation de l'hypermétropie prend un autre caractère ; ce caractère est celui de la presbytie prématurée (§ 40). Le malade accuse, de trente à quarante ans, les troubles visuels que l'œil normal ne présente physiologiquement qu'entre quarante et cinquante ans.
§ 47. Physionomie de l'hypermétrope. —
L'œil hypermétrope se reconnaît souvent, à simple vue, au caractère de brièveté du globe ; la cornée fait saiiUe sur la sclérotique dont l'équateur élargi est séparé d'elle par une sorte de sillon : on peut dire que, comme le globe terrestre, un œil fortement hypermétrope est aplati vers ses pôles et renflé dans son équateur (voyez la fig. 5, p. 48).
L'hyp'ermétropie est, à un haut degré, un état héréditaire, quoiqu'il puisse, il est bien entendu, être tout à fait individuel.
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Cet état de l'œil se complique très-fréquemment de strabisme convergent, contirmé ou intermittent; dans une même famille riche en hypermétropes, le strabisme convergent se rencontre plutôt que dans toute autre.
§ 48. Hypermétropie, complications. — L'asthénopie accommodative, si elle n'est pas opportunément secourue par les verres appropriés, ne tarde pas à se compliquer de nombre de petites perturbations secondaires. La première en date est généralement une congestion habituelle des membranes profondes que suit tôt ou tard une altération de nutrition des milieux transparents. De ces membranes, c'est la rétine qui paraît la plus atteinte, et souvent sa sensibilité en souffre, présentant, soit de l'hyperesthésie, soit une atténuation dans son mode de réagir. Une certaine diminution de l'acuité est la conséquence ordinaire de la prolongation de cet état anormal.
Joignons à ce tableau la congestion habituelle des annexes de l'œil, amenant à sa suite des blépharites, des conjonctivites fréquentes, du larmoiement, quelquefois des engorgements du sac lacrymal', et nous aurons une idée des conséquences
1. Des relevés statistiques récents (Badal) montrent que l'hypermétropie est la cause rie beaucoup la plus fréquente de cet engorgement des voies lacrymales.
inévitables d'une asthénopie par déficit de la réfraction. Gomme symptôme fréquemment accusé, notons aussi un grand sentiment de lourdeur dans les paupières, la difficulté à les ouvrir, le matin, au réveil.
§ 49. Hypermétropie; traitement et hygiène.
— A cet état d'origine géométrique peut-il être adressé plus puissant remède que celui qui le neutralise dans sa cause, à savoir : la compensation optique du déficit de la réfraction, et que, par un réel bonheur pour l'humanité, procure la lunette convexe !
Maintenant, qu'en regard de ce simple moyen on veuille bien placer le tableau des méthodes vagues, sans indication ni précise, ni surtout fondée, interminables dans leur administration, inutiles de plus et en outre cruelles, que la chirurgie ancienne opposait sans discernement à l'asthénopie. Elle est près de nous, l'époque où l'on n'avait, contre les troubles que nous venons de passer en revue, d'autres essais à tenter (et avec quel succès!) que les sangsues, les purgatifs répétés, les ventouses sèches et scarifiées, les vésicatoires, les moxas, enfin, dernière ressource, le séton à la nuque I Cette échelle parcourue, le malade était définitivement classé parmi les amblyopes incurables!
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Mais arrêtons -nous ; l'expérience n'est plus à faire, et les milliers d'asthénopes soulagés, guéris chaque année par la seule indication du verre correcteur de leur hypermétropie, ne laissent plus désormais place à la moindre ohjection. Qu'on tente donc de faire abandonner leurs lunettes aux malheureux ouvriers qu'elles ont arrachés au désespoir et rendus à leur profession, c'est-à-dire à la vie !
Le préjugé régnant à l'endroit des lunettes se rencontre parfois sous une forme assez curieuse. « Mais en prenant ainsi dès aujourd'hui un verre d'un numéro aussi élevé (il s'agit par exemple du n° 12 (3. dioptries) pour un homme de cinquantecinq ans), ne dois-je pas craindre, docteur, nous dit-on souvent, d'arriver plus ou moins vite, par les progrès de l'âge, à n'en plus trouver d'assez forts ? »
La réponse à cette appréhension est facile. Une hypermétropie totale de 10 dioptries est celle qui à 20 ans réclame, après paralysie par l'atropine, un verre de 10 centim. de foyer pour voir au loin. A soixante-cinq ans, ce sujet sera dans le même cas sans l'intervention de l'atropine; il aura perdu les 10 dioptries qui mesurent à 20 ans le champ de l'accommodation. Ce sujet aura donc, pour lire à 25 centimètres, besoin d'ajouter aux 10 dioptries nécessaires à la^ vision distante, une lentille de
56 l'oeil 25 centim. de foyer ou de 4 dioptries. Il réclamera donc pour cette distance (très-rapprocliée assurément) 14 dioptries, ou un verre de 7 centim. de foyer. Or, nos boîtes d'essai ou la collection courante des opticiens s'étendent jusqu'à :20 dioptries. On ne sortirait donc pas des limites commerciales même avec une hypermétropie de 16 dioptries ! Ajoutons qu'un œil emmétrope, après l'opération de la cataracte, ne réclame qu'un verre de 10 dioptries pour voir au loin, et un de 13 pour lire à 33 centimètres. On voit que la marge est assez grande.
§ 50. Cas où la vision à courte distance se maintient sans difficulté dès qu'on exclut un œil. — Cette circonstance, bien établie, fait connaître que la difficulté dont se plaint le sujet, de ne pouvoir s'occuper un certain temps de près, tient à la résistance que rencontre la convergence des deux axes optiques sur un point rapproché. Cette résistance provient de la prépondérance d'action des muscles abducteurs sur les adducteurs et a reçu le nom d'insuf/isance des droits internes. Ce défaut d'harmonie peut se rencontrer chez l'emmétrope et même encore, quoique bien plus rarement, chez l'hypermétrope. Cependant, comme elle est l'apanage très-fréquent de la myopie, nous l'étudierons parmi les suites ou les complications de cette dernière maladie (57).