‹ L'oeil [electronic resource]Chapitre 47 sur 60 · MALADIES DE L'ORBITE · texte numérisé non relu

MALADIES DE L'ORBITE

1° Inflammation du (issu cellulaire et du périoste de l'orbite ( periorbitis ).

Cette maladie, qui est rare chez les individus bien constitués et ne s'observe guère chez eux qu'à la suite de lésions mécaniques , se rencontre plus fréquemment chez les enfants scrofulcux , chez lesquels on la voit apparaît tre le plus souvent sans cause connue. Quelquefois aussi elle n'est que la suite et la complic.ntion de l'inflammation de la glande ou de la caroncule lacrymales.

Quand l'inflammation du tissu cellulaire de l'orbite alTecte des sujets bien constitués, qu'elle est la suite de lésions mécaniques ou de l'inflammation de la glande ou de la caroncule lacrymales, elle suit en général une marche aiguë, et se manifeste par une douleur profonde

dans l'orbite , comme si la partie postérieure du globe de l'œil était comprimée ; les mouvements des paupières et globe de l oeil sont de plus en plus gênés ; l œil luimême n'est pas enflammé ; mais étant comprimé par le tissu cellulaire tuméfié, il devient très-sensible, est poussé en avant bors de l'orbite et paraît augmenté de volume; là vue dimiime et se perd complètement. Le malade se plaint de photopsic (1) et de photophobie. La fièvre se déclare de bonne heure ; des délires s'y joignent, surtout quand l'inHammation se communique aux méninges. Les douleurs deviennent atroces et s'étendent a tout le côté de la tête. Le globe de l'œil , poussé en grande partie hors de l'orbite, commence alors à s'enflammer, et les paupières ue tardent pas à en faire autant.

Si l'on ne parvient pas à arrêter l'inflammation et à la résoudre, elle se termine par suppuration ; dans ce cas, la tuméfaction augmente ; la conjonctive prend une teinte rouge foncé, s'élève, jaunit et s'ouvre en un ou plusieurs endroits, d'où s'écoule un pus sanieux mêlé de sang. Cet écoulement est rarement suivi d'une rémission marquée des symptômes , parce que, arrivée à cette période, la maladie est ordinairement compliquée de méningite et se termine par la mort. Lorsqu'on est assez heureux pour empêcher cette terminaison, il reste le plus souvent des indurations partielles du tissu cellulaire de l'orbite, qui donnent au globe de l'œil une position vicieuse, et la vue reste toujours faible ou perdue.

Cette marche aiguë de l inflammation du tissu cellu-

(1) On appelle photo p sie , un symptôme qui accompagne beaucoup de maladies des yeux, et qui consiste dans la vue d'étincelles, do Qammes , de points lumineux.

làire de l'orbite est heureusement très-rare. Bien plus souvent rinflammation suit une marche plus lente, et se borne à une petite partie du tissu cellulaire de l'orbite; c'est ce qu'on observe surtout chez les enfants scrofuleux. Cette inflammation, dont le siégfe ordinaire est à la partie inférieure et externe de l'orbite, ne s'annonce que par un sentiment de pression, une gcne dans les mouvements du globe de l'œil, et une légère injection de la conjonctive. Peu à peu une tumeur se développe au bord de l'orbite, soulève la peau, devient plus tard rouge, fluctuante, et finit par s'ouvrir à l'extérieur; du pus mal lié s'en écoule , et en introduisant un stylet par l'ouverturC) on découvre que le périoste est aff"ecté, ou que l'os (ordinairement le bord de l'orbite) est à nu ; la carie ou la nécrose s'empare de celui-ci, et l'abcès se change en ulcère fistuleux, qui ne se ferme qu'après la guérison de la carie ou l'expolsion des portions osseuses nécrosées. Après la guérison il reste une cicatrice plus ou moins dilTorme» quelquefois adhérente, surtout quand l'abcès, ayant été abandonné h lui-même , a fondu une grande portion du tissu cellulaire et a décollé la peau dans une grande étendue, et que le bord de l'orbite était frappé de nécrose : dans ces cas, après l'ouverture de l'abcès, la peau se colle b l'os, s'y attache après l'expulsion du séquestre, et tiraille quelquefois la paupière au point d'occasionner le raccourcissement de celle-ci ou son renversement en dehors ( ectropion ).

D'après ce que je viens de dire, on verra que l'inflammation du tissu cellulaire de l'orbite, quand elle est étendue et suit une marche aiguë, est une maladie très-grave; tandis que la variété décrite en dernier lieu est peu grave, mais laisse souvent après elle une diflbrmité qu'il est bon de prévoir et de prédire.

1 Le traitement de la première variété consiste dans l'emploi des antiplilogistiques dans leur plus grande étendue, surtout de la saignée et de l'application de la glace, aussi longtemps qu'on peut espérer pouvoir obtenir la résolution : on joint à l'usage de ces moyens celui des sels neutres ou du calomel a l'intérieur, des pédiluves sinapisés. Dès qu'on voit que la suppuration se fera, on la hâte par des fomentations et des cataplasmes émoUients ; et aussitôt qu'on sent de la fluctuation , on ouvre l'abcès en y plongeant une lancette ou un bistouri. Pour ne pas donner lieu a une cicatrice extérieure, on pratique cette ponction , si cela est possible, entre le globe de l'œil et la paupière, à l'endroit tle-la conjonctive qui fait le plus de saillie. Le plus souvent cependant l'abcès a une grande tendance à s'ouvrir h l'extérieur et la peau est amincie; dans ces cas on incise cette dernière. Après la sortie du pus, on abandonne la petite plaie 'a elle-même lorsqu'elle occupe la conjonctive, et on la couvre d'une mouche d emplàtre agglutinatif lorsqu'elle est située à la peau : si elle se ferme trop tôt, et qu'une nouvelle collection de pus se forme, on réitère l'opération; on continue l'application de cataplasmes ou de fomentations aussi longtemps que l'inflammation l'exige. Les indurations qui subsistent après la disparition des autres symptômes, sont le plus souvent incurables; on pourra essayer de les combattre par les fondants, les frictions merciirielles, La faiblesse de la vue et l'amaurose seront difficilement guéries , quand elles persistent après la cessation des autres accidents.

Je passe au traitement de ces abcès froids ou abcès scrofuleux qui constituent la seconde variété de l'inflammation du tissu cellulaire de l'orbite. On commence par l'application de sangsues ou par celle d'un emplâtre résolutif sur la tumeur, selon que les signes d'inflammation sont plus

ou moins prononces. Si ces moyens ne réussissent point à dissiper la tumeur, on peut tenter d'en obtenir la résolution au moyen de la compression exercée sur elle par un bandage approprié. Aussitôt cependant que la fluctuation se fait sentir, on ouvre labcès au moyen de l'instrument tranchant ; on pratique l'ouverture par la conjonctive dans les cas rares où l'on peut sentir la fluctuation entre l'œil et la paupière; ordinairement on incise la peau. Il est essentiel d'ouvrir de bonne heure ces abcès, et de ne pas attendre que la peau soit décollée dans une grande étendue et qu'une partie considérable du tissu cellulaire de l'orbite se soit fondue. 11 est également important de ne pas inciser la peau à un endroit qui correspond au bord de l'orbite ; en omettant cette précaution, on voit, après l'écoulement du pus, les lèvres de la plaie se coller au bord de l'orbite, contracter avec lui des adhérences, et occasionner par là une cicatrice difforme, ou même un raccourcissement ou un renversement en dehors de la paupière. Pour éviter ces suites fâcheuses , on fait bien aussi , après l'ouverture de l'abcès, détenir les paupières fermées au moyen d'une bandelette agglutinative jusqu'à la cicatrisation de la plaie, ou du moins pendant les premières semaines. Du reste, un pansement simple suffira pour faire cicatriser l'abcès dans les cas où la suppuration n est pas entretenue par une carie, une nécrose, un vice scrofulenx on autre. Lorsqu'au contraire cette complication existe, ce qui a lieu le plus souvent , le traitement est long et doit être principalement dirigé contre l'affection qui entretient l'ulcère flstuleux. [1 se passe quelquefois un temps considérable avant que les parties nécrosées de l'orbite se détachent. J'ai traité un enfant scrofulenx chez lequel des parties nécrosées de l'orbite sortirent à différents intervalles , pendant plus de deux ans , d'un pareil ulcère fistuleux,

et qui gnérit ensuite pendant l'usage des antiscrofuletix. Ammos , Ueber Lagophthnlmos und Ectropinm a carie

marginis orhilalis et synechia palpebrœ incle otta.

( Ammos's Zeitschrift, tom. 1". pag. 36.)

2" Tumeurs enkystées de Vorhitsi

Dans des cas assez rares, des tumeurs enkystées se développent dans le tissu cellulaire de l'orbite , compriment le gflobe de l œil, le poussent vers un des côtés de l'orbite ou hors de cette cavité, gênent les mouvements de l'œil , occasionnent du larmoiement, de la douleur, l'affaiblissement de la vue et l'inflammation du globe oculaire.

L'extirpation de la tumeur , qui est le seul remède pour cette maladie, est facile h faire lorsque la tumeur est située à la partie antérieure de l'orbite ; elle est difficile, au contraire , ou ne peut même pas être faite complètement , quand le siège du kyste est dans le fond de la cavité brbitaire. Pour pratiquer l'opération, on tend la paupière inférieure, ces tumeurs ayant leur siège à la partie inférieure de l'orbite: on incise la peau de cette paupière et le muscle orbiculaire dans la direction des fibres de ce muscle; puis, après avoir saisi le kyste avec un crochet on le détache des parties environnantes au moyen du bistouri. Le globe de l'œil reprend de lui-même sa position normale; s'il ne le fait pas. on exerce sur lui une légère pression, moyennant un bandage approprié. On rapproche les lèvres de la plaie par des bandelettes agglutinatives , ou la suture simple.

3° Exosioses de Vorhile.

On a vu des exostoses se former dans l'orbite, surtout chez des individus syphilitiques ou scrofuleux , et don-

ner lieu aux mêmes accidents que les tumeurs enkystées de cette cavité. On en a vu qui comprimaient le nerf optique, et occasionnaient par conséquent la cécité. Lorsque l'exostose a son siège a la partie antérieure de l'orbite, nous pouvons la reconnaître; située profondément, elle ne se trahit que par les symptômes propres a toutes les tumeurs de l'orbite, et par ceux de la maladie générale dont elle est le résultat.

La première indication dans le cas d'exosfoseest de combattre la maladie qui l'a produite (la syphilis, les scrofules, etc.). Si, après la guérison de la maladie constitutionnelle , la tumeur persiste , on peut enlever celle-ci au moyen du ciseau et du maillet, mais seulement dans les cas où l'exostose est située a la partie antérieure de l'orbite ; lorsqu'elle siège dans le fond de cette cavité , nous ne pouvons l'atteindre , et notre rôle se borne h combattre autant que possible les accidents que l'exostose occasionne.

4° Anévrysmes dans l'orbite.

Maladie peu observée, caractérisée par des douleurs dans l'œil et la tête, une pulsation de plus en plus sensible au malade , un bruissement ou frémissement qui se communique à la main appliquée sur l'œil, des bourdonnements d'oreille. La compression de la carotide diminue l'intensité de ces symptômes, les applications froides soulagent également le malade : mais la guérison complète ne s'obtient que par la ligature de Tartcre carotide dti côté malade.

5° Blessures de l'jrhite.

Les blessures de l'orbite se font surtout par instruments tranchants et piquants ; elles sont plus ou moins graves

suivant leur étendue , et donnent lieu à l'inflammation du tissu cellulaire de l'orbite et à celle du périoste, lorsque celui-ci est Icsc. En outre , ces blessures sont presque toujours compliquées d'une lésion soit de la conjonctive, soit des paupières, parce que les instruments traversent ordinairement l'une ou l'autre de ces parties pour arriver dans l'orbite. Ce ne sont pas là cependant les complications les plus graves; celles beaucoup plus fâcheuses sont : la déchirure des muscles de l'œil , la lésion des nerfs qui vont à cet organe, celle enfin du cerveau, qu'on a vue plusieurs fois à la suite de coups d'épée ou de fleuret, qui avaient traversé l'orbite et pénétré dans la cavité crânienne.

Lorsque le corps qui a fait la blessure se trouve encore <lans la plaie, en tout ou en partie, on commence par en faire l'extraction : ort a recours ensuite à un traitement antiphlogistique énergique, aux saignées, aux applications froides et aux dérivatifs, pour prévenir l'inflammation. Lorsque cette dernière s'est développée, on la traite comme il a été dit à l'article Inflammation du tissu cellulaire de l'orbite. Quelquefois il se fait dans l'orbite un épanchemcnt de sang, qui ,s'il est petit, peut être abandonné k lui-même ; mais lorsqu'il est considérable, on doit lui donner issue en agrandissant l'ouverture estérieure de la plaie.

Le traitement des complications varie suivant leur nature ( v. les articles Blessures des orga7ies lacrymaux , Blessures des paupières , Blessures du globe de l'œil ).

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