‹ L'oeil [electronic resource]Chapitre 48 sur 60 · MALADIES DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

MALADIES DES PAUPIÈRES

1" Inflammation des paupières (blepharitis , blépharophthalmie).

Cette inflammation se présente sous six formes diflerentes, qui sont : l'inflammation érysipélatense , l'inflammation pliiegmoneuse , l'ancliylops , Tinflammation des glandes de Meïboniins , l'orgeolet et rinflammation de la conjonctive palpébrale. Je ne traiterai ici cpie des cinq premières formes, préfixant rattacher l'inflammation de la conjonctive palpébrale à celle de la conjonctive oculaire, à laquelle elle est presque toujonrs liée, et dont je parlerai en traitant des maladies du globe de rœil.

Je n'ai pas cru devoir l'aire une maladie particulière de ce que quelques autours ont a|)pelc cnntliitis ; car cette inflanunation d'un des angles de 1 œil , ou plutôt d'une des commissures palpébrales, se rattache à l'une ou h l'autre dés maladies dont je parlerai , et ne mérite pas un article spécial ; je me borne donc h dire que les auteurs ont admis une catithitis nasale et une canthitis temporale . suivant que l'inilamination ail'ectait la commissure nasale on la temporale.

a. fiiftamma/lov ('rj sipélalev se des paupières (ccdeaia calidum paipebrarum ). ,

I/érysipèlc des paupières , qu'on observe le plus souvent à la paupière supérieure , se développe à la suite

d'une légère blessure, d'une piqûre d'insecte, ou par l'action d un air froid qui a subitement frappé la paupière.

Il se manifeste par une légère tumeur d'un rouge clair, translucide , et qui conmience au bord palpébral, d'où elle s'étend au reste de la paupière et même à une partie de la face. La douleur est peu intense: les mouve-^ ments de la paupière sont difficiles, les sécrétions muqueuse et lacrymale abondantes. Au bout de peu de jours l'inflammation se termine par ufic exsudation lymphatique, qui sèche et donne lieu à une desquamation fiu furacée sur la surface précédemment enflammée, ou s'assemble sous l'épiderme pour former des bulles qui crèvent et laissent voir des croûtes qui tombent bientôt après : ce n'est que chez des individus cachectiques ou vivant dans un air vicié, ou par l'elTct di^un mauvais traitement, que linflammation érysipélateuse s'étend en profondeur, devient phicgmoneuse et se termine par suppuration ou gangrène. Quelquefois, à la suite de 1 inflammation érysipélateuse des paupières , il survient un gonflement œdémateux qui aflccle principalement la paupière supérieure, et dont quelques auteurs ont fait luie affection particulière sous le nom OEdème des paupières.

Le traitement de l'inflammation érysipélateuse des paupières consiste, lorsque la maladie a été produite par une, cause mécanique, dans des fomentations froides, qu'on remplace , dans les cas de grande sensibilité au froid, par les fomentations tièdes d'eau de Goulard. L'érysijièle produit par un refroidissement subit , exige l'usage de légers (liapliorétiques et l'application de compresses chauffées ou de sachets aiomatiques. Dans ces cas les fomentations froides amènent ficilemcnt l'œdème des paupières, qu'on combat alors par l'application de compresses chaulVéesou de sachets aromatiques. c( par les frictions spiritiicusos.

/3. Inflammatio7i phlegmoneuse dps paupières.

Les violences extérieures, la présence dans la panpière du dard qu'y a laissé un insecte, quelquefois aussi des causes inconnues , occasionnent Tinflamniation phlegmoneuse, qui affecte le plus souvent la paupière supérieure, intéresse toute l'épaisseur de cette partie, mais ne s'étend pas au-dcla du bord ordinaire.

Les symptômes de cette maladie sont naturellement plus graves que ceux qui caractérisent 1 inflammation érysipélateuse :1a tumeur est plus forte, la rougeur pins vive, et les douleurs sont beaucoup plus intenses; la chaleur de la partie est augmentée, le mouvement de la paupière impossible : l œil est rarement affecté ; souvent il ne peut être examiné h cause de la fumeur palpébrale qui le recouvre.Le malade se plaint de céphalalgie: il a de la fièvre.

Tous ces accidents diminuent et disparaissent peu à peu. lorsque la maladie se termine par résolution ; lorsque , au contraire, la suppuration va se faire, les douleurs deviennent pulsatives ; la rougeur se concentre et devient plus -vive en un point, qui s'élève peu à peu, jaunit et donne enfin issue au pus qui s'y était formé : après quoi l'abcès se ferme plus ou moins proniptement , scion l'état plus ou moins favorable dans lequel se trouve la constitution du malade, et suivant qu'on a employé un traitement plus ou moins convenable. Dans Jes cas les plus défavorables, et surtout quand le dard d'un insecte est resté dans la paupière , il arrive même quelquefois que la suppuration ne se fait pas, et que la gangrène {charbon de la ixivpière) s'empare de la partie enflammée: ce qui s'annonce par la disparition subite de la douleur, par la flaccidité et la couleur bleuâtre de la paupière aflccti e.

Dans les cas où l inflamniation est très-vive, ou lorsque

la suppuration dure longtemps , ou , enfin , lorsque la gangrène s'empare de la paupière, il en résulte quelquefois l'oblitcration des conduits lacrymaux , le renversement de la paupière en dedans (entropion) par suite de la défornration du cartilage tarse : l'cctropion ou la lagoplithalmic, par suite de la perte d'une partie des téguments.

Cette maladie doit être traitée comme tout phlegmon. Après avoir enlevé , si cela est possible, les causes occasionnelles , fait , par exemple , l'extraction du dard de l'insecte, on met en usage les antiphlogistiques ; on emploie, suivant le plus ou moins d'intensité de l'inllammation, les saignées générales ou locales, la diète, les boissons aqueuses, les légers laxatifs. Sur la tumeur on applique des fomentations froides, aussi longtemps qu'on peut espérer d'amener la résolution ; celle-ci ne peut-elle plus se faire, on favorise la suppuration par des fomentations ou des cataplasmes émollicnts , et on ouvre l'abcès avec l'instrument tranchant, dès qu'on sent de la fluctuation : en attendant trop longtemps ^ on permettrait au pus de décoller la peau dans une grande étendue, ce qui donnerait lieu à des ulcères fistuleux diffîciles à guérir, et à des pérîtes de substance suivies de 1 ectropion. L'incision de l'abcès se fait dans le sens des fibres du muscle orbiculaire des paupières. Quand la constitution du malade et la suppuration sont bonnes , on continue l'usage des cataplasmes ou des fomentations jusqu'à la cicatrisation de la plaie. Lorsque le malade est cachectique et la suppuration sanieuse, on tâche d'améliorer la constitution du malade, et on panse l'ulcère avec l'onguent digestif, l'onguent de styrax, etc. Les ulcères fistuleux des paupières exigent quelquefois , pour leur guérison , des contre-ouvertures , ou du moins la dilatation de leur ouverture par l'éponge préparée ou par le bistouri.

Quand riiinamrrlation phlc^moneuse ries paupières se termine par gangrène, se change en charbon de la paupière, on donne a l'intérieur les toniques et les acides minéraux: on fait des incisions dans la partie affectée, on laisse couler le sang: puis on a recours aux fomentations avec les infusions aromatiques , la décoction de quinquina , avec ou sans addition de camphre et d'acides > minéraux.

Dans tous les cas où itne ouyerture s'est faite ou a été faite à la peau palpéhrale , il est nécessaire qu'on surveille attentivement la guérison de cette plaie, afin que la cicatrice ne devienne pas trop courte et n'occasionne l'ectropion ou la lagophthalmie. (jorsqu'on s'aperçoit de cette tendance de la cicatrice h devenir trop courte, ce qui a lieu surtout lorsqu'il y a perte de substance à la peau , on tient les lèvres de la plaie écartées au moyen de bandelettes agglutinatives , qu'on fixe par un bout à la lèvre de la plaie, et par l'autre h I9 joue et au front. On favorise alors le développement des granulations, afin d'obtenir une cicatrice assez large.

y. .47jc/i7'/o/)* (ancylops , ankjlops , blepharitis angularis ).

Ce nom a été donné h un furoncle situé au grand angle de l'œil , dans les parties qui recouvrent le sac lacrymal.

L'ancbylops se développe sans cause connue ; mais affecte ordinairement des individus cachectiques . et sur-' tout les scrofuleu^i

Il se manifeste par de la rougeur, de la douleur et de la tuméfaction : cette dernière s'étend presque toujours à une partie de la paupière supérieure , quelquefois aux

deux paupières, et dans des cas rares elle envahit tonte la face et simule alors nn érysipcle de cette partie, dont elle se distingue cependant par la donleur, qni est trèsvive quand on presse la rég^ion du sac lacrymal, tandis qu'elle est nulle ou légère dans les autres parties. L'anchylops s'accompagne d une sécrétion plus abondante de mucus dans les glandes de Meïbomius •, il s'y joint aussi du larmoiement dans les cas où la tuméfaction est assez forte pour empêcher le passage des larmes par les conduits lacrymaux. La conjonctive est alors plus ou moins injectée. Le malade a d'ordinaire un peu de fièvre le soir.

Rarement cette inllammation fiironculaire se termine par résolution ; le plus souvent la suppuration a lieu, la douleur devient alors pulsative , la rougeur se concentre, la fluctuation se fait sentir, et enfin l'abcès s'ouvre en un ou plusieurs points. L'ulcère qui en résulte a été appelé jEgilops, et prend fréquemment un caractère atonique, peu propre a la cicatrisation.

L'anchylops ne reste pa^ toujours simple: quelquefois l'inflammation pénètre plus profondément et s'empare du sac lacrymal : les symptômes de celte dernière inflammation se joignent alors h ceux de l'anchylops. Dans ces cas on sent parfois, à travers la tuméfaction qui appartient h celai-ci, une tumeur dure et circonscrite , qui n'est autre chose que le sac lacrymal tuméfié. Lorsque l'abcès qui résulte de cet anchylops compliqué s'ouvre, il s'en écoule du pus mêlé h de l'humeur lacrymale ; la maladie est changée alors en fistule du sac lacrymal. Celle dernière est quelquefois amenée d'une autre manière par l'anchylops ; celui-ci reste simple d'abor^ , abcède,puis s'ouvre: mais l'ulcère ou a;gllops , au lieu de tendre à la cicatrisation , s'étend en profondeur, entame la paroi antérieure du sac lacrymal, et finit par la percer. La fistule du

sac lacrymal qui s'établit ainsi . a été appelée fausse par Beer (I).

L'anchylops simple ne peut être confondu qu'avec l'inflammation du sac lacrymal : aussi longtemps que le premier est peu développé, il est facile à reconnaître, parce qu'il n'intercepte point le cours des larmes par les voies lacrymales; mais lorsque la tumeur est assez forte pour comprimer et fermer les points et conduits lacrymaux, de manière à occasionner un larmoiement continuel, on ne distingue plus l'anchylops de l'inflammation du sac lacrymal que par la marche qu'il a suivie. Lorsque l'abcès s'ouvre , la nature du pus qui s'écoule indique suffisamment si le sac lacrymal est percé ou non: on peut s'en convain->" cre aussi au moyen de la sonde.

Le pronostic de l'anchylops est favorable chez les individus bien constitués, et lorsque la maladie est simple; chez les scrofuleux. e\le est sujette aux récidives et se complique facilement de l'inflammation du sac lacrymal.

Le traitement de l'anchylops consiste dans l'application de sangsues au voisinage de la tumeur, quand l'inflammation est vive , et dans l'usage de fomentations froides aussi longtemps qu'on peut espérer la résolution de la maladie. En même temps on donne des laxatifs à l'intérieur, et on •met le malade à un régime antiphlogistique. Quelquefois l'inflammation est érysipélatcuse, et ne supporterait pas les applications froides, qui doivent être remplacées par des compresses chauffées. Lorsqu'il n'est plus possible d'obtenir la résolution , on hâte la suppuration par les cataplasmes émollients et les emplâtres maturatifs; et aussitôt que la fluctuation se fait sentir dans la tumeur,

(l) IiEER, Lchre, etc. , tom. l^^ pag 334.

on y plonge un bistouri ou une lancette, pour éviter que le pus ne se fraie une route dans le sac lacrymal.

L'incision devra être assez étendue pour donner une issue facile au pus , et avoir une direction parallèle aux fibres du muscle orbiculaire des paupières, afin que la cicatrice soit aussi peu apparente que possible. On continue l'usage des cataplasmes jusqu'à ce que toute dureté ait disparu ; alors on panse avec un plumasseau de charpie ou nn petit linge , enduits de ccraX lorsque l'ulcère a Un aspect favorable à la cicatrisation; enduits, au contraire, d'onguent digestif , ou imprégnés devin aromatique, dune décoction de quinquina , d'infusion de camomille, lors que l'ulcère paraît atonique, ce qui arrive très-souvent. Quelquefois ces moyens ne suffisent pas, et l'on est obligé de panser l'ulcère avec un onguent de précipité rouge, ou même de cautériser toute la surface ulcérée avec la pierre infernale. Bans les cas où la peau est décollée dans le pourtour de l'ulcère , on la fend vers en haut et en bas , et même dans d'autres directions, si le décollement est considérable; on se sert à cet eft'et du bistouri, conduit par la sonde cannelée. Il faudrait même, si' la peau était trèsamincie, 1 enlever complètement au moyen des ciseaax. Après cette opération on panse l'ulcère, suivant son état plus ou moins inflammatoire , soit avec du cérat , soit avec des substances stimulantes.

Inflammation des glandex de Meïbomius [inflammation du bord des paupières ; blepharophlhalmie glanduleuse ; blépharadénite ; blépharoblennorrhée ; lippitudo ).

Cette inflammation s'observe fréquemment chez les individus qui sont exposés aux changements subits de température, qui vivent dans une atmosphère viciée, qui se

lavent les yeux avec de l'eau corrompue ou impure. Ellé est babittielle chez heaucoUj) de vieillards, d'où lui est venu, chez les vieilles femmes, le nom A" ophlhalmia veluUiriim.

La maladie commence par de la démangeaison , de la rougeur et de la tuméfaction au bord des paupières : là rongeur s'étend ensuite h la conjonctive qui tapisse les paupières :ces dernièresse meuvent difficilement: les larmes sont sécrétées jdus abondamment, deviennent âcres et irritent les parties qu'elles touchent. Arrivée à cette période, la maladie a été appelée, par les auteurs anciens, ophtkalmie humide ou séreuse. Cependant, à mesure que l'irri-' fation consécutive de la glande lacrymale augmente, la sécrétion de cet organe diminue et cesse même tout à fait ; alors l'œil est sec, et la maladie est arrivée à la période qui constitue \fi sclieroma , aeromicter. xerophlhalmus , la xérophthalmie des anciens.

Pen à peu l'inflammation du bord des paupières diminue d'intensité; la sécrétion lacrymale devient de nouveau plus abondante; les glandes de Meibomius, qui depuis le commencement de la maladie avaient cessé de sécréter des mucosités, recommencent leur sécrétion ; mais celle-ci est plus abondante, le mucus est quelquefois purulent, les mouvements des paupières le répandent sur la face antérieure de l'œil, ce qui fait que les maladei voyent trouble, surtout à la lumière artificielle, où ils observent devant leurs yeux des stries et des points de différentes couleurs ou plu>$ ou moins opaques, ce qui les alarme beaucoup. Pendant le sommeil du malade , les paupières s'agglutinent ; le mucus sèche et forme des croûtes entre les cils. C'est la maladie arrivée à cette période (pie les anciens Ont appelée lippitudo , UppiUido sicca , crjr slallifcra^ elle pre* nait le nom de lippitudo avgtUaris ou lemositas, quand I

riaflammation et la sécrétion miK^ueuse anomale »o bornaient aux commissures des paupières, ce qui constitue la canihitis de quelques auteurs modernes.

En même temps que la sécrétion muqueuse augmente dans les glandes de Meibomius, il arrive quelquefois que des excoriations se forment sur le bord des paupières , ou seulement h leur commissure, qu'elles peuvent même détruire {peribrosis , peritrasis des anciens). Cette destruc>tion de la commissure des paupières occasionne le renversement de la paupière inférieure en dehors; tandis que les excoriations du bord des paupières donnent lieu quelquefois à des adhérences entre les deux bords [anchyloblepharon), surtout lorsque ces excoriations se correspondent aux paupières inférieure et supérieure, et que le malade tient les yeux habituellement fermés.

Lorsque, par des soins appropriés, les excoriations se guérissent, et que Tinflammation se dissipe, il reste cependant très-souvent une sécrétion plus abondante de mucosités, qui a beaucoup de tendance à devenir habituelle.

îVffli7e7?ie»j<, Aussi longtemps que l'indammation est vive, on fait des fomentations froides ; mais lorsqtie cette inflammation a diminué et qu'il se fait une sécrétion abondante de ipucus puri forme, on passe à l'usage de collyres légèrement astringents, préparés avec le sublimé corrosif, le sulfate de zinc, la pierre divine, auxquels on ajoute de la teinture d'opium. Si l'on se servait de collyres fortement astringents, on pourrait supprimer brusquement la sécrétion muqueuse, et occasionner une faiblesse de la vue. Pour hâter la cicatrisation des piirties excoriées, on choisit de préférence les collyres ou les onguents faits avec des préparations saturnines. Enfin, lorsqu'il ne reste plus de la maladie qu'une sécrétion trop abondante de mucus, on tâche de la ramener h son état normal par l'usage de pommades de préci-

pité rouge ou blanc, de tutie préparée, de la pommade de Janin , en ayant soin de proportionner la force du médicament à la susceptibilité du malade. Cet état est quelquefois très-opiniâtre , et exige de la persévérance dans l'usage des remèdes, dont la dose ou la force doit être progressivement augmentée.

Pendant tout le cours de la maladie, les mucosités doivent être enlevées fréquemment avec une éponge fine et de l'eau tiède; le malade n'ouvrira les yeux qu'après avoir ramolli les croûtes avec de l'eau tiède. L'omission de ces soins de propreté occasionne la perte des cils ou Içur direction vicieuse.

f. Or geôle l i grain d'orge; orgueilleux; bordeolum; blepharitis furunculosa; cnï/te). [Fig. 10.]

On appelle orgeolet, un petit furoncle qui se développe dans une glande de Meibomius ou dans le tissu cellulaire du bord des paupières.

Cette maladie , qui est surtout fréquente cbez les individus scrofuleux , se développe sans cause connue et se manifeste par la tension, la démangeaison et la rougeur du bord de la paupière; cette rougeur est plus intense dans un point, lequel présente également de la tuméfaction et de la dureté. La sécrétion des glandes muqueuses du bord de la paupière est augmentée. Après avoir duré quelques jours, l'inflammation se termine par résolution, par suppuration ou par induration. La suppuration s'annonce par l'augmentation de la rougeur et de la tumeur , et par l'apparition d'un point blanc au sommet de cette tumeur ; l'abcès s'ouvre, donne issue h une petite quantité de pus, le petit ulcère qui en résulte se cicatrise promptement. Quand l'orgeolet tend h l'induration , les signes d'intlant-

tnation se dissipent; tandis que la tnmeur et la dureté persistent. Cette induration, qui constitue la chalaze , est la seule suite fâcheuse de l'orgeolet, parce qu'elle rend la paupière difforme et irrite le globe de l'œil.

Aussi longtemps qu'on peut espérer d'obtenir la résolution du petit phlegmon , on emploie les fomentations froides , l'application de la glace ; ces moyens ne doivent cependant pas être continues longtemps, et chez les scrofuleux il vaut mieux ne pas les mettre en usage du tout et recourir de suite à ceux qui favorisent la suppuration, de crainte que l'induration ne se fasse. Ces moyens sont ; les fomentations émollientes, les cataplasmes préparés avec de la mie de pain, de la farine de graine de lin ou des pommes cuites; on continue l'usage de ces moyens jusqu'à la résolution complète de toute dureté. Sur l'ouverture du petit abcès on applique une mouche d'emplâtre de diachylon gommé, ou même on le laisse 'a découvert. On ajoute aux cataplasmes du camphre ou des poudres résolutives de ciguë ou de saponaire, dans les cas où l'inilammation menacerait de se terminer par induration.

A la suite de l'orgeolet, les malades conservent quelquefois une sécrétion trop abondante de mucus par les glandes de Meibomius, qui est combattue par les moyens indiqués à l'article précédent.

2" C/»flZase ( chalazion , chalazosis , grande, tophus, porosis ).

En parlant de l'orgeolet, j'ai dit que chez les individu^ scrofuleux et chez ceux qui vivent dans un air malsain cette inflammation furonculaire se termine quelquefois par induration , et prend alors le nom de chalaze ou (jrando. Cette tumeur a été appelée gravellc, lilhiasts, dans les cas OÙ elle présente une dureté pierreuse.

Le plus souvent il n'existe qu'une chalaze à une paupière; quelquefois il y en a plusieurs. La tumeur est située soit entre la peau et le cartilage tarse, soit entre celui-ci et la conjonctive. Dans le premier cas, elle fait une plus grande saillie au dehors, et la peau est roufjcàts'C ; dans le second cas, la couleur de la peau n'est pas cliangée. et on n'aperçoit la tumeur distinctement qu'en renversant la paupière en dehors.

La maladie est peu grave lorsqu'il n'existe qu'une seule chalaze et que l'individu est bien constitué ; mais clic peut dégénérer en squirriie de la paupière lorscpie plusieurs cbalazes se trouvent à la paupière d'un individu cacochyme.

On combat les chalazes par des médicaments ou par l'opération. En employant des médicaments, on a pour but de faire disparaître la tumeur soit par résoluliou, soit par suppuration. Les moyens dont on se sert sont : les frictiong faites avec du liniment volatil , de l'onguent merciiriel, de l'éther , de la teinture de cantbarides. Pendant qu'oD exerce les frictions, le malade tient les paupières fermées» afin que les substances employées ne touchent point le globe de l'œil. Après chaque friction on applique sur la tumeur un emplâtre de diachylon gommé, ou un emplâtre mercuriel, qu'on laisse en place pendant la nuit.

Lorsqu'on s'aperçoit qu'au lieu de se résoudre, la fu-r meur devient plus rouge, plus grande, et que la suppuration tend à se faire, on favorise celle-ci par l'application de cataplasmes émollients et d'emplâtres maturatifs, dont on continue l'usage jusqu'à la fonte complète delà tumeur. Lorsque la chalaze est très-dure et volumineuse. lors(]u'il y en a plusieurs à la même paupière, et que le malade est cacochyme , on a recours à l'opération ; l'usage des frictions serait insuflisant et pourrait, dans ces cas, amener le squirrhe de la paupière.

Ii'extirpation d'une chalaze se fait soit par la face extérienre, soit par la fiiee intérieure de la paupière, selon que la tumeur est située devant on derrière le cartilage tarse. L'opérateur saisit la paupière entre le pouce et l'in-, dicateur , incise la peau ou la conjonctive, engagée dans la tumeur nne érigne, qu'il donne à tenir h un aide, et sépare enfin la clialaze des parties environnantes au moyen du bistouri. On abandonne la plaie à elle-même, quand elle est située à la face interne de la paupière; lorsqu'elle se trouve à l'extérieur, on réunit ses lèvres an moyen d une bandelette agglutinative ou d'un point de suture. Dans les cas oii la chalaze est adhérente au cartilage tarse, on n'cnlèTe que les parties antérieures de la tumeur, en laissant la paroi postérieure attachée au cartilage ; on favorise alors la suppuration en touchant la plaie avec du laudanum ; le pus ayant entraîné les restes de la tunveur, oq laisse la plaie se cicatriser. On peut aussi, après avoir eicisé une partie de la tumeur, cautériser le reste avec le nitrate d argent , puis appliquer un cataplasme émollient. Si, après la chute de l'eschare , il reste des partie? endurcies, oa réitère la cautérisation.

3° Endurcissement du hord des paupières (tylosis, pacheablephara , pacheablepharosis , paçhytes).'

Cette maladie, déterminée par des inflammations répétées du bord des paupières, est caractérisée par une tuméfaction dure et indolore de cette partie. On l'observe le plus souvent sur des individus cachectiques, chez lesquels elle est toujours longue et difficile à guérir, et passe quelquefois à l'état squirrheux,

», La première indication est d'améliorer l'état général du malade, la seconde de résoudre l'endurcissement j et

dans cette vue on emploie d'abord les cataplasmes narcotico-émollients , auxquels on ajoute du camphre, puis les pommades préparées avec le précipité roujje ou blanc de mercure, et enfin l'onguent citrin. Dès qu'on s'aperçoit que des varicositcs se développent sur la tumeur, que celle-ci devient douloureuse et passe h l'état squirrheux, on cesse l'usajje des moyens employés jusque-là, de crainte de hâter la dégénérescence carcinomateuse, et on abandonne la maladie à elle-même,

4" Squirrhe et carcinome de la paupière.

Le squirrhe de la paupière est quelquefois diflicile à distinguer de l'endurcissement bénin ; le plus souvent il ne diffère de ce dernier que par sa plus grande dureté , l'état variqueux des vaisseaux qui l'environnent, et par sa forme, qui est plus circonscrite.

Le squirrhe est la suite de l'endurcissement du bord des paupières, ou bien il est produit par des contusions ondes inflammations répétées des paupières.

Tout ce qui est capable d'exciter une inflammation dans la tumeur, peut faire passer le squirrhe à l'état caréinomateux. Dans ces cas, l'état variqueux des vaisseaux augmente, la tumeur s'étend, des douleurs très-vives s'y manifestent, la peau devient rouge, livide et finit par s'ulcérer.

Le squirrhe de la paupière est une maladiegrave qui , à la vérité , peut rester stationnaire pendant bien des années ; mais qui peut aussi se changer en cancer, et qui. en tout cas, ne peut être guérie que par l'opération. Le carcinome de la paupière entraîne la mort du malade, si on n'a pas recours à l'opération aussitôt que la dégénérescence se manifeste.

Le trciitement consiste à ne rien faire aussi lonfftemps que le squirrhe est stationnaire ; mais s'il commence à s'étendre , à s'enflammer , à causer des douleurs , on fait l'extirpation des parties malades au moyen du bistoViri ou des ciseaux. La direction de l'incision variera nécessairement suivant la forme et l'étendue de la tumeur ; l'esrentiel est qu'on enlève toutes les parties affectées, en ménageant, autant que possible, les parties saines : on procède de même dans les cas de carcinome. Lorsque la maladie occupe toute la paupière supérieure , ou qu'elle s'est étendue a la conjonctive du globe de l'œil , on est obligé d'extirper ce dernier conjointement avec la paupière, pour enlever toutes les parties altérées , et pour ne pas abandonner l'œil à l'inflammation , qui s'en emparerait infailliblement, si on le laissait exposé à la lumière et h l'influence des corps étrangers , en le privant de l'abri que lui offre la paupière supérieure.

5" Phlj-ctènes [hydatides) ; grains de millet [graiîis de grêle ) ; verrues et autres excroissances des paupières.

Les phljrctènes sont de petites vésicules remplies de sérosité et situées sur le bord des paupières, où tantôt elles occasionnent une légère gêne dans les mouvements de la paupière, et tantôt n'incommodent nullement. Si la personne qui porte une pblyctène veut en être débarrassée, on ouvre la vésicule avec une aiguille h cataracte, ou l'on coupe sa paroi anlérieurc avec des ciseaux , et l'on fait ensuite quelques fomentations avec de l'eau de Goujard.

Les grains de millet sont situés sur la peau de la paupière, et sont formes par de petites élévations de l'épidermo, qui contiennent une matière sébacée et ont la

forme d'un {jrain do millet. On los enlève en les ouvrant avec une aiguille, et en e^iprimant la matière qui y est contenue.

Les verrues des paupières sont, comme celles des autres parties du corps , pédiculces ou plates. Les premières peur vent être enlevées par la ligature ouïes ciseaux; les verrues a base large sont extirpées, au moyen du bistouri. On peut aussi se servir des caustiijues seuls, ou après l'excision, chez les personnes bien, constituées ; mais il faut s'en garder chez les cachectiques . et surtout chez les individus alTectcs de squirrhe ou de cancer de quelque autre partie du corps : chez ces derniers les verrues sont quelquefois douloureuses, entourées de vaisseaux variqueux, et tendent à devenir cancéreuses [akrochordon) ; il vaut alors mieux les abandonnera elles-mêmes, que de risquer de les transformer en ulcères cancéreux de la paupière.

Ce que nous venons de dire dos verrues , s'appliquQ également aux autres excroissances qui peuvetjt se développer sur les paupières.

6° Tumeurs enhjslécs des paupières [tumeurs iar^aies des paupières ).

Les tumeurs enkystées ou loupes des paupières, qui se développent sans cause connue, se manifestent d'abord par une légère tuméfaction, sans changement de couleur à la peau, sans douleur, La tumeur augmente du volume, est circonscrite , tantôt mobile, tantôt immobile, selon qu'elle est ou n'est pas attachée au cartilage tarse; elle gêne plus ou moins les mouvements de la paupière, dont elle peut occasionner le renversement.

On guérit ces tumeurs, soit en y passant un fil ou ur.ç aiguille, qu'on y laisse a demeure, en guise de séton,jus-<

qh'h ce qoe la tumelu* se soit dissipée: suit en incisant la tumeur, pour la vider et détruire le kyste par la cautérisation avec la pierre infernale et par la suppuration ; soit, enfin, en extirpant la tumeur : ce dernier moyen est le plus sûr. L'opération se pratique comme pour l'extirpation de la chalaze (v. cet article).

CLcz les malades (jiii se refusent à l'extirpation, ou qui craignent la cicatrice dans les cas où la tumeur est située entre la peau et le cartilagfe tarse, auquel elle est adhérente, on peut suivre l'exemple de M. Lawuencb (l), renverser la paupière en dehors , enfoncer une lancette dans le kyste, en traversant la conjonctive et le cartilage tarse, vider la tumeur et l'abandonner ensuite à elle-même; quelquefois elle se rétrécit et disparaît, mais d'autres fois le kyste se remplit de nouveau.

7" Trichiasis et distiihiasis (phalangosis). [Fig. 12.]

Lorsque tous les cils d'une paupière ou quelques-uns d'entre eux prennent une direction vicieuse, en se tournantvers leglobede l'œil, qu'ils irritent et enflamment, ils constituent la maladie appelée trichiasis. Ce qu'on nomme distichiasis ne diffère du trichiasis qu'en ce que dans le premier état, il y a à la même paupière deux rangées de cils , dont Tune conserve sa position normale, tandis que l'autre est dirigée vers l'œil. Dans le trichiasis il n'existe qu'une rangée de cils , laquelle est dirigée vers l'œil en tout ou en partie. Dans les deux variétés ce n'est que la position des cils

(1) The Lancet, 1829—1830 , v. 2 , pag. 669.

qui est vicieuse, celle de la paupière est normale ; c'est ce qui distingue ces maladies de l'entropion , qui consiste dans le renversement de la paupière en dedans.

La cause ordinaire du tricliiasis est l'inflammation et 1 ulcération des glandes deMeibomius et du bord libre des paupières, d'où résultent des indurations, des callosités et des cicatrices qui empêchent les cils de percer la peau dans ces endroits, et les obligent de se dévier et de prendre une direction anormale.

L'ophlhalmie qui en résulte, persiste et fait des progrès aussi longtemps qu'on n'éloigne pas la cause irritante, c'est-à-dire ii.'S cils dirigés contre l'œil. Du pannus ou des taies se forment sur la cornée et abolissent la vue, ou l'inflammation s'empare du globe entier et le détruit. Consultés de bonne heure, nous pouvons prévenir ces terminaisons.

Le traitement du trichiasis est palliatif ou curatif. Le premier consiste dans l'arrachement des cils dont la position est vicieuse. A cet effet on se sert d une petite pinee (fig. 6. ) , avec laquelle on saisit le cil près de sa racine; on tire doucement, et on ne serre la pince que médiocrement, afin de ne pas couper le cil à l'endroit où on le saisit, mais de l'arracher avec sa racine : car, en laissant en place une partie du cil, on augmenterait le mal au lieu de le diminuer; cette partie irriterait l'œil plus fortement que no le faisait le cil entier. Une autre précaution essentielle, c'est d'arracher tous les cils dirigés vers l'œil , ce qui n'est pas toujours facile; car quelquefois ces cils sont tellement déliés , qu'on les aperçoit à peine h l'œil nu. On parvient souvent à les découvrir en fermant la paupière et en la rouvrant doucement; parce qu'alors les larmes, les ayant touchés , s'y attachent sou» forme de gouttelettes. Aussi longtemps que le malade sent de la douleur dans

l'œil, lorsqu'il ferme les paupières, on peut être sûr quil reste encore des cils à arracher.

On répète l'arrachement des cils aussi souvent qu'ils se reproduisent et causent des douleurs an malade; peu à peu les cils reproduits deviennent plus déliés , et quelquefois cessent de renaître : dans ces cas le traitement palliatif a amené , h la Bn , la cure radicale.

On obtient plus sûrement cette dernière , en pratiquant, comme le conseille le professeur J^ger, de Vienne (1) , l'extirpation des cils renversés et de leurs bulbes. AcetelFet on introduit sous la paupière une plaque de corne ( 6g. 7), concave d'un côté pour s'adapter à la convexité du globe de l'œil; convexe de l'autre, et portant sur cette dernière face une rainure dans laquelle un aide tient engagé le bord de la paupière, en même temps qu'il tend cette dernière. Le chirurgien pratique ensuite à la peau , avec un scalpel fortement convexe vers son extrémité , une incision qui pénètre jusqu'au cartilage tarse , et qui doit se trouver à une ligne derrière les cils renversés ; ceci fait, il saisit avec une pince la lèvre de la plaie qui correspond aux cils , et l'excise avec le scalpel ou les ciseaux courbes sur le plat, en ayant soin d'enlever les bulbes des cils, sans cependant intéresser le tarse et le bord interne delà paupière. Pendant l'opération, qui est très-douloureuse, on fait des aspersions d'eau froide sur la plaie, afln d'arrêter l'hémorrhagie et de calmer les douleurs. Peu de jours sudlsent a la plaie pour se cicatriser. Le pansement se borne à une compresse pendue devant l'œil , pour em-

(1) c. Hosp, Dissert. med. chirurg. sislens diagnosin et turam radiéalem trichiasis, distichiasis nec non entropii, ( Radius, Script, ophth, minores , tom. I.", pag. 179 ).

piSciicr la poii&sicra de t'intro<ltiire dans la plaie. Lorsqu'on aperçoit peu de temps après l'opération un point noir dans la plaie , on le caiiléritc arec la pierre infernale ; car c'est le biilhe d iincihpron n'a pas wdcvé tout à fait, et qui reproduirait la maladie.

Un procédé opératoire qui a de l'analogie avec le précédent, et qni Cst surtout a|)|)lic:il)lc dans les cas où un petit nombre de cils est diri^jé vers l'œil . c'est celui de Yacca-Berunguiehi (1). Ce cliirur(ricn fait à la peau qui recouvre les btillics des cils déviée trois iurisions, dont deux verticales et une troisième horizontale, qui réunit les deux antres de manière a circonscrire un lambeau de la peau, le(|uel est disséqué ensuite et replié pour mettre à découvert les bulbes des cils déviés : ceux-ci sont alors saisis l'un i\\tris l'antre avec une pince et excisés avec le bistouri ou des ciseaux ; après quoi on réapplique le lambeau, et on le maintient avec une bandelette de taflTetat gommé. Au lien d'exciser les l)ulbes des cils . on poit aussi les cautériser avec un pinceau trempé dans de l'acide nitrique. I.^s cils dont lus bulbes ont été détruits . tombent au bout de (pudques jours ; mais s'ils irritent follement le (riobc de l'œil , on fait mieux de les arracher immcdiatcmcnt après l'opération.

Le traitement du disticbiasis est le même que celui da trichiasis.

8° Alopécie des cils et ries sourcils [vuularose , ptilosii, psilosis, milpbosis).

Les cils et les poils des sourcils tombent quelquefois k

{^\) Àniiali itnivcrsali di met!., 1885, Oo<. cl Kov. (Aralu ^in. de mdd. , 1836, loin. IX, pag. 6B8).

la auita d'inflammationa chroniques des parties où iï* sont implantés, ou de maladies graves, surtout de fièvres nerveuses. Lorsque les bulbes des poils sont détruits, ce qui arrive principalement par l'elTet d'inflammations et de suppuration chroniques, l'alopécie est incthrabîe; dans le cas contraire, les poils sont reproduits. Pour hâter cette reproduction, on a recommandé les applications spiritueuses , aromatiques, toniques, surtout celles d'extrait de quinquina.

9" Enlropion ( renversement en dedans du bord des paupières ).

Le bord des paupières peut être renversé en dedans dans toute sa longueur, ou en partie seulement; l'entroplon est donc général ou partiel. Il aflecte plus souvent la paupière inférieure que la supérieure.

Les causes de cette maladie sont : le relâchement delà peau palpébrale [phnlatigosis ) . les tumeurs enkystées situées dans cette partie, les cicatrices a la face interne de la paupière , qui rendent cette face moins longue que l'externe; la déformation du cartilage tarse h la suite d'inflammations chroniques du bord des paupières ; un spasme prolongé des paupières.

Les cils étant dirigés vers le globe de l'œil dans l'cntropion comme dans le trichiasis , occasionnent aussi les mêmes accidents, Tirritàtion, l'inflammation, la désorganisation du globe de l'œil.

La guérison de 1 cntropion est plus ou moins difllciie, suivant la cause et l'ancienneté de la maladie. Celui qui est produit par le relâchement de la peau, ou la présence de tumeurs enkystées delà paupière, est plus facile à guérir que celui qui dépend d'un raccourcissement de la face

interne de la paupière, ou do la déformation du cartilage tarse.

Cette diversité des causes Fait aussi varier le traitement. Lorsque l'entropion dépend du relâchement delà peaupalpébrale, et que ce relâchement est peu considérable, on fait des frictions sur cette partie avec la teinture de cantharides ; ou bien l'on applique, pendant quelques semaines, des bandelettes agglutinatives ou de taffetas gommé, qui tiennent le bord de la paupière dans sa situation normale ; ou bien, enfin, on cautérise la peau relâchée avec une baguette trempée dans de l'acide sulfurique ou nitrique concentré, et qu'on promène lentement sur la paupière relâchée, dans la direction des deux angles de l'œil, jusqu'à ce que la peau se soit contractée. Si, après la chute del'eschare, le relâchement n'a pas complètement disparu, on répète cette cautérisation que le docteur Helling (1), a recommandée le premier.

Les relâchements considérables des paupières résistent à ces moyens, et ne peuvent être guéris que par l'excision d'une partie de la peau relâchée. On pratique l'opération de la manière suivante : on fait à la peau de la paupière relâchée un pli transversal, qu'on saisit avec une pince ordinaire ou mieux encore avec celles inventées parHiMiT et Gr«fe (fig. 8), lesqu(!iles forment un arc de cercle à la partie destinée à saisir la peau . et valent beaucoup mieux que la pince en béquille de Beeii. On ordonne ensuite au malade d'ouvrir et de fermer alternativement les yeux ; si la position des cils est alors normale , et que les mouvements sont égaux dans les paupières des deux yeux, le pli a la grandeur qu'il doit avoir, et on le coupe avec

(1) HellinG) Handbuch, etc., lom, I". nas. 310,

des ciseaux d'un seul coup, en suivant le bord de la pince, et en ayant soin de ne pas comprendre dans Texcision le» muscles de la paupière. On lave la plaie avec de l'eau froide, jtisqu'à ce que le sang cesse de couler, puis on réunit les lèvres de la plaie au moyen de bandelettes agglutinatives , ou de deux ou trois points de suture, qu'on enlève au bout de vingt-quatre à quarante-buit beures. Je préfère ce dernier mode de réunion , parce qu'il maintient mieux les parties , et procure par là une cicatrisation plus rapide. Lorsque la maladie est ancienne, et que le tarse a de la tendance à se renverser en dedans, on peut suivre le conseil de M. Lawrence (1), et emporter aussi quelques fibres du muscle orbiculairc, afin de rendre la cicatrice plus ferme.

Le professeur Ammok (2), ayant remarqué que presque toujours au relâchement de la peau était jointe une corrugation du cartilage tarse, et surtout de sa face interne, a imaginé un procédé opératoire qu'il appelle Tarsotomie longitudinale ou horizontale, et qui consiste h saisir le bord libre de la paupière renversée, puis de traverser de dedans ert dehors , avec un couteau à cataracte à double tranchant, toute l'épaisseur de la paupière, et d inciser ainsi le cartilage tarse depuis le voisinage des conduits lacrymaux , qu'on évite soigneusement de blesser , jusqu'à un demi-pouce de la commissure externe des paupières. Cette incision doit être faite à trois ligues du bord de la paupière, et être parallèle à celui-ci. On enlève ensuite une portion de la peau relâchée, comme dans le procédé I décrit plus haut, et on réunit les lèvres de la plaie exté-

(1) 2'he Lancel, 1829 — 1830, vol. 2, pag. 667. (?) Ammon s Zeitschrijl, 1833, lom. III, pag, 247.

TÎeure au moyen de la suturo. Il se forme alors , entre le» parties séparées du cartilage tarse, 'ane exsudation qui rend h cet organe, précédemment déformé , sa direction normale.

Lorsque l'entropion dépend d'une cicatrice à la face interne de lu paupière, on l'excise et on tâche d'obtenir une cicatrice plus large, en allongeant la paupière au moven de bandelettes agglutinatives qu'on fixe a la joue ou au front , suivant qu'on a opéré la paupière supérieure on l'inférieure.

Lorsque l'entropion est dû à la déformation du cartilage tarse, Crampton (1) a proposé d'inciser perpendiculairement le bord de la paupière et le cartilage tarse aux deux extrémités, et de réunir les deux incisions par une troisième , qui diviserait horizontalement la conjonctive; de redresser ensuite et d'allonger la partie^omprise entre les trois incisions au moyen de fils passés par le bord libro de la paupière . et attachés au front ou h la joue. Dans les mêmes cas, Sadnders (2) préfère extirper le cartilage tarse : à cet elïet il place une plaque de corne ou d'argent entre la paupière et le globe de l'œil, puis fait h la peau, derrière la racine des cils, imc incision qui dépasse les extrémités du cartilage, sépare celui-ci delà peau et du tissu cellulaire, coupe enfin la conjonctive qui retient le cartilage et enlève ce dernier. Ces deux procédés sont peu sûrs, ainsi que jelui qui les précède; il vaut mieux leur substituer l'arrachement des cils ou l'extirpation du bord de la paupière, tels qu'on les pratique dans le trichiasis.

( 1 ) Crampton, Essay on thc entropion or inversion q/'lhe eyelids. l.ond., 1806.

(3) SAUNDEKS, Trcalise on some practicul points relaling to tlie diseuses qflhe eje. LonJ-, 1810, pag. 84.

10* Ectropion [renversement en dehors du bord des paupières ; éruillement des panjxières). [Fi g. 14.]

Cette maladie, qui affecte ordinaireini'nt la paupière inférieure, est occasionnée tantôt par des cicatrices trop courtes du tissu cutané de la paupière , a la suite de plaies, d'abcès et surtout de brûlures de cette partie , ou de caria du bord do l'orbite; tantôt par la destruction des commissures des paupières, par des plaies ou des ulcères; tantôt par des tumeurs développées h la face interne des paupières ; tantôt par la paralysie de la moitié inférieure dii muscle orbiculaire, ou le relàcbement de la conjonctive; tantôt par le boursoulIlQment de la conjonctive. L'ectropion produit par cette dernière cause, a été appelé sarcomateux.

Dans tous les cas la maladie est facile à reconnaître, La paupièrç étant renversée en dehors eu partie ou en totalité, la conjonctive est continuellement exposée à l'air, s enflamme, prend une couleur roujyc intense, ce qui cause une difformité très-{jrande. Les larmes n'étant plus retenues par la paupière inférieure, lorsque celle-ci est affectée, ni absorbées par le point lacrymal inférieur, tombent sur la joue. En même temps 1 œil ne peut plus Être recouvert entièrement par les paupières, il est par conséquent toujours exposé aux agents extérieurs, qui peuvent finir par l'enflamnier.

La guérison de l'ectropion est quelquefois très-diflicilc ; c'est ce que prouve déjà le grand nombre de moyens qu'on a proposés pour combattre cette maladie.

L'ectropion sarcomateux et celui produit par une tumeur do la paupière, sont les moins rebelles. Quand la conjonctive n'est que boiu'souniéo, on parvient le plus souvent a guérir l'ectropion qui en résulte, par l'appli-

cation d'une sangsue sur la conjonctive tous les trois ou quatre jours, pnis par l'usage du laudanum, avec lequel on touche la partie malade une ou deux fois par jour. Si rintlammation résiste et a un caractère plus passif, on applique deux fois par jour, sur la partie boursouffiée, une pincée d'une poudre composée de parties égales de sucre , calomel et de tutie, ou de sucre et d'oxide blanc de bismuth; ou bien ou se sert d'une pommade de précipité rouge, dont on augmente la force suivant la plus ou moins grande sensibilité de la conjonctive. Lorsque cette membrane est très-peu sensible , on la scarifie avec une lancette ou un couteau à cataracte avant d'appliquer l'onguent, et on la touche même avec la pierre infernale. Ces moyens échouent quand la conjonctive est dure et sarcomateuse; dans ce cas on l'excise avec îd bistouri on les ciseaux, après l'avoir d'abord attirée à soi avec une érigne,eten faisant attention de ne pas léser le cartilage tarse. La légère inflammation qui suit cette opération n'exige, pour être dissipée , que les moyens ordinaires.

Lorsque l'ectropion dépend delà présence d'une tumeur, l'extirpation de celle-ci guérit la maladie.

L'ectropion qui provient de l'atonie ou de la paralysie de la moitié inférieure du muscle orbiculaire des paupières, est souvent incurable, parce qu'il ne se rencontre guères que chez les vieillards, ce qui l'a fait appeler ectropium senile ; il doitétre traité par des frictions irritantes, rubéfiantes, par l'électricité, et en général par les moyens employés ordinairement pour combattre les paralysies. S'ils ne réussissent point, on peut employer ceux qu'on met également en usage lorsque l'ectropion dépend du relâchement de la conjonctive , et qui sont : les collyres fortement astringents, préparés avec le sulfate de zinc; la pierre divine, l'alun, le sulfate de cuivre , le nitrate d'argent ; la cautcrisatiou

; du la conjonctive avec la pierre infernale , ou son excisio» partielle au moyen de ciseaux courbes sur leur plat. Aprèsavoir touché la conjonctive avec le caustique, on empêche que son action ne se propage trop loin, en passant sur la partie cautérisée un pinceau trempé dans de l'huile. II. est essentiel aussi , après ces opérations . comme après l'excision de la conjonctive sarcomateuse , de replacer la paupière dans sa situation normale , et de l'y fixer au moyea de bandelettes agglutinatives.

Un grand nombre d'autres procédés opératoires ont été employés pour la guérison de l'ectropion : je n'en citerai que les plus remarquables.

Adams (l) enlève de la paupière renversée un lambeau qui comprend toute l'épaisseur de celle-ci et a la forme d'un V dont la pointe est tournée vers l'orbite, et dont l'ouverture correspond au bord de la paupière ; il réunit ensuite les lèvres de la plaie au moyen de la suture entortillée, comme dans l'opération du bec de lièvre. L'effet de cette opération est de rendre le bord de la paupière plus court, et par conséquent plus tendu et moins disposé à se renverser.

Le professeur Walther (2) a employé avec succès un procédé opératoire qu'il a appelé Tarsoraphie , et qui est spécialement applicable lorsque l'ectropion provient de la destruction de la commissure externe des paupières, mais qui peut être mis en usage toutes les fois qu'on croira pouvoir remédier à l'ectropion en rendant la fente patpébrale moins longue. Ce procédé consiste h obtenir la cicatrisa-

(1) Adams, Practical observations on ectropium or everslon oj'ihe eye-lids , etc. i-oiid., 1812.

(2) Gna:rE und Walther's Journal der Chirurgie, etc. , 1826^ tom. x% , pag. 86.

tion de la plaie ou de l'ulcère qui existe b la commissure externe, et a réunir ensemble une petite portion du bord dea deux paupières près de cette commissure. Il faut nécessairement, avant de réunir ces parties, en arraclier les cils, et transformer les deux bords en plaie saignante, ce qui se fait aveu les ciseaux ou le bistouri; ou applique ensuite deux ou trois points de suture. 11 en résulte qu'après la cicatrisation l'ouverture des paupières est moins grande du côté opéré que du côté sain.

M. DiEFFENBAcn(l) a proposé d'i uciscr la peau palpébrale parallèlement au bord de l'orbite, de la séparer un peu du cartilage tarse, puis de continuer l'incision en profondeur le long du bord orbitaire du cartilage tarse, jusqu'à ce que la lame du bistouri paraisse entre la paupière et leglobe de l'œil; de séparer ensuite le cartilage tarse et la i conjonctive qui le tapisse de la conjonctive environnante,, excepté du côté du bord de la paupière : de saisir alors avec • des pinces le bord libre du tarse, de le tirer dans la plaie* et de le fixer aux lèvres de celle-ci au moyen de la suture; entortillée. Avant d'appliquer la suture, il est nécessaire; de dépouiller de sa surface muqueuse la partie qui doitt contracter des adhérences avec les lèvres de la plaie. L"o-pération étant achevée , on fait des fomentations froides.. Ce procédé a été trop rarement pratiqué jusqu'à présent,, pour qu'on puisse en déterminer la valeur.

L'ec^ropion r|ui est occasionné par des cicatrices à !ai paupière , est le plus fâcheux. On a beau inciser ou eale — ver les cicatrices , puis tirer les deux lèvres de la plaie ^ en sens opposé, faire fortement suppurer la plaie et fa--

(I) RusT's, Magazin fiii' die getammte Heilkundc, 1830, t. \XX , pag. 438.

i voriscr le développement des granulations pour obtenir une cicatrice pins large, on ne réussit jamais que momentanément; au bout de peu de temps la cicatrice se contracte de nouveau, et le mal est reproduit, du moins les cas de réussite sont-ils extrêmement rares. C'est ce qui a engagé MM. Fricke (1) et JiiNGKEN (2) à proposer dans ces derniers temps un procédé opératoire qui a de l'analogie avec la riiinoplastie , et qui consiste à transplanter un morceau de peau détaché de la tempe ou de la joue, dans l'ouverture que laissent entre elles les deux lèvres de la plaie après l'excision de la cicatrice, et de l'y fixer an moyen de la suture. L'expérience n'a pas encore prononcé sur la valeur de ce procédé, que M. Fuigke a appelé Blcpharoplastie .

Dans les cas assez fréquents, où l'cctropion est occasionné par une cicatrice adhérente au bord de l'orbite à la suite de la carie de ce bord osseux, le professeur Ammon (3) conseille les deux procédés suivants : 1° lorsque la peau est adhérente à la face externe du bord orbitaire , on entoure la cicatrice d'une incision circulaire, au moyen de laquelle on rend libre la peau environnante, et par conséquent la paupière. Après avoir ensuite détaché des parties sousjacentes la lèvre de la plaie qui correspond au iront ou h la joue, selon qu'on opère à la paupière supérieure ou à l'inférieure, on la tire par-dessus la cicatrice qui reste ea

(1) J. G. c. FnicKEjDte Bildung neuer Âugenlieder {Blephah)plastick)f etc. Hambourg, 1829.

■ (2) JûNGKEN , Die Lehre uon den Augenoperationen, p. IX et 267.

(3) Zeitsclirift fur die Ophlhalmologie , 1831, tom. l", P. 36.

place, et on la réunit, au moyen de quelques points de suture, à la lèvre de la plaie qui se trouve à la paupière. On tient les paupières fermées jusqu'à ce que la cicatrisation se soit faite complètement. On tâche toujours d'obtenir la réunion immédiate, et de prévenir la suppuration par l'emploi des fomentations froides, des sangsues, etc. . M. Ammon n'a exécuté cette opération qu'une seule fois: encore, mais avec succès. 2° Lorsque l'adhérence a lieu au bord même de l'oibitccc chirurgfien propose de détacher de l'os la partie qui y est attachée. Dans ce but il 1 fait au front ou à la joue, suivant la paupière affectée, et t à la distance d'un dem1-pouce de l'endroit adhérent, une: incision à la peau, parallèle au rebord orbitaire et dépas-saut la cicatrice des deux côtés. Des extrémités de cette; incision il fait partir deux autres incisions, qui aboutis-sent au bord de l'orbite; il dissèque ensuite le lambeau i compris entre ces trois incisions, puis détache de, l'os i la peau adhérente, en ayant soin de ne percer ni la peani ni la conjonctive , et de ne point léser les canaux lacry-maux. Enfin, l'opérateur arrête l'écoulement du sanj,, abster[je la plaie, réunit les lèvres de la plaie par la suture,, prévient la suppuration par l'application de sangsues, des fomentations froides, et empêche l'adhérence de se former de nouveau entre les mêmes parties, en tenant, pen— <^ant quelques semaines , les paupières fermées et par conséquent suffisamment allongées pour que les parties, précédemment unies, ne soient pas en contact l'une avecr l'autre. 1 11 est probable que les deux procédés de M. Ammok I | échoueront souvent; car, dans bien des cas, malgré tou- | ^ tes les précautions, que nous pourrons prendre, la sup-- 1 ^ puration s'établira ou l'adhérence se formera de nouveau 1 entre l'os et la partie de la peau quiy était antérieurementt j

attachée. Mais comme ces opérations réussiront certainement dans quelques cas , et que par elles on peut remédier à une difformité quelquefois très-grande, elles méritent d'être pratiquées. Je ferai remarquer cependant qu'il est inutile de recourir à ces opérations chez les enfants qui portent un ectropion peu considérable : car dans ces circonstances, h mesure que le malade avance en âge, la peau s'allonge, la paupière se relève, et l'ectropion se trouve souvent guéri sans q^i'il ait été nécessaire d'employer d'autres remèdes que ceux réclamés par la constitution ordinairement scrofuleuse du sujet.

Dans les cas où le malade ne veut ou ne peut être débarrassé de son ectropion , il fait bien de porter des lunettes vertes garnies de rideaux de soie, afin d'empêcher (jue l'œil et la conjonctive ne soient trop exposés à l'action des agents extérieurs.

11° Lagophthalmie (œil de lièvre).

L'état des paupières qui fait que, sans cependant être renversées, elles ne peuvent plus recouvrir complètement le globe de l'œil, constitue la lagophthalmie.

On a vu des enfants venir au monde avec des paupières trop courtes ; d'autres fois la maladie est due à des cicatrices aux paupières ; quelquefois aussi à un spasme du releveur de la paupière supérieure , ou a un relâchement de la paupière inférieure.

L'œil s'enflammera plus ou moins facilement, selon que l'écartement que laissent entre elles les paupières , sera plus ou moins grand, et que par conséquent l'œil sera plus ou moins exposé à l'influence des agents extérieurs.

Le traitement varie suivant les causes de la maladie : lo rsque celle-ci provient de cicatrices de la paupière , on

3)gir,TCommc dans l'cctropion produit par la même canse; lorsqae c'est un spasme du releveur de la paupière qui occasionne la lagfoplithaimie. on le conibat par les fomentations avec l'infusion de belladone, de jusquiame, de ci- Ijuc , les frictions avec les extraits de ces plantes on les préparations opiacées , les antispasmodiques ii rintérieur; lorsqu'cnlîn il y a relâchement delà paupière inférieure, on tâche de guérir celui-ci par les frictions spiritueuscs et ies moyens réclamés par Pétât général du malade.

12'' Anchxjlohlépharon ( ankyloblepharon , ancyloblepharon, adhérence des paupières entre elles).

Maladie assez rare; tantôt congéniale , tantôt acquise; dans ce dernier cas elle est la suite de brûlures ou d'ulcérations du bord des paupières. v

Les deux paupières sont rarement réunies ensemble dans toute l'étendue de leur bord ; vers l'angle interne , près des points lacrymaux, il existe presque toujours un écartement entre ces bords.

Lorsque ranchylnblépharon est partiel , la fente palpébrale est quelquefois encore assez étendue pour permettre âu malade de se servir de l'œil ; lorsque l'anchyloblépbaron est complet, mais simple , le malade distingue le jour de la miit; quand toute perception visuelle est abolie, c'est une preuve que la maladie est compliquée d'amaurose , d'exsudations lymphatiques entre les paupières et le globe de l'œil, de taies sfur la aornée. Quelqutfois l'ancbylobléf)haron est compliqué d'adhérence des paupières au globe de l'œil ; les mouvements de l'œil sont alors difficiles et douloureux , les paupières ne glissent pas librement sur la surface de l'œil , et un stylet mousse, introduit sous les

paupières dans les cas où l'anchyloblépliaron , n'étant pas complet, permet cette introduction, découvre facilement ces adhérences.

On ne guérit l'anchyloblépharon qnn par l'instniment tranchant. L'opération ne doit cependant être faite que dans les cas où il n'existe point de complication qui, après la guérison de l'anchyloblépharon , empêcherait le malade de voir. Dans les cas où l'adhérence est complète, on fait vers l'angle externe une petite incision qui sépare les deux paupières , puis on agit comme si l'anchyloblépharon n'était que partiel, c'est-à-dire qu'on introduit sons les paupières la lame d'un bistouri boutonné dont on tourne le dos vers l'œil, et avec lequel on sépare les deux bords des paupières en suivant toujours leur ligne de réunion : on peut aussi se servir d une sonde cannelée , avec laquelle on guide le bistouri. Pour empêcher qu'après l'opération les paupières ne se réunissent de nouveau, le malade devra tenir les yeux ouverts pendant au moins vingt-quatreheures; en même temps on rendra le bord des paupières calleux par l'application de médicaments dessiecatifs , surtout d'onguents de tutie préparée ou d acétate de plomb.

Dans l'anchyloblépharon congénial il est rare qa'on • réussisse par cette opération ; la tendance des paupières à se réunir de nouveau est trop grande: on peut alors, après avoir fait l'incision , disséquer la conjonctive dans une certaine étendue, puis, en tirant un peu cette membrane, la faire parvenir jusque sur les lèvres de la plaie, où on la Gxe au moyen de quelques points de suture; de cette manière on pourra réussir à faire cicatriser séparément chacune des lèvres de la plaie avec la conjonctive, et à empêcher que l'ouverture des paupières ne se rétrécisse de nouveau. Ce procédé, analogue à celui employé

pour les lèvres par M. Dieffembacu (1) a réussi aji pr&fesseiir Ammok (2) dans un cas do phimosis des paupières (v. cet article).

13* Chute de la paupière supérieure (relâchement , atonie, paralysie de la paupière supérieure ; hlépharoplose, blépharoplégie , ptosis , lapsus palpebrae superioris , atoniatonblepharon ).

L'impossibilité de relever complètement la paupière supérieure sans le secours des doigts, constitue cette maladie, qui provient de la faiblesse ou de la paralysie plus ou moins complète du muscle releveur de la paupière supérieure.

Les inflammations chroniques du bord des paupières, les tumeurs de ces parties , occasionnent la chute de la paupière supérieure, qui, dans ces cas, est souvent compliquée d'un relâchement considérable de la peau palpébrale. Quelquefois la chute de la paupière acc&mpagnel'amaurose ; et d'autres fois elle est un sjmptôme précurseur de l'apoplexie.

La paralysie du releveur de la paupière est assez fréquemment compliquée de celles des muscles droits supérieur, inférieur et interne de l œil, ce qui donne alors lieu au strabisme et à la vue double.

La chute de la paupière qui accompagne l'amaurose ou précède l'apoplexie, n'exige aucun traitement à part de

(1) DiEFFENBACH, Erfahrungen ûber die JViederherslellung,etc,, zerstôrler Theile des menschlichen Kôrper5,\%2.Zy tom. 1", pag. 63.

(S) AMMOH's, Zetlschrifi , lom. II, pag» 146»

l'affection principale. Celle qui provient d'une faiblesse on paralysie idiopathique du muscle releveur, cède quelquefois assez facilement aux frictions spirituenses plus ou moins irritantes , telles que celles faites avec les huiles essentielles, l'ammoniaque caustique, la teinture de cantbarides. Dans les cas plus opiniâtres on emploie les vésicatoires sur la région sus-orbitalre, les doucbes, l'électricité, le galvanisme, les cautères appliqués près de l'apophyse mastoïde.

Lorsque la faiblesse du muscle n'est pas bien grande, mais que la chute de la paupière est occasionnée ou du moins augmentée par le reliichement de la peau , on enlève un pli de cette peau, comme on le pratique dans l'entropion. La chute de la paupière déterminée par la présence d'une tumeur, exige l'extirpation de celle-ci.

14° Spasme des paupières ( contraction spasmodique des paupières , blepharospasmus ).

Ce spasme consiste , soit dans une contraction continue ou tonique , de manière que les yeux restent fermés aussi longtemps qu'il dure ; soit dans des mouvements convnlsifs des paupières , qui se ferment et s'ouvrent alternativement et avec rapidité , ce qui constitue le clignotement {nictitation , nictus , kippus ).

L'une et l'autre variété sont ordinairement symptomatiques: on les observe principalement dans certaines ophthalniies , après la perte des cils , l'introduction de corps étrangers dans l'œil, dans l'hystérie, l'hypocondrie et autres maladies nerveuses. Le spasme tonique des paupières accompagne surtout l'ophthalmie scrofuleuse, et c'est aussi en traitant de cette dernière , que je parlerai de cette variété du spasme.

. Les causes do la contraction spasmodiqiie des paupières étant connues , on tâche de les éloigner, ce qui amène ordinairement la gucrison de la maladie. Mais lorsqu'on ne découvre pas la cause du spasme, on qu'il est essentiel de le faire disparaître le plus tôt possible, comme il arrive quelquefois lorsqu'il s'agit d'examiner un œir malade dont les paupières sont spasmodiqoement fermées, on emploie les vésicatoires, les sinapismes , les frictions ou l'emplâtre stibiés, les fomentations ou les cataplasmes narcotiques, préparés avec de la ciguë, de la jusqiriame , de la belladone ; l'instillation de solutions d'extraits de ces plantes, les frictions opiacées. On donne des lavements antispasmodiques à'assa fœtlda. de valériane ; on administra également ces moyens h | intérieur : on a même proposé de guérir le clignotement par la section du nerf frontal et de ^a branche sous-orbitaire du nerf maxillaire supérieur. Mais la maladie est trop peu grave pour qu'on doive recourir à une opération dont l'issue est d'ailleurs incertaine.

15" Épica7ilhus.

Cette, maladie congéniale, d'abord décrite par M. Ab- WON (1>, consiste dans un pli que forme la peau des deux côtés de la racine du nez; pli qui s'étend de la paupière supérieure h l inférieurc , recouvre la caroncule lacrymale et la partie interne du globe de 1 oeil, empêche les paupières de s'ouvrir complètement, gêne par conséquent la vue , et donne à la physionomie une ressemblance avec celle des Kahuoucks.

Une simple incision de ce repli cutané uc guérit le ma-

(1) Ammo.n's ZcUschriJi, loni. ler^ p, 533 j el tom. U, f. 130.

lade qne momentanément ; le mal se reproduit. M. Ammow a réussi b guérir répicanthus en faisant à la racine du nez un pli longitudinal h la peau, suflisant pour effacer les deux plis qui recouvraient les grands angles des yeux ; en excisant ensuite ce pli , et en réunissant les deux lèvres de la plaie au mojen de la suture entortillée et de bandelettes agglutinatives. Au bout de quelques jours le malade fut guéri , ne portant qu'une cicatrice linéaire à la racine du nez.. M. AaimoN appelle cette opération Rhiiioraphie.

16° Phimosis des paupières.

Le professeur AmaioN (1) a appelé ainsi le rétrécissement congéuial de l'ouverture des paupières-, et celui qui se forme à la suite de l'atrophie du globe de l'œil, et il applique également ce nom à la situation trop profonde des paupières chez les nouveau-nés très-gras, chez lesquels les parties environnantes de l'œil sont très-saillantes et recouvrent en partie les paupières; ce qu'on voit aussi quelquefois, par suite du gonflement, au commencement de l'ophlbalmie des nouveau-nés.

La première espèce peut être rapportécà l'anchyloblépharon congcnial, et doit être opérée comme lui ; car, tant que dure ce rétrécissement de l'ouverture palpcbrale, le malade, est tourmenté de clignotement, et exposé h des ophthalniies répétées et à l'entropiôn. Des autres espèces de phimosis des paupières l'une est incurable, et l'autre se dissipe en même temps que les causes qui l'ont produite cessent d'agir.

{\)nr.cY,ZR-s,liaeraiischeAnnalendergesammlenHeilkunde, loin, xiu, pag. 83. — Ammon's, Zeilschrift, tom. II, p.ig. 140.

17" Phthiriasis des cils et des sourcils.

Chez les gens malpropres on observe quelquefois dans les sourcils et entre les cils des poux , qui donnent lieu k une vive démangeaison et à de l'irritation dans les paupières et la conjonctive. On en débarrasse les malades par les lotions avec de l'eau de savon, les bains, les frictions avec l'onguent mercuriel.

18° Blessures des paupières.

Contusions. Elles sont très-fréquentes et ordinairement accompagnées d'ecchymoses. Lorsque l'épanchement de sang est peu considérable, qn il n'y a pas de signes d'inflammation, l'ecchymose se dissipe dans l'espace de quelques jours : on accélère la résorption du sang épanché par des fomentations spiritueuses , avec du vin ou des infusions aromatiques. Quand les paupières ont été plus violemment froissées, que l'ecchymose est considérable, l'inflammation s'ensuit et doit être combattue par les moyens indiqués à l'article Inflammation phlegmoneuse des paupières.

Brûlures. Les brûlures des paupières ne diffèrent point de celles des autres parties du corps , et doivent être traitées de même ; seulement, eu égard a l imporfancc de ces voiles membraneux, doit-on veiller avec plus de soin que pour d'autres parties h ta cicatrisation des plaies faites par les brûlures. Lorsqu'une telle plaie occupe le bord des deux paupières d'un œil, il arrive facilement que les deux bords contractent ensemble des adhérences, ce qui constitue l'anchyloblépluiron , dont j'ai parlé plus haut. Pour empêcher ces adhérences de se faire, on conseille au malade de ne pas tenir les yeux fermés pendant long-

temps; on interrompt même le sommeil du malade, afin qiie les paupières ne restent pas trop longtemps rapprochées; cnGn, on bâte la cicatrisation des ulcères par des lotions avec l'eau de Goulard, ou par l'application de pommades préparées avec la tutie on l'acétate de plomb.

Après la guéwson de ces brûlures il peut arriver que les cils ne repoussent plus , ou que ceux qui reviennent prennent une direction vicieuse, ou, enfin, que les points lacrymaux se trouvent fermés , si la brûlure les a frappés. Ce sont des circonstances auxquelles il faudra avoir ég[ard dans le pronostic qu'on portera de ces lésions.

Lorsque la brûlure intéresse la face externe ou la face interne de la paupière, le médecin devra se rappeler la tendance de ces plaies à former des cicatrices trop courtes et difformes, d'où peuvent résulter le renversement en dedans ou en dehors de la paupière, et la lagophthalmie. Pour empêcher ce raccourcissement de la paupière , on tâche d'obtenir une cicatrice très-large, et à cet effet on tire les deux lèvres de la plaie en sens opposés, la supérieure vers en haut et l'inférieure vers en bas, au moyen de bandelettes agglutinatives qu'on fixe à la joue et au front. On favorise, lorsque la plaie est située à la face externe, le développement des granulations par l'application d'onguents stimulants, et on ne laisse cicatriser l'ulcère que lorsque les granulations sont un peu élevées audessus du niveau de la peau. Lorsque la brûlure affecte la face interne de la paupière, on ne peut que combattre l'inflammation , et tenir la paupière allongée au moyen de bandelettes agglutinatives.

Ce que je viens de dire concernant les soins à prendre pour bien diriger la cicatrisation des plaies faites par les brûlures , s'applique également aux plaies contuses des paupières.

• Quant aux plaies des paupières pur inslrumeitts tranchants, elles peuvent être superficielles ou pénétrantes. Plus elles sont étendues ou profondes, plus elles sont graves : celles qui intéressent les points ou les conduits lacrymaux , sont suivies de l'oblitération de ces parties. Lorsque le cartilage tarse est entamé, la plaie guérit moins vite que lorsqu'elle est bornée à la peau, au tissu cellulaire et aux muscles. Dans toute plaie des paupières il est essentiel de prévenir la suppuration, qui est souvent suivie de cicatrices difformes ou de raccourcissement de la paupière ; à cet effet on réunit les lèvres de la plaie par des bandelettes agglutinatives lorsque la lésion est superficielle, et par la suture aidée de bandelettes agglutinatives lorsqu'elle est plus étendue et plus profonde.

Les plaies qui intéressent toute l'épaisseur de la paupière sont parallèles au bord de la paupière, ou verticales, ou obliques ; je ne parlerai pas de ces dernières, elles peuvent être rangées, sous l'une ou l'autre des classes précédentes, selon qu'elles se rapprochent de la direction bon-, zontale ou de la verticale. Les plaies pénétrantes horizontaleSy lorsqu'elles sont peu étendues , peuvent être guéries par le rapprochement des lèvres de la plaie, au moyen de bandelettes agglutinatives ou de taffetas gommé ; mais lorsqu'elles sont plus étendues , il vaut mieux recourir à la suture. La suture simple suffit , aidée de bandelettes^ agglutinatives.

• Les plaies pénétrantes verticales doivent toujours être réunies par la suture, et de préférence par la suture entortillée. On a appelé coloboma de iapaiijnèi e, une divisiot» de cette dernière en deux parties latérales : cette division peut même être congéniale, et elle constitue alors un vice de conformation analogue au bec de lièvre. Lorsque cette division est fraîchement faite , on rapproche les lèvres de

la plaie au moyen de la suture entortillée, on applique la première aiguille an bord de la paupière, en ayant soin d embrasser les parties extérieures dans une plus grande étendue que les parties intérieures, alîn de ne pas occasionner le renversement de la paupière en dedans. Le nombre des points de suture dépend de rétendue de la division ; ordinairement on en applique un h trois. Lorsqu'on a négligé de réunir la plaie, ses lèvres se cicatrisent séparé- Infient-, dans ces cas, et dans ceux où la division est congéniale. on est obligé, avant de réunir la plaie.de rafraîchir ses bords, de les rendre saignants , «e qu'on fait avec les ciseaux on le bistouri. T^a même opération est nécessaire quand les bords de îa plaie sont inégaux. On soutient toujours l'action de la suture par des bandelettes agglutinatives, appliquées entre les différents points, et par le repos de la paupière, lequel est également maintenu par des bandelettes agglutinatives, qui passent du front à la joue. Quant au reste du traitement, il consiste dans l'emploi des fomentations froides et des antipblogistiques pins ou moins énergiques, suivant la gravité des cas.

Les plaies des paupières, avec perte de substance , sont les plus fâcheuses. Pour empêcher l'ectropion ou la lagophthalmie, qui souvent alors sont presque inévitables, on pourrait peut-être recourir à la blépharoplastie ou formation dune nouvelle paupière, au moyen de la peau prise 'a la joue , aux tempes ou au front.

J'ajouterai à ce que je viens dédire des plaies des paupières, quelques mots siu- celles des sourcils, qui ne présentent que peu de particularités. La plus remarquable consiste dans l'affaiblissement de la vue ou même la cécité complète, qui se manifeste quelquefois pendant l'existence de la plaie ou après sa cicatrisation. Cet accident dépend de la lésion du nerf sus-orbitaire, ou de son tiraillement

par la cicatrice; pour le combattre, on fait la section complète du nerf lésé; et si la cicatrice se trouve déjà formée, on l'incise conjointement avec le nerf, et on entretient la suppuration pendant quelque temps. Â la suite de cette opération la vue se rétablit souvent assez vite; quelquefois cependant la cécité persiste.

Les plaies profondes des sourcils doivent être réunies de préférence par la suture; elles guérissent alors plus vite, et laissent après elles une cicatrice moins apparente que lorsqu'on néglige ce moyen de réunion.

Dans les opérations qu'on pratique sur ces parties, il faut éviter autant que possible de raser les sourcils, parce que ces poils ne se reproduisent que très-lentement.

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