DES OPHTHALMIES OU INFLAMMATIONS DE L'OEIL
a. Des ophthalmies en général.
L'ophthalmie est l'inflammation d'une ou de plusieurs des parties dont le globe de l'œil est composé. Cette maladie, la plus fréquente de toutes celles qui affectent l'organe de la vision, se manifeste tantôt simultanément sur les deux yeux, tantôt, au contraire, sur un œil seulement, mais conserve alors une grande tendance à passer de cet œil k celui du côté opposé.
L'ophthalmie présente une infinité de variétés, ce qui est dû à la structure compliquée de l'œil, dans la composition duquel entrent presque tous les tissus du corps hu- .main. Si ces variétés n'avaient aucune importance pratique, les auteurs qui les confondent toutes sous le nom d'ophthaimie, seraient excusables ; cependant comme ellei diflerent entre elles non-seulement par leurs symptômes, mais aussi par le' traitement qu'elles réclament , il est très-essentiel pour le praticien de savoir les disting^uer. Âussi la plupart des opiithalmologistes modernes décriventils en particulier cliacime de ces nombreuses variétés; et pour en faciliter la description et les mieux gfraver dans la mémoire, on les a distribuées dans différentes classes, ou bien on les a rangées dans un certain ordre, suivant leur plus ou moins d'analogie, ou suivant tel ou tel système médical. Je ne m'arrêterai pas à examiner toutes ces classilications; je me bornerai à parler de celles qui sont d'une utilité réelle pour le médecin praticien.
On a divisé les ophthalmies , comme toutes les autres inflammations, en aiguës et chroniques. Cette division est d'une grande importance dans la pratique: seulement ne faut-il pas entendre par ophthalmies aiguës toutes celles qui sont récentes , et par ophthalmies chroniques celles qui durent depuis longtemps : il y a des ophthalmies qui conservent le caractère aigu pendant très-longtemps ; il y en a d'autres qui sont chroniques dès le commencement ; aussi vaudrait-il mieux remplacer ces mots d'aiguës et chroniques par ceux plus significatifs d"ac<tres et passives f j'emploie les premiers pour me servir du langage reçu, fresque toutes les variétés de Tophthalmie , que je décrirai plus bas , peuvent être aiguës et chroniques ; les ophthalmies chroniques sont même le plus souvent la suite des aiguës, et il n'est pas non plus très-rare de voir, par
rclTct d'influences extérieures nuisibles, les ophthalmies chroniques passer de nouveau à l'état ai{ju. Du reste, ces deux espèces d'oplithalinics se distinguant l'une de l'autre par les mêmes caractères qui , dans les autres organes , distinguent l'inflammation aiguii de la chronique : ainsi dans les ophthalmies aiguiis nous observons une plus grande intensité des symptômes inflammatoires , une marche plus rapide de la maladie , qui est souvent accompagnée d'un mouvement fébrile; tandis que les ophthalmies c'ïroniques suivent une marche lente, et noccasionaent que peu de douleur et point de fièvre.
Quelques auteurs ont adopté, pour l'exposition des ophthahnies , l'ordre anatomiqne , en décrivant à part l'inflammation de chaque partie qui entre dans la composition du globe de l'œil. Cet ordre, d'après lequel , comme on le verra plus bas, on peut établir de bonnes subdivisions, ne pourra servir de base solide aux divisions principales des ophlhalmies qu'une fois que l'inflammation sera mieux définie , et que ce mot ne servira plus à désigner une foule d'états morbides qui diffèrent entre eux autant probablement par leur nature intime, que par le traitement qu'ils réclament.
Aussi longtemps que ce vague existera , nous ne pourrons mieux faire que de prendre pour base de nos divisions ce que rcxpérience nous a appris relativement à la nature des ophthalmies; de rapprocher par conséquent celles dont la nature intime paraît être identique, lors même que leurs symptômes locaux extérieurs seraient diffi-rens. Sous ce point de vue, q'ui est sans contredit le plus pratique, lès inflamtnations de l'œil se divisent en deux grandes classes : les ophthalmies idiopathiques ou phlegmoneuseSk et les ophtliatmies spécifiques. Les premières . qui sont dès inflammations franches de l'œil, affectent des
individus le plus souvent sains ou du moins exempts clq maladies constitutioimclles, suivent une marche indépendante, et sont produites par des causes qui, la plupart^ peuvent é{yalement occasionner l'inflammation dans d'autres organes. Les ophthalmies spécifiques, au contraire, sont occasionnées par des matières S|)('cifiques appliquées à l'œil, ou par une constitution particulière de l'atmosphère, ou par une maladie constitutionnelle, sous le poids de laquelle se trouve l'individu ; toutes causes qui donnent à l'oplithalmie une marche et un caractère extérieur particuliers. Quelques auteurs ont appelé ces ophthalmies sympafhi(/ues ; '] ai préféré le terme de spécifique , parce que j'ai voulu réunir sous una seule dénomination des ophthalmies qui ne sont pas toutes sympathiques, dans l'acception véritahie de ce mot, mais qui présentent toutes quelque chose de spécifique et qui les dislingue des inflammations franches ou idiopathicpies du glohe de l'œil.
Je consacrerai un chapitre particulier à chacune do ces deux classes d ophthalmies.
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