Des ophlhnlmies idiopalhiques ou phlegmoneuses
L'ophthalmie idiopathiqua est, comme je l'ai dit dans le précédent article, l'inflammation franche, non modi-
fiée et non compliquée, d'une ou de plusieurs parties du globe de l'oeil. Cette inflammation idiopathique présente les caractères les plus variés, selon qu'elle affecte telle ou telle membrane de l'œil ; on est donc obligé d'exposer les symptômes par lesquels l'inllammation se manifeste dans les différents tissus du globe oculaire, de traiter par conséquent de l'inflammation de chacune de ces parties spécialement, puis de parler des diflerentes variétés de l'ophtbalmie , qui résultent de l'inflammation de plusieurs des tuniques à la fois. Comme cependant les causes des ophthaimies idiopathiques sont à peu près toujours les mêmes, et que le traitement des différentes variétés présente beaucoup d'analogie , j'ai préféré , pour éviter des répétitions fastidieuses , traiter en une fois de l'étlologie des ophthaimies idiopathiques, et exposer sur la traitement de ces maladies quelques considérations générales , dont je supposerai la connaissance quand je parlerai du traitement de chacune des variétés en particulier.
Les causes des ophthaimies idiopathiques sont : les violences extérieures , les contusions , les blessures , les brûlures de l'œil , les corps étrangers engagés sous les paupières, les cils dirigés vers le globe de l'œil, le séjour dans un air chargé d'émanations irritantes on de poussière (de la l'ephthalmie des vidangeurs ou mitte, et des batteurs de plâtre), l'exposition continuelle de l'œil à l'influence de l air et de la lumière, par l'impossibilité de fermer complètement les paupières dans la lagophthalmie et Tectropion, l'application subite à l'œil d'un corps trèsfroid ou d'un courant d'air froid , l'exercice trop prolongé de l'organe , surtout à des choses minutieuses , a des observations microscopiques par exemple, une clarté très-vivo qui frappe l'œil , un refroidissement subit, la suppression d un exutoire, d'un exanthème ou d'un flux habituels.
Le traitement des oplithalmies idiopatliiqnes varie suivant que l'inllamniation est aiguë on chronique. Dans le premier cas on emploie traitement antiphlogfistiquc . dans le second on se sert de moyens plus on moins excitants.
Les principaux antiphlogistiques employés dans ces maladies, sont la soustraction de la lumière et des aliments, le repos de l'organe, les boissons aqueuses ou nitrées . les évacuations sanguines, les fomentations froides ou émollientes, les cataplasmes cmollients . les dérivatifs-
La lumière occasionnant toujours plus ou moins de douleur aux individus affectés d'ophthalmie aiguë , ceux-ci n'ont d'ordinaire rien de plus empressé que de se bander les yeux: cependant il est certain que, par la manière dont on bande généralement les yeux , on fait plus de mal que de bien : car non-seulement on soustrait la lumière, mais on empêche aussi l'accès de l'air ; il en résulte que la chaleur de l'organe et souvent aussi l'inflammation augmentent, et que, lorsque cette dernière se dissipe enfin , l'œil, habitué à ime obscurité complète, est tellement sensible , qu'il n'apprend que lentement à supporter la lumière , et ne peut reprendre ses fonctions qu'au bout d'un temps quelquefois considérable. Pour éviter ces inconvénients, on modère la lumière, sans priver l'œil de l'influence de l'air. Lorsque l'inflammation est très-aiguë et que la moindre clarté cause des douleurs très-vives, la chambre peut être obscurcie complètement ; mais ou revient à une obscurité moins profonde aussitôt que la maladie commence h diminuer, et on admet le jour de plus en plus , à mesure que l'inflammation se dissipe. Dans les cas où l'ophthalmie est moins intense, il est inutile d'obscurcir la chambre ; on se borne alors h placer devant l'œil malade un linge ou une compresse d'une couleur foncée, qu'on fixe au front en l'attachant soit au bennet de nuit du ma-
lade, soit k un ruban oh h uno bande qu'on passe autour de la téte; enfin, il suffît souvent de garantir l'œil au moyen d'un garde-vue vert.
La diète et les boissons aqueuses et nitrces sont nécessaires dans les ophthalmics très-aiguës : on n'en a pas besoin dans les ophthalmics légères.
Le repos de l'organe est surtout indispensable dans l'inflammation des parties qui sont actives dans la vision, l'iris et la rétine.
De tous les moyens par lesquels on combat les opbthalmies idiopathiqucs aiguës, le plus utile est la saignée , soit générale, soit locale; mais il n'est pas indilîérent laquelle des deux on emploie. Pour peu que l ophthalmie soit intense, la saignée générale mérite de beaucoup la préférence sur la saignée locale. La première se pratique généralement au bras ; on peut la faire au pied dans les cas où l'ophthahTiie provient de la suppression des règles : quant à la saignée de la jugulaire, je la crois bien moins efficace que l'artériotomie , h laquelle cependant on n'a guères recours que dans les cas d'ophthalmies très-intenses. La saignée locale s'emploie conjointement avec la saignée générale dans les ophthalmies intenses ; elle est employée seule lorsque l'inllammation est moins grave : on la fait au moyen de ventouses scarifiées ou de sangsues. Les premières, qui sont trop rarement employées , s'appliquent à la nuque ou aux tempes : les sangsues h celles-ci et derrière les oreilles. J/application des sangsues autour de l'œil et à la conjonctive dans les ophthalmies aiguës augmente l afllux du sang vers l organe malade, et fait souvent plus de mal que de bien.
Les applications de glace ou de compresses trempées dans de l'eau froide, sont d'un grand setours dans les ophthalmies idiopathiqucs aiguës , surtout au début de la
maladie; on doit en abandonner l'usage anssltôt qu'elles commencent à étro dcsan réables au malade , ou quo la suppuration se manifeste : dans ces cas on les remplace par des fomentations ticdes émoUientes, les décoctions de mauve, de guimauve, etc. On ne se sert pas souvent de cataplasmes dans les maladies du globe de I ceil lui-même, parce que cet organe est incommodé par le poids de cette espèce de médicament.
Une dernière série de moyens, qu'il ne faut pas négliger dans le traitement des opbtbalmies idiopathiques aiguës, c'est celle des dérivatifs. La dérivation se fait sur la peau au moyen des rubéfiants, ou sur le canal intestinal par les laxatifs. Parmi ces moyens ou choisit toujours les plus doux , afin de ne pas faire naître une irritation générale du système vasculaire, qui réagirait d'une manière fàr cheuse sur l'inflammation de l'œil. Les sinapismcs employés comme rubéfiants et appliqués loin de l organe malade, les pédiluves sinaplsés ; h l'intérieur le calomel et les sels neutres, sont les moyens dont on se sert avec le plus d'avantage, soit qu'on les emploie seuls, ce qui ne se fait que dans les ophtlialmies peu intenses, soit qu'on les combine avec quelqu'autre moyen déjà indiqué.
Le traitement des opbtbalmies îdiopatbiques chroniques est à peu près l'opposé de celui des opbtbalmies aiguiis. Les évacuations sanguines générales ne sont plus indiquées ; les locales servent encore quelquefois, mais on les fait sur la partie malade elle-même, et dans la vue de dégorger les vaisseaux et d'exciter leur contractilité. C'est pour produire cet elTet qu'on applique une sangsue sur la conjonctive affectée d inflammation chronique, ou qu'on scarifie cette membrane.
Les moyens le plus généralement utiles dans les opbtbalmies chroniques , sont les substances astringentes ou
excitantes, portées sur l'œil lui-même, en poudre, en solution , ou sous forme d'onguents. Les principaux do ces médicaments sont l'acétate de plomb, la tutie, le sulfate de zinc, l'alun, la pierre divine, le caIoméIas,le sublimé corrosif, les précipités roug^e et blanc de mercure. le nitrate de mercure, la pierre infernale, le sulfate de cuivre , les teintures d.opium ( voyez , pour la manière d'employer ces médicaments et pour leurs doses, les Considérations sur les médicaments ophthalmiques , à la iîn da l'ouvrage). On choisit parmi ces substances celle qui paraît le mieux en rapport avec la nature et le degré de la maladie, en commençant toujours par des préparations et des doses plutôt trop faibles que trop fortes.
Un moyen très-utile dans les ophthalmies chroniques, c'est l'application à l'œil de la chaleur sèche simple ou aromatique, au moyen de compresses chauffées ou de sachets préparés avec du son, ou mieux encore avec des fleurs de sureau et de camomille , auxquelles on ajoute quelques grains de camphre, ou qu'on frotte avec cette substance quand on veut rendre le moyen plus énergique.
Les révulsifs sont indiqués dans toutes les ophtlialmies chroniques un peu intenses, mais surtout dans celles qui s'accompagnent d'une sécrétion trop abondante ou anormale dans quelque partie du globe de l'œil. Ceux qu'on choisit de préférence sont les vésicatoires , les sinapismes, l'onguent et l'emplâtre stibiés ; on n'a recours aux e\utoires et aux sétons que dans les cas où les premiers sont restés sans effet.
Lorsque l'ophtlialniie donne lieu h des exsudations, on emploie, outre les moyens déjà indiqués, les mercuriaux ; à l'intérieur le calomel. et extérieurement des frictions autour de l'orbite avec l'onguent mercuriel.
Il arrive très-souvent que les ophthalmies chroniques
«ont accompagnées d'une exaltation de la sensibilité nerveuse de l'œil , qui cède d'ordinaire à l'usage des narcotiques; c'est ce qui explique In grande utilité des teinture» d opium, qui sont à la fois stimulantes et narcotiques, et possèdent par conséquent les deux propriétés dont on a le plus souvent besoin dans le traitement des ophthalmies chroniques. Les teintures d'opium sont appliquées à l'œil, soit pures au moyen d'un pinceau, soit étendues dans une eau distillée. L'opium en substance sert aussi à combattre celte sensibilité exaltée et les douleurs violentes qui accompagnent quelquefois les ophthalmies : on l'emploie en poudre , qu'on réduit en pâte au moyen d'un peu d'eau ou de salive, et on en fait des frictions dans la région sus-orbitaire.
Enfin, les ophthalmies chroniques exigent de la pari du malade un régime beaucoup moins sévère que les ophthalmies aiguës. L'œil supporte aussi bien mieux la lumière ; et si même elle lui était désagréable, il ne faudrait pas l'en priver complètement , et se borner à la modérer.
Je n'ai parlé jusqu'ici que des ophthalmies idiopathiques ; mais il y a entre ces deux espèces d'inflammations des états intermédiaires, qui servent de passage de l'une fa l'autre, et réclament dans le traitement des modifications. Ces variétés méritent toute l'attention du praticien, mais ne peuvent être décrites.
A la suite des opbtbalmies l'œil reste quelquefois Faible et très-sensible pendant un temps plus ou moins long. Cet état exige l'observation des règles de l'hygiène oculaire ; le malade ne devra pas fatiguer ses yeux, surtout à la lumière artificielle; il devra éviter les excès dans le régime , les veillées , les indigestions, le séjour dans un air vicie; et il fera usage d'un collyre avec de l'eau de laurier-cerise ou de l'eau distillée d'opium. Si ce moyen
ne stifllsait pas, on y joindrait ou môme on cmploiarait seule la douche dirigée sur l'œil , et pour laquelle on se sert d'une seringue ou mieux encore d'un appareil trèssimple, imagine parle profefseur JiixcKEN (1), do Berlin, et qui consiste dans un tube à baromètre dont rextrémitc supérieure ouverte est recourbée en fonnede «yphondans la longueur de six pouces , tandis que rcxtrémité inférieure, effilée de manière a n'avoir qu'une ouviirtiire presque capillaire, n'est recourbée que dans la longueur de deux pouces. Pour se servir de cet appareil, on plonge rextrémitc supérieure du tube dans un vase contenant de l'eau, soit simple, soit ferrugineuse ; puis on aspire par l'extrémité inférieure capillaire, jusqu'à ce que le syphon entre en feu , et que l'eau sorte en jet par l'ouverture capillaire; après quoi le malade tient l'œil fermé sur ce jet h une distance plus ou moins considérable, suivant le degré d'intensité qu'on veut obtenir. Ou emploie commimément cette douche deux fois parjour pendant un quart d'heure.
1° Inflammation idiopathique de la conjonctive ( conjonctivite idiopnthique).
De toutes les parties de l'œil la conjonctive, en raison de sa situation superficielle et de son exposition h l'action immédiate des agents extérieurs, est celle qui s'enflamme le plus facilement. Son inflammation est si fréquente et accompagne si souvent celle des autres parties du globe de l'œil, que plusieurs auteurs n'ont décrit sous le nom d'ophthalmie que l'inflammation simple ou compliquée de la conjonctive.
(1) Jti."«GKEn, Lehcr von den Augenkrankheiten , pag. 117.
Cette maladie peut s'étendre h toute la tunique, oh n'intéresser que sa portion palpébrale ou sa portion oculaire, ou même se borner a la partie de la conjonctive qui tapisse Van ou l'antre des angles de l'œil : cette dernière variété a reçu le nom de canthitis ou ophthalmie angulaire par quelques auteurs. Le teuillet de la conjonctive qui recouvre la cornée, n'est que rarement affecté par l'inflammation idiopathique.
L'inflammation de la conjonctive se manifeste d'abord par la rougeur de cette meinbran^e ; quelques-uns de ses vaisseaux, fortement distendus par le sang, produisent, lors des mouvements de l'œil et des paupières, un frottement qui occasionne au malade la sensation d'un grain de sable eng.igé sous les paupières. La sécrétion muqueuse de la conjonctive et la sécrétion lacrymale sont augmentées. Le malade n'est que légèrement incommodé par la lumière: il n'a ni fièvre, ni céphalalgie. Mais si l'inflammation augmente , la conjonctive devient sèche , d'un rouge intense, se tnméfie et forme autour de la cornée un bourrelet circidaire, qui couvre même le bord de cette dernière, la fait paraître plus petite et située dans une excavation. Arrivée h ce degré qui constitue le chémosis des auteurs, l'inflammation de la conjonctive s'accompagne toujours de douleurs dans l'œil .augmentées par les mouvements de cet organe et des paupières, de photophobie, dtJ céphalalgie , de fièvreet de l'inflammation de la sclérotique et de la cornée.
L'inflammation de la cornée se termine ou par résolution , qui arrive le plus fréquemment , ou par suppuration ; ou bien elle passe a l'état chronique. Elle peut aussi prendre un caractère particulier, caractérisé par une sécrétion très-abondante de mucosités purulentes et un bour- (Oulllement considérable de la conjonctive ; dans ces cas
la maladie a été appelée opfUhalmie purulente , blennophthalmie, blennorrhée de l'œil, ophthalmoblentionhée ; mais comme ce caractère est propre h quelques ophthalmies spécifiques et ne se rencontre que très-rarement dans les ophthalmies idiopathiques . j'en traiterai plus au long à l'article Ophthalmie catarrhale.
La suppuration se manifeste ordinairement dans la conjonctive par des points jaunâtres , qui se développent surtout dans la partie de cette membrane qui recouvre la sclérotique ; ces points sont autant de petits abcès qui s'ou- \rent d'eux-mêmes et guérissent assez facilement après. Quelquefois , au lieu d'abcès , ce sont des phlyctènes , qui se manifestent surtout vers le bord de la cornée, et qui, en s ouvrant, donnent lieu à des ulcères ordinairement superficiels , mais qui peuvent aussi entamer la sclérotique et donner naissance au staphylome de cette tunique , et à des fongosités de la conjonctive. Quelques auteurs ont donné h cette inflammation de la conjonctive avec développement de pustules ou de phlyctènes, les noms
ophthalmie pustulaire , de conjonctive faronculaire , de furoncle de la conjonctive.
Lorsque l'inflammation de la conjonctive passe à l'état chronique, la rougeur devient moins vive, ainsi que la douleur; la tuméfaction diminue également, et la fièvre disparaît. Les vaisseaux sanguins de la conjonctive deviennent variqueux , s'étendent quelquefois par-dessus le bo rd de la cornée, et recouvrent même cette membrane d'un réseau vasculaire qu'on a nommé /)an?Mts , ce qui cependant n'arrive que rarement à la suite de l'inflammation idiopathique de la conjonctive, mais se voit plus fréquemment dans les ophthalmies scrofuleuses. La sécrétion muqueuse est augmentée , et l'inflammation affectant presque toujours aussi les glandes de Meibomius, les bords
des paupières se collent ensemble pendant la nuit. Dans le plus gprand nombre des cas la vue n'est pas troublée par l'inflammation chronique de la conjonctive, et les malades ne sentent qu'un peu de chaleur à l'œil, surtout après Icg repas : quelquefois aussi ils se plaignent de démangeaisons à l'œil ; cet organe se fatigue plus facilement que de coutume , et le soir la paupière supérieure paraît lourde Beaucoup de ces malades ferment fortement les paupière* de temps a autre, et se trouvent soulagés après. Cette inflammation chronique de la conjonctive est habituelle chez beaucoup d'individus, et reste ordinairement dans le même état pendant des années entières ou pendant toute la vie ; elle est très-rebelle, et résiste quelquefois ^ tous les moyens qu'on emploie pour la combattre.
Traitement. L inflammatieu aiguë de la conjonctive est combattue au commencement, suivant son intensité, par les évacuations sanguines, les applications froides, le* pédiluves sinapisés. Lorsque l'inflammation est très-intense, quelques auteurs recommandent, pour obtenir une évacuation sanguine locale , de faire des scarifications à la conjonctive avec la lancette, un couteau à cataracte ou des instruments particuliers inventés pour cet usage, et appelés ophlhatmoxystres ; mais l'irritation produite par ces incisions contre-balance l'elTet salutaire que pourrait produire l'écoulement de sang peu abondant qui en résulte. Il vaut mieux, dans ces cas, exciser une grande partie du bourrelet que forme autour de la cornée la conjonctive boursoulïlée , favoriser l écoulement du sang par des vapeurs aqueuses et émollientes, dirigées sur l'œil , puis faire des fomentations froides. Les applications sont remplacées par des fomentations émollientes dans tous les cas où l'inflammation de la conjonctive se termine par luppuratioD. Les petits abcès qui se manifestent quelquefois
dans cette membrane, s'ouvrent d'eux-mêmes ; s'ils tardent trop, une petite incision avec une aiguille à cataracte procurera une issue au pus. 11 faudra alors passer à des applications légèrement stimulantes, telles que des solutions de sulfate de zinc , d'acétate de plomb . un demigros de laudanum liquide ile Sydenbam , étendu dans trois onces d eau distillée. Si les ulcères de la conjonctive tardaient à se cicatriser, on les toucherait tous les jours avec un pinceau trempé dans du laudanum.
Quand l'inflammation a passé à l'état chronique, on la combat par les moyens énumérés dans les généralités sur les ophthalmies. Je n'indique point ici le traitement du pannus, cette maladie devant faire le sujet d'un article spécial.
2° Inflammation idiopathique de la sclérotique [scle'rotite idiopatliique ).
Symptômes. Rougeur pâle, formée par un réseau capillaire très-fin dans la sclérotique ; sentiment de pression dans le globe de l'œil ; douleurs qui s'étendent de l'œil au front, h la tempe et à tout le côté de la téte; les mouvements du globe de l'œil sont douloureux ; l œil fuit la lumière. Ij inflammation ne reste pas longtemps bornée à la sclérotique; elle s'étend bientôt h la conjonctive, à la cornée et même aux autres parties du globe de l'œil.
L'inflammation de la sclérotique se distingue de celle delà conjonctive, par la rougeur moins intense et située plus profondément , par les douleurs plus fortes et qui sont augmentées par les mouvements du globe de l'œ-il, et non par ceux des paupières. Dans l'inflammation de la conjonctive la rougeur est foncée, il y a des vaisseaux variqueux, situés superficiellement; on voit ces vaisseaux changer
de place, par rapport au globe de l'œil dans les monveinents de cet organe et dans ceux des paupières, tandis que dans l'inflammation de la sclérotique la rongcnr ne change pas sa place relativement an globe de l'œil ; on voit aussi les vaisseaux injectés de la conjonctive passer par-dessus la rougeur de la sclérotique.
Le traitement de cette inflammation est celui indiqué pour les ophlhalmies idiopathiqnes en général. Cependant dans celte maladie, comme généralement dans toute inflammation du tissu fibreux, l'application de la chaleur sèche et les frictions mercurielles conviennent à une période moins avancée que dans d'autres opbthalmies. La grande sensibilité de l'œil que l'inflammation de la sclérotique laisse après elle, persiste quelquefois assez longtemps, et ne cède qu'aux applications de compresses ou de sachets chaulTés, aidées des soins hygiéniques.
3» Inflammatioîi idiopatkique de la cornée ( coméite, cêraiîte , hératile , cératoméningite , keratoiditis ). ^
Cette inflammation a pour caractère principal une teinte particulière de la cornée; cette membrane a d'abord un aspect mat, et paraît comme couverte de poussière; peu à peu elle prend une teinte rosée, et si l'inflammation ne s'arrête pas, il se forme un ou plusieurs points blanchâtres qui s'élèvent de plus en plus , et ne sont autre chose que de petits abcès, autour desquels on voit les vaisseaux sanguins injectes. Ces abcès ou pustules s'ouvrent oa bien à l'extérieur, et forment ainsi des ulcères de la cornée; ou h l'intérieur, et alors l'épancliement du pus dans la chambre antérieure constitue Vhypopyon; ou a l'intérieur et à l'extérieur, ce qui établit une communication entre la chambre antérieure et la surface extérieure de l'œil, une fistule de la cornée ; ou, enfin , le pus fuse
entre les lamelles de la cornée , jtisqn^à ce qu'il soît arrivé à la partie inférieure de cette membrane, où il constitue une espèce d'abcès par congestion , qu'on a nommé onyx ( unguis , ungula comea ) , qui est absorbé ou se fait jour k l'intérieur. Quelquefois la partie la plus liquide du pus contenu dans ces abcès est absorbée , et la partie épaisse reste ( onyx exsiccatus ) et forme une tache ou taie de la cornée. La suppuration peut même complètement désorganiser la cornée , la rendre opaque , et priver le malade de la vue ; c'est ce qu'on a appelé phthisie de la cqmée.
L'inflammation de la cornée est toujours accompagnée d'un trouble plus ou moins grand de la vue, d'une légère injection de la conjonctive, de photophobie, d'une sécrétion plus abondante des larmes.
Le traitement de cette mûLladie est d'abord antiphlogistîque. Lorsque des pustules tendent à se montrer, les frictions mercurielles autour de l'œil , et l'application sur la partie malade du laudanum, faite au moyen d'un pinceau, de deux jours l'un, ou tous les jours, suivant l'irritabilité de l'organe malade, préviennent quelquefois encore le développement de ces abcès, qui, s'ils sont formés, exigent l'usage des fomentations émollientes , afin de hâter leur maturité. L'ouverture des abcès de la cornée doit être abandonnée à la nature , excepté lorsqu'ils tardent à s'ouvrir, qu'ils sont très-étendus , et tendent à envahir une grands partie de la cornée; dans ces cas on fait bien de les inciser à la partie la plus déclive avec un couteau ou une aiguille à cataracte. Les ulcères qui en résultent se cicatrisent souvent assez facilement ; s'ils tardent à le faire , on les touche avec du laudanum , ou l'on emploie un collyre légèrement astringent (voyez les articles Ulcères et Taies de la cornée, Hypopyon).
J. Th. FiBiHi , De prcecipuis corneœ morlis. Budœ, 1830.
4" Inflammation idiopathique de la membrane de Demours (hydatoditis, hydatocapsulitis idiopathica ).
Cette maladie qoe Waudrop (1) a décrite le premier, se présente, suivant les auteurs, sous deux aspects différents, selon que l'inflammation affecte la partie de la memhrane qui tapisse l'intérieur de la cornée, ou celle qui se réfléchit sur l'iris. J'avoue cependant n'avoir jamais observé cette dernière variété, et ne pas être tout à fait convaincu de son existence; car il n'est pas très-certain que la membrane de Demours se réfléchisse sur l'iris* D'ailleurs, si la maladie existe, elle doit avoir la plus grande analogie avec l'inflammation de l'iris; aussi l'affection, considérée, par Schindler (2) et d'autres comme l'inflammation de la séreuse qui recouvre l'iris, avait-elle été décrite précédemment par le même auteur (3) sous le nom à^iritis chronique.
Quant à l'inflammation de la membrane qui tapisse la face intérieure de la cornée , elle ne se distingue de l'inflammation de la cornée elle-même que par une teinte grisâtre plus uniformément répandue, et la situation plus profonde de cet obscurcissement; situation qu'on reconnaît surtout en examinant l'œil en profil.
Cette inflammation se termine, soit par résolution, toit
(1) WABDROP, Essays on the morbid anatomjr of the eye f vol. 2 , cbap. 18.
(2) H. B. Schindler , Nosologisch-therap. ophthalm. An' deutungen (Gr^efe und WAlther's Journal , 1888 , t. XII , p. 155).
(3) H. B. Schindler , Commentatio ophthalmiatrica de iritide chronica ex keratonyxide suhoHa. l^ratitL. , 1819.
par ane sécrétion pins abondante de l'humeur aqueuse, d'où résulte riiydrophthnlmie , soit enfin par exsudation lymphatique, qui entraîne robscurcissement plus ou moins complet de la membrane.
Le traitement de cette maladie consiste d'abord <?ans l'emploi des antiphlogistiqucs. Lorsque la sécrétion de l'humeur aqueuse devient trop abondante, ce qui s'annonce par les symptômes indiqués h l'article Hydrophthalmie , on se sert avec avantagée, à l'intérieur, des préparations mercurielles et antimoniales, du calomel, du tartre stibié, etc.. et à l'extérieur, des révulsifs. C'est aussi dans ces cas qu'il est utile de faire la ponction de la cornée, pour donner îssuo h l'humeur aqueuse; faite dans la période d'acuité de la maladie, la ponction aug^menterait l'inflammation. Celte opération, conseillée par Wardrop (1), se pratique au moyen d'un couteau à cataracte, avec lequel on pénètre dans la chambre antérieure par la partie inférieure de la cornée : après avoir enfoncé la pointe de l'instrument perpendiculairement jusque dans la chambre antérieure, on donne au couteau une direction parallèle à la cornée, et on le fait avancer un peu, afin d'obtenir une ouverture d une ligne et demie h deux lignes d'étendue ; on empêche pendant quelques jours cette ouverture de se fermer, en y introduisant, une ou deux fois par jour, la pointe du couteau ou l'extrémité d'une petite spatule (fig. 19, m) : on entretient de cette manière l'écoulement de rhumeur aqueuse, ce qui contribue à dissiper la maladie. Lorsque l'inflammation de la membrane de Demoiirs tend h se terminer par exsuda-
(l) WARDROP, Observations on the ejfects of evacuating ihe aqueotia Iwmour in inflammations of the eycs. tonJ. i
tion, elle doit être combattue par les frictions mercurîellcs abondantes et l'usage du calomélas h 1 intérieur. Lancenbeck's Neue Bibliolhelc, tom. IV, pa{j. 66 et 260. Fh. X. Kammerer, De tunica serosa humoris aquei in oculo
humano, ejusque inflammatione. Dissert, inaug, Pragœ,
5° Inflammation idiopathique de Virts (^iritis, iridite idio~ pathique). [Fig. 1.]
1/inflammation idiopathique de l'iris se manifeste sous deux formes distinctes, la forme aiguë et la forme subaiguë ou chronique. La première est caractérisée par le changement de couleur de l'iris, l'immobilité de cette membrane, sa tuméfaction, qui rend la chambre antérieure plus petite en rapprochant l'iris de la cornée: le rétrécissement de la pupille, l'injection de la sclérotique et de la conjonctive, la photophobie, la diminution et même la perte de la vue, les douleurs vires dans le globe de l'œil, et qui s'étendent h toute la tête; la Gèvre. L'inflammation change en vert la couleur bleue de l'iris, et en brun rougeâtre la couleur brune ; on distingue même quelquefois des vaisseaux sanguins dans l'iris enflammé, surtout h l'aide d'une loupe.
L'inflammation de l'iris se termine par résolution, par suppuration, ou par exsudation. La suppuration se fait de deux manières; ou bien il se forme de petits abcès dans la substance de l'iris, ou bien une sécrétion purulente a lieu "a la face antérieure ou postérieure de cette membrane. Dans le premier cas on voit apparaître dans l iris, et surtout près de son bord pupillaire, quelques points blanc^ jaunâtres , qui sont autant de petits abcès , lesquels s'ouvrent et versent le pus dans la chambre antérieure. Dans
le second cas le pus, sécrété à la surface de l'iris, s'accumule peu à peu dans le fond de l'une ou l'autre des chambres de l'œil. Lorsque le pus s'amasse dans la chambre postérieure, il est soustrait h nos regards, et ne peut être vu que lorsqu'il est en assez grande quantité pour remplir la partie inférieure de cette petite cavité et atteindre le bord pupillaire inférieur de l'iris, par-dessus lequel il peut même passer dans la chambre antérieure.
Une petite quantité de pus, épanchée dans les chambres de l'œil, est le plus souvent absorbée; mais lorsque la quantité est telle que le pus peut passer d'une chambre à l'autre par-dessus le bord de la pupille, l'absorption ne peut en débarrasser l'œil assez vite ; l'inflammation augmente, s étend aux autres parties du globe de l'œil, et surtout à la cornée, qui s'ulcère et donne enfin issue au pus. Cette évacuation cependant ne sauve que rarement la vue, les parties antérieures de l œil étant alors déjà désorganisées par l'inflammation.
La terminaison de Yiritis par exsudation a lieu plus fré" quemment que celle par suppuration. Lorsque l'exsudation commence à se faire, l'humeur aqueuse et la pupille se troublent : on aperçoit les exsudations lymphatiques surtout au bord de la pupille, qu'elles font paraître comme frangé , elles sont blanchâtres et peuvent aussi avoir leur siège à la face postérieure de l'iris. Si elTectivement l'iris est revêtu d'une membrane séreuse, il est possible que ces exsudations soient toujours dues h l'inflammation de cette dernière ; car on sait combien le tissu séreux enflammé est disposé à l'exsudation. Cette question, diflicile à résoudre, est du reste peu importante; car il est probable que l'inflammation de l'iris s'accompagne toujours de celle de la membrane qui le revêt , et vice versà. La matière exsudée forme quelquefois des filaments plus ou moins déliés , qui
passent d'an côté do la pupille à l'autre , rétrécissent cette ouverture et y forment même un réseau qui, à mesure qu'il devient plus serré, obscurcit de plus en plus la vue , et l'abolit complètement à la fin (v. l'article Occlusion de la pupille). D'autres fois cette lymphe exsudée établit des adhérences entre l'iris et la capsule du cristallin , qui •*«'enflamme facilement quand le premier est affecté d'inflammation ; cette adhérence a été appelée synéchie postérieure, et on a nommé synéchie antérieure celle qui s'établit entre l'iris et la cornée, lorsque des exsudations 8e forment à la face antérieure de l'iris et à la face postérieure de la cornée. Enfin il arrive même quelquefois que la suppuration et l'exsudation ont lieu en même temps, ce qui peut donner naissance à la fausse cataracte, qui n'est autre chose que l'obstruction de la pupille par du pus concrète qui , après l'absorption de sa partie la plus ténue , a été fixé dans la pupille par les filaments lymphatiques exsudés.
La forme subaig^në ou chronique de l'inflammation de l'iris est moins bien caractérisée que la forme aiguë, et pourrait être confondue, par un observateur superficiel) avec l'amaurose commençante. Ellese reconnaît cependant au changement de couleur de l'iris, à l'immobilité de la pupille, h la diminution de la vue, à la douleur profonde dans l'œil et la tête, et plus tard aux exsudations lymphatiques, par lesquelles cette inflammation se termine toujours lorsqu'elle a duré quelque temps sans se résoudre, et qui ont presque toujours leur siège à la partie postérieure du bord de la pupille. C'est là la maladie que le docteur Siméons (1) a nommée Vvéitis chronique.
(1) Ga«FE u«rf Walther's Journal, tom. XI, pag. S03.
Traitement. L'inflammation de l'iris ('-tant toujours une maladie très-grave et qui occasionne souvent la perte de la vue , le traitement doit être énergique. L'inflammation est-elle aiguë, on a recours à des saignées générales copieuses et répétées, aidées de saignées locales, de fomentations froides et de dérivatifs. La maladie a-t-elle le caractère chronique, les révulsifs sont indiqués, et surtout les vcsicatoires , les exutoires et le scfon h, la nuque. S'aperçoit-on que la suppuration est inévitable, on met de côté les applications froides, et l'on continue à combattre l'inflammation par les évacuations sanguines, aidées de fomentations émollientes et de l'instillation dans 1 œil de décoctions émollientes et mucilaginéuses. Lorsque l'inflammation est accompagnée d'épanchement purulent dans les chambres de l'œil, à'hypopyon, on ajoute aux moyens déjà indiqués l'usage de ceux qui bâtent l'absorption du pus, tels que le calomel, les sels neutres et la racine de sénéga ( vovez sur le mode d'administration de ce dernier moyen, l'article Ilypoptjon) à l'intérieur, et les frictions mercurielles autour de l'orbite. Dans les cas où l'épanchement est trop considérable pour pouvoir être absorbé rapidement, on donne issue au pus par une incision de la cornée. Lorsque l'épanchement subsiste après la disparition de l'inflammation, on emploie les moyens indiques à l'article Hypopyon.
L'inflammation de l'iris ayant une forte tendance à se terminer par exsudation, et cette terminaison étant toujours préjudiciable à la vue. qu'elle abolit même quelquefois complètement, le médecin ne doit rien négliger pour la provenir. Aussi , dès que l'inflammation a perdu sa plus grande acuité, et dans l'inflammation subaiguë dès le commencement de la maladie, emploic-t-on, conjointement avec lo calomel donné à l'intérieur, les frictions mer-
curielles antour de l'orbite. Les doses de ces moyens d'abord petites, doivent être augmentées aussitôt que l'ex- Sudation commence h se faire; la salivation, loin d'être à craindre, est quelquefois nécessaire, parce qu'alors seulement le mercure manifeste son action sur la maladie de l'œil; et d'ailleurs on peut bien risquer de faire saliver le malade, quand il s'agit de lui conserver la vue. Comme on ne réussit pas toujours à éviter la terminaison par exsudation, ou à faire réabsorber la lymphe exsudée, il faut que le médecin fasse en sorte que les exsudations nuisent aussi peu que possible à la vue. Plus la pupille sera rétrccie. et plus son obstruction par de la lymphe exsudée sera facile; par contre, plus la pupille sera dilatée, et plus le malade aura de chances d'en conserver une partie non ob-, struée : c'est ce qui conduit naturellement h l'emploi des moyens propres à dilater la pupille. Parmi ces moyens, ceux qui agissent le plus promptenient , sont l'atropine et l'extrait essentiel de jusquiame du docteur OEoler , instillés dans l'oeil; à défaut de ces préparations, on se sert des extraits ordinaires de belladone et de jusquiame, en solution ou incorporés dans l'onguent mercuriel ; ou bien on emploie les infusions de ces plantes (voyez les articles Belladone et Jusquiame . dans le formulaire ophthalmique ). En répétant les instillations ou les frfctions, ou maintient la pupille dilatée pendant tout le cours de la maladie, ce qui fait que l'exsudation, si elle a lieu, n'obstrue que dilTicilemcnt le centre de la pupille ; en même temps on combat l'inflammation par les évacuations sanguines et les autres moyens indiqués plus haut. Lorsque des exsudations existent déjà, et ont établi des adhérences entre la cornée et l'iris , ou entre celui-ci et la capsule cristalline, ou forment des filaments qui vont d'un côté delà pupille à l'autre, la belladone et la jusquiame sont d"uu grand secours,
parce que leur influence sur l'iris fait que celui-ci se rétracte vers son berd ciliaire, aGn d'élargir la pupille, ce qui tend les filaments exsudés et linit quelquefois par les rompre.
La douleur qui accompagne l'inflammation de l'iris est parfois tellement vive, qu'elle nous force à agir symptomatiquement, et à la combattre par l'opium, qu'on emploie en frictions dans la région sus-orbitaire, soit pur et humecté d'un peu de salive, soit uni à de l'onguent mercuriel.
Je crois inutile d'ajouter que la chambre du malade doit être plus ou moins obscurcie; on suivra à cet égard les préceptes donnés à l'article Ophthalmies idiopathiques en général.
A. ScHMiDT, Veher Jrilis und lYachsiaar. TFten, 1801.
6° Inflammation idiopathique du ligament ciliaire.
Le professeur Ammoi» (1) , qui a le premier observé cette inflammation, lui assigne les caractères suivants : l'inflam. mation occupe tout le ligament ciliaire, ou seulement une* ^ partie de cet organe. Dans ce dernier cas elle se manifeste par de la pression dans l'œil, du clignotement, puis par l'apparition subite d'un réseau capillaire qui a la forme d'un croissant , et occupe le tiers ou le quart du rebord que forme la sclérotique à l'endroit où elle s'unit à la cornée. Ce réseau semi-lunaire est d'un rouge vif et forme une légère saillie. Cette petite élévation se passe au bout de quelque temps et laisse après elle une cicatrice à la sclérotique, qui est la suite de la résorption d'une partie de
(1) RusT's, Magazin, t. XXX, pag. 240.
cette tunique sans suppuration apparente. Quelquefois, au lieu de réseau semi-lunaire, on ne voit que des vaisseaux sanguins en grand nombre qui aboutissent à une partie du rebord de la sclérotique. Dans ces cas il se forme bientôt un ulcère semi-lunaire sur le rebord, d'où résulte facilement le stapliylome de la sclérotique ou du corps ciliaire* Dans tous les cas Tinflammation se propage rapidement à la membrane de Thumeur aqueuse, où elle donne lieu k des exsudations. Lorsque la totalité du ligament ciliaire est enflammée, on reconnaît la maladie au grand nombre de vaisseaux sanguins qui s'étendent jusqu'au rebord de 1% sclérotique, où ils disparaissent tout à coup pour s'anastomoser probablement avec ceux du ligament ciliaire. La sclérotique s'enflamme; il y a pbotophobie, larmoiement» douleurs vives dans l'orbite. La m,aladic suit la même marche que lorsqu'elle est partielle.
M. Ammos a eu l'occasion d'examiner les yeux de quatre individus morts pendant l'existence de l'inflammation dont nous parlons. Il a trouvé six fois le ligament ciliaire tuméfié, et deux fois il Va vu atrophié (1).
L'auteur auquel nous devons cette description emploie d'abord le traitement antiphlogistiquc , puis, lorsque l'inflammation est devenue moins aiguë, le muriatc de baryto dissous dans de l'eau de laurier-cerise , d'après la formule Suivante : Fr. muriate de baryte un gros; faites dissoudre dans eau de laurier-cerise une once. Le malade en prend dix à quarante gouttes, trois à six fois par jour : en même temps il est mis a une diète sévère. Les collyres et les onguents ophthalmiques sont nuisibles dans cette maladie , et les vésicatoîres inutiles.
(l) Amhon's, Zeitschnjlf t. tom. II, pag. 217.
7' Inflammation idiopalhique de la choroïde ( choroïdite ,
choroïtis).
Cette inflammation , qui est très-rare et qui se propage rapidement aux autres parties de l'œil , a été le mieux décrite par W. Mackenzie (1). Ses principaux symptômes sont : une couleur bleuâtre, violette de la sclérotique ; cette membrane s'élève et forme une tumeur violette, dont le siège se trouve le plus souvent dan? le voisinage de la cornée; la tumeur et la coloration dépendent de l'amincissement de la sclérotique par suite de la pression exercée sur cette tunique par la choroïde tuméiiée. La pupille est tirée vers en haut et en dehors ; la douleur est vive et s'étend h toute la tête; la vue est plus ou moins troublée. Au bout de peu de temps il se fait une exsudation entre la choroïde et la rétine ; cette dernière membrane est décollée , poussée vers le centre de l'œil , où elle forme, lorsque l'exsudation est considérable , un cordon blanchâtre qui simule une cataracte située profondément, ou un fongus médullaire. Le globe de l'œil est alors augmenté de volume et fait saillie hors de l'orbite. L'inflammation se communique rapidement à la membrane de l'humeur aqueuse et à la cornée.
La guérison de cette maladie est difficile et toujours , lente. Le traitement consiste d'abord dans l'usage des an- ■ tipblogistiques et des dérivatifs. L'exsudation une fois faite, , îl s'agit d'évacuer ce liquide; dans cette vue on pratique; la ponction de la sclérotique avec une aiguille à cataracte; tin peu large. On répète cette opération tous les huit jours,,
(1) Glasgow médical Journal , n" 6.
en faisant tonjours attention de ne pas blesser le crîstalliu. Dans celte période de la maladie, M. MACKENiiEa employé avec avantage à l intérieur le sulfate de quinine et le carbonate de fer.
Wagner, TJeber die Kravhlieiten der Choroidea (Hona's Archiv fur viedizinische Erfaliruny, 1821 , mars et" avril ).
8° Inflammation idiopaÛiigne de la rétinite (dictyitisj amphiblestroditis ).
L'inflammation aiguë et non compliquée de la rétine a été très-rarement observée; elle est occasionnée par l'impression d'une lumière trop vive et par des lésions mécaniques, qui arrivent surtout dans l'opération de la cataracte par abaissement.
La diminution ou l'abolition complète de la vue, la sen~ sibilité extrême de l'œil à la lumière , le rétrécissement d^ la pupille, la vue d'étincelles on de feu (jyholopsie) , la douleur vive qui, de l'œil, se répand sur toute la tête, la lièvre sont les symptômes qu'on assigne ordinairement à cette maladie.
L'inflammation se communique facilement aux autres parties de l'œil. Elle se termine par résolution ou par exsudation. Dans ce dernier cas on voit quelquefois, h travers la pupille, la lymphe exsudée dans le fond de l'œil. Le plus soiïvcnt l inflammation de la rétine laisse après elle une faiblesse plus ou moins grande de la vue, ou même une cécité complète.
L'inflammation chro7ii<]ue de la rétine n'a été que peu étudiée jusqu'à présent, et cependant il est probable que c'est a elle que sont dues un grand nombre d'amauroses, surtout celles qui se développent lentement et s'accompa-
gnent de douleur dans le fond de l'œil et d'un excès deseirsibHité de l'organe affecté.
Le traitement antiphlogistique est indiqué aussi longtemps que l'inflammation de la rétine est aiguë : lorsqu'ell'a se prolonge et tend à se terminer par exsudation-, on la combat par le mercure à l'intérieur et en frictions, et par les révulsifs. C'est à ces derniers qu'on a recours dans l'inflammation chronique de la rétine, contre laquelle on emploie principalement les vésicatoires volants, le séton à lia nuque, les exutoires au bras , à l'apophyse mastoïde , au sommet de la téte.
9° Inflammation idiopalhique de la capsule du cristallin [eapsulitis, phacohymenitis).
L'inflammation aiguë do la capsule cristalline est rare ; on ne l'observe guère qu'après des lésions mécaniques; le plus souvent l'inflammation suit une marche chronique. Dans tous les cas elle est caractérisée par l'obscurcissement de la capsule. Cet obscurcissement est d'abord d'un gris pâle, rosé; au moyen de la loupe on y distingue souvent des vaisseaux sanguins injectés ; plus tard l'opacité te prononce davantage . prend une couleur grise ou blanche, plus apparente dans quelques endroits , tandis que d'autres parties de la capsule restent claires, ce qui donne à celle-ci Vaspect delà nacre. L'obscurcissement est situé immédiatement derrière la pupille; il touche même quelquefois l'iris par suite du gonflement de la capsule cristalline , qui peut être tellement considérable que cette membrane fait sail- 'lie dans la chambre antérieure. Le cristallin, dont la transparence se faisait remarquer à travers les parties non obscurcies de sa capsule, commence alors également à se troubler {inflammation du ctysiallin, lentitis , cryslallitis de q,u8t-
qnes auteurs ). II en résulte que la vue dimiuue de plus en plus. L'inflammation peut aussi s'étendre a d'autres parties de l'œil, surtout à l'iris, à la membrane hyaloïde. Un sentiment de pression, de plénitude dans l'œil , une légère exaltation de la sensibilité dans l'organe, et quelquefois une rougeur pâle qui entoure la cornée, et une sécrétion plus abondante des larmes, sont les symptômes qui accompagnent l'obscurcissement delà capsulé.
L'inflammation de la capsule cristalline se termine par l'obscurcissement complet de la capsule, c'est-à-dire la cataracte. La première se ferait plus souvent si les malades étaient plus prompts à consulter le médecin, et si celui-ci reconnaissait toujours la maladie dès le commencement. Mais la bénignité des symptômes trompe fréquemment le malade et le médecin ; aussi le plus souvent la maladie finit-elle par se changer en cutaracte. Le traitement antipblogistique convient lorsque la maladie est aiguë; dès qu'elle passe à l'état chronique on emploie les révulsifs, et surtout le mercure à haute dose à l'intérieur et en frictions. On se sert quelquefois avec avantage de la pommade ammoniacale, employée comme révulsif sur le front ou toute autre partie du cuir chevelu. Enfin, il ne faut pas oublier de tenir la pupille dilatée au moyen de la belladone, afin d'empêcher que l'iris ne contracte des adhérences avec la capsule du cristallin, ce qui arrive trèsfacilement. Dans les cas où les moyens médicamenteux ne parviennent pas à dissiper l'obscurcissement de la capsule cristalline, nwis avons encore la ressource de l'opération de la cataracte, qui cependant ne doit être pratiquée qu'après la disparition de tout symptôme inflammatoire.
Waither, Ahhandlungen mis dem Gcbiete der praktischen Medizin, etc., pag. I.
lO» Iiiflanunal.ion idiopalliiqne de la membrane hyaloïdç ( hyaloïdite , hyalitis ).
Cette affection , peu commnne , se déclare par wne douleur obtuse dans le fond de l'œil et dans la tétc, parla dilatation de la pupille et par robscnrcissemciit de la membrane byaloïde, d'où résuite la diminution ou la perte de la vue. Cet obscurcissement se distingue de tout autre par sa situation profonde et par son étendue; il occupe tout le fond de l'œil et n'a pas une couleiirgrise ou blanche aussi prononcée que celui de la capsule cristalline ou des exsudations qui ont leur siège dans le fond de l'œil.
L'inflammation delà membrane byaloïde se termine par résolution ou par l'obscurcissement et la désorganisation du corps vitré, qui constituent alors le glaucome et la syiichys (voyez ces articles). Elle se propage aussi trysfiicilcment aux autres tissus de l'œil, surtout à la capsule du crystallin et h l'iris.
On combat cette maladie par les mêmes moyens qu'on emploie contre l'inflammation de la capside cristalline, à rcxccption de la belladone , qui ne serait d'aucune utilité dans l'inflammation de la membrane byaloïde.
1 1° Inflammation idiopaihù/ue des parties externes de l'œil [opiithalmie externe ); inflammalionidiopathique des parties internes de l'œil {ophthalmie interne) ; inflammation idiopathique du ylobe de l'œil (oplubalmitis. panopiithalmitis ).
Dans les précédents articles j'ai parlé de l'inflammation considérée séparément dans cbacune des membranes du globe de l'œil ; il arrive cependant rarement qu'elle se
borne à une seule de ces tuniques ; le plus souvent ello en affecte plusieurs et donne naissance par là à différentes variétés d'oplithalmies qu'il est inutile de décrire, parce qu'elles ne sont que la combinaison de deux ou d un plus grande nombre des inllammations dont j'ai traité précédemment. Je crois cependant convenable de dire quelques mots des trois formes sous lesquelles ces combinaisons- se manifestent le plus fréquemment, et que les auteurs ont appelées opbthalmie externe, ophtbalmie interne, et ophthalmitis.
îjophthalmie externe (fig. 2), appelée aussi phlegmon de la conjonctive , est l'inflamniation de la conjonctive, de la sclérotique et de la cornée. On lui a donné le nom de iaraxis , quand elle est peu intense, et de c/temosis, lorsqu'elle est plus ^ave, que la conjonctive forme un bourrelet autour de la cornée, et que cette dernière est fortement enflammée ou en suppuration. Dans le plus grand nombre des cas l'ophllialmie externe est une maladie qui se guérit facilement et ne laisse après elle aucune trace ou incommodité 5 quelquefois cependant elle occasionne des leucomes et des cicatrices à la cornée, qui gênent plus ou inoins la vue ; enfin le malade peut même perdre la vue complètement par suite de la désorganisation de la cornée, qui ne présente plus alors qu'une surface blancbe opaque.
On a appelé ophthalmie inlerne ( fig. 3) l'inflammation qui ayant son siège primitif dans une ou plusieurs des parties internes de l aiil , se communique h la cornée, ,à la sclérotique et la conjonctive. C'est toujours une maladie très-grave, qui se termine souvent par la suppuration de l'iris et de la cornée, la désorganisation de l'œil et la perte de la vue.
L'inflammation peut aussi s'étendre aux autres parties
de l'œil et constituer Vophthahnitis ou inflammation du globe entier. Cette maladie, qui heureusement est assex rare et ne s'observe guère qu'après des contu«ions trèsfortes de l'œil ou un coup de soleil qui a frappé cet organe, présente, outre les symptômes propres h l'inflammation de chacune des parties de l'œil , les phénomènes suivants : la douleur est atroce, le globe de Tœil est tuméfié au point qu'il fait saillie hors de l'orbite, et qu'il renverse même en dehors la paupière inférieure. L'inflammation se communique aux paupières ; elle s'accompagne toujours d'une fièvre très-forte et quelquefdis de délire.
La maladie se termine rarement par résolution , et alors même il reste une faiblesse de la vue; le plus souvent la suppuration est inévitable, et quelquefois la gangrène «'empare de l'œil. L'inflammation peut même, en se propageant au cerveau et aux méninges., occasionner la mort du malade.
Quand la suppuration se fait, le malade a des frissons, les douleurs deviennent pulsatives, la rougeur augmente , la cornée devient jaune , et de petits abcès se développent dans la conjonctive. A la fin la cornée se rompt [rhexis oculi) , et donne issue à du pus, suivi du cristallin et d'une partie de l'Jiumeur vitrée ; après quoi la tumeur diminue, ainsi que la douleur. Quelquefois la rupture de la cornée se fait avec tant de force, que le cristallin est lancé à une certaine distance. Après l'écoulement des humeurs contenues dans l œil , la suppuration continue encore pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'enfin la plaie se cicatrise; le globe de l'œil ne forme plus alors qu'un petit moignon caché dans le fond de l'orbite. La suppuration peut aussi détruire tout le globe de l'œil ( Phlhisie du globe de l'œil , de quelques auteurs ) , et amener la fièvre hectique.
Dans les cas on rinflammatlon se termine par gangrène^ les douleurs diminuent ou cessent subitement , et les parties enllammées deviennent flasques et livides. Le malade est dans le plus grand danger.
Traitement. Aussi longtemps que l'a résolution de la maladie est possible, on insiste sur l'usage des antiphlogistiques, surtout des saignées répétées et des applications froides. Lorsqu'il n'est plus possible d'obtenir la résolution, ' on favorise la suppuration par des fomentations cnioHientes ou des cataplasmes. Aussitôt qu'on voit des abcès se former dans la conjonctive ou dans la cornée, on les ouvre; on incise la cornée lorsque du pus s'amasse dans l'intérieur de l'œil. Si la suppuration est de bonne nature, on continue les applications émoUientes jusqu'à la cicatrisation de la plaie ; on panse au contraire avec de l'onguent digestif, ou l'on fait des fomentations aromatiques, si la suppuration augmente et prend un mauvais caractère. . Dans ces cas on est obligé de soutenir les forces du malade par des cordiaux et un régime nourrissant.
Dès que la gangrène se déclare , on fuit des fomentations avec la décoction de quinquina, h laquelle on ajoute de la teinture d'opium , et on donne à l'intérieur les acidéa minéraux , l'éther. Lorsque les parties gangrénées se détachent, on traite la plaie qui reste, suivant son caractère, par les émollients ou, ce qui est plus souvent le cas, par les aromatiques et les stimulants.
Lorsque, par suite delà suppuration ou de la gangrène, le globe de l'œil a été entièrement détruit, les paupières se ferment, et un œil artificiel ne pourra remédier qu'imparfaitement à la difformité. Mais si le globe de l'œil est en partie conservé , il communiquera ses mouvements k l'œil artificiel , et rendra l'illusioa complète { -voyez l'article Yeux artificiels).
Des ophthalmics spécifiqxios.
Les ophtbalmies spécifiques sont des inflammations de l'œil caractérisées par nne marche et des symptômes particuliers qui les distinguent des ophthalmics idiopalhiqjies ; caractères particuliers , qni sont déterminés, soit parla nature spécifique des causes qni produisent ces affections, soit par une maladie constitutionnelle ou ime diathèse. dont sont affectés les individus pris d'ophthalmie.
Les causes prédisposantes des ophthalmics spécifiques consistent dans l'existence d'une diathèse ou d'une maladie constitutionnelle, capable de modifier l'inflammation de l'œil (la goutte, les scrofules, la syphilis, etc»), ou dans une disposition particulière de certains individus, à être affectés par les changements qui se font dans l'atmosphère; changements qui donnent naissanco aux catarrhes, aux rhumatismes.
Les causes occasionnelles des ophthalmiei spécifiques sont de deux sortes : les imes ont une action spéciale, et peuvent produire une ophthalmie spécifique chez des individus bien portants, tels sont les changements dans l'atmosphère, l'application h l'œil de quelques matières virulentes ; les autres sont de nature à pouvoir faire naître line inflammation idiopathique des yeux chez les sujets bien constitués , et ne produisent d'oplithalmie spécifique que chez les individus qui sont affectés d'une diathèse ou d'une maladie constitutionnelle, capable de modifier l'inflammation et de lui imprimer un caractère spécifique. Cette dernière série de causes appartient également aux ophthalmies idiopathiques , et a trouvé sa place à Farticle consacre aux ophthalmies idiopathiques en général (page 114).
Enfin , il arrive assez fréquemment que nous ne découvrons aucune cause déterminante, autre que la maladie constitutionnelle même, dont lophtlialmie n'est alors qu'un symptôme.
Une ophthalmie idiopatliique se change en spécifique, lorsque , pendant son existence, une maladie constitutionnelle se déclare, ou qu'une diatbèse, qui n'existait que faiblement et n'influençait point l'opbthalmie idiopathique, se prononce davantage.
Les inflammations spécifiques siègent quelquefois dans une seule partie de l œil; le plus souvent cependant elles en afl'ectent plusieurs à la fois. Leur marche est tantôt aiguë , tantôt chronique.
L'es opbthalmies spécifiques se distinguent des idiopathiques par des symptômes locaux et généraux. Ordinairement les symptômes locaux caractérisent suffisamment l'oplithalmie spécifique; quelquefois cependant ces symptômes sont peu prononcés. Les signes fournis par l'état général du malade, sont alors d'un grand secours pour le diagnostic.
On ne peut rien dire de 'général sur le pronostic des opbthalmies spécifiques ; il y en a de légères et de trèsgraves. Elles sont ordinairement plus opiniâtres , et se terminent moins facilement par résolution que les ophthalmies idiopathiques.
Le traitement des opbthalmies spécifiques varie suivant l'espèce. Dans ces maladies il y a toujours deux choses à considérer, l'alTection locale et la diatbèse, ou maladie constitutionnelle. En traitant cette dernière, on peut guérir radicalement l'affection générale et la locale ; tandis qu'en ne dirigeant le traitement que contre l'opbthalmie, il pourra arriver que celui-ci disparaisse; mais l'individu n'en restera pas moins malade , et disposé par conséquent
à la récidive de Tophtlialraie. Dans le plus grand nombre des cas on fait bien de combiner les deux méthodes : car, si l'on se bornait à combattre l'alTection générale, on risquerait de voir l'œil désorganisé ou endommagé d'une manière irréparable , avant que les moyens employés contre cette alîection ne puissent faire sentir leur action salutaire sur l'oplithalmie.
Je ne m'étendrai point sur les moyens à opposer aux affections générales, desquelles dépendent la plupart des ophtlialmies spécifiques; ils se trouvent exposés dans les ouvrages qui traitent de ces affections générales. Quant aux moyens dirigés directement contre l'inflammation da l'œil, ils varient suivant la nature de cette inflammation.
1» Ophthalmie catmrhale ( phlegmhymenitls ophthalmica).
Les refroidissements subits, la suppression de la transpiration, l'état particulier de l'atmosphère, qui , en agissant sur les membranes muqueuses, donne lieu aux affections catarrhales , occasionnent l'ophthalmie catarrhale.
La conjonctive et les glandes de Meibomius sont la siège constant de cette ophthalmie, qui affecte ordinairement un grand nombre d'individus au printemps et en automne, règne même quelquefois épidémiquement, et s'accompagne très-souvent de l'inflammation catarrhale de la membrane pituitaire et des voies lacrymales.
Cette ophthalmie se manifeste sous deux formes principales, qui doivent être décrites séparément, quoique la seconde ne soit souvent qu'une période plus avancée de la première. Ces deux formes sont l'ophthalmie catarrhale proprevient dite, et Vophlhalmie catarrhale purulente; cette dernière se subdivise en ophthalmie dite égyptienne,
et ophthalmxe des nouveau-nés. C'est la , selon moi , la manière la plus naturelle d'envisager rophtlialmie catarrhalc; cependant , comme dans une science déjà surchargée de termes techniques on doit éviter d'en créer de nouveaux , ou de changer la signification des anciens, je conserverai, comme lont fait la plupart des auteurs, le terme d ophthaimie purulente exclusivement à l'oplithalmie égyptienne , et je parlerai de trois variétés de l'ophthalmie catarrhale , qui sont 1 ophlhalmie catarrhale proprement dite, l'ophthalmie purulente , et l'ophthalmie des nouveau-nés.
HiiTER, Die catarrhalischen Augencntzûndungen [Heidelberger hlinischc Annalen , t. V, pag, 445 , et t. VI , pag. 1 et 161 ).
a Ophthaîmie catarrhale proprement dite.
L'inflammation catarrhale de l œil alTecte la conjonctive et les glandes de Mcibomius. 11 peut arriver que l'une ou l'autre de ces parties soit principalement aftectée, ou que l inflammation se borne aux glandes de Meibomius et à la conjonctive , qui avoisinent les commissures des paupières ; c'est ce qui a engagé quelques auteurs h admettre différentes variétés de l'ophthalmie catarrhale, qu'ils ont décrites sous les noms conjonctivite catarrhale, hlépharadénile ou blépharopthalmie glanduleuse catarrhale , blép haro-conjonctivite et ophthalmo-conjonctivite catarrhale, canthitis catarrhale. A ces variétés ou peut ajouter Vophlhalmie se'nile n'est autre chose que l'ophthalmie catarrhale très-opiniâtre des vieillards.
L'ophthalmie catarrhale commence le plus souvent par de la démangeaison et de la chaleur au bord des paupières et à leurs commissures ; ces parties se tuméfient
ensuite et deviennent rouges ; peu a peula rongeur s'étend aux autres parties de la conjonctive: on voit, dans différents endroits de cette membrane , des vaisseaux sanguins injectés se diriger vers le bord de la cornée, toujours réunis en plus ou moins grand nombre, surtout dans les angles de l'œil. Ces vaisseaux dilatés par le sang, peut-être aussi les glandes muqueuses tuméfiées , produisent ^ par le frottement qu'ils occasionnent entre l'œil et les paupières, la sensation d'un grain de sable engagé sous la paupière. C est aussi par cuite sensation que commence quelquefois l ophtlialmie : dans ces cas les malades sont d'autant plus portés à croire qu'ils ont un corps étranger dans l'œil, que cette sensation n'est précédée d'aucun autre symptôme, qu'elle prend naissance subitement et ordinairement dans la rue, quand un vent froid frappe l'œil. Si alors on examine l'organe, on trouve la rougeur de la conjonctive telle que je viens de la décrire.
Au commencement de l opbtlialmic catarrhale, la sécré- ^ tion muqueuse de la conjonctive et des glandes de Meihomius est supprimée; de la la sécheresse de l'œil qui cependant passe quelquefois inaperçue, à cause de la sécrétion plus abondante des larmes. Ce liquide prend une qualité acre, irrite les parties sur lesquelles il coule; la peau extérieure des paupières s'enflamme , devient sen- ' sible à l'air et à la lumière; sur le bord des paupières on remarque des excoriations qui, en s'étendant, peuvent détruire les commissures des paupières et occasionner l'eciropion. A ces symptômes se joint souvent nn peu de fièvre, surtout le soir. Si l'ophlbalmic n'est pas arrêtée dans sa marche, des phlyclcnes ou des jJustules (1), se forment
(l) On appelle phiyclènes , Ues vCslciiles qui contiennenl de la st'rosiliî, et pustules g celles qui conllcnnenl une malière liitrulenle.
dans la conjonctivo, le pins souvent au bord de la cornée. La sérosité ou le pus , contenus dans les vésicu'es , peuvent être réabsorbés ; s'ils ne le sont pas, la vésicule crève, le fluide contenu s'écoule, et laisse h sa place une petite excavation qui guérit facilement. Après avoir duré quelques jours, le larmoiement cesse, et les symptômes inflammatoires diminuent un peu, h l'exception de la tuméfaction, qui augmente : la sécrétion muqueuse de la conjonctive et des glandes de Meibomiiis , supprimée jusque-là , commence de nouveau h se faire, devient même trop abondante, et la matière sécrétée prend un aspect purulent; pendant la nuit elle agglutine les bords des paupières et y forme des croûtes. Par suite des mouvements des paupières, le mucus sécrété est étendu pendant la journée sur la surface antérieure du globe de l'oeil , ce qui trouble la vue et inquiète quelquefois beaucoup le malade. Arrivée a cette période, la maladie commence ordinairement à diminuer ; la sécrétion se rapprocbc de plus en |)lus de l'état normal, et les sympfômes d'intlauimation finissent par disparaîtro.
Dans les cas cependant où les malades sont continuellement exposés h un air vicié, ou lorsqu'ils font usage d'une mauvaise alimentation, ou se lavent les yeux avec de l'eau corrompue, la maladie, au lieu de diminuer, •change de forme ; la conjonctive se boursoufile de plus en plus; la sécrétion muqueuse augmente, devient puriforme, et la maladie finit par présenter tous les symptômes do < 'l'ophlbal mie purulente. Quelquefois aussi rophtlialmio catarrhale devient habituelle, ce qui a lieu surfout chez les personnes âgées : dans ce cas il se fait continuellement ime sécrétion muqueuse, suffisante pour agglutiner, pendant la nuit , les bords des paupières, et former de petites croûtes; la conjonctive est peu injectée, l'œil est légèrement larmoyant, surtout quand il est exposé au vent; lé
soir le malade éprouve de la pesanteur dans les paupières et de la difficulté h les tenir ouvertes; la lecture le fatigue alors beaucoup.
L'ophdialmie catarrhale proprement dite est une maladie généralement légère, et que la nature seule guérit souvent ; elle ne peut devenir grave que lorsqu'elle est . négligée , ou que les malades sont exposés à des influences délétères.
Traitement. Il est rare qu'on soit obligé de recourir à des évacuations sanguines. Lorsque la maladie est légère, quelques bains de pieds sinapisés sulfisent souvent pour la faire disparaître. Dans les cas pins graves, les fomentations froides sur i œil sont indiquées dès le conunencement, mais ne peuvent être continuées longtemps ; aussitôt que l'inflanmiation sest un peu apaisée, que la sécheresse de I œil a fait place a une sécrétion muqueuse plus abondante, les fomentations froides sont désagréables au malade; et si on les continue, 1 ophthnlmie empire : on les remplace alors par des compresses chauffées appliquées sur 1 œil , auxquelles on substitue les sachets aromatiques et même camphrés, lorsque les symptômes inflammatoires ont beaucoup diminué. On emploie, conjointement avec la chaleur sèche et aromatique, des solutions ou des pommades légèrement astringentes, principalement l'eau de Gouiard et les solutions de sulfate de zinc ou de sublimé corrosif, auxquelles on ajoute de la teinture d'opium. Si les excoriations du bord des paupières résistent trop longtemps à ce traitement , on a recours à la pierre divine, aux préparations saturnines , ou a l'onguent de Janin . qu'on rend plus ou moins énergique, suivant les cas. Ces derniers moyens sont également indiqués lorsque la sécrétion mucosopurulente continue à être copieuse. Dans tous les cas, en employant les collyres, il faut avoir la précaution d'essuyer
lés yeu.t immédiatement après avec nn linge sec et chaud; car dans la période de l'oplithalmie catarrlialc , où l'on emploie ces mayens, les yeux ne supportent pas l'application prolongfée de l'humidité. Dans les cas opiniâtres, l'application d'un vésicatoire h la nuque peut être nécessaire.
Comme dans les autres maladies catarrhales, dont quelques-unes, et surtout le coryza, compliquent si frcqueni- . ment l'ophtlialmie catarrhale, le malade se tient dans nn air pnr, à une température douce et égale; il fait usage d'une boisson tiède, tliéiforme, pour entretenir une légère diaphorèse.
L'excès de sensibilité, qui persiste quelquefois après la disparition de l'oplithalmie, cède à l'emploi des moyens indiqués plus haut (page 113).
b. Ophlhalmie purulente [égijplicnne , contagieuse; ophthalmia bellica).
L'inflammation de la conjonctive se manifeste quelquefois sous une forme particulière, caractérisée par un boursoulTlement considérable de la conjonctive, qui présente souvent alors un aspect granulé, et par une sécrétion abondante de mucus et de pus à la surface de cette membrane. Cette forme a été nommée, par beaucoup d'auteurs, blennorrhée de l'œil on ophtlialmoblennorrhéc , lorsque la partie oculaire de la conjonctive est le siège principal de la maladie ; blépkarobleunorrhée , lorsque c'est la partie palpébrale qui est spécialement affectée; enC\n. ophthaltnoblêphurohlennorrhée, quand toute la membrane est ma- 'lade. Il y a différentes espèces de blennorrhées de l'oeil (voyez les articles Ophthalmie f/onorrhoïf/ue, Ophthalmie arlhritique) ; mais je ne parlerai pour le moment que de celle qui reconnaît pour cause ordinaire une influence ca-
tarrhalo, on qui commence par une ophthalmio catarrhale proprement dite, et je la diviserai en deux variétés, selon qu'elle affecte les adultes ou les nouveau-nés. La première par laquelle je commencerai, a été appelée exclusivement ophthalmie purulente.
Cette maladie qui, depuis les temps les plus reculés, semble régner d'une manière épidcmique en Ejjypte, n'est bien connue en Europe et bien décrite que depuis l'expédition d'Egfvpte à la fin du siècle dernier, pendant laquelle elle a fait de grands ravages dans les armées française et anglaise. Depuis le retour des deux armées en Europe, l'ophthalmie purulente a régné épidémiquemcnt en différents endroits, et principalement parmi les garnisons de plusieurs villes d'Italie, d'Allemagne et des Pays-Bas. Quant à des cas sporadiques d'ophthalmie purulente , -on en trouve partout : et il est probable qu'on en a observé de tout temps, surtout h la suite d opbtlialmies catarrhales proprement dites , négligées ou mal soignées.
Les causes prédisposantes de l'oplithalmic purulente sont : une constitution lymphatique détériorée, des aliments de mauvaise qualité ou difficiles h digérer, l'abus des spiritueux , la constipation habituelle, une disposition particulière de certains individus aux affections catarrhales.
Les causes occasionnelles sont : le séjour trop prolongé dans un air vicié par des vapeurs , la fumée , la poussière ou des émanations animales; les refroidissements subits, le changement particulier de l'atmosphère qui engendre les affections catarrhales, les ophthalmies catarrliales proprement dites, et mènïe les autres inflammations de la conjonctive, surtout lorsqu'elles sont mal traitées; enfin la contagion. Cette dernière n'est cependant pas admise par tout le nnonde : il y a même un assez grand nombre
demédecins (l) qui nient la propriété contagieuse de l'oplithalmie piirulcnle: mais l'observation des malades et les expériences de M. Guillié (2). qui a inoculé cette maladie h des amaurotiqiies , ont prouvé que, dans bien des cas» l'oplithalmie purulente possède une propriété conta{jieusr> dont cependant elle ne jouit pas toujours.
La marche de l'oplithalmie purulente est on aiguë ou chronique ; la première s'observe plus souvent lorsque la maladie est occasionnée par contagion, tandis que la seconde est plutôt propre à l'ophthalmie purulente, qui résulte d'une inflammation de la conjonctive mal soignée ou affectant des individus cacochymes.
L'ophthalmie purulente aiguë commence par un léger prurit aux paupières, suivi de l'injection de la partie de , la conjon(;tive qui tapisse les cartilages tarses : quand on est consulté dès le commencement de la maladie , ce qui est rare, on découvre quelquefois un petit nombre de vésicules miliaires à la face postérieure des paupières; mais ces vésicules disparaissent promptement , et sont remplacées par une rougeur uniforme, comme veloutée , de la conjonctive palpébrale; en même temps le malade croit avoir de la poussière ou du sable dans l'œil. Dans le plus grand nombre des cas la rougeur ne tarde pas h se communiquer a la conjonctive qui revêt le globe de l'œil. La conjonctive affectée se tuméfie, se boursouflle, sécrète une
(.1) Beaucoup d'autres attribuent à Larrey, une opinion qui n'est pas la sienne. Ce célèbre chirurgien admet que l'oplithalmie purulente puisse se transmettre par contagion, quoiqu'il paraisse d'abord soutenir le contraire. Voyez sa Clinique chirurgicale, 1. 1"', p. 451, 466 et 457.
(2) BibliolbtquG ophlbalmologiquo , page 81 .
liunienr d'abord claire et peu abondante, puis miiqueiisè et enfin purulente. Les paupières sont quelquefois énormément tuméfiées , et le pus s'écoule en torrents par la fetite palpcbrale tontes les fois que les paupières s'écartent l'une de l'autre. La tumeur qu'elles forment est tantôt rouge, tantôt bleuâtre. Lorsque la tuméfaction n'empêche pas de renverser les paupières en dehors et d'examiner leur surface intérieure, on trouve la conjonctive qui tapisse la paupière inférieure, rouge, boursoufllée, comme veloutée, tandis que celle de la paupière supérieure présente une surface rouge, granulée, tuméfiée; ces graïuilations paraissent être formées par les glandes muqueuses et les papilles tuméfiées de la conjonctive: les grains ont à peu près la grosseur d'un grain de millet, et sont serrés les uns contre les autres, de manière cependant à former de petits lobes. Cette surface granulée est tantôt dure, résistante, surtout lorsque les grains sont très-petits ; tantôt spongieuse, ce qui s'observe plus fréquemment lorsque les grains sont plus grands. Très-souvent aussi les granulations n'apparaissent qu'au déclin de l'inflammation, lorsque la tuméfaction de la conjonctive, qui était portée à un très-haut degré, commence à diminuer; souvent, enfin, ces granulations ne se manifestent pas du tout, La conjonctive qui revêt le globe de l'œil , ne présente jamais de ces granulations; elle est tuméfiée, rouge, et forme autour de la cornée un bourrelet circulaire , quelquefois assez considérable pour recouvrir la plus grande partie de cette dernière membrane.
Jjorsque la maladie fait des progrès, l'inflammation se propage aux autres parties du globe oculaire, et principalement à la cornée, dans laquelle se forment des abcès qui s'ouvrent et se changent en ulcères, lesquels peuvent occasionner des taches et des staphjlomcs de la {cornée, ou
percer cette tiinîqiie et donner lieu à la procidence de l'iris, à l'écoulement des humeurs de l'œil et à la consomption de cet orjane.
Les symptômes que je viens d'indiquer, sont toujoursi accompa(jnés d'une photophobie très-intense, d'un mouvement féhrile plus on moins fort, et de douleurs extrêmement vives , qui partent de l'œil alTecté et s'étendent à tout le côté de la tête.
Après avoir détruit l'œil , ou avant d'avoir atteint ce maximum d'intensité, l'inflammation diminue et prend le caractère chronique.
L'ophthalmie purulente chronique, soit qu'elle provienne d'une ophthalmie purulente aiguë, soit qu'elle se développe peu k peu h la suite d'une autre inflammation de la conjonctive , est caractérisée par la rougeur , l'aspect velouté de la conjonctive palpobrale inférieure , et par les granulations de celle qui tapisse la paupière supérieure (fig. 4). La sécrétion mucoso-purulente de la conjonctive dégénérée est peu abondante , il n'y a pas de fièvre ; les douleurs et la photophohie sont légères, mais le hoursoufflement de la conjonctive palpébrale se propage facilement à celle qui revêt la sclérotique et la cornée, d'où résulte un pannus qui trouble la vue, l'abolit quelquefois complètement, et résiste souvent h tous les moyens employés pour le combattre.
L'ophthalmie purulente chronique passe très-facilement h 1 état aigu, tantôt sans cause connue, tantôt par l'influence des changements subits de température, du stgour dans un air vicié, d'ime mauvaise alimentation.
L'ophthalmie purulente est une maladie extrêmement grave, qui, abandonnée h elle-même, ne guérit jamais. Lorsqu'elle est aiguë , elle peut détruire l œil en peu de jours ; lorsqu'elle suit une marche chronique, si elle u'a-
bolit pas toujours la vne par suite d'un pannns . elle expose du moins le malade h la perdre par la facilité avec laquelle cette maladie passe h l'état aijju. Il est a remarquer cependant que, lorsque les deux yeux sont pris d'ophthalmie purulente, on parvient très-souvent à en sauver un.
Le traitement de l'ophlbalmie purulente varie suivant qu'elle est aiguii ou chronique. Dans le premier cas on emploie au début les sai{jnées générales et locales, les applications froides et les purgatifs. La saignée doit être trèsforte pour produire de l'clTot ; c'est dans cette maladie qu'on a recours , avec le plus d'avantage, h l'artériotomie. 11 y a cependant des individus qui sont trop faibles, trop caclicctiqties, pour supporter une perte de sang très-abondante : chez eux les applications de sangsues sont suiTlsantcs ; celles-ci sont aussi indiquées chez les sujets vigoureux , pendant et après l'usage de la saignée générale. Les applications froides doivent être faites sans interruption au commencement de la maladie, jusqu'à ce que les svmptômos morbides disjiaraissent , ou que, le mal faisant des progrès, la sécrétion devienne niucoso-purulente : c'est surtout dans les cas où la maladie a été coriiniuniquée par contagion, que les applications froides réussissent bien. Dès le coinnieucement de la maladie, on établit «me dérivation sur le canal intestinal au moyen des purgatifs salins et du calomel.
Lorsque ce traitement n'a pas réussi h arrêter l'oplithalmie.que la sécrétion mucoso-purulente augmente, qu'enfin le malade se plaint des applications froides, on substitue aux moyens employés jusqu'alors l usage de compresses chaulTécs ou de sachets aromatiques, et d'ime pommade préparée avec quatre à dix grains de précipité blanc de mercure et un gros d'axongc. Une fois par jour on en
introduit la valeur d'une lentille entre les paupières, et plusieurs fois par jour on étend de cet onguent sur les paupières tuméfiées, au moyen dun pinceau; en même temps on fait une révulsion énergique, par l'application de vésicatoires on d'un séton.
Lorsqu'il y a un ulcère a la cornée, on ajoute aux moyens précédents l'instillation sur la partie ulcérée d'une goutte de laudanum liquide de Sydenham, une ou deux fois par jour. Dès que la maladie diminue d'intensité, on peut remplacer le laudanum pur par un collyre dans lequel entre du laudanum, et qu'on rend de plus en plus irritant h mesure que l'œil le supporte, afin d'empêcher que l'oplithalmie ne devienne chronique. Les principales substances employées dans ces cas, sont la pierre divine. le sublimé corrosif, le sulfate de zinc, le sulfate de cuivre, le chlorure de chaux , le nitrate d'argent.
Dans l ophthalmie purulente chronique on commence le traitement par les excitants que je viens de nommer ; s'ils restent sans effet, on leur substitue les caustiques, tels que Je nitrate d argent et le sulfate de cuivre, avec lesquels on touche les parties malades, ou qu'on applique en poudre sur ces parties au moyen d'un pinceau. A cet effet, après avoir renversé en dehors la paupière malade, on touche fortement la conjonctive dégénérée avec le caustique, on on applique la poudre; on maintient la paupière renversée, jusqu'à ce que la cautérisation soit produite; alors on passe sur la surface cautérisée avec un pinceau trempé dans de l'huile, pour enlever les parties du caustique qui pourraient encore se trouver sur la surface et agiraient plus tard sur le globe de l'œil ; puis on laisse la paupière reprendre sa situation normale. On fait une seconde application dès que les traces de la première ont disparu , et on continue ainsi de suite jusqu'à ce que la conjonctive ne
présente plus nulle part l'altération propre k Tophtlialmie purulente; car, aussi lon{rtemps que cette altération sub~ sisle, quelque petite que soit la portion affectée de la conjonctive, elle expose te malade à la récidive de l'ophtlialmie purulente.
Dans les cas où la maladie est très-clironique, et la dé- f gcnérescence de la conjonctive rebelle a tous les moyens ( mcdicamenteux , on a recours au bistouri ou aux ciseaux, j avec lesquels on excise la portion dégénérée. Après. l'opé- I ration ou emploie les antiplilogisliqiies, les astringents ou les caustiques, suivant que la maladie prend un aspect inflammatoire, ou que l'altération se reproduit avec le caractère qu'elle avait précédemment.
Aussi longtemps que la sécrétion du mucus purulent est abondante, les paupières doivent être cntr'ouvertes plusieurs fois par jour, afm que ces matières puissent s'ccou- i 1er et ne s'amnssent point derrière les paupières, par suite de 1 agglutination de celles-ci entre elles : cbaque foison essuie les parties avec un linge sec et propre; deux ou trois fois par jour on lave même les paupières avec de l'eau tiède, qu'on essuie soigneusement avec un linge sec.
Dans cette maladie le traitement général doit toujours soutenir le traitement local. Au début de l'ophthalmic et i chez les individus bien constitués , l'usage des antiphlogistiques est nécessaire ; on emploiera par conséquent les évacuations sanguines, les boissons aqueuses et nitrées, une diète plus ou moins rigoureuse, le repos. Chez les individus faibles et cachectiques, au contraire, surtout lors- » que la sécrétion purulente est très-abondante, on est obligé ! de soutenir les forces par un régime plus nourrissant et même par l'emploi des toniques, principalement des préparations de quinquina. Enfin, l irritation nerveuse qiu' se manifeste chez certains malades exige quelquefois l'emploi I
^es antispasmodiques et des narcotiques ; de même que la céphalalgie atroce, qui accompagne l'ophthalmie purulente et ne cède pas toujours au traitement dirigé contre cette dernière, est souvent combattue. avec succès par un grain d'opium en poudre, humecté d'un peu de salive et frictionné dans la région sus-orbilaire, ou par l'acétate de morphine, employé suivant la méthode endermique, ou par l'application au front d'un emplâtre ou extrait narcotique, ou enûn par les narcotiques administrés à l'intérieur.
Pour éviter autant que possible la propagation de l'ophthalmie purulente, le médecin aura soin de bien laver ses mains après avoir touché les yeux affectés, et de recommander aux personnes qui entourent le malade de ne se servir de son linge ou des autres objets qui peuvent avoir été en contact avec la matière purulente , qu'après les avoir bien lavés.
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c. Ophthalmie des noufeau-ne's (tippitudo neonatorum).
L'opiithalmie catarrhale qui afi'ecte les nonvcau-nés, et qu'on voit quelquefois régner épidémiquement dans les hospices des crifanls trouvés , reconnaît pour causes principales l'exposition des yeux h une lumière trop vive : le séjour dans un air vicié par la fumée, la poussière, les émanations animales , et surtout par l'encombrement d'un grand nombre d'enfants dans un petit espace ; enfin, la maladie peut aussi être provoquée par le contact des yeux avec la matière des lluenrs blanches de la mère pendant raccoiichement , ou avec le pus qui s'écoule des yeux d'autres enfants alTectés d'oplithalmie : ce dernier j)eut rester attacher aux linjjes ou éponges avec lesquels on lave les énfants , et être ainsi transporté des enfants malades k ceux qui sont bien portants.
Les symptômes de l'ophthalmic des nouveau-nés sont h peu près les mêmes que ceux de l'ophlbalmie purulente des adultes. Au commencement, légère rongeur de la conjonctive palpébrale, agglutination du bord des paupières pendant la ntiit: douleur et pliotophobie peu prononcées; ensuite augmentation d intensité de tons cès symptômes, tuméfaction quelquefois énorme de la conjonctive; le pus
s'écoule par torrents de la fente palpébrale, snrtoiït lorsqu'on entr'ouvre les paupières, ce qui n'est cependani pas toujours facile; car chez beaucoup de malades la phothophobie occasionne une contraction spasrnodique si violente des paupières, que lorsqu'on veut les entr'ouvrir pour examiner l'œil, elles se renversent en dehors en formant des ectropions , et sans pour cela s'écarter l'une de l'autre ou laisser voir le globe de l'œil. On ne voit alors que la conjonctive, qui est tuméfiée, mais ne présente jamais les granulations qu'on observe dans l'ophlbalmie purulente des adultes.
Lorsque l'opblhalmie des nouveau-nés ne se termine pas par résolution, elle laisse après elle, comme l'oplithalmia purulente, différentes altérations, telles que des taies de la cornée, des stàphjlomes, l'atrophie du globe de l'œil. Elle est pnr conséquent une maladie très-grave , et une de celles qui envoient le plus d'enfants dans les instituts des jeunes aveugles.
Le traitement consiste, au début de la maladie, dans l'application d'une ou de deux sangsues aux tempes, de fomentations froides sur l'organe malade, et dans l'administration du calomel h l'intérieur. Plus tard on emploie une pommade de précipité blanc ( un à quatre grains par gros d'axonge), avec laquelle on enduit l'extérieur dés paupières plusieurs fois par jour, et dont on introduit tous les jours un peu entre les paupières ; ou bien l'on se sert de la solution de sublimé (un demi-gtain dans quatre onces d'eau) h laquelle on ajoute du laudanum, et qu'on instille dans l'œil deux ou trois fois par jour. En même temps on applique des compresses chaulTces aux yeuJt. Lorsqu'on Suppose que la maladie provient du contact des yeux avec la matière d'une leucorrhée ou d'un ulcère syphilitique dont la mcro est affectée, on insiste surtout sur l'usage di»
collyre mercnriel, et du caiomel ou de l'oxyde noir de mercure à l'intérieur. Les ulcères qui se manifestent à la cornée transparente doivent être touchés avec le laudanum d'abord étendu d eau , puis pur.
La plus grande propreté est nécessaire dans cette maladie. On enlève avec une éponge trempée dans de l'eau tiède, plusieurs fois par jour, les matières qui souillent le bord des paupières, et on essuie avec un linge sec chaulTé. De temps à autre on écarte les paupières, afin de donner issue au pus qui s'amasse derrière elles. Si, en voulant examiner l'œil , on a produit un ectropion, on replace de suite la paupière dans sa situation normale, en la saisissant avec les doigts h ses deux extrémités. J. Ware, Remarks on the ophlhalmy , psorophthahny and
purulent eye of newhornchildren. London , 1814.
2° Ophlhalmie scrofuleuse.
Les causes qui, cliez un individu bien constitué, occasionnent une ophtbalmie idiopathique , produisent, en agissant sur un scrofuleux, l'ophtlialmie scrofuleuse, qui quelquefois aussi n'est qii'im symptôme de la maladie constitutionnelle, et se développe alors sans autre cause connue.
Cette opbthalmie, qui de toutes les inflammations de l'oeil est la plus fréquente, affecte les glandes de Meibomius , la conjonctive et la cornée, d'où l'inflammation peut s'étendre aux autres membranes de l'œil.
L'opbthalmie scrofuleuse présente trois variétés , suivant que l'inflammation se borne aux glandes de Meibomius (^blépharadénile scrofuleuse), ou qu'elle affecte la conjonctive {conjonctivite scrofuleuse) , ou enfin qu'elle a son siège dans la cornco {cornéite ou kératite scrofuleuse).
Quelquefois toutes ces parties sont malades en même f emp»^ La première variété se manifeste par de la démantreaison, de la rou<jeur, de la tuméfaction au bord des paupières; en renversant les paupières en dehors , on sent et l'on voit même les glandes de Meibomius tuméfiées et dures. Elles sécrètent du mucus en plus grande abondance; celui-ci forme des croûtes entre les cils et colle les paupières pendant la nuit. Lorsque la maladie fait des progrès , les bulbes des cils s'affectent; ces derniers tombent ou restent attachés aux croûtes quand on enlève celles-ci ; ils se reproduisent souvent, mais alors ils sont ordinairement plus fins et prennent quelquefois une direction vicieuse. Tout le bord des paupières est d'un rouge vif et secrète du mucus purulent, et lorsque le malade n'a pas !â précaution d'enlever souvent les croûtes qui en résultent, de petites ulcérations se forment au-dessous. Quelquefois aussi la sécrétion s'arrête et un endurcissement du bord des paupières s'ensuit. Ces symptômes sont toujours accompagnés de larmoiement, et d'une difficulté plus ou moins grande de supporter l'impression de la lumière.
■ La seconde variété , ou V inflammation scrofuleuse de la conjonctive (fig. 5), est caractérisée par l'injection des vaisseaux de cette membrane, qui , réunis au nombre de trois, quatre et même plus, forment des paquets plus ou moins pyramidaux , dont la base est dirigée vers les paupières, et dont le sommet se trouve au bord de la cornée ou sur cette membrane même ; a ce sommet l'on remarque une petite phlyctène ou pustule, qni crève et donne lieu h un ulcère de la cornée, lequel, en faisant des progrès, peut percer cette tunique et occasionner l'cconlement de l'humeur aqueuse et la procidence de l'iris. Les pblyctènes donnent lieu généralement a des ulcères plus étendus, mais superficiels, tandis que ceux occasionnés par les
pustules sont plus profonds et percent facilement la cornée. Quelquefois la pustule ne s'ouvre pas h rcxtérieur, et le pus fuse entre les lames de la cornée pour s'amasser à la partie inférieure de cette membrane [onyx), ou la pustule s'agrandit, se change en abcès qui perce la membrane dq l'humeur aqueuse, et le pus s'épanche dans la chambre antérieure pour y occasionner un hypopyou. Quelquefois aussi on voit la phlyctène naître au bord de la cornée, puis avancer sur cette membrane, toujours suivie du paquet de vaisseaux injectés, et continuer à marcher ainsi jusqu'à ce qu'elle soit arrivée au bord opposé de la cornée ; alors la pliiyctène et l'injeclion des vaisseaux sanguins diminuent et disparaissent , ne laissant après elles qu'un léger obscurcissement de la cornée, qui indique la mar-i che de la phlyctène et la direction qu'avaient les vaisseaux injectés. Dans certains cas les vaisseaux injectés de la conjonctive dépassent de tous côtés le bord de la cornée, et forment au-devant de cette membrane un réseau vascu-: laire qu'on a appelé pa^nus, et qui, selon sa densité , obscurcit ou abolit la vue.
Un symptôme constant de l'inllammation scrofuleuse do la conjonctive, c'est une photophobie très-intense, d'où naît un spasme des paupières quelquefois assez fort pour résister aux tentatives que fait le médecin dentr ouvrir les paupières. Cette photophobie n'est nullement en rap-r port avec l'intensité de l'inflammation , et l'on voit des enfants dont la conjonctive est très-peu injectée et qui cependant se réfugient dans le coin le plus obscur , se bandent les yeux et tiennent encore les mains devant la bande, afin d'intercepter le moindre rayon lumineux.
La troisième variété, ou inflatnmation scrofuleuse de la corvée (fig. 6), commence par du larmoiement, de.Iîi photophobie, une légère injection de la conjonctive; puis
on voit un cercle de vaisseaux très-déliés passer par-dessus le bord de la cornée, celle-ci perdre son éclat, prendre nne teinte cendrée , des exsndations sous forme de points blancliàtres se manifester entre les larmes de la cornée, augmenter d'étendue et priver le malade de la vue ; ou bien des abcès se former dans la cornée et se terminer par des ulcères ou nne fistule de cette membrane, par I hypopyon, la procidence de l iris.
Un caractère propre à toutes les ophthalmies scrofnlenses, c'est que les exacerbations ont lieu le matin et la rémission le soir. Le contraire a lieu dans les autres ophthalmies. La {jrande difliculté de supporter l'impression de la lumière, la disposition des vaisseaux sanguins de la conjonctive rétmis en paquets et terminés sur la cornée on au bord de cette membrane par des pblyctènes ou des pustules, la constitution scrofuleusa du malade, servent également h faire reconnaître l'ophthalmie scrofuleuse.
Cette maladie se complique fréqiiemment de l'ophthalmie catarrhale, ou plutôt cette dernière se développe chez des individus scrofuleux et prend plus ou moins le caractère d'ophthalmie scrofuleuse. Souvent alors l'oplithalmie catarrhale s'accompagne d'une photopbobie intense, sans que la disposition des vaisseaux soit celle de l'ophthalmie scrofuleuse.
L'ophthalmie scrofuleuse est une maladie très-opiniâtre, ce qui tient à la difiicuUé qu'on éprouve de guérir la maladie générale. Aussi longtemps que les scrofules persistent, rophthalmie ou bien résiste aux moyens que nous employons pour la combattre, ou bien , lorsqu'elle cède, co n'est que temporairement et le malade reste exposé aux rechutes. L'inflammation scroftdeusc des glandes de Meibomius est la moins grave des trois variétés , clic ne menace pas la vue 5 tandis que rinflammation de la conjonctive peut
détruire la vue par suite d'un panniis ou d'un ulcère de la cornée, qui laisse h sa suite l'adhéretice de l'iris à la cornée et une cicatrice indélébile à cette dernière membrane. L'inllammation scrofuleiise de la cornée peutpriver le malade de la vue, lorsque les exsudations sont situées dans la partie moyenne de cette tunique, en face de la pupille , ou que la suppuration obscurcit ou détruit la cornée.
Traitement. I/indicatiôn principale dans le traitement de l'ophtlialmie scrofuleiise, est de combattre la maladie qui y a donné lieu . c'est-à-dire les scrofules . afin de guérir le malade radicalement, et par conséquent de le soustraire aux reciiutes. Mais comme il faut toujours un temps considérable pour juérir la maladie scrofuleuse, qui résiste même trop souvent a tous nos efl'orts, et qu'eu attendant l'œil pourrait être détruit ou fortement endommagé par l'inflammation , nous sommes obligés d'agir directement contre l oplithalmie en même temps que nous combattons la maladie générale , d'employer par conséquent un traitement général et un traitement local.
Le traitement général de la maladie scrofuleuse varie dans les différents individus et dans les différents degrés de la maladie; l'emploi judicieux des moyens hygiéniques en forme la base. Je ne m'arrêterai pas à ce traitement général , il se trouve décrit dans tous les traités de pathologie et de thérapeutique, et plus en détail encore dans les monographies sur la maladie scrofuleuse.
Quant au traitement local de l ophthalmie scrofuleuse, fort souvent nous sommes obligés de le diriger d'abord contre un symptôme de la maladie . le spasme des paupières ; symptôme généralement peu grave , mais trè*alarmant pour les parents , et qui nous empêche sou vent de voir dans quel état se trouve le globe de l'œil. La
première chose à faire pour combattre ce spasme des p»npières, c'est de sortir le malade de l'obscurité profondi; dans laquelle il se tient ordinairement; d ôti-r les linjjes avec lesquels il se bande les yeux , et de n'abriter ces org^anes que par une compresse Gxée au front et retombant sur les yeux ou par un garde-vue; d'empêcber aussi que les enfants ne caciient leurs yeux dans les coussins du lit ou ne les tiennent fermés avec les mains. Au commencement on éprouve de la difficulté à faire exécuter ces mesures, les enfans criant beaucoup ; mais quandk force de persévérance on y est parvenu , on ne tarde pas h en voir les bons elTets- Aussi longtemps que les individus affectés d'opbthalmie scrofuleuse avec spasme des paupières restent dans l'obscurité , la maladie ne fait qu'empirer, malgré tous les moyens que nous pouvons mettre en usage. Dans les cas où il existe beaucoup d irritation, l'application de quelques sangsues derrière les oreilles et de fomentations froides sur les yeux . enlève quelquefois le spasme des paupières. Ces fomentations doivent être faites sans interruption pendant au moins une demi-heure, et répétées deux ou trois fois par jour; elles seraient cependant nuisibles, s'il y avait une sécrétion muqueuse abondante au bord des paupières, ou une éruption teigneuse ou dartreuse sur la peau palpébrale , ou si le malade était sujet aux affections rhumatismales. Lorsque ces moyens ne sont pas indiqués ou que la maladie a passé à un état plus chronique, on combat le spasme des paupières par les révulsifs , les narcotiques, et les antispasmodiques. Parmi les révulsifs, on se sert de préférence du vésicatoire , et surtout de l'onguent ou de l'emplâtre stibiés , qui provoquent l'éruption de pustules ; on emploie l'onguent en frictions h la nuque ou le long de la colonne vertébrale ; l'emplâtre s'applique à la nuque. Ces révulsifs sont principalement indiqués daaa
les cas oà rophthalmie et lo spasme des paupières te sont mani Testés h la suite de la guérison trop subite d'une dartre humide, ou sont occasionnés par une maladie éruptive qui allecte les paupières.
Les narcotiques s'emploient h l'intérieur et h fexténeur. Intérieurement on donne surtout l'extrait de ciguë à la dose d'un demi-grain à deux grains par jour, suivant l'àgo du malade , en augmentant la dose jusqu'à ce qu'on ait atteint celle de dix h quinze grains par jour, à moins que le médicament ne produise de bons elTets plus tôt, ou n'occasionne le narcotisme. A l'extérieur on se sert de la belladone, de la jusquiame, de la laitue vireuse : on emploie l'infusion de ces herbes en fomentations, ou bien l'on fait dissoudre leur extrait dans de l eau, dont ori instille quelques gouttes dans l'œil plusieurs fois par jour, ou l'on incorpore ces extraits dans un onguent avec lequel on enduit les paupières. Ordinairement on .njoute h ces narcotiques un moyen dirigé plus particulièrement contre l'inflammation scrofuleuse de l'œil : c'est ainsi qu'on se sert d'une pommade composée de précipité blanc de mercure, quatre grains ; extrait de belladone, dix grains; axongc, un gros; dont on enduit la surface extérieure des paupières deux ou trois fois par jour; ou d'une solution de six grains de pierre divine ou de sulfate de zinc, et de dix grains d'extrait de laitue vireuse dans quatre onces d'eau, pour faire des instillations dans les yeux deux ou trois fois par jour : ce dernier moyen m'a surtout réussi dans les ophthalmies scrofuleuses qui sfi manifestent h la suite de la rougeole. M. Kopp, de Hanau (1) , a retiré des avantages
(1) J. H. Kopp, Beobachtungen im Gehiete der ausiibenden IJeilkunde. Frankfurt a. M., I8al.
de remploi de la teinture de galbannm , avec laquelle on Lumectait des compresses qu'on appliquait sur les yeux ; et le professeur FiscnEn, de Prague (I) , a employé avec succès une teinture préparée avec le suc des racines du hignonia catalpa. Enfin , on a mis en usage contre ce spasme les antispasmodiques les plus énergiques , la valériane, le musc, Vasa fœlida , etc. , tant à l'intérieur qu'en lavement. Le grand nombre de moyens proposés prouve combien ce spasme est quelquefois opiniâtre ; quel que soit celui de ces remèdes qu on mette en usage , on fait bien d'employer en même temps les bains tièdes , dans lesquels on a fait infuser du son, de la semence de foin, ou des feuilles de noyer. Ces bains, l'onguent ou l emplâtre stibiés, le collyre ou la pommade ophthalmique indiqués plus baut, et à l'intérieur la poudre de Plummer (composée de parties égales de mercure doux et de soufre doré d'antimoine ) a la dose d'un demi-grain à deux grains deux ou trois fois par jour, constituent le traitement qui m'a presque constamment réussi.
Les moyens locaux , dirigés contre l'ophlbalmie scrofuleusc elle-même , sont en grand nombre. Les applications froides sont indiquées dans les cas rares où il y a beaucoup d'irritation et une inflammation très-vive; mais bien plus souvent ces moyens sont inutiles ou nuisibles , et l'on fait mieux d'appliquer à l'œil des compresses légèrement cbauiFées , et d'instiller dans l'œil , deux ou trois fois par jour, une solution bien faible de sublimé corrosif, h laquelle on ajoute du laudanum. Quelquefois ce collyre cause de l'irritation ; on en suspend alors l'usage et on se borne aux compresses cbanffées.
<t) J. N. Fischer , Klinischer Unterriclu , etc., pag. 273.
Lorsque des croûtes se forment au bord des paupières entre les cils, on les ramollit fréquemment avec une éponge trempée dans de l'eau tiède, et on les détache avec une aiguillé. Tous les soirs , ou même matin et soir, on enduit le bord des paupières d'une pommade faite avec un ou deux grains de précipité rouge de mercure et un gros d'axonge. C'est aussi dans ces cas d'engorgement du bord des paupières et des glandes de Meibomius, qu'on peut avoir recours à l iode , quoique ce moyen échoue souvent; on lavera plusieurs fois par jour les yeux avec une solution d'un demi-grain d'iode dans trois à quatre onces d'eau ou bien l'on touchera une fois par jour le bord des paupières avec la solution iodurée rubéfiante de M. Ldgol; ce dernier moytn ne doit cependant être employé que dans les cas très-clironitjues. Conjointement avec les autres moyens on emploie avec avantage les révulsifs, surtout quand la sécrétion mu:^ueuse est considérable. Lorsque les glandes de Meibomius et le bord des paupières tendent à l'endurcissement , l applicalion de cataplasmes émollients, auxquels on ajoute de l'herbe de ciguë ou du camphre, empêche quelquefois encore cette terminaison , qui est principalement produite par l emploi de remèdes trop astringents, qui suppriment la sécrétion muqueuse subitement, d'où peut même résulter une faiblesse do la vue difiîcile a guérir.
L'inflammation scrofuleuse delà conjonctive se dissipe souvent par suite de l'usage de la solution de sublimé corrosif. Si la maladie reste stationnaire ou fait des progrès, on emploie avec avantage une pommade de précipité blanc, dont on enduit les paupières. Si des pblyclènes ou des ulcères se forment à la cornée , on les touche une fois par jour ou tous les deux joiu's avec un pinceau trempé dans du laudanum, et on fait usage en mémo temps , soit
de la pommade de précipité blanc , soit d'une solution de pierre divine ou de sulfate de zinc, à laquelle on ajoute beaucoup de laudanum , et dont on instille quelques g[0uttes dans rœil plusieurs fois par jour ; on y ajoute de l'extrait de belladone dans les cas où l'ulcère aurait percé la cornée, et où l'iris ferait ou pourrait faire hernie par cette ouverture.
Lorsqu'un pannus s'est formé , on le touche , suivant la sensibilité plus ou moins grande de l'œil, soit avec du laudanum, soit avec des solutions astringentes, soit avec les pommades de précipite blanc ou rouge de mercure, et lorsqu'il ne cède pas et qu'on aperçoit de gros vaisseaux variqueux sur la surface antérieure de l'œil , on les coupe près du bord de la cornée, ou on excise une partie de la conjonctive qui les contient.
L'inflammation scrof uleuse de la cornée exige les mêmes remèdes que les autres variétés, et surtout la solution de sublimé et les pommades de précipité blanc ou rouge, qui favorisent mieux que les autres moyens la résorption de la lymphe exsudée entre les lames de la cornée : c'est aussi dans cette variété de l'ophthalmie scrofuleuse , ainsi que dans l'iflammation scrofuleuse des glandes de Meibomius, qu'on retire le plus d'avantage de la révulsion faite au moyen de l'onguent ou de l'emplâtre stibiés ou des vésicatoires ; tandis que ces révulsifs augmentent quelquefois l'inflammation scrofuleuse de la conjonctive.
Dans l'ophtlialmie catarrhale scrofuleuse un collyre ou un onguent saturnin, l'application de compresses chauffées et des bains de pieds sinapisés , sufliseut ordinairement pour dissiper la maladie.
R. pROniEP, Disserlatio medica de corneittde scrofulosa, etc. Jenœ, 1830.
3« Ophtlialmie érysipélateuse.
L'inflammation érysipélateiise, ordinairement occasionnée par des refroidissements subits, se borne quelquefois a la conjonctive et constitue l'opbthalmie érysipélateuse, qui est caractérisée par uné rougeur pâle et nne flaccidité particulière de la conjonctive; cette membrane présente des bosselures comme formées par des bulbes, qui cbangent de place et de figure par suite des diflerents mouvements du globe de l'œil et dès paupières : il n'existe que peu de douleurs et de pbotopbobie, et la sécrétion muqueuse des glandes de Mcibomius n'est que légèrement augmentée. L'inflammation érysipélateuse peut s'étendre de la conjonctive aux paupières, ou se déclarer en même temps à ces deux parties ; quelquefois aussi on a vu l'érysipèle des paupières s'étendre à la conjonctive. Dans certains cas la rougeur est presque nulle, quoique la conjonctive s élève en bulles; c'est là ce que quelques auteurs appellent OEdème de la conjonctive.
L'opbthalmie érysipélateuse est peu grave ; la rougeur et le relâchement de la conjonctive se dissipent dans l'espace de quelques jours, si le malade se tient dans un air pur et d'une température douce et égale , s'il entretient la liberté ^u ventre, et s'il applique à l'œil d'abord des compresses chauffées, et plus tard des sachets aromatiques ou camphrés.
4* Ophtlialmie varioleuse.
Chez les individus afiectés de petite vérole, des pustules varioleuses se développent quelquefois sur lé bord des paupières et même sur le globe de l'œil. Dans des cas plus rares les pustules du globe de l'œil ne se manifestent que
lorsque l'éruption {jénérale a déjà paroourn. ses périodes et a disparu complètement.
Lorsque Ijs pustules occupent le bord des paupières, elles s'accompagnent d'une rougeur vive de la conjonctive, de larmoiement et de pliotopliobic. Ces pustules suivant la même marche que celles des autres parties du corps ^ elles détruisent ordinairement les bulbes des cils, occasionnent par conséquent 1 alopécie des paupières , et laissent après elles des cicatrices qui restent rouges , ou qui le redeviennent du moins très-facilement par l'influence des changements dans l'atmosphère, ou de l'exercice trop prolongé de la vue. Chez les individus cachectiques l'inflammation variolense du bord des paupières est quelquefois suivie de lendurcissement de ce bord, ou d une sécrétion muqueuse trop abondante, qui s'étend même aux voies lacrymales et devient souvent habituelle.
Lorsque les boutons varioleux se développent sur la sclérotique ou sur la cornée, ils se manifestent d'abord par la direction que prennent les vaisseaux injectés de la conjonctive vers le point où la pustule se forme ; dans cet endroit on remarque , s'il se trouve sur sa sclérotique, une élévation qui se transforme en pustule, puis crève et laisse a sa place un petit ulcère: si le bouton siège sur la cornée, il s'annonce par une tache blanche qui se change en pustule, laquelle peut s'ouvrir, soit h l'extérieur, soit à I intérieur, soit des deux côtés h la fois , et donner lieu h un ulcère de la cornée, h l'hypopyon , à la procidence del 'iris. L'inllammation s'étend aussi quelquefois à l'iris ; alors les douleurs augmentent , ainsi que la photophobic, et des adhérences se forment entre cette membrane et la cornée : de là ces staphylomcs qu'on observe si fréquemment chez ceux qui ont perdu la vue par suite de l'ophtbalmie varioleuse.
Le traitement de cette ophthaltnie consiste d'abord dan» le traitement général de la variole, ensuite dans l'emploi de remèdes locaux. Si l'inflammation est forte, on a recours aux sangsues; si elle ne l'est pas, on applique de suite »n vésicatoire à la nuque, on fait des fomentations froides sur l'œil pour empêcher les pustules de se développer, et on enlève les croûtes qui collent les paupières au moyen d'une éponge trempée dans de l'eau tiède ou tm liquide émoUient. La chambre du malade doit être obscurcie , pour ne pas augmenter l'inflammation. Quand les pustules se forment , on abandonne l usagc des fomentations froides , qui ne pourraient plus alors qu'en retarder le développement; on leur substitue d«s compresses chauf" fées appliquées sur l'œil, et on donne à l'intérieur des dérivatifs sur le canal intestinal. Dès que les pustules se sont ouvertes , on fait usage d'un collyre astringent , surtout d'une solution de pierre divine, à laquelle on ajoute du laudanum ; ou bien on touche les ulcères avec un pinceau trempé dans du laudanum. Si la sécrétion muqueuse est très-abondante et tend à devenir habituelle, on la combat par les pommades de précipité blanc ou rouge, de tutie.
Si l'ophtbalmie persiste après la guérison delà maladie principale, on emploie avec beaucoup de succès , outre les remèdes locaux , un mélange de calomel et de soufre doré d'antimoine, de chaque une partie, et deux parties de poudre de ciguë; et on en donne deux fois par jour de deux à six grains, suivant l'âge du malade.
5° Ophthalmies morhilleuse et scarlatineuse.
La rougeole et la scarlatine sont souvent, la première pr«ique constamment, précédées et accompagnées d'una
irritation des yeux , qui peut devenir asses forte pour constituer une maladie à part. Cette ophthalmie a son siéfje dans la conjonctive et la sclérotique, quelquefois dans la scarlatine; l'inflammation s'étend même à l'iris.
Les principaux symptômes des ophtlialmies morbilleuse et scarlatineuse , sont d'abord la rougeur de la conjonctive et de la sclérotique, le larmoiement , la photopliobie ; puis l'apparition sur la cornée de quelques places plus luisantes, qui deviennent bientôt ternes et sur lesquelles s'élèvent des phlyctènes qui ,. en crevant, se changent en ulcères, dont le pus peut fuser entre les lamelles de la cornée et y former un onyx.
Ces ophtbalmies sont généralement peu graves ; maiselles peuvent occasionner des taches à la cornée , et même menacer la vue si l'inflammation s'étend h l'iris.
Le plus souvent les ophthalmies morbilleuse et scarlàti'neuse n'exigent aucun traitement: elles se dissipent eii^ même temps que la maladie qui leur a. donné naissance : mais si 1 inflammation est trop forte, on la combat par l'usage des sangsues et d'un vésicatoire a la nuque. Au commencement on n'applique rien à l oeil , qu'on se borne à ombrager ; mais lorsque rophthalmie a duré depuis quelque temps, que la rougeole et la scarlatine sont sur leur déclin , on favorise la résolution de l'ophthalmie par l'application de compresses chauffées ou de sachets aromatiques, et par l'instillation d'une solution de pierre divine ou de sublimé corrosif; et s'il existe des ulcères , on les touche avec le laudanum.
Je ne parlerai pas des ophthalmies qui se développent après la disparition de la rougeole et de la scarlatine; ca sont des ophthalmies , qui ne présentent rien de particulier , et sont quelquefois le premier symptôme d une maladie scrofuleuse qui va se déclarer.
6" Psoiophthalmie {ophihalmie psoi-ique).
La suppression brusque de la gale, et plus souvent encore le contact de la lymphe continue dans les boutons de gale avec les paupières , donnent naissance à l'ophthalmie psoriqiie, qui est caractérisée par une démangeaison très-vive au bord des paupières , accompagnée de tuméfaction et de rougeur de ce bord , sur lequel se développent ensuite de petites vésicules, qui crèvent et se cbangentiçnulcères sanieux. Ces ulcères occasionnent des douleurs brûlantes et se couvrent de croûtes, qui collent ensemble les cils. La maladie s'étend peu à peu à la peau de la paupière et h la conjonctive , qui toutes deux se couvrent d'uicères, do gerçures, d'inégalités plus ou moins endurcies, lesquels donnent a la conjonctive l'aspect que présente une figue fraîche coupée, d'où la maladie a été appelée palpebra ficosa, ficositas; état qui en outre a reçu les l noms de dusyma , dasyies , sclfiriasis , trachoma, tylosis. L'inflammation s'étend à la conjonctive oculaire, et un pannus en est quelquefois la suite. Si la maladie n'est pas arrêtée dans sa marche, les ulcères deviennent déplus en plus profonds, détruisent les bulbes des cils , les commissures des paupières, déforment^e cartilage tarse, et donnent lieu par là au trichiasis, à l'cntropion, à l'ectropion. Si les ulcères guérissent, les cicatrices restent souvent rouges et très-sensibles.
Le traitement de la psorophthalmie est local ou général : le premier suffit dans les cas où la maladie a été occasionnée par le contact des yeux avec la matière psorique d'tm autre individu; tandis que le traitement général de la gale est nécessaire, lorsque celle-ci se manifeste nonseulement aux yeux, mais aussi sur d'autres parties da
corps, ou que l'ophthalmie s'est déclarée par suite de la disparition de l'éruption à la peau. Dans ce dernier cas on tâche de faire reparaître les boutons aux parties primitivement affectées, en y inoculant la gale; ou du moins on y excite une éruption pustuleuse par des frictions avec l'onguent stiliié.
Lorsque la psoroplithalmie est à son début, on réussit quelquefois à l'arrêter au moyen dun vésicatoire h la nuque et de lotions saturnines ; ces dernières doivent cependant être abandonnées dès qu'on voit des pustules se former : alors l'usage d'une solution de sublimé corrosif, avec un peu de laudanum , bâte la suppuration et favorise la cicatrisation. Lorsque des ulcères existent, on les fomente avec une infusion de rbue , de sauge ou de scordium, à laquelle on ajouta, lorsque la tension et les vives douleurs sont passées, du foie de soufre, h la dose d'un à deux gros par livre d'infusion. Si les ulcères tardent h se cicatriser, on les enduit chaque soir d'im onguent de précipité blanc , et on peut même les toucher avec la pierre infernale. Pour enlever la rougeur et la sensibilité des pellicules qui prennent la place des ulcères, on emploie des pommades préparées avec de la tutieoii de l'acétate de plomb. Pendant tout le cours du traitement, la plus grande propreté est indispensable; les croiites doivent être enlevées avec précaution, et si l'on voit des cils qui prennent une mauvaise direction , on les arrache aussitôt.
7° Ophlhahnie dartreuse ou lieryétîque,
La suppression des dartres peut occasionner une inflammation de la conjonctive, qui cependant ne présente point de caractère particulier, si ce n'est qu'on remarque quelquefois des taches d'un gris jaunâtre sur cette membrane.
Pour gnérir cette maladie, on tâche de rétablir les dartres à la peau au moyen de vésicaioires : puis on emploie le traitement général des dartres, et si l'oplithalmie persiste, on la combat par des collyres légèrement astringents.
Chez les enfants scrofulenx il arrive quelquefois que la croûte de lait s'étend au front et aux paupières , et qu'il en résulte une inflammation de la conjonctive, qui prend alors les caractères de l'oplithalrnie scrofuleuse. et qu'on traite comme telle si elle persiste après la disparition de la croûte de lait des paupières : on obtient la guérison de cette dernière par les moyens en usage contre la croûte d« lait du cuir chevelu.
8° Ophthalmie rhumatismale.
Chez les individus sujets aux rhumatismes, les changements brusques dans la température de l'atmosphère et I les refroidissements du corps provoquent quelquefois une inflammation de la sclérotique, de la cornée et de la membrane de Demours; inflammation qui peut s'étendre au ligament ciliaire et à l'iris, et qui s'accompagne presque toujours de l'injection de la conjonctive autour de la cornée, avec on sans développement de phlyctènes et d'ulcères superficiels sur cette dernière timique.
La photophobie est grande et la vue est troublée , lors même que la cornée est claire : le larmoiement est considérable; la conjonctive palpébrale et les glandes de Meibomius ne sont point affectées ; aussi les paupières ne se collent-clles pas ensemble.
Les symptômes locaux de l'ophthalmie rhumatismale ressemblent beaucoup à ceux de l'inflammation idiopathiqHe de la sclérotique , de la cornée et de la membrane de
Demours; aussi est-ce plutôt par les symptômes généraux que ces maladies se distinguent. Ce qui caractérise l'ophthalmie rluimatismale , ce sont les douleurs très-vives «îans l'œil. le front et toute la tête; douleurs qui changent facilement de siège, et s'exaspèrent le soir, surtout au lit, pour durer jusque vers minuit et disparaître alors, ou du moins diminuer notablement. Les douleurs sont beaucoup augmentées par la chaleur du duvet ou dos plumes.
Les terminaisons et les suites de l'ophlhalmie rhumatismale sont les mêmes que celles de l'intlammation idiopatique des parties affectées.
On guérit l'ophthalmie rhumatismale légère en donnant au malade de légers laxatifs , des infusions diaphorétiques ; et en lui appliquant un vésicatoire à la nuque : on fait précéder ces moyens de l'application de sangsues, lorsque l'ophthalmie est intense. La maladie persiste-t-elle , ou ajoute aux moyens précédents l'emploi de sachets aromatiques ou camphrés, et l'on touche les ulcères de la cornée avec du laudanum. Ce qu'il faut surtout éviter dans cette maladie, c'est d'appliquf;r h l'œil des substances liquides; celles-ci augmentent toujours la maladie : il n'y a que le laudanum qui puisse servir, et encore n'est-ce que dans les cas d'ulcères de la cornée.
Les douleurs sont quelquefois tellement vives , que nous gommes forcés de les combattre par des frictions opiacées , ou par les narcotiques sous forme d'emplâtre ou employés suivant la méthode endermique : tous ces moyens s'appliquent à la région sus-orbitaire , siège principal delà douleur. Le malade se trouvera soulagé aussi, en se servant d'un oreiller en crin a la place de celui en duvet. J. SiciiEL, Propositions gén. sur l ophthalmologie, suivies
de l'histoire de l'nplithalmie rhumatismale. Paris ISZ'ii
9« Ophthalmie arthritique.
Parmi les inflammations do l'œil , rophtbalmio arthritique est une des plus graves; elle aQecte tantôt de» individus qui sont sujets à des accès de goutte, tantôt elle se manifeste chez des personnes disposées seulement à cette maladie, dont l'ophthalmie constitue alors le premier accès.
Les causes prédisposantes de l'arthritis en général, sont aussi celles qui disposent à l'oplithalmie arthritique : cette dernière est occasionnée tantôt par les mêmes influences qui peuvent déterminer xin accès de gootte, comme refroidissements, indigestions, etc.; tantôt par les causes qui, chez les individus bien portants, occasionnent des ophthalmies idiopafhiques j tantôt par la métastase de l'inflammation goutteuse, cette dernière disparaissant de l'articulation affectée pour se porter sur l'œil.
L'ophthalmie arthritique se manifeste sous trois aspects diflerents , selon qu'elle a son siège primitif ou dans l'iris , ou dans les parties profondes de l œil, et spécialement dans le corps vitré , ou , enfin , dans la conjonctive, qu'elle alTecte comme l'ophthalmie purulente,
La première variété' ou Viritis arthritique (fig- 7) présente les symptômes suivants : légère tuméfaction et rou- V geur du bord des paupières, sur lequel on remarque un mucus écumant, ressemblant h du blanc d'œuf fouetté; injection de la sclérotique et de la conjonctive qui la recouvre; les vaisseaux de ces deux membranes se dirigent vers la cornée, qu'ils n'atteignent cependant pas, mais autour de laquelle ils forment un cercle vasculeux trèsfin, qui est séparé du bord de la cornée par un anneau blanc bleuâtre très-étroit. La cornée est tantôt claire,
tantôt légèrement terne. L'iris est immobile, sa couleur est altérée : la pupille rétrécie, anguleuse. La photopbobie est très-intense : il y a du larmoiement et des douleurs très-violentes, qui s'étendent de l'œil à toute la tête et reviennent par accès. C'est pendant ces accès de douleurs, que des exsudations se manifestent au bord de la pupille ; elles peuvent devenir assez considérables pour abolir la vue, qui est déjà troublée avant leur apparition. Lorsque la maladie a duré depuis quelque temps, la sclérotique prend une teinte violette ou bleuâtre, surtout là oii elle correspond au ligament ciliaire: des mouvements fébriles se font sentir alors; fréquemment cependant ils se manifestent plus tôt.
L'inflammation artbritique de 1 iris dure quelques se- 'maines , et se termine rarement par résolution , mais plus souvent par exsudation ; quelquefois elle s'étend à la cornée, y occasionne des ulcères et par suite la perfr de la vue, ou bien elle s empare du globe de l'œil , se cbange en ophthalmitis , qui alors suit la même marcbe que l'inflammation idiopatbique du globe de l'œil.
La seconde variété de l'opbthalmie arthritique (fig. 8) , celle qui affecte les parties profondes de l'œil, la cboro'ide, la rétine, le corps vitré et le crystallin, et qui ne s'observe guères que chez des individus depuis longtemps sujets a la goutte, se manifeste d'abord par des douleurs violentes dans le fond de l'orbite, qui augmentent et s'étendent par l'effet des changements de température ; peu à peu la sclérotique prend une teinte violette, qui est d'autant plus prononcée qu'elle approche de la cornée : cette dernière membrane perd son éclat, l'iris est immobile ; la pupille est dilatée et prend la forme d'un ovale cou- Èhé , ce qui la fait ressembler à la pupille des ruminants , le corps vitré se trouble, devient verdâtrc ; la vue diminue
fortement. Lorsque la maladie fait des progrès , les vaisseaux de la cLoroïde deviennent variqueux, produisent des bosselures à la sclérotique, amincissent cette tunique; lo «rystallin se trouble et prend également la teinte verdâtre du corps vitré : ces parties se tuméfient, le crystallin pousse l'iris en avant; celle-ci paraît décliirée, et se réduit à la fin à une petite bandelette : la vue se perd complètement.
Cette variété de ropbtbaimie arthritique commence le plus souvent à l'œil gauche , et ne se communique que plus tard à l œil droit; elle suit une marche très-lente, peut durer des années entières , se termine presque toujours par la perte de la vue, et constitue alors ce qu'on a nommé glaucome.
L'une et l'autre variété de l'ophthalmie arthritique su terminent quelquefois par l'atrophie du globe de l'œil.
£nGn , l'ophthalmie arthritique se déclare quelquefois sous forme à' opldhaimie purulente , à la suite de la suppression de la goutte dans une articulation. La maladie suit alors la marche que nous avons décrite à l'article Ophthalmie purulente.
D après la description que nous venons de donner de l'oplithalmie arthritique, on voit que c'est une maladie extrêmement grave, qui, dans un grand nombre de cas, endommage la vue ou la détruit complètement. La première variété, ou l'iritis arthritique, présente encore le plus dejchaiices de guérisou ; la seconde est la plus fâcheuse, non-seulement à cause de la gravité du mal, mais aussi par la négligence des malades , qui très-souvent ne consultent le médecin que lorsque la maladie est au-dessus des ressources de l'art. L'o|)hthaImic purulente arthritique est la variété qui Jétruit l'œil le plus vite ; cependant elle peut être guérie lorsqu'on est appelé assez tôt, et qu'on
parvient à faire reparaître l'affection locale dont la suppression a occasionné l'oplithalmie.
Le traitement de l'oplithalmie arthritique doit être principalement dirigé contre la maladie générale, la goutte; aussi longtemps que celle-ci existera, le malade sera toujours exposé aux récidives de l'ophthalmie, quand même ôn parviendrait à le débarrasser provisoirement de cette dernière.
' Je ne parlerai point du traitement général de l'arthritis ; je me bornerai à dire que, pendant l'existence de l'ophthalmie, les antiphlogistiqnes, les dérivatifs et les diapborétiques légers méritent la préférence , et qu'on ne doit recourir qu'après la cessation de l'oplithalmie aux moyens anti-arthritiques plus excitants , tels que le guajac, le soufre, les antimoniaux , à moins que l'ophthalmie ne soit très-chronique.
Lorsque la fièvre est forte , ou que l'inflammation de l'œil est aignii, la saignée et les sangsues sont indiquées; ces dernières, ou des ventouses scarifiées, suffisent dans les cas moins graves : on y joint l'usage des sels neutres ou du calomel. Dès que la fièvre est calmée, ou que l'inflammation suit une marche plus chronique, on a recours aux boissons et aux médicaments diaphorétiques , à l'infusioii de fleurs de tilleul ou de sureau , à l'esprit deMin- • dererus, au tartre slibié en lavage ; et on emploie des révulsifs énergiques, tels que les bains de pieds sinapisés, les sinapismes, les vésicatoires , les cautères, le séton à la nuque.
Sur l'œil on n'applique que des compresses légèrement chauffées, et on garantit l'organe de l'impression de la lumière. Pour modérer les accès de douleurs qui s'étendent au front et même a toute la tête, et pendant lesquels des exsudations se forment dans l'œil, on fait des frictions
dans la région sus-orbitaire avec de l'opium ou de la morphine, auxquels on ajoute du calomel ou de l'onguent mcrcuricl , et de l'extrait de belladone dans les cas d'iritis qui tendent à se terminer par exsudation ; on tâche d'obtenir par ces moyens la dilatation de la pupille . l absorption de la lymphe exsudée, et la cessation des douleurs.
Lorsque la suppression d'un accès de goutte a occasionné une ophthalmie purulente, le seul moyen de sauver Toeil consiste à faire reparaître l'airection supprimée; a cet elTet on applique des sinapismes ou des vésicatoires sur la partie primitivement alïectée ; on traite ensuite l'affection de l'œil comme il a été dit à l'article Ophthalmie viirulente.
Le régime des malades doit être antiphlogistiqne lorsqu'il y a de la fièvre et que l'inflammation est aiguë. Dans les cas chroniques on a soin de conserver les fonctions digestives en bon état, de prévenir la constipation à laquelle les malades sont souvent disposés, et de leur interdire l'usage des spiritueux et en général de toutes les boissons qui déterminent des congestions vers la tête.
10° Ophihalmie syplnlitique.
Les maladies vénériennes se manifestent à l'œil sous trois formes, qui constituent trois maladies distinctes; ce sont l iritis syphilitique , les ulcérations syphilitiques des paupières , et l ophlbalmio gonorrhoïquo ou blennorrhagique.
a) Irilis syphilitique (Fig. 9).
Chez les individus affectés d'une maladie vénérienne constitutionnelle bien développée, l'iritis peut se déclarer
saus cause connue : elle n'est alors qu'un symptôme de la maladie générale; le plus souvent cependant, et particulièrement chez les sujets dont la syphilis n'est pas bien violente ou en voie deguérison, l'iritis ne se manifeste qhe par suite d une cause qui , cliez un homme sain , aurait produit uneophthalmie idiopathique.
La maladie commence ])ar des douleurs violentes qui ont leur siège dans le bord de l'orbite, reviennent tous les soirs , augmentent jusqu'à minuit, puis diminuent et disparaissent le matin. Dans la sclérotique , et le plus souvent aussi dans la conjonctive, il se développe un réseau vasculaire sous forme d'anneau rouge autour de la cornée , dont il touche le bord sans le dépasser. La cornée est terne, surtout à sa partie inférieure: la couleur de l'iris est altérée, la pupille rétrécie, anguleuse, tirée vers eu haut et en dedans. Lorsque la maladie fait des progrès, on voit apparaître quelquefois sur l iris de petites tumeurs grises , jaunâtres ou rougeâtres , qu'on a nommées condylomes : plus souvent encore des exsudations se forment, surtout la nuit, pendant les accès de douleurs qui sont toujours accompagnés d'une photopliobie plus .forte ict de larmoiement. Quelquefois aussi des abcès s« développent dans l'iris. La vue est toujours fortement troublée, le malade croit avoir un brouillard épais devant les yeus.
Le pronostic de l'iritis syphilitique est assez favorable dans les cas où l'on est consulté de boime heure ; mais lorsque des exsudations se sont déjà formées dans la pupille, il est rare qu'on puisse entièrement rétablir la vue; sojivent même alors les exsudations augmentent, et finissent par obstruer complètement la pupille ou provoquer l'adhérence de l iris à la capsule du cristallin.
Le traitement de l'iritis syphilitique doit êire général et local. Le premier, dirige contre la maladie constitu-
tionnelle, consiste dans l'emploi des antisyphilitiques; on choisit dans ce cas la méthode qui guérit le plus vite, afin de prévenir des altérations irréparables dans l'œil; aussi se sert-on de préférence du sublimé corrosif et du mercure doux , surtout du premier. En même temps on met le malade à une diète très-sévère.
Le traitement de l'affection locale présente plusieurs indications. D'abord nous avons l'inflammation elle-même à combattre, ce qui se fait au moyen des saignées copieuses et répétées au besoin , des sangsues et des frictions autour de l'orbite avec l'onguent mercuriel. Ensuite les douleurs qui reviennent par accès tous les soirs, exigent une médication particulière qui en empêche le retour , et cela non-seulement parce qu'elles tourmentent beaucoup le malade, mais aussi parce que c'est pendant leur accès que se font les exsudations. Les mojens qu on emploie à cet effet sont les sangsues lorsque la douleur est inflammatoire ; dans les autres cas , les frictions dans la région sus-orbitairn avec de l'opium incorporé à de l'onguent mercuriel ou uni à du calomel. Enfin une dernière indication reste à remplir quand des exsudations se manifestent; il faudra alors empêcher celles-ci d'abolir la vue et tâcher de les faire réabsorher. Aussi, dès que la pupille se rétrécit et que nous pouvons craindre que l'exsudation ne se fasse, devons -nous employer les préparations de belladone ou de jusquiame, soit en frictions, soit en instillations dans l œil, afin de dilater la pupille. Lorsque l'inflammation a cédé , mais a laissé des exsudations après elle , nous obtenons quelquefois la résorption de celles-ci par l'emploi d'une pommade de précipité ronge, conjointement avec l'usage de la belladone ou de la jusquiame.
b) Vlcératipns syphilitiques des paupières.
Ces ulcérations, qni occupent le plus souvent le bord des paupières , mais se rencontrent aussi à leurs faces externe et interne , commencent ordinairement par une petite dureté imitant la chalaze. Elles s'étendent ensuite et peuvent complètement détruire la paupière qui en est le siège.
Leur aspect extérieur varie comme celui des ulcères syphilitiques en général , et c'est moins h leur caractère propre qu'aux symptômes concomitants qu'on reconnaît la nature de la maladie.
Le traitement qui réussit le mieux à guérir ces ulcérations, consiste dans l application de cataplasmes cmollients et dans un traitement mercuriel énergique.
c) Ophlhalmie gonorrhoïque ou bletmonhagique.
Cette maladie est produite de deux manières différentes, ou par le contact des yeux avec la matière qui s'est écoulée de l'urètre ou du vagin d'un individu affecté de blennorrhagie , ou par suppression brusque de l'écoulement blennorrhagique de l'urètre ou du vagin, et le transport de l'inflammation à l'œil.
L'ophthalmie gonorrhoïque ne se distingue de l'ophthalmie purulente que par une plus grande violence et une marche plus rapide. Elle se manifeste par la rougeur et la tuméfaction de la sclérotique et de la conjonctive; cette dernière forme \m bourrelet considérable autour de la cornée. Les paupières se tuméfient , principalement la supérieure, qui devient tellement volumineuse qu'elle ne peut plus être relevée , et qu'elle renverse en dehors la paupière inférieure, qui est quelquefois complètement cachée par
la supérieure. Des mucosités d'abord, puis du pus, sont sécrétés en grande abondance par la conjonclive, et s'écoulent par torrents de dessous la paupière supérieure. Bientôt l'inllammation se propage à la cornée, y occasionne des ulcères qui donnent lieu h des cicatrices, à la procidence de l'iris, h l'écoulement des humeurs de l'œil, et par suite au trouble ou h la perte de la vue; ou bien l'inllammation s'empare du globe de l'œil entier et le détruit par la suppuration. Pendant tout le cours de l'ophtlialmie le malade a du larmoiement, de la photopliobie , des douleurs atroces dans l'œil et la tête, et une fièvre intense.
De toutes les inflammations de l'œil, l'ôpbtlialmie Çonorrhoïque est la plus grave, du moins c'est celle qui <létruit l'organe dans le plus court espace de temps ; (Quelquefois, au bout de vingt-quatre heures de maladie, la vue est perdue sans retour. Heureusement que cette oplithalmie n'affecte le plus souvent qu'un œil. Dans les, cas où elle est provoquée par la suppression de l'écoulement blennorrbagique , elle offre encore plus de chances de guérison que lorsqu'elle est la suite du contact des yeux avec la matière virtdcnte. Mais lors même qu'on parvient h préserver l œil de la destruction, il est cependant bien rare qu'il ne reste au moins une taie plus ou moins grande à la cornée.
'Le traitement consiste au commencement dans l'emploi de la médication antiphlogistique dans sa plus grande étendue; l'artériotoniie , les saignées au bras , les applications de sangsues, les fomentations froides , les boissons nitrées ou légèrement laxatives , les sels neutres, le calomcl, les bains de pieds siiiapisés. Lorsque l'écoulement muqiieux commence à se faire, on remplace les fomentations froides par les collyres mucilagineux , émoHients, tièdes. On ajoute à ces collyres quelques grains d'acétate
de plomb, de sulfate de zinc ou de pierre divine, et de la teinture d'opium lorsque Tinflammation a diminué d'intensité et que la cornée est ulcérée. A celte période de la maladie on emploie en outre l'application du laudanum pur sur l'ulcpre de la cornée, les compresses cbauCfées sur l'œil , lés' vésicatoires a la nuque , et h l'intérieur on donne des toniques aux malades qui sont faibles on cacliectiques. Un traitement qui- réussit surtout lorsque la conjonctive est énormément tuméfiée et sécrète du rriucus purulent en grande abondance, et que les antipblofjistiques ont déjà été employés, c'est celui que M. Dupcïtuen suità l'Hôtel- Dien, et qui consiste dans l'insufllation dans l'œil d'une pincée de calomel une ou deux fois par jour, conjointement avec l'instillation de quelques gouttes de laudanum tous les soirs.
On ne se borne pas h ces moyens cbez les individus dont l'ophtbalmie est la suite de la suppression de l'écoulement blcnnorrliDgique ; chez ceux-ci il est essentiel de faire reparaître cet écoulement aussitôt que possible, ce qu'on effectue le mieux au moyen d'une bougie qu'on enduit de la matière blennorrbagique d'un autre individu , et qu'on introduit dans l'urètre ou le vagin de celui afl'ccté de l'ophtbalmie. Dans les cas où l'on ne peut se procurer de ce virus , on enduit la bougie de la matière purulente qui s'écoule de l'œil , et qui jouit également de la propriclé contagieuse , quoique h un moindre degré. Si la sécrétion purulente n'est pas encore établie dans l'œil, on remplace cette matière par des solutions concentrées de sublimé , de pierre infernale ou de potasse caustique, dont on enduit la bougie. Malheureusement tous ces moyens restent quelquefois sans elTet, ou ne rétablissent l'écoulement des parties génitales que lorsque l'œil est déjb perdu sans retour.
W. Lawrence, A treatise on the venereal diseuses of the eye. London, 1830.
11° Oplithalmie scorbutique.
Cette maladie, qui eit très-rare, est occasionnée, chez les scorbutiques, par les causes qui gfénéralement provoquent les inflammations de l'œil : elle occupe tout le globe de l'œil , et se manifeste par la conteur violette de la sclérotique et de la conjonctive; l'aspect mat delà cornée, le trouble de l'humeur aqueuse, la décoloration et la tuméfaction de l'iris, l'aflaiblissement de la vue. Plus tard les vaisseaux de la conjonctive et de la choroïde deviennent variqueux , occasionnent la difformité du globe de l'œil, la compression de la rétine et la perte de la vue. Des épanchements de sang se font entre la conjonctive et la sclérotique, ou dans la chambre antérieure. Le larmoiement qui accompagne cette ophthalmie, est quelquefois sanguinolent. Les malades se plaignent aussi de photophobie, et ils présentent en outre tous les symptômes du scorbut.
L'ophthalmie scorbutique est une maladie très-grave, elle ne se dissipe qu'avec le scorbut lui-même, et comme la guérison de ce dernier est toujours plus ou moins lente, il arrive ordinairement que , lorsque les moyens commencent h agir favorablement sur la maladie générale, la vue est déjà perdue.
Le traitement de l'ophthalmie scorbutique consiste dans l'emploi des moyens dirigés contre le scorbut. Sur l'œil lui-mê.mc on n'applique que des compresses chauffées ; c'est la seule application que supportent les yeux affectés de cette ophthalmie.
12* Ophthalmie intermittente.
On a vil (les opbthairnies suivre une marche intermit tente. Les inflammations présentaient différents caractères, et affectaient différents tissus de l'œil ; le plus souvent cependant c'étaient des inflammations de I* conjonctive, qui suivaient le type quotidien, tierce ou quarte.
Ces maladies sont faciles à reconnaître h l'absence complète de l'ophthalmie pendant i intermission.
Le traitement est le même que celui des fièvres intermittentes ; le sulfate de quinine débarrasse promptement les malades de leur ophthalmie.
Outre les ophthalmîes spécifiques dont j'ai parlé jusqu'à présent, quelques auteurs en admettent encore d'autres y telles que les ophthalmîes hémorrhoïdale , mens truelle , puerpérale (I), etc. Ces ophtbalmies ne présentent cepen
(1 ) M. Le Pelletier de la Sarthe vient de décrire ( Journal des connaiss. méd. chirurg., nov. 1833, pag. 68), sous le nom Cioph' thalmie granuleuse on de granulations de la cornée y une maladie caractérisée par des granulations qui ne peuvent être vues qu'à la loupe et qui forment des papules grisâtres, cunéiformes, offrant le volume d'une pointe d'aiguille ou d'un très-petit grain de poussière , et s'accompagnant de picotements , de photopliobie et de larmoiement. Ces granulations sont tantôt la cause , tantôt l'effet des ophtbalmies chroniques , et ne cèdent qu'à l'usage d'un collyre préparé avec quatre onces d'eau distillée , dix à vingt grains de calomel , et quinze à trente gouttes de laudanum , et d'insufflations de deux à six grains de calomel. — J'avoue ne pas encore avoir ob-
dant rien de particulier; d'ailleurs, nn médecin instruit aura toujours éjjard dans son; traitement h la cause qui a occasionné roplitlialmic : ainsi, lorsqui; cette maladie aura été produite par la suppression d un flux liémorrlioïdal , des règles, des lochies, de la sécrétion du lait, le médecin ne fatiguera pas le n>aladc par des collyres, des onguents et autres moyens locaux ; il se^ bornera h faire des fomentations froides sur les yeux, si le cas l'exige, et il dirigera sa principale attention sur la cause occasionnelle de roplitlialmic, sur la suppression du flux , qu'il tâchera de rétablir.
Je n'ai pas non plus cru devoir m'arréter aux nombreuses variétés qui résultent de la combinaison de plusieurs ophthalmies ensemble, et qui ont été décrites par les auteurs sous les noms à'ophlhahine calarihale rkumatique , oj)h[h(tlniie arthrilico-syphililiqiie , etc. Ces variétés se conçoivent tout aussi bien que l existence d'un catarrhe chez un individu sujet aux rhumatismes, et celle d'une maladie vénérienne chez un individu arthritique.
servé l'ophlhalmie granuleuse de M. Le PEtiETiun ^ ni employé son traitement; jusqu'A présent j'ai toujours réussi par les moyens précédemment indiqués; je me propose cependant d'essayer,, dans des cas rebelles, le collyre au calomel et les insufflations de celte substance. Récemment j'ai eu Toccasion d'observer le cas suivant , qui pourrait être rapproché de la maladie décrite par M. 1-e Pklletter. Une bonne d'enfants, d'une constitution lymphatique, présentait sur la cornée gauche trois granulations , vers lesquelles se dirigeaient des vaisseaux sanguins; la plus grande de ces tumeurs avait les dimensions d'un grain de millet et une dureté cartilagineuse; les deux autres étaient plus petites. M. le professeur Ehiimann excisa la ■premlÈre, et tous les symptômes morbides, y compris les deux petites granulations , se dissipèrent rapidement.
Les caraclères extérieurs dé cei pplithalmies mixtes sont toujours un composé des caractères propres h chacune des ophthalmies dont la réunion constitue l'espèce mixte.
Le traitement doit être dirigé d'abord contre celle des affections qui présente le plus de danger, si toutefois l'on ne trouve pas moyen de combattre par une seule et même médication les différentes ophtlialmies qui entrent dans la composition de l'oplithalmic miette.