AO EE
tout le champ visuel, sauf au centre : en cet endroit, elle est cinq à six fois moindre. Les astronomes savent que, pour apercevoir la lueur d’une étoile peu éclairante, il faut en faire arriver l’image sur la rétine à 15 ou 16 degrés en dehors de la fovea.
En lumière monochromatique, la sensibilité, maximale pour le rouge dans la région maculaire, n’atteint sa plus grande valeur pour le violet et le vert que dans la zone périmaculaire ; elle décroît ensuite du centre à la périphérie pour toutes les autres couleurs.
Pratiquement pour l’automobiliste, les feux blancs et rouges seuls ont une importance ; le feu blanc éveille l'attention et le rouge annonce un danger. Sauf daltonisme ou dyschromatopsie, il est facile de les reconnailre sans difficulté, sans avoir besoin de recourir à l’artifice proposé par certains : le feu est blanc (bleu ou vert) s’il disparaît quand on cherche à le fixer après l'avoir perçu en vision indirecte. Le feu est rouge si on ne le voit qu'en fixant son regard sur lui, la direction de vision devra être exacte au degré près.
Enfin, il apparaît que le minimum perceptible varie avec le temps d'action de la lumière excitatrice et se montre inversement proportionnel à ce temps. Enfin, la sensibilité rétinienne à la lumière permet d'apprécier des différences de luminosité entre deux objets : c'est ce qui permet souvent de reconnaître, à l'intensité de sa source d'éclairage, le cycliste du motocycliste.
Si la perception lumineuse pure et simple nous documente sur la présence d'objets, elle ne nous renseigne effcacement ni sur leur forme, ni sur leur constitution. Il faut pour cela qu'intervienne la perception des formes, c’est-àdire qu'entre en jeu le pouvoir séparateur rétinien. Cette deuxième modalité fonctionnelle, c’est-à-dire la perception des formes aux faibles éclairements, a été récemment étudiée par MM. Beyne et Worms.
En éclairement diurne, l’acuité visuelle la plus élevée est obtenue pour les images formées sur la région maculaire et surtout fovéaire. Mais pour ce qui est des éclairages faibles, les travaux de certains physiologistes ont montré que la sensibilité rétinienne (mesurée par la recherche du seuil de la perception lumineuse) est, pour la lumière blanche, sensiblement équivalente sur toute la surface rétinienne, sauf dans la zone maculaire et surtout à la fovéa, où elle est cinq à six fois moindre (Charpentier). Fick et Koester, de mesures faites sur eux-mêmes, ont conclu que l'acuité visuelle à bas éclairage était minimale dans la région de la fovéa et qu'elle augmentait en allant vers la périphérie, pour atteindre une valeur à peu près double à 10 degrés de la fovéa du côté nasal et à 13-20 degrés du côté temporal.
A la limite de visibilité, la découverte des objets et la distinction des formes se fait mieux si l’on regarde à côté de l'objet, c'est-à-dire si son image sur la rétine se fait en dehors de la fovéa : un objet découvert en vision indirecte disparaît si on cherche à fixer son regard sur lui ainsi qu'on le ferait de jour et ne redevient perceptible en vision directe que si ses dimensions, son éclairement ou son contraste sont suffisamment accrus.
A éclairage égal, maïs faible, les grands objets sont perçus beaucoup mieux que les petits : c’est un fait d'expérience courante que, la nuit, nous continuons à voir les objets de grand diamètre apparent (horizon, collines, masses boisées), mais qu'ils nous apparaissent privés de tout détail.
Beyne et Worms ont pratiqué des mesures de l’acuité visuelle monoculaire et binoculaire à de faibles éclairements, qui leur ont fourni les résultats que nous allons exposer. |
L'acuité visuelle à basse lumière est fonction du temps d'adaptation.
L'adaptation rétinienne, complète pour certains sujets
après vingt minutes, est pour les autres presque complète, mais n’atteint pour eux sa plus grande valeur qu'après vingt-cinq, trente et trente-cinq minutes. Après adaptation complète, les acuités visuelles des sujets jeunes et normaux s’'échelonnent entre 0,06 et 0,09.
Il nous paraît d’ailleurs utile d’insister sur ce phénomène d’adaptation. Tous ceux qui, professionnellement, sont appelés à travailler en milieu faiblement éclairé savent par expérience que la vision s'améliore considérablement après un court séjour dans l'obscurité. La rétine est d'autant moins sensible que la lumière qui l’excite est plus intense. A mesure que diminue l’éclairement des objets qui nous entourent, la sensibilité de notre œil augmente et notre rétine s'adapte.
Cette adaptation n’est pas immédiate, comme nous l'avons déjà dit. Lentement réalisée, elle disparaît instantanément lorsque l'œil est placé dans un milieu vivement éclairé par une lumière blanche. L'adaptation est également perdue lorsque l'œil subit l'action de diverses lumières colorées : seul, le rouge violacé est sans action importante, propriété bien connue des radiologues.
L’acuité visuelle à basse lumière a peut-être des valeurs différentes suivant les races humaines ; Beyne et Worms ayant trouvé chez deux Tonkinois, après vingt-cinq minutes d'adaptation, une acuité de 0,10.
Enfin, l’acuité monoculaire est en général inférieure de un centième à l'acuité binoculaire. :
L'acuité visuelle aux basses lumières varie avec l’âge. Chez des sujets normaux, emmétropes, dont les âges respectifs étaient voisins de 20, 30, 40, 50 et 65 ans, l’étude de l'acuilé visuelle a montré une diminution progressive de l'acuité visuelle en fonction de l’âge.
Il n'existe aucun parallélisme et même, semble-t-il, aucune relation entre les valeurs fonctionnelles de l'œil à l'éclairage diurne et à l'éclairage nocturne.
Rae RU)
Telles sont les conditions de visibilité aux faibles éclairements pour un sujet normal. Voyons maintenant ce que devient l’acuité visuelle à basse lumière chez les sujets présentant des yeux anormaux ou pathologiques.
Beyne et Worms ont examiné un certain nombre d'amétropes légers ou moyens sans lésions du fond d'œil ; les résultats de ces examens les ont conduits aux conclusions suivantes : chez les myopes, on observe généralement de bonnes acuités visuelles s’échelonnant entre 0,06 et 0,09, obtenues sans correction pour les myopes légers (jusqu’à — 1 D) et, après correction, pour les myopes moyens (de — 1 D à — 3 D environ). Tandis que les premiers ne sont que très peu améliorés à cet égard par les verres, les seconds tirent grand bénéfice de la correction. X..… par exemple, avec — 3,25 D, O D G passe de V — 0,02 à V — 0,07.
Les hypermétropes, même légers, ont des acuités relativement moins avantageuses comprises entre 0,06 et 0,07. Les hypermétropes de 2 à 3 D peuvent voir leur acuité s’abaisser à 0,05 ; les uns et les autres ne paraissent pas améliorés par la correction de leur hypermétropie.
Chez les astigmates irréguliers, même légers, se rencontrent les acuilées nocturnes les plus faibles : V — 0,02.
Enfin restent les héméralopies essentielles, chez lesquelles l’acuité visuelle est très faible aux basses lumières et nulle à un éclairement nocturne moyen. L'héméralope ne possède qu'une acuité crépusculaire qui, à éclairage égal, sera extrémement inférieure à celle d’un sujet normal.
Quelles conclusions tirer pour l'automobiliste de ces conditions de vision aux basses lumières ? On ne s'est guère beaucoup occupé de l’automobiliste ; seul laviateur a retenu l'attention ; il est vrai qu'il est le seul à se mouvoir sans éclairage.
Mais l’automobiliste est appelé à se trouver sur la route au moment du crépuscule, où il est obligé de rouler à basse
D'OR ASUS
lumière. De plus la nuit, croisant d’autres voitures, il doit passer brusquement d’un éclairage intense à un éclairage réduit. De plus, il doit percevoir de loin des signaux lumineux, généralement feux rouges et feux blancs, qui contribuent à guider sa marche.
Cette étude que nous venons de faire de la vision aux basses lumières nous sera extrêmement utile lorsque, ultérieurement, nous traiterons de la question des phares. Néanmoins, nous pouvons déjà en tirer une conclusion : il faut empêcher l’héméralope de conduire. Sans doute pourrait-on le laisser conduire de jour seulement, mais il sera inévitablement appelé un jour ou l’autre à conduire au crépuscule et pourra être cause d'accidents très graves. Nous émettons le vœu que tout héméralope soit l'objet d'une mesure qui le prive de son permis de conduire.
OUT ER ET RQ CAPE TANT à | MS: AUS
Le borgne.
Au cours de toutes les études que nous venons de faire, il nous a été donné souvent d’avoir à établir un parallèle entre la vision binoculaire et la vision monoculaire. Les caractères qui différencient ces deux visions et les conséquences qui en découlent revêtent à nos yeux une importance assez considérable pour étudier dans un chapitre spécial la question du borgne.
C'est surtout dans la vision périphérique que le borgne est défavorisé :
Le champ visuel binoculaire à une étendue de 180°, le champ visuel monoculaire de 150°. Il y a donc pour le borgne une perte de 30°.
La question du borgne a été l’objet de nombreuses études.
A l'étranger, dans les pays possédant une réglementation, la situation du borgne est la suivante :
En Allemagne, pays le plus réglementé, chose curieuse, c’est celui où il y a le plus d'accidents.
Les borgnes sont admis, s'ils le sont depuis au moins deux ans.
En Autriche, les borgnes sont exclus, ainsi qu’en Finlande, Hongrie, Pologne, Portugal, Suède, Yougoslavie.
Ils sont exceptionnellement admis en Italie, avec une acuité de l’autre œil égale ou supérieure à 8/10.
Au Danemark, les borgnes sont admis si la vision de l’œil sain est normale sans correction et s'ils le sont depuis
LEA EEE
six mois au moins : cette tolérance n’exisie pas pour les chauffeurs professionnels.
Enfin, certains pays possèdent un règlement partiel.
Les borgnes sont exclus à Buenos-Avyres, ainsi que dans quelques cités d'Australie et des Etats-Unis.
En Roumanie, l'exclusion des borgnes à été prononcée : il en est de même dans quelques contrées de Tchécoslovaquie et de Turquie.
Quatre pays étudiant un règlement se sont préoccupés de la question des borgnes. Ce sont la Bulgarie, la Grande- Bretagne, la Belgique et la Suisse.
En Belgique, depuis fort longtemps, les oculistes demandent l'examen de la vision des conducteurs d'automobiles :
De Lautsheere en 1905, Van Lint en 1908, de Metz et Coppez en 1908.
Le 1°* août 1924 parut une loi sur la police du roulage : étaient déclarés inaples ceux qui avaient la vision abolie d’un œil. Cette proposition fut attaquée à la Chambre et la loi ne fut jamais appliquée.
En 1928, le professeur Weekers fait accepter par l’Académie Royale de médecine le vœu que le Gouvernement décide obligatoire l'examen physique des conducteurs : il exclut les borgnes.
En 1929, M. Weekers revient à différentes reprises sur la question : il cite 5 observations où les borgnes ont causé un accident mortel et pose encore la question de l'aptitude de ces derniers à la conduite des automobiles.
Pour lui, les borgnes ne doivent pas conduire.
Le professeur Coppez, lui, admet les borgnes comme conducteurs privés seulement.
En France, il existe un règlement partiel. Dans l’armée, le borgne ne conduit pas. Dès 1907, la Société d'ophtalmologie de Paris a étudié la question des borgnes et a émis un vœu les récusant, qui, à cette époque, resta sans effet.
nd