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Le 31 octobre 1932, l’Académie de médecine attire l’attention sur le borgne.
En 1923, MM. Morax, Re Duttes Onfray et Petit font adopter les conclusions suivantes par la Société d'ophtalmologie : « Acuité visuelle : 3/10 pour un œil et 1/20 pour l’autre. Correction permise. Borgnes exclus... »
En 1926, MM. Truc et Sedan, en 1927, M. Blum insistent sur la nécessité d’un champ visuel normal et n’admettent pas les borgnes comme conducteurs. En 1928, le professeur Jeandelize exclut les borgnes en tant que conducteurs de transports en commun et ne les autorise en tant que conducteurs de taxis et privés, que s'ils possèdent déjà leur permis et si l’acuité de leur œil sain est au moins égale à 7/10 sans correction.
M. Simonin, professeur de médecine légale à Strasbourg, dans son rapport au XVI* Congrès de Médecine légale à Paris de 1931, admet que les borgnes doivent être admis à conduire.
A la discussion, M. Coutela critique la partie ophtalmologique du rapport et expose nettement le point de vue général de la responsabilité des borgnes et ne se déclare pas réhabiliteur de ces derniers. D'ailleurs, à la suite d’expertises récentes, M. Coutela est devenu convaincu de l'infériorité des borgnes.
Tels sont donc les différents règlements : d’une façon générale, les borgnes sont exclus. Nous avons vu que le borgne avait une perte de 309 de champ visuel.
Nous allons en étudier les conséquences chez l’automobiliste.
Beaucoup ont prétendu que ceite perte de 30° n'avait que peu d'importance, et cela pour les raisons suivantes :
— Les mouvements de tête permettent d'y remédier. — Le champ du borgne est plus étendu du côté temporai que celui du bivoyant, vu l'absence de convergence
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et le fait qu'il tourne légèrement la tête du côté aveugle (de 10° au maximum) quand on le prie de regarder droit devant lui ; le champ visuel est rendu plus symétrique.
— Dans cette partie périphérique du champ visuel, la vision est indistincte.
— Le champ visuel nécessaire est de faible amplitude.
Masson, dans sa thèse sur l’étude physiologique, professionnelle ét médico-légale du borgne (1933) étudie toutes ces questions à fond.
Quand un automobiliste roule sur la route, il regarde loin devant lui et le ruban blanc de 20 mètres de largeur qu’il contemple à distance est vu à 200 mètres par un angle de 8, à 100 mètres par un angle de 13, à 50 mètres par un angle de 23°.
Cette route de 20 mètres de large, élargie du double, nécessite à 200 mètres un angle de 18°, à 100 mètres un angle de 35°, à 50 mètres un angle de 62°.
Le borgne, avec ses 150°, l’aperçoit largement; il n’a nulle- : ment besoin de se livrer à de perpétuèls mouvements de tête : il a un champ visuel qui semble donc parfaitement suffisant.
Ceci est vrai pour une course effectuée en pleine campagne, mais il n’en est cependant pas moins vrai que cette perte du sixième du champ visuel entraîne des inconvénients graves, sinon en campagne, du moins dans les agglomérations où les obstacles sont plus soudains et où le chauffeur les aperçoit plus rapidement, soit à sa droite soit à sa gauche.
Cette vision périphérique, si elle est indistincte, n’est pas une vision d'avertissement et, ainsi que nous l'avons déjà signalé, son absence n'influe pas sur la facilité de notre orientation et de nos mouvements : nous cessons, en effet, de recevoir l’avertissement rétinien de l’apparition
ou de la disparition d’objets, d'obstacles sur le côté privé de vision ; et ces objets, ces obstacles peuvent nous atteindre, nous heurter avant que le sens de la vision nous ait prévenu de leur présence.
Cette perte de la vision périphérique se fera surtout sentir aux carrefours des villes, dont les angles sont bordés
de murs ou de maisons interdisant toute visibilité latérale. Aïnsi, un automobiliste borgne de l'œil droit par exemple et conduisant en À ne verra pas l'obstacle en B qui se déplace perpendiculairement sur lui (fig. 1).
En France, où l’on conduit à droite et où on accorde la priorité aux voitures venant de ce côté, la perte de l'œil droit présente un plus grand danger. Dans l’exemple précédent, le conducteur marchant à droite ne verra pas surgir
P. Mourgues A
LE QT un véhicule venant dans l'angle mort de ses 30° déficients:
de ce côté.
Au moment de doubler, la perte d’un œil peut également
être cause d'accident. En effet, supposons que l’automobiliste À veuille doubler B. A étant borgne de l’œil droit, ik devra pour doubler porter sa voiture sur la gauche de celle
Fig. 2.
de B: pour ce faire, il tourne sa tête sur la gauche et, diminuant encore plus l'étendue de son champ visuel à droite, il risque d’accrocher la voiture de B.
Arrivé à la hauteur de B, la perte de son champ visuel l'empêchera de voir B et, par suite, il sera à craindre qu’il rejoigne trop tôt la droite de la route, d'où possibilité de nouvel accident (fig. 2).