‹ L'Oeil et la Conduite des AutomobilesChapitre 19 sur 32 · PA + AS · texte numérisé non relu

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Si l’automobiliste B est borgne de son œil gauche, enfermé dans sa voiture, il peut ne pas entendre l'avertisseur de À qui va le doubler et, à ce moment, si pour une cause quelconque, il donne un léger coup de volant à gauche il ira se jeter dans A arrivé à sa hauteur.

De plus, un automobiliste venant se ranger le long d’un trottoir, la perte de son œil droit empêchera de voir le bord de ce trottoir et il pourra heurter une borne ou renverser un piéton s'y trouvant.

Chose très importante, si cet automobiliste veut repartir et si une automobile placée en avant de la sienne l’oblige à pratiquer une marche arrière, il ne pourra, s’il a perdu la vision de l'œil du côté du trottoir, distinguer les obstacles. ou les personnes se trouvant à la hauteur de ses roues arrières. Le borgne est toujours très gêné pour effectuer une marche arrière.

La perte d’un œil sera donc une gêne pour le conducteur aux carrefours, en doublant ou en se faisant doubler et lors de la marche arrière. Or, c'est dans ces occasions que se: produit le plus grand nombre des accidents.

L'intégrité du champ visuel sera donc très utile au conducteur. La place du siège du conducteur joue également un rôle important : un borgne de l'œil droit sera plus gêné pour conduire si son siège est à gauche et inversement.

Les mouvements de la tête et de l'œil nous paraissent bien précaires. Quand le conducteur est dans une situation critique, il pensera à manœuvrer pour échapper à l'accident et non à donner à sa tête la position idéale qui agrandit son champ visuel. Et si le borgne tourne la tête pour suppléer au champ visuel déficient d’un côté, ne réduit-il pas par cette manœuvre son champ visuel de l’autre côté ?

Ainsi ne sommes-nous pas d'accord avec ceux qui jugent apte à conduire un homme qui a perdu 30° des 180° de son champ visuel normal. D'ailleurs, certains admettent le borgne comme conducteur privé et le rejettent comme

conducteur professionnel : c’est là une discrimination qui paraît facilement discutable, car rien n'empêche malheureusement un conducteur privé d’occasionner un accident. Une voiture particulière peut se jeter contre un autocar, bloquer sa direction et lui faire faire une embardée mortelle pour ses nombreux occupants. De plus, il n'est pas rare de voir un automobiliste privé, pour faire plaisir à des amis, charger sa voiture au maximum : il devient alors un véritable chauffeur de transport en commun !

D'ailleurs, puisque nous sommes en train d'étudier le cas du borgne nous éloignant un peu de l'étude de la vision périphérique, nous sommes obligés de considérer d’autres causes de gêne que la perte d'un œil apporte dans la conduite des automobiles.

Il est exact que l’acuité visuelle d’un œil ne s'ajoute pas à celle de l’autre, et que l’acuité visuelle donnée par les deux yeux est légèrement supérieure à celle donnée par l'œil le meilleur.

Si donc à cet unique point de vue du degré de vision centrale, un seul œil peut à la rigueur suffire, il faut bien admettre qu'un œil second est nécessaire.

En effet, un inconvénient grave pour le borgne est la perte de ce que l’on peut appeler « le contrôle de la double visée » : il faut reconnaître en effet que si la vision des deux yeux ne s'ajoute pas, l’un sert d’auxiliaire à l’autre et le supplée en cas d’obstacle imprévu.

Et ceci conduit à envisager le très grave inconvénient pour le borgne de l'atteinte de son œil unique par un corps étranger (moustique, poussière, etc…..).

Simonin prétend que « l’automobiliste binoculaire est autant gèné que le borgne par la projection d’un corps étranger dans l'œil car il ferme l’autre par réflexe ».

Nous n'adoptons pas cette comparaison car l’occlusion simultanée des deux fentes palpébrales est un acte automatique sur lequel la volonté peut parfaitement agir.

Lt RONA

La clinique ne nous montre-t-elle pas tous les jours des malades qui ont un corps étranger dans l’œil et qui viennent tous seuls nous trouver.

L'automobiliste binoculaire qui est atteint d’un côté, a parfaitement le temps avec l'œil qui lui reste de se garer et même de continuer sa route. S'il est borgne il y a impossibilité matérielle et s’il va vite c'est la catastrophe.

C'est pour cette raison qu'au cours de l'étude de la vision centrale de l’automobiliste nous demandons une certaine vision à son œil le plus mauvais.

C'est là donc une preuve palpable que la vision monoculaire d’un automobiliste est en état d’infériorité vis à-vis de la vision binoculaire. Celle-ci possède en outre des avantages précités celui d’avoir une meilleure perception du relief. Nous rappellerons seulement les expériences faites par M. Veekers et Hubin sur « la mesure de l’acuité stéréoscopique des monophtalmes au point de vue de leur aptitude comme conducteurs d'automobiles ».

Ces expériences prouvent que les borgnes présentent un déficit net de cette acuité pour des distances de 4, 5, 6 mètres.

Or,comme ce sont les distances mêmes où un conducteur peut se trouver brusquemeut mis en présence des conditions fortuites qui créent un accident, il paraît donc nécessaire d'exiger des conducteurs une parfaite appréciation des distances et du relief,et par suite une vision binoculaire normale ; et son absence doit être un vice redhibitoire.

Il résulte également de ces expériences que la perte de la vision binoculaire sera pour les borgnes une gêne aussi considérable que la réduction de la vision périphérique dans l’action de doubler et de faire marche arrière.

Enfin, les borgnes ont un sens lumineux moindre et même certains sont de véritables héméralopes.

Nous avons vu que l'acuité crépusculaire et nocturne est nettement inférieure dans la vision monoculaire. Nous.

pare

ne reviendrons pas sur ce chapitre sur lequel nous nous sommes longuement étendus. Pour toutes ces raisons que nous venons d'exposer nous nous opposons à l'admission des borgnes à la conduite des voitures automobiles, nous prétendons en effet qu'un automobiliste borgne attente constamment à la sécurité de la route et de la rue.

Règleme

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Règlements.

La nécessité d'une bonne aptitude physique et en particulier d'une bonne aptitude visuelle pour conduire correctement une automobile a depuis longtemps attiré l'attention non seulement du corps médical mais aussi des pouvoirs publics et des commissions dites de roulage.

On doit distinguer deux catégories d’automobilistes : ceux qui conduisent des voitures faisant des services publics, transportant des personnes tels que les chauffeurs d’autobus et même de taxi, et les automobilistes privés.

Certes les automobilistes professionnels ont attiré l’attention des pouvoirs publics : une réglementation leur a été imposée.

Tout candidat français qui désire obtenir la faculté de conduire soit les automobiles affectées à des transports en commun de personnes, soit des automobiles dont le poids en charge dépasse 3.000 kgr. doit se soumettre à un examen médical complet.

Au point de vue ophtalmologique voici quelles sont les conditions auxquelles les candidats Français doivent se soumettre :

ARRÊTÉ DU MINISTRE DES TRAVAUX PUBLICS DU 23 JANVIER 1933 QUI MODIFIE LES ARRÊTÉS DES 18 JUILLET 1926 ET 1% AOUT 1930.

Vision.

Sont éliminatoires :

a) Les abaissements de l’acuité visuelle (avec ou sans cor-rection par verre) au-dessous de 8/10 pour chacun des yeux

PME Rip

ou bien au-dessous de 7/10 pour l’un des yeux si l’autre garde 9/10 ou bien au-dessous de 6/10 pour l’un des yeux si l’autre a une acuité de 10/10.

Seront donc éliminatoires le ptérygion empiétant sur l’aire pupillaire, les opacités cornéennes, les staphylomes de la cornée ou de la sclérotique, les kératites chroniques, les déplacements du cristallin, les divers types d’opacités du cristallin ou de la capsule, les colobomes choroïdiens, l’absence de pigment (albinisme), les affections de la choroïde ou de la rétine, les diverses atrophies des nerfs optiques, les glaucomes, les nystagmus, lorsqu'ils réduiront l’acuité visuelle au-dessous des limites fixées ;

b) Les cicatrices palpébrales ou conjonctivales, les symblépharons étendus, les ostéites chroniques ou les néoformations orbitaires lorsqu'elles entravent le CPAM RL du globe oculaire ou gênent sa mobilité.

L’abolition du réflexe pupillaire à la lumière, même unilalérale et quel que soit l’état du réflexe à l’accommodation ;

c) Les paralysies d’un ou de plusieurs muscles de l’œil ou des paupières, les paralysies de fonction ;

d) Toute atteinte reconnue des champs visuels.

Sont compatibles :

1° Les strabismes concomitants ;

2° Le daltonisme ;

3° Les inégalités pupillaires avec ou sans irrégularité de concours à condition que le réflexe à la lumière soit normal.

Dans l'armée, les conducteurs militaires de véhicules automobiles sont soumis aux conditions suivantes (Instruction ministérielle du 30 janvier 1925) :

Acuité visuelle égale à 1 pour chaque œil, soit 20/10 pour la vision binoculaire ; la correction par les verres sphériques concaves est seule admise et jusqu’au maximum de — 4 D. Vision binoculaire correcte ; absence de diplopie ; appréciation normale des reliefs et des distances. — Champ visuel normal. — Absence de daltonisme et d’héméralopie.

Borgnes non admis.

Pgo Certaines Sociétés de Transports telles que la S.T.C.R.P.:

Acuité visuelle binoculaire minimum 14/10, sans correction ; minimum de 5/10 pour l’œil le moins bon.

Mobilité oculaire, champ visuel, sens chromatique normaux.

Les borgnes ne sont pas admis.

. Nous estimons qu'à l'heure actuelle l'immense majorité des automobiles en circulation est constituée par des voitures privées.

Le nombre de conducteurs privés est considérable : ceu x <i passent un examen technique et roulent, conduisant leur propre voiture à l'heure et par les routes qui leur conviennent, à l'allure qui leur plaît, n'ayant d’autres responsabilités de vie d'hommes que celles qui ont bien voulu se confier volontairement à eux. ;

En France, aucune réglementation ne limite cette circulation et pourtant certains automobilistes peuvent non seulement commettre une imprudence vis-à-vis d'eux-mêmes en roulant, mais encore constituer un véritable danger « public » de par les accidents qu'ils peuvent provoquer.

Cette situation a tout de même pu émouvoir les pouvoirs publics : une circulaire du ministre des Travaux publics a été adressée le 23 novembre 1934 à M. le Directeur du Service des examens pour la conduite des automobiles, et à

-MM. les préfets.

Ministère des Travaux Publics

Direction Générale des Chemins de fer et des Routes

8e Bureau

Détermination des incapacités physiques incompatibles avec l'obtention du permis de conduire en général, et conditions à exiger dans certains cas, des dispositifs destinés à remédier à l’impotence des candidats.

Circulaire Série B, n° 10i.

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