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CHAPITRE IV

Les Muscles du globe de l'œil

Ce sont eux qui déterminent la direction du regard : ils jouent donc un rôle important dans la mimique de l'œil. Mais les expériences dües à la direction particulière du regard sont le plus souvent complémertaires de celles dûes à la mise en jeu des muscles faciaux péri-oculaires. C'est pour cette raison mimique que nous n'avons pas fait leur étude avec celle du globe oculaire. Il nous a semblé préférable d’étudier avant eux les expressions dûes aux muscles de la face.

Ces muscles sont au nombre de six : quatre droits et deux obliques. Les muscles droits prennent naissance dans le fond de la cavité orbitaire, sur le pourtour du trou optique. De là ils se portent en divergeant vers le globe oculaire et viennent s'insérer un peu en avant de l'équateur. D'après leur situation dans l'orbite et leurs insertions sur le globe de l'œil, on distingue ces muscles en droits supérieur, inférieur, interne et externe. Par leur contraction, ils dirigent le regard en haut, en bas, en dedans et en

dehors.

Le grand oblique, après s'être inséré dans le fond de l'orbite, se porte en avant en suivant l'angle dièdre formé par la paroi supérieure et la paroi interne de l'orbite. Un peu avant d'atteindre le rebord orbitaire, le tendon de ce muscle s'engage dans un anneau fibro-cartilagineux qui porte le nom de poulie de réflexion du grand oblique. Au sortir de cet anneau, le grand oblique se dirige en dehors et en arrière et va se fixer sur la partie supéro externe de l'hémisphère postérieur du globe oculaire. Il dirige le regard en dehors et en bas.

Le petit oblique se détache de la partie antérieure et interne de la cavité orbitaire et va s'attacher après avoir contourné le globe de l'œil sur son hémisphère postérieur. Quand il se contracte, l'œil regarde en haut et en dehors.

Ces muscles sont sous la dépendance de nerfs propres (IIIe, IVe, VIe paires) ce qui explique pourquoi ils entrent en jeu si souvent et si aisément sans qu'aucun autre muscle de la face soit impressionné.

Il nous faut dire quelques mots des mouvements conjugués des yeux. Pour Grasset, il y a un nerf hémi-oculomoteur ou rotateur du globe oculaire (dextrogyre ou lévogyre) qui aboutit à la périphérie au droit externe d’un côté et au droit interne de l'autre côté. Il admet un centre cortical des mouvements de latéralité des yeux situé au niveau du pli courbe. [l y aurait aussi d'autres centres corticaux pour les nerfs directeurs du regard en haut (droit supérieur et petit oblique) et pour les nerfs directeurs du regard en bas (droit inférieur et grand oblique).

Ces quelques notions très résumées de physiologie oculaire nous suffisent pour étudier le rôle de ces muscles dans l'expression.

Duchenne de Boulogne s'est contenté d'étudier la direction que prend le regard sous l'influence de leur contraction. Il décrit quatre directions principales :

1° Regard en haut : mouvement complémentaire du souvenir ;

2° Regard oblique en haut et latéralement : mouvement complémentaire de l’extase et du délire sensue] ;

noirs

3° Regard oblique en bas et latéralement : mouvement complémentaire de la défiance et de la frayeur;

4° Regard en bas : mouvement complémentaire de la tristesse, de l'humilité.

Quand nous regardons un objet, les yeux ne se déplacent pas parallèlement. L'objet fixé forme le point d'intersection de deux axes optiques. La convergence des deux yeux est modifiée par le rapprochement de l'objet. Dans son traité sur la physiologie comparée de la vue, Müller fait remarquer l’importance mimique de cette étude. Il prétend que dans le rire franc, le point de convergence des deux axes optiques tombe derrière l’objet fixé auparavant ; dans un état amoureux, avant l'objet; dans un état de langueur et de vif désir à une grande distance. On regarde au loin dans les affections joyeuses, l'espérance, la joie, l'admiration; les yeux semblent se fixer sur un objet rapproché au contraire, dans Îles affections déprimantes, la crainte, la tristesse, la honte.

De plus l'œil suivrait de préférence dans ses déplacements une ligne ondoyante. Le regard modeste, doux, féminin serait caractérisé par son ondulation. Au contraire un homme dont le regard va en ligne droite d'un objet à l’autre ne produit jamais une impression agréable et, suivant les différentes cir constances accessoires, il produit l'impression de la gaucherie, de la corruption morale, de la colère, du blâme, du mépris ou de l'envie.

SON Le philosophe a coutume de regarder vivement dans le voisinage comme si les représentations abstraites étaient des objets visibles que l’on s’efforcerait d'observer exactement. Les hommes de fantaisie et d'imagination, les rêveurs laissent continuellement leur regard aller au loin comme si le but de leurs désirs et de leurs pensées se trouvait bien au-delà des intérêts de la vie ordinaire. Le regard dirigé en haut caractérise encore bien plus cette tendance de l'esprit. Nous sommes loin des conclusions si précises que Duchenne a tirées de ses travaux. Il y a dans l'étude de Müller, des observations que l’on s’étonnerait moins de trouver dans l'ouvrage de Lavater. Toutefois, Müller a bien décrit les expressions dûes aux mouvements de convergence.

Darwin dit au sujet de la direction des axes optiques : « Dans la méditation, les yeux, selon Donders, au lieu de se fixer sur un objet éloigné, ne regardent alors aucun point précis. Souvent même les axes visuels des deux globes deviennent légèrement divergents. On s’en est assuré en observant qu'un objet éloigné donne alors une image double et croisée. Cette divergence tendrait au relâchement presque complet de certains muscles des yeux, lequel résulterait de la contention excessive de l'esprit. En effet lorsque les muscles de l'œil agissent, les globes sont convergents ». Donders fait remarquer à ce propos qu'un œil devenu aveugle se dévie presque toujours en dehors au bout de peu de temps parce que les muscles qui ramènent normalement le globe en dedans pour permettre la vision binoculaire ne sont plus employés.

Il nous reste à étudier l'expression dûe au degré de mobilité du regard. « Si nous causons avec un homme qui feint de ne pas prendre la moindre part à nos paroles, qui peut-être tournera indifféremment la tête de côté, un seul regard attentif, füt-il aussi rapide que la pensée nous laissera voir que son indifférence n’est que calculée. Réciproquement, quelqu'un peut nous affirmer qu'il nous écoute avec le plus grand intérêt, un seul regard distrait, fuyant, nous montre aussitôt que son attention est simulée ». (Piderit.)

Piderit à particulièrement étudié la mobilité du globe oculaire et les expériences qui en résultent. Il distingue plusieurs regards caractérisés, non plus par leur direction, mais par leur degré de mobilité.

Le regard fatigué et paresseux est dû au repos plus ou moins complet des muscles du globe. Il résulte, soit de l'épuisement ou de la fatigue de l'organisme, soit de la paresse intellectuelle et de l'absence de pensée. Si ce regard n'est pas symptomatique d’une fatigue organique, il faut conclure à la paresse intellectuelle et à la pauvreté de pensées. C'est pourquoi le regard des idiots est si particulièrement mat et sans vigueur. Il ne faut donc pas s'étonner du changement d'expression que l’on constate chez un homme intelligent quand ses forces physiques sont épuisées, ou encore lorsqu'il se sent ennuyé, l'ennui déterminant une sensation de lassitude analogue à la fatigue. « L'homme le plus sage, quand il s'ennuie, ressemble à un imbécile ». (Zimmerman.)

Le regard vif, au contraire, se voit chez les gens

mr bien portants et quand l'esprit est impressionnable et

réagit rapidement aux excitations extérieures.

Le regard fixe et ferme est dù à un mouvement particulièrement raide des muscles du globe. Il dénote l'énergie dans l’action ou la pensée. Chez les aliénés en proie à une idée fixe, dont tout le travail de la pensée se concentre sans relâche sur une représentation maladive quelconque, le regard est d’une fermeté peu naturelle, et si perçant que l’on en ressent un certain malaise.

Le regard doux est dû au contraire à un mouvement calme des yeux. Il est surtout caractéristique d'une absence de passions vives. Il indique la douceur de caractère. « Le regard de l’homme est ferme, celui de la femme est doux. Autant nous trouvons la chose naturelle, quand la femme conformément à sa nature a le regard doux, l'homme le regard ferme, autant elle nous parait peu naturelle et désagréable quand tous les deux ont changé de rôle. Un homme au regard doux produit l'impression d'une faiblesse efféminée, une femme au regard ferme et fixe produit l'impression de l'impudence ».

Le regard errant et le regard inquiet sont düs tous les deux à un manque de fixation du globe sur les objets. Quand le regard est errant, les excitations extérieures ne peuvent fixer l'attention du sujet. Les représentations viennent et s'en vont pêle-mêle. Par suite on ne trouve jamais chez ces sujets l'attitude de la réflexion. Le regard inquiet dénote plutôt un état de timidité et de crainte. « Le sujet a perdu toute confiance en lui-même et involontairement son

regard va et vient comme s'il cherchait du secours ou une occasion qui lui permit d'échapper à cette situation pénible, soit que cette situation se rapporte à des faits réels, soit qu’elle ne se rapporte qu'à des faits imaginaires ».

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