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CHAPITRE V

L'œil et la bouche

La plupart des expressions de la physionomie sont dûes aux modifications de l'œil et de la bouche. Après avoir étudié les expressions du regard, 1l est intéressant de voir la part exacte qui leur revient dans la mimique. Celle-ci est-t-elle une résultante, ou bien le regard entre-t-il seul en jeu pour animer la physionomie ? À

La plupart du temps, les expressions mimiques réflètent des états psychiques et des émotions complexes. Il est donc naturel qu'elles soient ellesmêmes composées de plusieurs éléments. Mais Duchenne a bien démontré que certaines émotions se traduisent au dehors par la contraction d’un seul muscle. « [l est des muscles, dit-il, qui jouissent exclusivement du privilège de dépeindre complètement par leur action partielle une expression qui leur est propre : ce sont les muscles du sourcil ».

Il y a des expressions, comme celle de la douleur, où les modifications du regard interviennent seuls pour donner à toute la face et en particulier à la bouche un caractère douloureux. Quand les sourciliers sont contractés par l'excitation électrique de

leur nerf moteur, l'expression douloureuse est caractéristique. Il suffit de cacher le front jusqu’au-dessous du sourcil pour enlever toute expression à la physionomie. On observe alors que la bouche est au repos sans la moindre déformation. Mais si on découvre le front et les sourcils, à l'instant même les traits de la face semblent s'agiter doulourement. « Toutes les fois, écrit Duchenne, que j'ai répété publiquement cetteexpérience, l'illusion était telle qu'ilne m'a pas été possible de convaincre les spectateurs qu’un mouvement général ne s'était pas opéré dans la face en même temps que dans le soureil ». Duchenne fit cette expérience en préséhce d'artistes distingués. La bouche et la ligne naso-labiale attiraient surtout leur attention : « Que cette bouche est souffrante et résignéc! me disaient-ils. Et cette ligne naso-labiale, comme elle semble tirée par la douleur ! Leur surprise était bien grande, lorsqu'il me suffisait de leur cacher les sourcils du sujet pour faire retomber tous ces traits dans un calme parfait. »

On peut faire les mêmes remarques en ce qui concerne le pyramidal. Celui-ci donne au visage tout entier une expression de dureté et de méchanceté ; et pourtant il ne fait qu’abaisser l'extrémité interne du sourcil et sillonner la racine du nez de plusieurs plis transversaux. Si on cache la partie supérieure du visage, la bouche est au repos et sans expression. « Mais à l'instant où l’œil est découvert, les lèvres semblent se pincer sous l'influence d'une pensée méchante ».

Mais si on est tenté d'accorder parfois à la bouche

LEE une expression qu'elle n’a pas et qui est düe en réalité à l'œil, il faut bien prendre garde de ne pas commettre l'erreur inverse. Dans certains cas, la modification du regard n'est qu'apparente. Elle provient de l’influence exercée sur l'œil par la forme de la bouche. Duchenne l’a démontré d'une manière élégante, en excitant d'un seul côté le triangulaire des lèvres, qui abaisse la commissure labiale, et donne une expression de tristesse et de dédain. De l’autre côté, le grand zygomatique excité également, élève la commissure et produit un sourire unilatéral. Une telle expression est absolument discordante puisqu'elle résulte de la mise en jeu de muscles contraires. Mais si on cache alternativement l’une et l’autre moitié du visage, on voit que d’un côté l'œil est dédaigneux, tandis qu'il est gai et moqueur du côté opposé. Or, si on cache la partie inférieure du visage, il est facile de voir que les deux yeux ont la même expression. Dans ce cas, l'expression du regard est purement apparente.

On comprend facilement l'importance de ces considérations, aussi bien pour l'artiste que pour le médecin, dans l'analyse des dissociations mimiques.

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