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Graine lesta verru

I/ŒUF DES PLANTES PHANEROGAMES

renient le nom de testa, nom par lequel on désigne aussi le spermoderme entier de la graine.

On collectionne de nos jours une quantité de choses pour leur rareté, pour la bizarrerie ou l’élégance de leurs formes, mais rarement le travail humain arrive à égaler, jamais il n’arrive à surpasser l’élégance de beaucoup de créations de la nature. La graine est un de ces chefsd’œuvre où l’observateur intelligent peut admirer l’élégance ou la bizarrerie de la forme, l’éclat et la finesse de l’ornementation et la perfection de la structure. Il est vrai que pour admirer ces chefs-d’œuvre il nous faut souvent armer nos veuv de lentilles grossissantes, mais par cela même leur beauté se trouve accrue par égard à la délicatesse du travail. D’ailleurs, dans toutes ses productions artistiques l’homme prend la nature comme modèle.

Une collection de graines choisies nous montrerait la nature sous un de ses aspects les plus élégants et les plus « artistiques ». Ayons 'soin toutefois de ne pas oublier que le raffinement de la forme et de l’ornementation chez la plante n’est que l’expression du plus grand égoïsme, car il est la meilleure des conditions dans la lutte pour la vie.

La graine de Jusquiame est parcourue à la surface par des rangées sinueuses de petits tubercules; celle de la Belladone est criblée de légères vacuoles. La graine du Ramondia est hérissée de fines pointes, celles du Mesembryanthemum, du Nopal opuntia sont verruqueuses. Beaucoup de graines de Mélastomacées ont le testa marqué d’un fin pointillé ou d’un élégant réseau de fossettes; marquées également de légères etfmes réticulations, les graines de beaucoup de Papavéracées ; puis la graine de 1 'Élatine, arquée, sculptée de plusieurs rangées de côtes en relief. Et toutes ces variétés de forme et de relief ne sont pas,

Fig-. 49. — Graine à testa réticulé ou I'avot.

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chacune, la propriété d’une seule famille : dans celle des Caryopliyllées, certaines espèces ont la graine lisse et luisante, d’autres possèdent des graines tuberculeuses ou verruqueuses, d’autres enfin ornent leurs graines de ceintures ailées.

La graine d’Orobanche a la surface recouverte d'un tissu cellulaire lâche et membraneux; de même la graine du Cajopliora , une Loasée, tandis que le Mentzelia , de la

même famille, possède une graine à testa largement réticulé.

Voici des formes de graines garnies d’expansions ailées, membraneuses : la graine de Quinquina (fig. 50), de la binaire, du Bignonia , où elle ressemble avec son aile élargie, transversale et dentelée au bord, à une plume; puis dans le Montinia , une Onagrariée, ou dans le Godetia , où le bord de l’aile devient frangé.

Ici, dans YEriospermum , le testa

mince se recouvre entièrement d’une

perruque de longs poils soyeux qui se

Fig. 50. — Fruit redressent au niveau de la chalaze,

ailé de l’Ailanthe comme si la perruque était peignée en

montiantla giai- jeux ionglies touffes. Dans les Acaune et. 1 embryon s

du milieu. thacées le testa se recouvre souvent de

poils mucilagineux. La graine s’y trouve retenue aux parois de l’ovaire par des sortes de crochets

ou rétinacles subulés, issus de la cloison. Ailleurs, les touffes de poils se localisent, soit aux deux extrémités de la graine comme chez quelques Saxifragées, dont la graine paraît alors garnie comme de deux barbiches, soit au sommet, comme dans l’Epilobe (fig. 51), dans le Saule, dans le Myricaria , où la graine est garnie au niveau de la chalaze d’une aigrette de poils ou d’une chevelure serrée, quelquefois étirée en plumeau.

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Mais toutes ces graines sont encore plus ou moins arrondies, globuleuses; en voici, dans la famille des broméliacées, des Bignoniacées, qui sont absolument discoïdes, aplaties et grosses comme une pièce de deux sous. Voici la graine cylindrique, allongée de l'Hebenstreitia, une Sélaginée; celle du bizarre Nepenthes , très longue, fusiforme, recouverte d’un tégument lâche et longuement tubuleux; puis la petite graine polyédrique de ï’Utrieulaire, qui semble sortir d’un moule; etc.

De toutes les graines, les plus petites sont celles des Orchidées, où leur exiguïté et leur nombre considérable

les ont fait comparer à de la sciure de bois. La Vanille, qui est également une Orchidée, entoure ses petites graines scobiformes noires dans le fruit d’un tissu spécial qui 'sécrète une huile d’un parfum exquis et très employé. Nous ne citons ces quelques exemples de graines variées que pour indiquer les limites et le mode de différenciation. La liste de ces formes intéressantes

de graines serait loin d’être

close. Cependant, nous devons encore citer l’exemple de certaines graines qui, au lieu d’orner leur testa de fioritures, d’arabesques et d’appendices plus ou moins bizarres, le recouvrent d’une couche de tissu cellulaire qu’on peut considérer comme un troisième ou un deuxième tégument ovulaire. Ce tégument porte le nom d'arille quand il se développe sur le funicule pour, de là, aller englober et recouvrir une partie plus ou moins étendue de la graine; il est appelé faux arille ou arillode , quand il prend naissance sur le tégument externe de l’ovule au niveau du micropyle, pour entourer ensuite la graine d’une sorte de capuchon ou de sac plus ou moins ouvert.

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Ces téguments supplémentaires se montrent toujours après la fécondation, de sorte que le micropyle de l’ovule peut, sans inconvénient, être recouvert et entouré de l'arille.

L’arille est ordinairement de consistance charnue et vivement coloré. Ainsi la graine du Nymphœa est entièrement renfermée dans un sac arillaire, celle du Samyda , une Byxinée, est logée au fond d’une enveloppe profondément laciniée au bord. La graine de quelques Fusains, au contraire, est recouverte d’un arillode qui prend quelquefois la forme de circonvolutions rappelant celles du cerveau. La graine du Rhododendron est pourvue de deux houppes de papilles arilliformes ; celle de YUrandia guianensis , une Musacée, est entourée d’une collerette de poils arillaires. Enfin, un des ari I Iodes le plus souvent cités est celui de la graine du Muscadier, appelé macis , et qui est exploité comme épice. La noix de muscade ou graine de Muscadier est entourée d’une enveloppe irrégulière, laciniée et charnue, de couleur orangée, très odorante (fig. 52).

Quant à l’usage des graines, on sait de quelle façon multiple l’homme sait profiter de leurs qualités alimentaires, industrielles, médicinales, de leurs propriétés utiles ou délétères. La liste des exemples à citer serait bien trop longue, remplaçons-la, pour servir de démonstration à chacune des qualités indiquées ci-dessus, par un exemple unique peut-être moins connu. A Saint-Domingue on emploie, sous le nom de « petit coco », les graines broyées du Theophrasta Jussiaei à faire du pain. En Asie centrale, la graine du Millet est employée pour le chagrinage des peaux d’âne et de cheval. Les steppes du Turkestan cl

Fig. 52. — Macis de la Muscade.

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de la Sibérie fournissent par an plus de 10 000 charges de chameau de graines d’armoises employées comme vermifuge sous le nom de semen-contra. Les Caraïbes d’antan enfilaient, en guise de perles, les graines du Jacquinia armillaris ou bois-bracelet, et les portaient comme1 ornements et parures de leur corps. Enfin, la graine du Strychos nux vomica et la fève de Saint-Ignace donnent la strychnine, un des poisons les plus redoutables que l'on connaisse.

L’homme n’est pas seul à dépouiller, pour ses besoins, la plante de sa graine. Beaucoup d’autres animaux, Mammifères, Oiseaux, Insectes, etc., puisent à cette source le plus clair de leur subsistance. Nous constaterons même chez certains Insectes les effets d’un instinct merveilleux qui les engage à déposer, au travers d’obstacles considérables, leur progéniture au milieu de la graine qui doit servir ainsi au jeune à la fois de nourriture et d’habitacle. Dans ces conditions, la graine devient même souvent le théâtre de drames effroyables dans le monde

des Insectes.

Mais l’avenir de la graine dépend le plus souvent complètement de l’état et des destinées de son hôte, le fruit, dont il n'est que la meilleure et la plus importante partie. Les botanistes donnent cependant le nom de fruit quelquefois exclusivement à l’enveloppe carpellaire transformée de la graine.

Les effets de la fécondation retentissent dans tous les organes du pistil et parfois dans tous les organes de la fleur. Le pistil subit une série de transformations qui atteignent à des degrés divers les organes qui le composent, d’où le nombre infini de variations qu’on remarque dans les fruits.

Le stigmate ordinairement se dessèche et disparaît ainsi que le style. Ce dernier cependant se développe parfois démesurément en long panache abondamment garni de poils, comme dans la Clématite, la Pulsati I le, etc.,

ou en stylet crochu comme dans le Géum. La paroi ovarienne subit les plus grands changements. Entourant la graine, on lui donne le nom de péricarpe . Le péricarpe, qui résulte de la transformation de la feuille carpellaire, laisse ordinairement reconnaître au microscope, et même à l’œil nu, les trois couches cellulaires qui lui ont donné naissance. Dans les fruits charnus : Cerise, Pomme, Noix, Abricot, ces trois couches se sont modifiées diversement, mais se retrouvent sous les noms de peau, chair ou broue, noyau ou coque. On se rappelle la fable d’Ésope à l’adresse de la gourmandise égoïste. La peau est souvent recouverte d’un fin duvet appelé pruine et qui n'est autre qu’une couche de cire transsudée d’une extrême délicatesse.

Dans le fruit de l’Oranger, du Citronnier, etc., la couche interne du péricarpe produit de longues papilles qui deviennent charnues, se pressent l’une contre l’autre et forment de la sorte une espèce de pulpe où sont enfouis les pépins ou graines.

Mais les fruits secs sont bien plus répandus chez les plantes, et alors le péricarpe peut être lisse, ou bien il garnit sa surface d’appendices et de proéminences variés.

Ainsi les fruits du Gratteron, du Sanicule, du Bidens, de la Carotte sont couverts de pointes à crochets qui les attachent très solidement au plumage des oiseaux, aux tissus, et même à la peau (fig. 55). Le fruit de YEchinospermum est garni d’une couronne de crochets semblables. Celui de la Châtaigne d’eau (Trapa natans) a la forme d’une petite urne élégante garnie de i ou de 5 bras en guise d’anses. 11 ressemble quelque peu au fruit du Pedalium murex (une Sésamée), dont les pointes acérées rappellent les pointes qui entourent le coquillage du même nom. Mais cette plante est loin d’être aussi terrible qu’une de ses parentes de la même famille, YHarpagophytum , dont le fruit, garni de crochets fort longs et solides, peut devenir fatal au Lion. Poussés par le vent,

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cos fruits roulent sur la plaine unie du désert et s’attachent à la crinière ou à la robe du fauve. Tous les efforts

Fig. 55. — Fruit épineux de la Carotte.

de l’animal pour s’en débarrasser demeurant sans succès, il avale le fruit, qui se loge dans le gosier et qui finit par faire périr misérablement jusqu’au « roi des animaux ».

Plus gros, mais moins perfide, est le fruit du Lecythis urnigera appelé Sapucaya, qui a la forme d’une urne de plus de 25 centimètres de diamètre; c’est une coque ligneuse, épaisse, s’ouvrant circulairement au sommet par une sorte de calotte ou de couvercle de marmite, d’où le nom vulgaire de « marmite de singe »

(fig. 54). Dans la même famille des Myrtacées, un autre fruit, celui du Couroupita , grand ar- Fig. 54. — Fruit du Lecythis bre de l’Amérique tropicale, se urnigera.

distingue par sa forme et scs

dimensions qui lui ont valu le nom de « boulet de canon ». lTn autre fruit bizarre est celui du Phytelephas macrocarpa ou Palmier à ivoire des rives de la Magdalena, dont le fruit accrédite, par son aspect extérieur, son

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nom de cabezadc negro ou léte de nègre. Faut-il rappeler

loppement extraordinaire, le fruit du Lodoïcea Seychellarum ou Coco des Maldives qui, tout seul, affronte les dangers d’une lointaine traversée sur mer, pour aller, barque d’un nouveau genre, déposer son embryon sur quelque côte hospitalière.

Voici, développé en longueur, étrangement tordu en

puis, plus élégant et beaucoup plus réduit, le fruit de notre Luzerne, élégamment contourné en spire serrée; le fruit du Sainfoin, étranglé régulièrement d’espace en espace de façon à si-

lcau, le Pin, l’Ailanthe, le Banisteria , ÏHiræa (Malpi ghiacées), etc., toutes graines connues sous le nom de Samarres (fig. 56).

Le péricarpe peut se couvrir de glandes spéciales, comme dans le Houblon qui produit la précieuse lupuline , ou dans le Triumfetta actinocarpa, une Tiliacée du pays Çomali, dont le fruit est couvert de longs poils, durs, glandulaires, qui sont un objet de profonde antipathie et de dégoût pour les Fourmis.

longue spirale, le fruit du Strepto carpus , celui des Bignoniacées, etc.

muler un chapelet de boules (fig. 55), et les fruits plus élégants encore de beaucoup de Crucifères; puis le fruit en forme d’étoile de l’Anis étoilé ou Badiane de Chine, qui donne l’anisette de Hollande.

Fig. 55. — Fruit du Sainfoin.

Enfin, toute la série des graines où le péricarpe s’aplatit, s'amincit au bord et

se déploie en aileron, en disque ailé, en

hélice, comme chez le Frêne, le Bon-

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('I du fruit contre les assauts destructeurs de ces insectes effrontés, et plus d’une fois la plante en use pour se mettre hors des atteintes de ses ennemis : elle entoure pour ainsi dire son fruit d'une atmosphère d’odeurs diverses, tout à fait insupportables aux Insectes et autres voleurs de fleurs. Remarquons que la plante qui emploie ce moyen « méphitique » pour conserver son bien, ne le fait pas de propos délibéré, c’est-à-dire dans le sens d’une cause finale, mais que les plantes ainsi pourvues d’atmosphère de sûreté ne sont que les restes, les survivantes

Fig.

— Samarre double de l’Érable.

d’une série d’ancêtres qui, étant moins garanties sous ce rapport, ont succombé sous les atteintes précisément de leurs ennemis. Nous sommes ici en présence des effets conservateurs de la sélection naturelle.

Le fruit et la graine emploient d’autres moyens encore1 pour échapper à la destruction, et ces moyens sont souvent des ruses. Ainsi, au lieu de se faire remarquer par une livrée brillante, si son avantage n’est pas de servir de pâture aux Oiseaux, le fruit se fait humble, prend des couleurs ternes, pareilles à la teinte du sol, ou bien il simule, par sa forme ou sa livrée, l’aspect d’animaux ou

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d’autres parties de plantes. Ses ennemis dépistés, en croyant avoir affaire à autre chose qu’à un fruit ou n’étant pas assez clairvoyants pour le distinguer sur un sol de même couleur, l’épargnent et lui permettent de continuer l’espèce. Les Anglais désignent ces ruses sélectionnelles, qui se rencontrent d’ailleurs fréquemment dans le monde animal, sous le nom de mimicry , que nous traduisons par mimétisme. Les fruits de certains Polygala , par exemple, ressembleraient à certaines espèces de Coléoptères, ceux de beaucoup d'espèces de Lupin à des Araignées, ceux du Scorpiurus à une chenille, etc. Il faut pourtant juger ces apparences avec beaucoup de circonspection et se garder de trouver tout pour le mieux dans le meilleur des mondes. La sélection naturelle est une tendance naturelle, une approximation, qui ne cesse qu’à défaut d’objets sur lesquels elle puisse s’exercer.

Mais, si les effets de mimicry du fruit et des graines aident à la conservation de l’espèce des plantes, ils aident quelquefois également, par échange des mêmes procédés, à la conservation des Insectes dont le fruit porte la livrée. Ainsi, un jour, récoltant les fruits d’une magnifique Labiée, dans les steppes du Turkestan, je fus très surpris de voir dans ma récolte certaines nucules, marbrées de brun et de clair, se mouvoir au milieu des autres. Inspection faite, je reconnus dans ces fruits ambulants une espèce d'Hémiptère qui, vu de dos, ressemblait absolument à une nucule de cette Labiée, à tel point que je l’avais récolté comme un fruit de la plante. Lequel des deux, de la plante ou de l’insecte, avait pris le déguisement de l’autre et lequel des deux en retirait le plus de sûreté contre les attaques? La nature a de ces harmonies étonnantes, de ces rencontres d’êtres disparates qui coexistent en paix parce que leur association repose sur des intérêts mutuels. Le Corbeau chasse avec le Faucon, 1 a Rémora s’attache au Requin, le Fierasfer habite Y Holothurie, le Champignon destructeur s’unit à l’Algue dans

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SI

le Lichen, et l’Insecte se cache, avec une graine, au fond d’une fleur de Labiée !

La graine une fois mure, il faut qu’elle sorte du fruit pour germer. Mais tous les fruits ne se comportent pas de la même façon : ou bien ils s’ouvrent et laissent échapper les graines, ils sont déhiscents ; ou bien demeurant clos, indéhiscents , ils font partager à la graine leur propre destinée. Inutile de dire que la graine, dans ce dernier cas, n’en a que les avantages. Les fruits charnus sont généralement indéhiscents.

Les ouvertures qui s’établissent sur le

fruit pour laisser échapper les graines,

peuvent être des fentes longitudinales 1/

(fig. 57), transversales, ou des pores qui j

s’ouvrent ordinairement au sommet du

fruit. La plupart des fruits déhiscents

s’ouvrent par des fentes longitudinales,

comme la Pivoine, la Tulipe, le Pois,

le Colza, etc.; quelques-uns seulement

par une fente transversale, comme le

Mouron rouge (Anagallis arvensis ) dont

le fruit sec, appelé pyxide , détache à

sa moitié supérieure une sorte de ca- Fig. 57. — Déhis-

lotte qui se soulève à la façon du cou- cence en fente 1 , , , , , , , • longitudinale du

vercle d un pot a tabac et met les grat- fruit (SiüqUe^ au

nés à nu (fig. 58). Enfin, le Grand Muflier, Chou,

le Réséda, par exemple, percent le fruit au sommet, le premier de trois trous arrondis, celui-ci d’un large trou béant par où les graines peuvent s’échapper ou plutôt tomber, car sans cause extérieure elles ne pourraient quitter le fruit qu’après la destruction totale de ses parois.

Les fruits secs qui s’ouvrent ainsi sans expulser violemment leurs graines, laissent tomber ces dernières, à moins d’adaptation spéciale, comme nous allons le voir,

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au pied même de la plante ou du moins dans un faible rayon autour du pied. Les plantes qui ont ces habitudes de dissémination passive sont pour la plupart des plantes annuelles, de petite taille. Grâce à leur courte végétation, elles n’épuisent pasJes matières nutritives du sol sur un grand rayon ou bien disposent d’autres organes de conservation de l’espèce tels que bulbes, rhizomes, etc.

La graine en effet, s’il en était autrement, ne trouverait pas dans le sol la nourriture suffisante pour son développement, périrait et compromettrait la conservation de l’espèce.

Pour les grands arbres, pour les plantes qui épuisent

le sol et en géné-

ral pour toutes les plantes de grande distribution eéo-

graphique, il n'en peut être ainsi sous peine de défaite dans la lutte pour l’existence. Il en es!

Fig. 58.

l'yxide de l’Anagallis et déhiscence en calotte.

du fruit de ces végétaux comme des essaims de puissantes nations : il faul qu’il y ait. dissémination au loin poulie bien à la fois de la plante mère et du rejeton. Or, chez les plantes, la nature obtient ce résultat par des voies différentes. La plante opère la dissémination de ses graines : lü par voie directe ou mécanique; 2° patvoie indirecte, en adaptant ses graines au transport par le vent, les animaux ou l’eau. La dissémination directe se fait par des fruits qu’on peut qualifier à bon droit d’explosibles, car, au moment de la déhiscence des parois; il se produit une explosion plus ou moins intense qui lance les graines souvent à une distance cou-

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sidérable. Nous avons assisté à des phénomènes pareils chez quelques Champignons (voir p. 8).

La Balsamine, Y Impatiens Noli me tangere de Linné sont connus depuis longtemps pour leurs fruits explosibles, et cette particularité a même valu à cette plante gracieuse son joli nom de « N’y touchez pas ». Le fruit allongé, à cinq loges remplies de minuscules bombes qui sont les graines, éclate à la maturité, au moindre attouchement de son sommet, et se divise en cinq lanières pendantes. Mais ces lanières, en s’enroulant vivement et avec force en spirale autour d’ellesmêmes, projettent leurs petites bombes au loin (fig. 59). La force de projection peut être telle que les graines, lancées au visage du spectateur insouciant, lui occasionnent un effroi comique mêlé de curiosité et de surprise.

La Sûrelle ( Oxalis acelosella) a la surface de son fruit tellement sensible à la maturité, qu’il est presque impossible de recueillir ies graines à la main.

Dès que les doigts touchent la capsule, l’explosion se produit,

lançant les graines entre les doigts et contre la main, où elles rebondissent et s’échappent. L’explosion subite produit un crépitement assez sensible qu’on a comparé au crépitement d’une mitrailleuse.

Le fruit du Lupin jaune se tord violemment en tirebouchon au moment de la déhiscence et lance ses graines à dix pas de distance. D’autres espèces de Lupin, le Pois fleuri, la Violette, etc., se débarrassent de la même façon de leur progéniture. Ce sont là toutes plantes de nos pays auxquelles nous refusons trop souvent notre atten-

Fig. 59. — Déhiscence du fruit explosible de la Balsamine.

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tion parce que, pensant à tort que la rareté seule est un titre à notre admiration, nous estimons qu’une mauvaise herbe ou une plante fourragère sont trop communes pour être merveilleuses.

Sous les tropiques, où la végétation devient si intense quelle semble avoir grandi l’échelle et reculé ses limites, les mêmes phénomènes s’exagèrent et nous frappent davantage par leur amplitude. Ainsi M. Muller raconte qu’un soir, se trouvant à ïtajahyet la température s’étant abaissée, 'il fut très intrigué d’entendre dans la forêt une sorte de « bombardement » soutenu, mêlé d’un bruit pareil à celui qu’on produit en jetant une poignée de gravier dans le feuillage d’un arbre. 11 se trouva que ces bruits provenaient de deux arbres, deux Bauhinia brasiliensis , se dressant à proximité au milieu du fourré et occupés à disséminer leurs graines. Les capsules, longues de 15 à 20 centimètres, s’ouvraient avec explosion et, en enroulant leurs valves en spirale, projetaient les graines à plus de vingt pas de distance.

Le fruit du Hara crepitans , une Euphorbiacée de l’Amérique tropicale, appelé sablier parce que, jeune et cuit dans l’huile pour empêcher l’explosion, on s’en sert comme tel, fait explosion en détonant comme un coup de pistolet et en lançant ses graines à plus de vingt pas de distance. On prévient cette explosion dans les collections en entourant le fruit d’un blet solide. Voilà des voisins incommodes sinon dangereux dans une forêt américaine, et les voyageurs peuvent se féliciter, avec le dormeur de la fable, que les noix de coco et du Brésil, les graines de l’arbre à ivoire, etc., ne soient pas mises au monde de la même façon.

Ces explosions plus ou moins véhémentes sont dues à des tiraillements en tension, dans les différents tissus du fruit lors de la dessiccation qui accompagne la maturation. Plus rarement, ces tensions sont produites par la turgescence des cellules. Le fruit de ÏEcbalium elaterinum ,

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une Cucurbitacée qu’on rencontre dans le midi de la France, et que les Allemands, par allusion à ses habitudes, appellent Spritzgurke , se détache, à la maturité, brusquement de son pédicelle et, par l’ouverture ainsi produite, lance ses graines au milieu d’une pulpe liquide (fig. 60).

Les fruits adaptés au transport par les animaux, le vent

*ig

. GO. — L’ Ecbalium et son fruit explosible.

ou l’eau, vont beaucoup plus au loin chercher patrie et fortune. C’est ainsi que les fruits d'une Légumineuse, YEntada (fig. 61), s’aventurent sur les mers tropicales. Ils suivent l’exemple que leur donnent beaucoup de fruits de palmiers et, entre autres, le Cocotier des Maldives (. Lodoïcea Seychellarum) . Les aigrettes des Composées

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St)

sont parfois emportées par la tempête à des centaines et peut-être des milliers de kilomètres.

Le vent est un agent de dissémination des plus importants. La plante lui livre ses fruits et ses graines adaptés de façons diverses. L’adaptation la plus économique et la plus efficace est souvent la petitesse et la

légèreté de la graine, comme dans les Pavots, les Orchidées, etc. Ailleurs, le revêtement pileux, soit généralisé sur la surface (Cotonnier, Eryophorum), soit localisé (Anémone, Clématis, Epilobe, etc.), tout en diminuant le poids spécifique, donne facilement prise au vent.

L’adaptation certainement la plus gracieuse et la plus étonnante est obtenue par les parachutes des fruits de Composées, connus sous le nom d'aigrelles (fig. 62). Voyez le Pissenlit ou le Chardon balancer ses petites têtes de loup blanches sous le souffle de la brise. Une bouffée d’air plus forte et le voilà complètement dégarni; les aigrettes, tourbillonnant sous la poussée, s’élèvent et, pareils à de légers flocons, ont bientôt disparu au regard.

Longues, courtes, radiées ou pileuses, les aigrettes résultent du calice qui s’est, développé tardivement et ne se rend utile qu’à ce moment.

D’autres parties de la fleur, parfois T inflorescence entière, peuvent s’adapter à la dissémination aérienne. L’arbre à perruque (Rhus Cotinus) perd à ce moment la plupart de ses fleurs avortées. Les pédicelles s’allongent, se garnissent de poils et transforment ainsi l’inflorescence en une sorte de perruque grossière, abandonnée aux

Fig. 61. — Fruit de 1 ’Entada (Gousse).

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caprices du vent. Les expansions membraneuses, disques et ailes des fruits de Bouleau, d’Ormc, de Frêne, de Pin aident puissamment encore au transport aérien, à la dissémination au loin.

Les animaux supérieurs, Oiseaux et Mammifères, rendent, comme colporteurs de fruits et de graines de signalés services aux plantes. Les aspérités, pointes, crochets, poils glandulaires et humides, qui garnissent si souvent la surface des fruits, ne servent pas seulement à donner au botaniste descripteur des caractères -,\-i ///✓

de classification; ils se rendent fort utiles en fixant le fruit contre le poil du Mammifère ou la plume de l'Oiseau. Le Leersia oryzoides, une Graminée, grâce au revêtement de poils crochus de son fruit, a été transporté ainsi par des Oiseaux aquatiques voyageurs, Canards et Poules d’eau, de l’Europe méridionale jusque sur les côtes de PAllemagne du nord. Les fruits gluants, tels que ceux du Nuphar jaune, tig. — Aigrette de Laitue.

du Gui, se collant après les

plumes et à l’angle du bec des Oiseaux, peuvent être transportés fort loin. Et tous ces fruits charnus, succulents, riches de couleur, agréables au goût des animaux, ne seraient-ils là que pour trouver le terme de leur existence et de celle plus précieuse de leurs graines, dans l’estomac d’un animal sans espoir de compensation? Un tel manque d’équilibre ne saurait exister dans la nature, et si la plupart des graines enfermées dans des fruits charnus et mangés par les animaux n’avaient, pour sauf-

conduit à travers les épreuves du tube digestif, une enveloppe coriace ou solide, comme le noyau des Cerises, de l’Aubépine, le testa solide du pépin du Raisin, le testa coriace du pépin de Pomme, etc., il y a longtemps que , l’appétit des frugivores et des granivores aurait eu raison de l’existence de ces plantes. Il y a plus. Lyell rapporte une observation faite par des jardiniers anglais, d’après lesquels des graines de Roses et d’Àubépine se refusaient à germer dans le sol, à moins d’avoir passé préalablement par le tube digestif des Dindes de la basse-cour.

Ajoutons que si la graine n’est pas adaptée par une enveloppe suffisante à ce voyage, elle succombe sous les attaques d^s sucs digestifs et des muscles du gésier ou, pour le moins, perd sa faculté germinative.

Depuis 1770 le Phytolacca clecandra fut ainsi dispersé par les oiseaux de Bordeaux sur tout le midi de la France. Les Perroquets et les Faucons disséminèrent de la même

façon le Pommier à travers le Chili. Le Gui aurait bien

de la peine à placer sa progéniture sur les branches élevées des arbres si les Oiseaux, friands de ses baies, ne lui venaient en aide. On a vu, dans des endroits où des Faucons avaient dévoré des Pigeons, germer de nombreuses graines qui se trouvaient, au moment de la catastrophe, emmagasinées dans le jabot des victimes.

Autre façon de procéder des Oiseaux, qui constitue un mode de dissémination assez -inattendu : une' espèce de Garrulus , animal prévoyant mais de courte mémoire, se ménage en automne des cachettes sous les feuilles mortes ou sous les coussinets de mousse. 11 y transporte quantité de glands de Chêne, des Noisettes, des fruits de Hêtre, etc. Mais, la bise étant venue, il oublie la plupart de ses cachettes et les fruits amassés se mettent à germer en engageant entre eux la lutte pour la vie.

Enfin, l’eau aide puissamment à la dissémination des fruits et des graines, non seulement des plantes aquatiques, mais encore de beaucoup de végétaux terrestres; mais,

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pour les voyages un peu longs, le fruit ou la graine doivent être adaptés de façon à surnager, tout en n’étant pas endommagés par l’eau. Le fruit des Sagittaria, Villarsia est ainsi transporté sans avaries à cause de sa surface huileuse. Le fruit du Nupha r se divise à la maturité en disques semi-lunaires qui gonflent leur tissu en vessie natatoire et se soutiennent ainsi à la surface de l’eau jusqu’à destruction de ces tissus et mise en liberté de l’air qu'ils contiennent. La graine du Nymphœa cilba s’entoure d’un sac arillaire gonflé d’air qui le soutient pendant quelque temps à la surface de l’eau.

Les Nepenthes , ces plantes bizarres des marécages de Madagascar et de l’Asie tropicale, possèdent des graines allongées, fusiformes, recouvertes d’un tégument membraneux, lâchement celluleux.

Soutenues par ce tégument, les graines flottent d’abord au gré du vent, puis, s’imbibant peu à peu, elles s’alourdissent, descendent au fond et germent.

Des fruits de plantes terrestres, poussés par le veut, sont charriés par les fleuves, les rivières, les ruisseaux. J'ai vu un jour l'Oxus, emportant en grandes quantités les aigrettes d’une Composée de la steppe, que le vent lui avait amenées. Portées par le flot, elles allaient à quelques centaines de kilomètres en aval atterrir et germer loin de leur plante mère. A ces agents de dissémination naturelle l’activité humaine en a ajouté quelques autres qui, pour ne pas avoir une action générale, n’en sont pas moins à prendre en considération. Navires, locomotives, caravanes, marchandises, etc., rapprochent les peuples et étendent les flores. Je n’en veux comme preuve que la florule si intéressante des talus de chemin de fer ou l’apparition inopinée et bien souvent constatée de plantes australiennes, sud-américaines autour des localités où l’industrie des filatures emploie des laines du pays d’outremer.

Mais, arrêtons-nous! L’œuf végétal a tant de destinées

L’ŒUF

diverses, son histoire est tellement riche en épisodes et en aventures, qu’elle remplirait à elle seule le cadre étroit de notre volume, au détriment de Fliistoire des merveilles de l’œuf animal.

CE QUE C'EST QU’UN ŒUF ANIMAL

Nécessité de la multiplication et de la reproduction des êtres organisés. — Rapidité de multiplication. — Omnis cellula e cellula, omne vivum ex ovo. — Idées des anciens sur la genèse des animaux. — Théorie de la génération spontanée et expériences de M. Pasteur. — Multiplication par scissiparité. — Faculté réparatrice du corps des animaux. — Rliinoplastie. — Nature cellulaire du corps des êtres organisés. — Multiplication par gemmation ou bourgeonnement. — Reproduction par l’œuf. — Qu’est-ce que l’œuf?

— Animaux ovipares, ovovivipares. — Structure de l’œuf de Poule au moment de la ponte. — La coquille et son rôle. — Membrane coquillière et chambre à air. — Blanc ou albumen. — Chalazes. — Membrane vitelline. — Jaune ou vitcllüs. — Latébra. Cicatricule ou blastoderme. — Origine de l’œuf, ovaire, ovule, vésicule et tache germinative. — Fécondation, de l’œuf, micropyle.

— Segmentation du disque germinatif. — Origine commune de tous les animaux ovipares. — Œufs complets ou incomplets; à grand ou à petit vitellus. — Développement des feuillets du blastoderme. — Embryogénie. — Vésicule ombilicale. — Amnios, Allantoïde. — Théorie de l’emboîtement des germes. — Théorie de l’épigénèse. — Éclosion.

Dans ce grandiose concert universel où forces et matière se jouent et se transforment sans relâche, où, d’après un aphorisme célèbre, « rien ne se perd et rien ne se crée », la multiplication des êtres organisés esl une condition absolument nécessaire au maintien de leur existence. Pareil à un de ces majestueux geysers de l’Islande ou au timide jet d’eau qui se cache dans les herbes, pareil à la source limpide qui sourd du rocher, puis retombe en mille gouttelettes pour s’infiltrer à non-

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veau, le puissant Séquoia de Californie, le Vautour des Andes, le Scarabée doré et l’Infusoire microscopique jaillissent du sein de la vie et luttent pour l’existence; mais bientôt, vieux de trois mille ans ou d’un jour, vaincus par l’usure de leurs organes et pressés de céder la place à d’autres générations, ils se résolvent en germes nouveaux et meurent. Ils meurent en partie, car leur existence se continue dans celle de leurs enfants. Si, bien armés dans la lutte pour l’existence, ceux-ci se perfectionnent, ils s’assurent l’hégémonie sur leurs contemporains.

Telle est la loi du progrès.

Les uns luttent par le nombre, les autres par la perfection des combattants. Trois causes générales mettent une limite plus ou moins restreinte à l’extension indéfinie des espèces : la durée normale de la vie individuelle, la faculté reproductive ou de multiplication et la suppression d’une plus ou moins grande proportion de la progéniture Si la durée movenne de la vie de l’homme, au

lieu de trente-cinq ans, était de cinq cents ans, il y a longtemps que tous les coins et recoins du globe terrestre seraient peuplés de ses descendants; si la femelle du Crocodile, qui peut devenir centenaire, au lieu de pondre chaque année de soixante à quatre-vingts œufs, en pondait des milliers et des millions, comme certains Poissons, avec une chance de succès proportionnelle, les fleuves ne seraient plus assez larges pour les contenir; enfin si — mais la nature ne cannait pas de si — le frai annuel de chaque individu femelle de Morue, frai qui se compose de près de trois millions d'œufs, arrivait entièrement à bonne éclosion, après plusieurs générations, le nombre d’individus decetteespèce serait devenu incommensurable.

Dans le même ordre d’idées, les plantes nous fourniraient encore des exemples plus frappants que les animaux. Sans compter la prodigieuse rapidité de multiplication des Bactériacées, nous n’avons qu’à suivre la multiplication d’une' de ces Algues filamenteuses comme

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YUlothrix zonata. On a fait le calcul qu’à la fin de l’hiver, qui est l’époque de multiplication et de reproduction de cette Algue, un seul filament aura pu produire, en vingt semaines environ, dix générations successives.

Ces dix générations représentent un nombre d’individus exprimé par le chiffre 1 048 576 suivi de quarante zéros. En supposant à chaque filament une longueur moyenne de 25 centimètres, la longueur totale des filaments de la sixième génération serait un nombre de kilomètres représenté par le chiffre 262144 suivi de trente-sept zéros. Placés bout à bout, ces filaments feraient le tour du monde un nombre de fois exprimé par 65556 plus trentetrois zéros! Nous n’avons pas de mots dans notre langue pour exprimer ces valeurs et nous retombons au niveau de ces nègres, qui ne peuvent compter au delà de dix.

Quels sont donc les moyens employés pour arriver à une prompte et nombreuse multiplication d’un individu?

L’illustre Harvey posa, dès la première moitié du dixseptième siècle, en axiome que tout être vivant provient d’un œuf : omne vivurn ex ovo. Pris au pied de la lettre, c’est-à-dire interprété dans le sens que nous donnons aujourd’hui au mot œuf qui est le produit d’une fécondation d’un principe femelle par un principe mâle, l’aphorisme de Harvey n’exprime plus une règle générale. On lui substituera avec plus de justesse cet autre aphorisme connu : omnis cellula e cellula. Nous avons vu, en effet, qu’un certain nombre de Thallophytes inférieurs n’usent que du seul moyen de multiplication asexuelle et nous retrouverons des phénomènes parallèles chez les animaux inférieurs. Comme nulle part plus que dans l’interprétation des faits scientifiques et dans l’intérêt de la vérité il faut user de scepticisme, nous n’hésiterons pas à considérer cet aphorisme comme une hypothèse exprimant le résultat de nos connaissances actuelles et plus près de la réalité que l’hypothèse de Harvey, quitte à l’abandonner si des connaissances plus approfondies nous ont con-

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vaincus de notre erreur. Mais s’il faut prendre le mot de Harvey dans le sens que tout être vivant vient d’un prédécesseur, d’un parent, nous l’admettrons comme l’expression de tous les faits connus aujourd'hui.

Aristote pensait que la terre putréfiée, le limon, les plantes, les « superfluités )> du corps pouvaient faire naître spontanément des animaux. Plutarque admettait que le limon d'Égypte pouvait engendrer des Rats. Kircher, au dix-septième siècle, assurait que des fragments de Serpent, semés en terre, repoussaient en Serpents nouveaux, etc.

Ces préjugés, qui se sont conservés sous plusieurs formes jusque dans le siècle actuel, furent un à un battus en brèche au fur et à mesure que les études de biologie, aidées du microscope, permirent de plus en plus de se rendre un compte exact des mœurs et de la structure du corps des animaux.

il fut difficile en effet d’expliquer la présence des Vers dans les substances en décomposition, la présence de larves dans les galles ou dans les arbres, l’apparition des Infusoires dans l’eau corrompue, celle des Vers parasites dans des parties si profondes de l'organisme animal, etc., sans connaître les mœurs de ces Insectes, les propriétés des Infusoires et les migrations des Entomozoaires. Mais peu à peu la lumière se fit, chacun y apportant son étincelle. Rédi, Vallisnieri, Swammerdam, Leuwenhoek. Spailanzani, etc., ouvrirent brillamment la voie des recherches analytiques et expérimentales, et de nos jours M. Pasteur est venu couronner l’édifice des patientes recherches de ses prédécesseurs par une série d’expériences admirables de clarté et de logique.

Nous dirons donc que, jusqu'à présent, aucun fait observé n’est venu corroborer l'idée d’une génération spontanée, et nous admettrons que tout individu cellulaire provient d’un parent préexistant. ,

Voici une goutte de mercure sur une table. Écrasons-

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la -.elle se divisera en plusieurs gouttelettes plus faibles, toutes arrondies et de même nature que la goutte primitive. Nous l’avons multipliée. Voici maintenant une feuille de Bégonia et un Nais , animal de la classe des Vers ; coupons la feuille et le corps du Ver en douze, quinze, vingt morceaux, mettons-les dans de bonnes conditions de croissance, et chacun des morceaux, non seulement continuera à vivre, mais développera un nouvel individu pareil à celui dont, au début, il ne représentait qu’une faible partie. La gouttelette de mercure, elle aussi, reprend, après la séparation, la forme arrondie de la goutte originale et garde les propriétés du mercure, mais elle ne saura, comme le fait l’être vivant, la cellule en dernière analyse, augmenter de volume de sa propre initiative et ne parviendra jamais d’elle-même à égaler celui de la goutte primitive.

Voilà donc un premier mode de multiplication obtenu aussi simplement que possible : c’est la scissiparité ou multiplication par fragmentation. C’est à cette faculté reproductrice que les êtres inférieurs doivent leur étonnante facilité d’extension.

Les animaux et les plantes plus élevés la perdent progressivement pour la remplacer par des modes plus perfectionnés, mais rarement au point de ne pouvoir, au besoin, s’en servir comme d'une dernière garantie contre la suppression de leur espèce. Les Crustacés, les Arachnides, les Reptiles et les Batraciens usent de cette faculté reproductrice pour réparer des organes entiers qu’un accident leur a fait perdre. Jusque dans l’espèce humaine les effets conservateurs de cette faculté se sont transmis et se manifestent dans un ensemble de phénomènes curieux connus sous le nom de r h i no plastie, l'équivalent de la greffe chez les plantes supérieures.

A vrai dire, tout être organisé est composé d'une cellule ou de plusieurs cellules dérivant d'une seule. Or, la multiplication des cellules se fait par scissiparité ou par un

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mode qui en dérive. Les êtres élevés 11e sont que des colonies de cellules, ambulantes chez les animaux, fixes chez les plantes, colonies où la division du travail a introduit une spécification des fonctions plus ou moins avancée qui éclate déjà à un degré très apparent et nous frappe chez les Siphonophores. 11 n’est donc pas absurde de voir les cellules conserver individuellement dans une association les propriétés qu’elles possèdent chacune isolément quand elle vit pour son compte, comme chez l’animal ou la plante unicellulaire.

Le deuxième mode de multiplication, appelé gemmation ou multiplication par bourgeonnement, dérive de la scissiparité avec cette différence que l’individu nouveau qui en résultera est le produit de l’activité, restreinte sur une partie du corps, d’une association de cellules ou d'une cellule. Les plantes et les animaux inférieurs nous en offrent de nombreux exemples.

Mais ces deux modes de multiplication sont asexuels. L’immense majorité des êtres vivants se reproduisent sexuellement par fécondation et donnent naissance à des œufs , produits de l’activité de deux cellules différenciées qui se sont unies en se donnant une nouvelle et puissante impulsion de vitalité.

Qu’est-ce donc qu’un œuf?

C’est un être vivant. C’est la graine de l’animai comme la graine de la plante est l’œuf de la plante. C’est un être nouveau, cellule microscopique au début, embryon ensuite, entouré le plus souvent de réserves nutritives pour son jeune âge, puis enveloppé de membranes protectrices, parfois d’une carapace solide, d’une coquille très dure. Tel est l’œuf de l’Oiseau, tel est celui du Poulet que nous allons prendre comme sujet de description à titre d’œuf typique.

Remarquons ici que l’œuf de tous les animaux est construit sur un même modèle, d’après un même plan. Ce qui varie, c’est le volume, c’est-à-dire la quantité de

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matière nutritive que le jeune être trouve à sa disposition. Tous les animaux sont ovipares, ou ovo-vivipares. l)u moment que le jeune être, chétif et incapable de se procurer lui-même sa nourriture, se trouve séparé de sa mère avant de pouvoir vivre de son propre travail, il lui faut une provision viagère jusqu’au moment de son émancipation. C’est le cas du jeune Poulet dans l’œuf : si le moment de l’éclosion du Poulet coïncidait avec celui de la ponte, l’embryon, à peine ébauché, serait frappé de mort à cause de son état extrême de faiblesse et d’imperfection. Mais si la mère emmagasine à son intention des provisions nutritives dans l’œuf devenant garde-manger, le jeune Poulet pourra s’en nourrir après la ponte, jusqu'au moment où ses organes se seront développés et qu’il pourra sortir de sa retraite et affronter les dangers d’une existence dorénavant plus indépendante. Nous parlerons ailleurs des surcroîts de soin que les parents donnent souvent, après l’éclosion, à leur jeune progéniture, afin de mieux la préparer pour le moment critique où les néophytes, réduits à leurs propres ressources, entameront la lutte pour l’existence.

Chez les animaux ovo-vivipares, parmi lesquels sont les Mammifères, l’œuf diffère de l’œuf des Oiseaux par une quantité moindre de provisions viagères et l’absence de carapace protectrice. En effet, l’œuf passe tout le temps nécessaire au développement du jeune embryon dans l’organisme même, dans l’oviducte, et la mère, au lieu de l’abandonner avec des provisions viagères, se met plus directement en rapport avec lui et lui donne peu à peu, au fur et à mesure de ses besoins, la nourriture nécessaire. Elle le nourrit jusqu’au moment où, suffisamment développé, il peut la quitter pour vivre dès lors indépendant ou du moins pour se contenter de soins moins impérieux.

Si nous coupons en deux un œuf de Poule durci par la coction (fig. 05), nous trouverons successivement du

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