ŒUF
dehors au dedans : 1° la coquille, 2° une membrane accolée à la coquille, o° le blanc ou albumine, 4° une membrane entourant le jaune, 5° le jaune, 0° au gros bout, une cavité ou chambre à air.
La coquille n’est d’abord qu’une substance gélatineuse blanchâtre. Elle est formée de deux feuillets membraneux dans lesquels viennent se loger des corpuscules calcaires. Ces deux feuillets sont traversés par des canali-
cules ou pores très fins, qui permettent aux gaz de passer du dedans au dehors et vice versa. L’embrvon étant un animal vivant, il faut absolument que les échanges gazeux puissent entretenir la respiration.
Aussi, quand l'œuf est mouillé, les canalicules sont bouchés et l’aime peut plus y pénétrer, tandis que la coquille sèche rend ce passage très facile. Si l’on recouvrait la surface de l’œuf d’une couche de vernis qui empêche complètement le va-et-vient des gaz, on répéterait l’expérience célèbre de Spallanzani sur la respiration superficielle des Batraciens : avant recouvert une Grenouille d'une couche de vernis, il la vit succomber au bout de peu de temps à défaut du passage de l’oxygène à travers les tissus de la peau. De même, si, après avoir soumis un œuf verni à l’incubation pendant 21 jours, temps au bout duquel le jeune Poulet doit normalement éclore, on ouvrait cet œuf, au lieu d’un jeune animal bien développé, on ne trouverait que le cadavre de l’embryon mort d'asphyxie La coquille, par conséquent, ne doit pas seulement remplir un rôle protecteur efficace, mais encore faut-il quelle soit assez poreuse pour ne pas isoler complètement de
Fig. G3. — Coupe à travers un œuf de Poule récemmen t. pond u .
a . Coquille; b. Chambre à air; c. Couche du blanc ; d. Chalazcs; e. Membrane vitelline; /'. Vitellus ou jaune; g. Cicalricule.
CE QUE C’EST QU’UN (EIJF ANIMAL 9
l’air atmosphérique qui l’entoure, le petit être qu’elle protège. Pendant les premiers temps de sa vie dans l’œuf, l’embryon transpire; or, tout, en laissant passer les gaz de la transpiration, la coquille s'oppose par sa structure à la destruction par dessiccation de son contenu, et voilà la deuxième partie importante de son rôle.
Les œufs de tous les animaux n’ont pas besoin d’être ainsi protégés par une coquille, ni contre les accidents extérieurs, ni contre la sécheresse. Ceux qui se trouvent constamment dans un milieu humide n’ont rien à craindre d’une dessiccation excessive, mais tous demandent un certain degré d’humidité. Ce degré dépassé, l’œuf périt ou bien le développement de l’embryon s’arrête. Certains œufs peuvent même demeurer sans eau pendant des mois et des années dans un état de vie latente, sauf à reprendre leur activité embryogénique avec le retour de la quantité d’eau nécessaire. Ils ont cela de commun avec beaucoup de graines de plantes, qui conservent fort longtemps leur faculté germinative à l’abri de l’eau et germent quand elles se trouvent placées en présence d’une certaine quantité d’eau. Voilà la raison pourquoi on voit souvent avec étonnement, après des travaux de terrassement, après de fortes pluies ou des inondations prolongées, apparaître inopinément dans certaines contrées des espèces de plantes ou d’animaux inconnues auparavant dans la llore ou la faune du pays.
Immédiatement au-dessous de la coquille et intimement en contact avec elle, se trouve la membrane de la coquille. Cette membrane, délicate et souple, se compose en réalité de deux feuillets, l’un externe qui touche à la coquille, l’autre interne qui recouvre la surface du blanc. Au moment où l’œuf est pondu, ces deux feuillets se touchent sur tout le pourtour; mais, dès la ponte, l'œuf .commence à transpirer, à perdre de la vapeur d’eau. Cette perte entraîne une diminution de volume de l’albumen. En se contractant, le blanc entraîne son feuillet
et le sépare du feuillet de la coquille, de façon à laisser entre les deux un espace d’autant plus large que l’œuf est plus âgé. C’est la chambre à air, logée toujours au gros pôle parce que la transpiration y est la plus forte et l’échange des gaz le plus facile. Qu’on recouvre, par exemple, le petit pôle d’une couche de vernis imperméable, et les fonctions respiratrices seront relativement peu affectées; mais qu’on vernisse le gros bout, et les troubles deviendront tellement graves qu’ils entraînent d’abord la difformation monstrueuse de l’embrvon et finalement sa mort.
Au-dessous de la membrane coquillière se trouve le blanc ou albumen. L’albumen est composé principalement d'une substance azotée, très répandue dans les corps organiques : l’albumine, substance nutritive par excellence. Elle s’y trouve associée à de l’eau, des matières salines, un peu de matières grasses et du sucre. La composition de l’albumine varie naturellement avec les progrès de la transpiration. Voici comment se répartissent les différentes substances de l’albumen sur 100 parties prises à un moment donné :
Traces de matières grasses
(oléine, margarine, savon).
Eau 72,27
Matières solubles 13,316
Albumine 13,274
Matières minérales 0,64
Sucre 0,5
On peut voir facilement sur une coupe médiane à travers un œuf durci, que l’albumen est composé d’une succession de couches superposées, alternativement transparentes et opaques. Les feuillets opaques sont formés, à l’état frais, par une substance très lluide, tandis que les feuillets transparents résultent de la coagulation d’une albumine plus épaisse. Les deux couches les plus fluides
CK QUE C’EST QU’UN (EUE ANIMAL
st* trouvent, l’une au contact du jaune, l’autre au contact de la membrane coquillière. Mais on remarque en outre, allant des deux pôles vers le centre, à travers la masse de l’albumen, deux cordons tordus, roulés en spirales, pareils à une mèche enroulée sur elle-même : ce sont les chalazes. Ce mot signifie grêle en grec, et on l’a appliqué à cette partie de l’albumen parce que l’intérieur est pointillé d’une série de petits grains blancs opaques. Les extrémités des chalazes, tournées vers les pôles, sont libres, les extrémités opposées s’épanouissent au voisinage du jaune et semblent l’embrasser et s’v fixer. Il n’en est rien et elles se terminent avant de l’avoir atteint. Les chalazes, auxquelles les anciens physiologistes attachaient une grande importance, sont plutôt des organes secondaires, protecteurs, qui servent à restreindre et à amortir les déplacements trop violents du jaune. On les a comparées à des coussinets élastiques.
Entre le blanc et le jaune se trouve la membrane vitelline, une mince pellicule de substance transparente, se plissant facilement et formée de fibres élastiques.
Le milieu de l’œuf est entièrement occupé par le jaune ou vitellus , inclus dans la membrane vitelline.
Le vitellus est un globe de structure assez homogène. Cependant, sur une coupe d’œuf durci, on aperçoit facilement en travers du jaune et occupant à peu près le quart du diamètre du globe, un espace jaune clair, généralement moins durci que le reste du jaune et parfois encore liquide. On appelle cette partie latébra. Le latébra a la forme d’un petit entonnoir, ses contours dessinent assez bien en coupe ceux d’un rail de chemin de fer. L’ouverture de cet entonnoir semble s’épanouir vers la surface du vitellus, au-dessous d'une tache opaque blanchâtre d’environ quatre millimètres de diamètre. Cette tache se voit sur le vitellus à l’œil nu et de face, sous forme d’un petit disque : c’est la cicatricule , ou couche proligère ou blastoderme. Elle constitue la partie essen-
I/ŒlT
tielle d(3 l’œuf, l’ébauche première du jeune embryon naissant. Avant de l’examiner plus minutieusement, analysons le vite II us.
Le vitellus, jaune chez la plupart des animaux, mais souvent coloré différemment, est réellement la partie constitutive de l’œuf la plus indispensable, puisque c'est directement, et à ses dépens, que l’embryon se développe. Aussi voyons-nous souvent l’albumen faire défaut, tandis que le vitellus fait partie intégrale de tout œuf animal. Nous le comparerions volontiers, eu égard à ses fonctions, à l’endosperme qui remplit le sac embryonnaire des plantes phanérogames pendant les premiers temps du développement intraovulaire. Tellement il est vrai ({lie la marche des phénomènes similaires dans la nature a toujours lieu sur un même plan général.
Le vitellus de l’œuf de Poule est composé principalement de matières grasses, tandis que l’albumen est caractérisé par la prédominance des matières protéiques, de l'albumine surtout. On y distingue le vitellus jaune et le vitellus blanc. Le premier est formé d’une multitude de vésicules arrondies de 0mm,l à 0mm,2 de diamètre, remplies de fines granulations et dépourvues de noyau.
Après la coction, ces vésicules, très délicates, se rapprochent et se serrent les unes contre les autres jusqu'à prendre une forme polyédrique.
Elles sont fréquentes à la périphérie du globe vitellin. puis disposées par couches alternant avec des couches de vitellus blanc. Elles sont rares dans la zone du latébra. Celui-ci est surtout formé du vitellus blanc, plus fluide el plus difficile à coaguler. Sa substance se compose d'une infinité de petites sphérules probablement cellulaires, très petites et remplies de sphérules nucléolaires encore plus réduites. C’est dans la partie du latébra qui se trouve immédiatement au-dessous de la cicatricule, partie connue sous le nom de noyau de Pander, que se trouvent accumulées surtout les matières grasses. Cette partie de
CE QUE r; EST QU’UN ŒUF ANIMA E
l'œuf est donc la, plus légère, et quand on place un œuf frais dans l’eau, on le voit toujours prendre la même position, ayant la cicatricule tournée en haut en raison du déplacement du centre de gravité.
L’analyse chimique du jaune d’œuf de Poule a donné :
Tour 100
Eau 48,550
Graisses 51.816
Caséine 15,952
Albumine soluble 2,841
— précipitée 0,892
Matières minérales 1,521
Membranes , 0,459
La cicatricule est située à la surface du globe vitellin sous la membrane vitelline. Elle a l’aspect d’une tache arrondie opaque et blanche, mais en y regardant attentivement, on voit tout autour de la tache un anneau opaque tandis que le centre est transparent. On a appelé le premier aire opaque , le second aire transparente. Cependant cette dillérenciation n’existe que dans l’œuf fécondé. Elle est due à l’opacité de la substance vitelline située au-dessous de la cicatricule : l’aire opaque reposant sur du vite I lus blanc paraît blanchâtre, l’aire transparente au contraire recouvrant le sommet évasé du latébra, semble diaphane.
La cicatricule ou blastoderme est déjà un organe tissulaire. L’anatomiste habile, en employant toutes les ressources de son art, arrive à faire une coupe mince à travers le blastoderme sans en déranger les parties consti tutives. Sur une telle coupe on voit que le blastoderme est formé de deux couches de cellules parfaites, l’une supérieure résultant de l’accolement latéral d’une assise unique de cellules régulières, l’autre inférieure composée de cellules plus libres ou désagrégées, nombreuses et plus fortes de taille que les premières. On donne parfois aux plus volumineuses le nom de cellules formatives.
l/Œljf
Ces deux feuillets du blastoderme sont le point de départ de l’organisme complexe qui, à l’éclosion, portera le nom de jeune Poulet.
Ainsi un œuf de Poule, au moment de la ponte, ou peu après, se compose de trois systèmes superposés : le système du jaune ou vitellus , du blanc ou albumen et de la coquille. Chacun de ces systèmes est séparé de l’autre par une membrane enveloppante. Le vitellus est marqué de la cicatricule et l’albumen ‘s’éloigne de la coquille vers le gros bout, en laissant une chambre à air.
Voilà un appareil déjà bien compliqué. Comment toutes ces parties se sont-elles développées successivement et quelles sont les destinées ultérieures de chacune d’elles? Les deux questions peuvent être résolues suffisamment aujourd’hui, grâce à de magnifiques travaux dont l’importance justifie bien les enseignes de deux branches nouvelles de la vaste science biologique : ovogénie et embryogénie.
Remontons donc à l’origine de l’œuf.
L’ovule liait dans un organe appelé ovaire , au milieu d’une substance active ou stroma (fig. 64). Il n’est au début qu’une simple cellule qui bientôt se différencie en un contenu, le globe vitellin, et en une membrane vitelline très mince. Au centre du globe vitellin apparaît une vésicule très distincte, la vésicule germinative ou de Purkinje , et dans celle-ci, une tache ou nucléole, nommée tache germinative. Mais la vésicule germinative quitte bientôt le centre du globe vitellin pour se loger à la périphérie. En grandissant, l’ovule boursoufle la paroi de l’ovaire qui, par suite delà présence d’un grand nombre de ces corps, prend l’aspect d’une grappe de tumeurs. Puis la capsule ovarique, qui retenait l’ovule captif, se fend et le laisse tomber dans le canal appelé oviducte; à ce moment, la vésicule germinative disparaît. L’ovule descend ensuite dans le canal de l’oviducte et se revêt
CE QUE C’EST QU’UN ŒUF ANIMAL
i or>
successivement de ses enveloppes supplémentaires. Jusqu'alors l'ovule s'est transformé par suite de sa propre vitalité; dans la partie supérieure de Loviducte, il reçoit l'influence de la semence qui l’imprègne, le féconde et imprime à son disque germinatif une nouvelle force évolutive. Chez beaucoup d'animaux on a constaté que l’enveloppe de l’œuf était percée d’une ouverture très petite, appelée micropyle , par où les éléments de la semence peuvent aller se mettre en contact intime avec le globe vitellin ; pour l'œuf du Poulet cette ouverture n'a pas encore été mise en évidence, cependant son existence est rendue très probable par analogie.
L’œuf fécondé commence alors à se développer. H s'entoure d’abord d’une couche d'albumen. A cet effet, les parois épaisses de Loviducte sont garnies d’une infinité de glandules albuminipares qui déposent des couches successives d’albumine. Fi Les chalazes se forment de bonne heure, mais ne deviennent distinctes que plus tard, quand la rotation de l’œuf autour de son
axe longitudinal et les replis en spirale de la paroi de l’oviducte leur ont donné cette apparence de fils tordus caractéristique. Cette rotation imprime également aux couches de l’albumen une forme spiralée. Au fur et à mesure que l’œuf descend dans Loviducte, le gros bout s’épaissit, le petit s’épointe ; puis la « chambre coquillière » de l’oviducte lui sécrète une coquille calcaire et une tunique coquillière (fig. 65).
Entre temps le disque germinatif, après avoir reçu le principe fécondant mâle, est entré en activité. Au moment où l’œuf est arrivé dans la chambre coquillière, le disque se segmente ; il se divise d’abord en deux par un
g. G4. — Ovules non fécondés naissant dans le stroüia de l’ovaire, avec leur vésicule et leur tache
germinative.
1/ŒUt'
sillon transversal, puis en quatre, en huit, etc., de façon à former finalement dans toute sa masse un grand nombre de cellules qui vont se disposer en deux couches. Ces deux couches, nous les avons trouvées dans l'œuf pondu
sous le nom de feuillets du blastoderme.
La segmentation du disque germinatif esl le phénomène le plus important dans révolution de l’œuf; elle est le premier indice de l’activité embrvogénique et caractérise l’œuf de tous les animaux (fig. 66). On peut l'observer facilement dans les œufs transparents des animaux invertébrés, mais on l'a bien suivi égalenient sur l’œuf des Vertébrés, y compris l'œuf des Mammifères.
Toutes ces évoluions de l’œuf, à partir de l’ovaire, s'accomplissent en l’espace
l 'f; 65, ~ toi*mati°n de 1 œul plans qe quelques heures. 1 ovaire de la Poule et marché a Ira- 1 1
vers l’oviducte, où l’œuf s’entoure du 1J ensuite exblanc et de la coquille. pulsé, toujours le pôle
pointu en avant, par les contractions violentes de la dernière partie de 1 oviducte.
N’est-il pas merveilleux de voir tous les animaux descendre d’une cellule invisible à l’œil nu, de voir Lié.-
ËE QUË C'Ë$T QU'UN (ËUF ANIMAI.
|tiian{, Baleine, Ver et Infusoire sortir ensemble du sein de la vie sous la même forme, avec les mêmes droits à l'existence et manifestant tous leur vitalité de la même façon! Cependant que de différences dans leur état final
ri dans leurs destinées! L’hérédité a imprimé à chaque espèce, à chaque individu, une même impulsion; le fils marche dans la voie de son père, il apporte au monde un trésor de force vitale évolutive qu’il dépense le loni>
L’ŒUK
du chemin jusqu’à ce qu’il ait atteint le sommet de son développement. Mais Éléphant et Animal microscopique se confondent dans une même forme primordiale, ils sont tous les deux (ils de la grande famille animale où tous les membres reçoivent le même cachet originel, qu'ils gardent plus ou moins longtemps à travers les étapes de leur première évolution comme pour témoigner de leur origine commune.
Cependant, de bonne heure déjà s’introduisent des différenciations dans la composition du vitellus dans les différentes classes d’animaux. Le vitellus est composé de deux sortes de corpuscules ayant des rôles physiologiques très différents à jouer : les uns, ce sont les corpuscule* plastiques, sont employés directement à la formation de l’embryon; les autres, les corpuscules vitellins , sont destinés à lui servir de nourriture. Or, suivant que les corpuscules vitellins sont abondants au point de constituer une réserve alimentaire pour l’époque où l'embryon a quitté sa mère, on aura des œufs complets ou complexes : tels sont les œufs de la plupart des Ovipares. Si, au contraire, les corpuscules vitellins ou nutritifs sont relativement peu abondants et (jiie l’embryon doit se nourrir directement aux dépens de l’organisme maternel, les œufs sont dits incomplets ou simples : tel est l’œuf des Mammifères, des Poissons vivipares, etc.
Les œufs complets se différencient à leur tour selon que la cicatricule envahit une plus ou moins grande partie de la superficie vitelline, et l’on distingue les œufs complets à grand vitellus des Oiseaux, des Mollusques céphalopodes, etc., des œufs à petit vitellus des Reptiles, des Batraciens, de la plupart des Poissons et de presque tous les Invertébrés, à l’exception des Protozoaires.
Mais revenons au blastoderme que nous avons laissé divisé en deux feuillets au moment où l’œuf est pondu. Suivons les progrès de l’embryon, isolé de sa mère, mais bien décidé à vivre et à se développer du moment que le
UE QUE C’EST QU’UN (EUE ANIMAL
milieu ambiant lui offre une chaleur de 40° centigrades et que rien ne s’oppose à l’arrivée de l’oxygène jusqu’à lui. La ponte, par suite du changement subit de température, a bien suspendu pendant quelques instants le travail embryogénique, mais ce travail reprend dès que la couveuse a communiqué à l'œuf une chaleur d’environ 40 degrés.
Le blastoderme, en se développant, va donner naissance successivement à tous les organes de l’embryon. Divisé d’abord en deux minces feuillets membraneux, il se « clivera » plus tard en un troisième feuillet moyen, le feuillet vasculaire , d’où procéderont tous les organes du système circulatoire. Le feuillet supérieur va former les organes du système osseux, nerveux, tégumentaire, etc. ; on l’appelle feuillet séreux. Le feuillet inférieur, en contact avec la sphère vitelline, est destiné à donner successivement les organes de la cavité viscérale; on l’appelle feuillet muqueux.
Dès que les feuillets du blastoderme entrent en activité, une différence importante se manifeste entre ce qui va devenir un embryon d’un animal supérieur et. un embryon d’animal inférieur. Chez les Vertébrés, en effet, c’est toujours la région dorsale qui se constitue en premier lieu et c’est par la région inférieure, ventrale, que l’embryon se trouve en rapport avec le vitellus. Chez les Invertébrés tels que les Articulés, c’est l’inverse. Ces rapports différents de position et de développement ont même suggéré l’hypothèse que la région apparemment dorsale, des Insectes par exemple, pourrait bien être réellement la face ventrale et, qu’à vrai dire, les Insectes seraient des animaux marchant sur le dos!
Huit à douze heures après le début de l’incubation apparaît à la surface du feuillet supérieur une ligne longitudinale, semi-lunaire, appelée ligne primitive (fig. 67). Jamais cette ligne n’apparaît chez un embryon d’invertébré ; elle y est remplacée, chez les Articulés entre autres, par des bourrelets ou des stries marquant les anneaux
L ŒUF
dfee&v-- •
éïiïlm
futurs du corps. A peine cette ligne est-elle apparente, qu elle se creuse d’un sillon, le sillon primitif (fig. 68), du au développement de deux bourrelets parallèles, longitudinaux, appelés lames dorsales. Ces bourrelets tendent à
se rapprocher supérieurement et finissent, par se toucher, puis se réunissent par leur crête. Ils viennent délimiter ainsi une sorte de canal, vraie chambre tubulaire, dans laquelle se constituera le système nerveux cérébro-spinal. A la partie antérieure de ce sillon apparaîtra un repli, le repli céphalique , avec un renflement à l’intérieur duquel se logera le cerveau, le tout devenant la tête du jeune Poulet. À la partie postérieure un repli semblable, repli caudal , marquera l'extrémité postérieure.
Des traînées transversales apparaissent bientôt le long du sillon primitif dorsal et ne tardent pas à se constituer
au-dessous du canal du svstéme ner-
Fig. 67 — Blastoderme avec la ligne primitive d’un œuf de Poule.
Fig. 68. — Sillon primitif du blastoderme avec les deux capuchons et l’indice des protovertèbres, fortement grossi.
veux en vertèbres primitives.
Voilà ce qui se passe à la surface externe du blastoderme ; c’est là ce qu’un habile anatomiste peut voir sans dissection (fîg 69), sans coupe à travers l’embryon, mais par une simple inspection de face après avoir délicatement enlevé la coquille, la membrane coquillière et l’albumen d’un œuf couvé depuis quinze heures.
Que se passe-t-il au côté opposé
du globe vitellin? Les deux feuillets du blastoderme s’étendent de plus en plus à la périphérie du vitellus; ils l’embrassent sur une étendue de plus en plus grande et circonscrivent une deuxième cavité sous l’embryon, cavité remplie eu partit* de la
CE QUE C’EST QU’UN ŒUF AM MAU
substance vitelline. Il se peut que toute la niasse du vitellus se trouve à la fin renfermée dans la cavité inférieure par suite du rapprochement des bords opposés des feuillets ventrAux; mais, si cette masse est trop considérable, elle s’étrangle : une partie reste incluse dans la cavité ventrale, l’autre reste en dehors, suspendue à la face ventrale de l'embryon sous forme d’une poche pédonculé; c'est la vésicule ombilicale qui communiquera avec la cavité interne au moyen de son pédoncule ou cordon ombilical.
Par les progrès du développement de l’embryon, la substance nutritive de la vésicule ombilicale est absorbée peu à peu, et diminue par conséquent, tous les jours de volume en raison directe de la croissance de l’embryon. Finalement, elle se trouve entièrement résorbée et disparaît.
Elle disparaît assez tardivement chez l’embryon du Poulet, mais il v a sous ce rapport de grandes différences selon les espèces animales, et tout le monde a vu de l’alevin de Saumon, éclos, vif et alerte, où chaque petit Saumoneau porte à sa face ventrale une pochette ombilicale qui lui tient lieu de sac à provisions.
Ainsi la vésicule ombilicale. existe partout, mais elle n'est pas toujours un organe extérieur, beaucoup d’autres organes se trouvent également, au début, en dehors de la cavité viscérale et n’y rentrent par la région ombilicale qu’à la suite des progrès du développement.
Au moment où les bords du feuillet interne s’étendent pour circonscrire la cavité centrale, l’extrémité céphalique se détache de son coussinet vi tell in . Mais aucun
Fig. 69. — Blastoderme vu de face, peu de temps après la fécondation.
Il ‘2
L (Kl I
des organes qui caractérisent la face n’est encore ébauché. Les yeux ne tardent pas à apparaître sous forme de deux excroissances globuleuses (fig. 70). A la région frontale, entre les deux yeux naît ensuite un tubercule qui se dirige en bas, entre les deux yeux, et délimite une cavité irrégulière : la cavité buccale. En même temps s’élèvent de chaque côté de la région cervicale des séries paires de mamelons qui s’incurvent en avant, vont à la rencontre les uns des autres et se soudent pour former la mâchoire supérieurg, les orbites, le palais, les fosses nasales, etc.
Le tube digestif avec ses appendices glandulaires s’est déjà formé aux dépens du feuillet interne du blastoderme , mais ce n’est qu après la formation d’une cavité buccale par les arcs faciaux qu'il vient s’ouvrir, en avant dans la bouche, en arrière dans le cloaque.
Nous avons vu le feuillet supérieur d u blastoder m e
produire le système nerveux, le feuillet inférieur donner naissance aux organes digestifs; le feuillet intermédiaire, à son tour, développera le système vasculaire. Dans l’embryon des animaux supérieurs, ce feuillet intermédiaire se distingue de bonne heure, et puisqu’il y a un certain rapport entre l’importance d’un organe et le moment de son apparition dans l’embryon, nous devons assigner au système vasculaire une valeur capitale. Chez les animaux inférieurs, l’appareil irrigatoire n’a nulle part ce degré de perfectionnement. L’œuf du Poulet met un intervalle de vingt et un jours entre la ponte et l’éclosion, et déjà au deuxième jour, on peut distinguer les organes parti-
Fig. 70. — Embryon du Poulet. Développement des yeux et des arcs faciaux.
CE QUE C'EST QU’UN ŒUF ANIMAL 115
culiers de l’appareil circulatoire. De la vingt-quatrième à la trentième heure de l’incubation, le feuillet blastodermique se consolide en certains points et délimite des sortes de minuscules réservoirs remplis d’un liquide qui se colore bientôt et qui est du sang en voie de formation. Les globules sanguins font leur apparition vers la trentecinquième heure de l’incubation.
Le cœur naît vers la première moitié du second jour sur la ligne médiane céphalique de la face inférieure de l’embrvon. C’est d’abord une sorte de traînée, de cylindre creux où rien n’indique ni sa forme ni sa structure fu lure. Dès qu’il est formé, il commence à battre, et certes, peu de spectacles peuvent rivaliser d’intérêt et d’émotion avec celui que présentent les premiers battements du cœur. Le liquide qui remplit le cylindre cardiaque est d’abord ballotté indifféremment dans deux sens, à peine voit-on une légère excursion dans une direction prédominante. Mais bientôt il hasarde ses courses jusque dans les cavités d’alentour, puis, comme chassé par une explosion subite, il est projeté avec violence en avant et alors commence un tourbillonnement fantastique où l’œil, à peine, peut suivre le courant précipité et saccadé du torrent sanguin : Je cœur a commencé à battre. La vie est entrée impétueuse dans ce corps inerte en apparence; la machine organique a mis en branle lous ses rouages et ne s’arrêtera désormais que quand les défauts de l’un d’eux, ou l’usure, auront détruit l’harmonie merveilleuse qui en règle le mouvement.
En face d’un spectacle aussi grandiose, on comprend l’admiration d’Aristote devant ce « point sautillant » qu’il avait vu dans l’œuf de l’Oiseau, on applaudit à la joie impatiente de Harvey, médecin de Charles 1er, qui, dans son ravissement, courut chercher son roi pour lui faire contempler cette merveille.
Simples spectateurs, nous assistons aux manifestations Jes plus intimes de la vie sans en connaître les mobiles,
I/IKUK
nous admirons I os effets les plus puissants, sans en <*on naître les ressorls.
Pour moins d’obscurité, nous avons omis de parler jusqu’ici de deux organes embryonnaires très importants : Yamnios et Y allantoïde.
L 'cimnios (fig.71) est un organe protecteur de l'embryon. Il naît du feuillet blastodermique externe qui, après avoir
formé le capuchon céphalique en avant et le capuchon caudal en arrière, se recourbe en haut et forme voûte au-dessus de l’embryon naissant. Cette voûte,
d’abord ouverte, 11e tarde pas à se fermer, par la soudure des deux bords qui se sont rencontrés au-dessus de l’embryon, et ainsi s’établit une poche dans laquelle celui-ci se trouve désormais renfermé jusqu’à l’éclosion. Cette poche se remplit d’un liquide, le liquide amniotique , au milieu duquel l’embryon peut flotter librement sur sa vésicule ombilicale.
f in
71. — Vue d’un œuf d’Oiseau montrant l’embryon en plein développement.
a. Coquille; b. Chambre à air; c. Albumen; d. Amnios ; /'. Allantoïde et
ses arborisations sanguines e; g. Vésicule vitelline ou ombilicale.
L 'allantoïde est un organe tran-
sitoire, destiné surtout à remplir des fonctions de respiration. Il naît assez tardivement, car, durant les premiers temps, le travail respiratoire se fait par les parois du corps de l’embryon et par la vésicule ombilicale. L’allantoïde naît comme un petit bourgeon en doigt de gant sur le feuillet interne du blastoderme, à la région abdominale de l’embryon. E11 se développant, il passe entre J es parois du corps, se porte au dehors par l’ouverture ombilicale et vient s’appliquer largement au-dessous de la membrane vitelline. L’allantoïde se développe au fur et à mesure que la vésicule
CK QUE C’EST QU'UN ŒUF ANIMAL II
ombilicale se résorbe. Couvert d’un réseau vasculaire très riche (fig. 72), il permet rechange gazeux entre le sang et le milieu ambiant. L’allantoïde acquiert un grand développement chez tous les animaux allantoïdiens où la vésicule ombilicale est résorbée de bonne heure. Chez les Mammifères, il se développe en placenta , organe des plus importants parce que c’est par lui que l’embryon se met en rapport avec l’organisme maternel afin de recevoir le supplément de nourriture direct, supplément que l’insuffisance de la niasse vitelline rend absolument indispensable. Le 'placenta devient ainsi à la fois le siège de phénomènes nutritifs et de phénomènes respiratoires.
La présence ou l’absence de ces
deux organes accessoires, amnios et
allantoïde , fournit un caractère de
classification de premier ordre dans
l’embranchement des Vertébrés.
Mammifères, Oiseaux et Reptiles,
c’est-à-dire les Vertébrés supérieurs,
possèdent, tous, ces deux organes, et Fig. 72.— Vue de face
sont appelés Allantoïdiens ou Amnio- arborisations de . - . 1 allantoïde d un em-
tes. Les Batraciens et les Poissons en bryon de Poulet du
sont dépourvus et forment le groupe dixième jour.
des Anallantoïdiens ou Anamniotes.
Les traces des replis amniotiques apparaissent dès le premier jour de l’incubation, celles de l’allantoïde dès le troisième jour (fig. 75, 74 et 75). Le quatrième jour, l’allantoïde devient tout à fait manifeste.
Les membres latéraux de l’embryon se forment avant le sixième jour. Ils ont l’aspect de lobes, de palettes qui deviennent des ailes, des pattes, etc. En se développant, ils se fractionnent, s’articulent, se couvrent de nouveaux bourgeons qui seront les doigts, etc. A la fin du sixième jour le jeune embryon est complet, il peut se mouvoir et
ii a dès lors qu’à développer des organes déjà existants pour atteindre sa forme finale (fîg. 76).
Avant que les études approfondies et détaillées d'eni-
Fig. 75. — Embryon de Fig. 74. — Embryon de Fig. 75. — Ee Poulet du troisième Poulet du cinquième même isolé et jour. jour. grossi.
bryogénie eussent pris un essor si grand au commencement du siècle, on admettait volontiers que l’embryon
était contenu déjà dans l'œuf, avec tous ses organes réduits à leur plus faible volume et que, pour naître, cet animal -miniature n’avait qu’à développer des organes préexistants.
Quelques philosophes, poussant cette hypothèse jusqu'à sa dernière limite, avaient imaginé la théorie de Y emboîtement des germes. D’après leurs isolé de Poulet du idées, tous les représentants d’une
dixième joui , les g£n£ration seraient contenus à l'état membres sont ebau- &
chés de germe dans le premier individu-
souche et, pour se dérouler en nombre à travers les siècles, n'auraient qu’à évoluer, qu’à développer des parties toutes faites, toutes préparées pour la croissance, sans adjonction d'aucune partie
CE QUE C’EST QU’UN ŒUF ANIMAL J 17
nouvellement créée. Nous avons suivi ta vésicule em-
Fig. 77. — Embryon de Poulet du dix-huitième jour.
Fig. 78. — Embryon de Poulet du vingtième jour, quelques heures avant l’éclosion.
bryonnaire devenant embryon végétal, nous avons vu te disque germinatif se changer en blastoderme* puis en embryon animal , et nous avons constaté que tous les organes du nouvel être se sont ajoutés les uns aux autres, pour former finalement un édifice complexe dont le modèle réside virtuellement dans la tendance héréditaire de l’espèce et non pas à l’état réel, et en miniature, dans l'ovaire du parent. Depuis longtemps, la théorie de Yépigénèse, tel est le nom qu’on a donné à ce mode
de développement embryonnaire, a Fio- — Coquille
i . i • • i . d’un œuf de Poule
remplace les anciennes idées sur
bêchée par le jeune Poulet au moment de l’éclosion.
l’emboîtement des germes.
Après quatorze jours d’incubation (tig. 77 et 78), l’embryon du Poulet, déjà capable d’imprimer des mouvements à son corps
lis
L ŒUF
délicat, se déplace dans l’œuf et s’allonge dans le sens du grand axe, le bec tourné vers le gros bout. Six jours après, son activité vitale indépendante se manifeste par un deuxième acte : à laide de son bec, il perce les membranes qui le séparent de la chambre à air et vient, pour la première ibis, respirer 1 air qui s’y trouve emmagasiné. Quelques heures seulement le
séparent encore de sa délivrance, mais avant qu’il puisse prendre son vol, jetons un regard sur la maisonnette qu’il va quitter après vingt et un jours de captivité. L’albumen a complètement disparu, mangé peu à peu par le petit prisonnier ailé; le vitellus est résorbé et la vésicule ombilicale est flasque et vidée; la poche amniotique est déchirée et ne forme plus que quelques lambeaux; l’allantoïde se ratatine, se dessèche et disparait ;
CE QUE C’EST QU’UN ŒUF ANIMAL
la chambre à air est vaste et perforée; enfin, la membrane vitelline seule, avec les débris de l’amnios, de l’allantoïde, tout cet ensemble de membranes appelé le chorion , revêt le petit corps du Poulet de lambeaux devenus inutiles. Car voici déjà le jeune Poulet occupé à entamer à coups de bec répétés la paroi de sa prison de pierre (fîg. 79). Bientôt, cédant sous les coups de piocliette du tubercule corné qui surmonte à cet effet le bec de l’Oiseau, la coquille se fend. Un flot de lumière blanche envahit soudainement le berceau du nouveau-né, qui ouvre de grands yeux ébahis et ne voit que le ciel bleu. Mais déjà la mère est là, poussant son cri d'alarme, car son œil vigilant a découvert dans le bleu du ciel une tache mobile qui se rapproche, plane, resserre les cercles de ses évolutions et s’apprête à fondre sur une proie délicate qu’elle portera à ses petits Aiglons affamés, nichés là-haut dans une fente do rocher.
L’ŒUF DES PROTOZOAIRES ET DES ZOOPHYTES