‹ L'œuf chez les plantes et les animauxChapitre 16 sur 52 · I. Protozoaires · texte numérisé non relu

I. Protozoaires

I. Protozoaires. — Plante ou animal? — Sarcode. — Scissiparité des Amibes. — Foraminifères. — Spores et conjugaison des Grégarines et des Noctiluques. — Infusoires proprement dits. — Une goutte d’eau. — Multiplication par scissiparité. Colonies. — Spores des Colpodes. — Conjugaison des Vorticelles. — Fécondation du noyau par le nucléole. — Sphères embryonnaires et œufs des Infusoires.

II. Zoophytes. a , Cœlentérés. — Œufs des Éponges. — Larve spongiaire. — Formation des colonies. — Gemmation. — Kystes des Spongilles. — Pêche et culture des Éponges. — Coralliaires. — Nature animale du Corail. — Structure. — Greffe. — Le zoanthodème. — Bourgeonnement des fleurons. — Formation des œufs. — Larves et métamorphoses. — Scissiparité des Actinies. — Hydroméduses. — Générations alternantes. — Multiplication et reproduction de l’Hvdre d’eau douce. — Générations alternantes de l’Aurélie rose. — Larve, planule, scyphistome, strobile, méduse. — Polypes hydraires. — Campanulaires. — Division du travail physiologique. — Colonies des Siphonophores.

/;. Échinodermes. — Œufs des Oursins. — Larve, pluteus, forme en chevalet, bourgeonnement de l’Oursin. — Larves d’Ophiures. — Astéries et l’instinct maternel. — Larves bipinnaires. — Larves et chrysalides des Holothuries. — Faculté restauratrice du corps des Astéries et des Holothuries.

Plante ou animal? Voilà la question qu’on se pose à la vue de ces êtres microscopiques qui pullulent dans une goutte d’eau corrompue. Les uns nous rappellent par leur forme les zoospores des Algues, les autres les

anthérozoïdes, ceux-ci

les Diatomées, ceux-là un p las-

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mode de fleur de tan. La limite approximative à tracer entre les deux règnes organiques et à leur base, est tellement incertaine, qu* aujourd’hui encore certaines espèces, telles que les Volvox , les Protomyxa , etc., sont revendiquées par les zoologues, tandis que les botanistes les ont classées parmi les Algues et les Champignons. C’est que les formes débutantes de la vie sont tellement simples, la division du travail a si peu accusé une différenciation d’organes que la classification ne trouve aucune prise pour assigner à ces êtres primitifs une place plutôt dans l’une que dans l’autre grande section des Organisés.

Mais cette incertitude ne s’étend que sur un nombre assez restreint de formes inférieures, et bientôt, dans les Foraminifères, les Radiolaires et les Infusoires, les caractères de l’animalité deviennent assez importants pour lever toute hésitation.

Nous constatons donc que les deux règnes, animal et végélal, se touchent et se confondent dans leurs formes les plus simples. Mais notre esprit est tellement habitué à rechercher partout la méthode et la juxtaposition que, voyant la scission entre Plantes et Animaux s’accuser de plus en plus vers les formes élevées, il est enclin à la prolonger jusqu’à la racine, ne sachant pas à quelle hauteur du tronc découvrir la première bifurcation.

Nous ne suivrons pas ici, comme nous l’avons fait dans un premier chapitre pour les formes végétales inférieures, les progrès de l’asexualité et l’apparition graduelle de la sexualité chez les animaux inférieurs. Qu’il nous suffise de constater que la marche du perfectionnement est parallèle et que les modes de reproduction divers que nous avons éclairés par des exemples choisis dans les Thallophytes, se retrouvent dans le même ordre chez les animaux inférieurs et se maintiennent souvent, à côté l’un de l’autre et concurremment, jusque dans des formes animales très élevées.

Les Protozoaires ont été l’objet de minutieuses recher-

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elles, surtout depuis que nos idées sur l’origine* des espèces ont imprimé à ces recherches une direction si féconde en beaux résultats.

Laissant de côté ici toute spéculation imaginative sur l'universalité du vieil adage de Harvey : Omne vivum ex ovo, nous voyons les Protozoaires apparaître en foule, comme par enchantement, dans tous les liquides où des matières organiques en décomposition leur offrent un milieu favorable. Les germes s’y introduisent du dehors comme nombre d’expériences, surtout celles de M. Pasteur, nous l’ont irréfutablement appris.

Voici un verre d’eau dans lequel séjourne depuis quelques jours un bulbe d’Oignon à moitié décomposé. Avec une aiguille plate je racle un peu de matière à la surface du bulbe et je la porte avec une goutte d’eau sous le microscope. Au milieu de débris de cellules, apparaît un petit amas de matière granuleuse, grisâtre, de forme arrondie, .l’y attache le regard et bientôt je vois la masse s’étirer, s'allonger, se bosseler, lentement et dans une seule direction. L'être, car c’est un corps animé de vie, se déplace, rampe à la surface de la lame (h* verre : c'est une Amibe. C’est une cellule nue, formée uniquement d’un petit amas de protoplasma, un sarcode. Il pousse à droite et à gauche des expansions élargies, des pseudopodes et ne laisse voir, comme différenciation d’organe, qu’un noyau arrondi plus pâle, marqué lui-même d une petite tache ou nucléole. Mais voit* i l'Amibe qui s’étire, un étranglement se forme au milieu, le noyau s’est dédoublé et bientôt la séparation est devenue complète; au lieu'd’une masse sarcodique, il y en a deux, de volume à peu près égal. Le Protéen s’est multiplié et chaque moitié devient un nouvel individu indépendant. Nous connaissons déjà ce mode de multiplication pour l’avoir suivi dans la tannée fleurie, au premier chapitre. Ainsi se multiplient par scissiparité I os nonclassés de l’empire organique.

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Un peu plus haut se trouvent placés des êtres, encore fort simples de structure, unieellulaires, mais dont le corps, au lieu d'avoir une forme changeante et indécise, s’entoure d’une membrane solide et s’incruste de matières étrangères. Tels sont les Foraminifères qui, malgré leur exiguïté, ont joué un rôle important dans la structure de l'écorce terrestre et dont les coques, accumulées en quantités prodigieuses, forment aujourd’hui à l’état fossile des couches compactes qui sont exploitées comme pierre à bâtir. Tels sont encore les Radiolaires, êtres microscopiques marins dont le corps sarcodique esl hérissé de spiculés

siliceuses. Chez eux, le premier perfectionnement organique se manifeste par l’apparition d’une cavité générale qui se creuse dans l’intérieur du corps protoplasmique. Ils se reproduisent asexuellement, et probablement par des corpuscules multiplicateurs qui ont la valeur des spores.

Un mode de reproduction en tout fort semblable à ce que nous avons vu chez certains Algues et Champignons est celui des Grégarines et des Noctiluques (fig. 81); ce sont des animalcules d’une grande simplicité de structure dont la place parmi les Protozoaires est encore incertaine, mais qui semblent se rapprocher, les premiers des Infusoires les plus simples, les autres des Infusoires plus élevés. Ces animaux se reproduisent par des spores qui se développent à la suite d’une conjugaison dans une sorte de kyste dont nous avons trouvé l’équivalent chez certaines Moisissures.

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On a donné pour cette raison le nom de Sporozoaires à ces singuliers organismes qui, par leur mode de multiplication, rappellent plutôt les plantes inférieures.

Les Noctiluques doivent leur nom de « brillants de la nuit » à la phosphorescence de leur corps qui produit ce spectacle unique qu’on appelle phosphorescence de la mer. Elles se multiplient par scissiparité et par spores. Celles-ci se développent dans une sorte de zvgospore, produit de la conjugaison de deux individus.

Les Infusoires proprement dits occupent le rang le plus élevé parmi les Protozoaires. Leur organisation est en effet bien plus parfaite, leur mode de multiplication se perfectionne et atteint jusqu’à la reproduction sexuelle. Pour la première fois, nous voyons apparaître dans le règne animal l'œuf comme un produit de la sexualité.

Les Infusoires, qui tirent leur nom de ce qu’ils se développent et se multiplient de préférence dans les « infusions » de matières organiques, se plaisent dans les liquides que les matières chargent des produits de leur décomposition. Ils finissent quelquefois par envahir l’infusion à tel point, qu’ils lui communiquent leur coloration, verte, rouge ou brune.

La consommation totale de l’oxygène en liberté peut mettre fin temporairement à l’existence de ce monde des invisibles, car, comme tout être organisé, les Infusoires ont des besoins respiratoires à satisfaire.

Jetons un regard dans une colonie de ces animaux : une seule goutte d’eau impure nous en offre des centaines. Quelle activité, quelle précipitation ! Dans un fantastique tourbillonnement tous ces monstres (ne nous effrayons pas, notre microscope grossit 400 fois) se précipitent, se faufilent, rampent, courent, s’en tre-choquent et se poussent; on dirait l’effarement de toute une population fuyant à l’aventure devant l’approche d’une catastrophe. Voici des Colpodes, des Oxytriches : l’un deux a buté dans son effarement apparent contre un obstacle

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imprévu. Tout abasourdi du coup, il reste immobile pendant quelques instants, puis reprend sa course folle. A côté, des Yorticelles, fixées sur un pied, font tourbillonner dans une danse rapide tout leur voisinage.

Des Ceratium , au corps cuirassé, étrangement effilé en corne aux extrémités, laissent flotter deux cils mobiles. Au milieu de ce peuple, une Anguillule, de race différente celle-là quoique de taille minime, fait onduler son corps diaphane, et un gros Rotateur, flanqué de deux roues de cils vibratiles, contracte son corps en engloutissant goulûment toutes les proies que lui amène le remous de ses disques tournants. Maintenant, quand tout ce monde remue, s'occupe, se promène et jouit de la vie, exerçons une légère pression sur la lamelle qui aplatit la goutte d’eau, ou laissons tomber une gouttelette d’acide : instantanément la vie s’arrête, l’immobilité succède au mouvement, à l’activité, la goutte d'eau est devenue le tombeau de ses habitants. Ainsi les cataclysmes marquant les périodes géologiques, le Vésuve vomissant la mort sur Herculanum, le Krakatoa soulevant la mer sur la plage de Java, ont arrêté la vie à des êtres innombrables, insouciants, vivant de toutes leurs forces. A vrai dire l’homme n'est guère plus puissant que l’Infusoire, ce n'est qu’une question de proportion.

Les Infusoires se multiplient très facilement par scission ou par bourgeonnement, c’est-à-dire asexuellement, ou bien se reproduisent sexuellement par des œufs rudimentaires.

La multiplication par scissiparité divise le corps de l’Infusoire, soit longitudinalement comme chez les Yorticelles, soit transversalement comme chez les Stentors (fig. 82) et beaucoup d’autres, soit dans les deux directions à la fois. Généralement les fragments, ainsi détachés, deviennent libres et se développent en individus nouveaux; quelquefois ils restent attachés les uns aux autres, ou sur un pédoncule commun et le parent forme

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ainsi avec sa progéniture des colonies élégantes. Ces colonies ressemblent souvent à de minuscules plantes étalant à leur sommet des grappes de fleurs.

Le Colpode, et d’autres produisent des spores. L'Infusoire commence par s’enkyster en s’entourant d’une membrane opaque et solide à double contour. Les cils vibratiles qui garnissaient le corps ont disparu ainsi que le noyau. La masse interne du kyste se divise alors en deux, quatre, huit, etc., fractions qui s’isolent l’une de

Fig. 82. — Scissiparité transversale d'un Infusoire.

l'autre, acquièrent chacune un petit noyau et forment les spores. Celles-ci vont se transformer de suite en pet il Colpode, mis en liberté par la rupture de la paroi générale du kyste. Dés sa sortie de la cavité où il a pris naissance, le petit Infusoire est garni de cils vibratiles el d’une inflexion buccale; il se met à nager sans tarder dans le liquide ambiant.

Le noyau, qu’il ne faut pas confondre avec la vésicule pulsatile des Infusoires, joue un rôle des plus importants dans la division du corps, comme d’ailleurs dans la divi-

I (Kl T I ) K S l'HOTO/OAlUËS ET l>ËS ZOOIMlYiKS

sion di' (ou tes les cellules. Il se segmente en moitiés égales el souvent avant que la division du corps ne soit encore accusée à la périphérie. Chez quelques espèces, le noyau a la forme d'un ruban allongé, recourbé ou enroulé en spirale. Ailleurs il est arrondi ou réniforme, marqué d'un nucléole.

Chez les Yorticelles, ce noyau paraît développer par division successive des corpuscules qui sont expulsés ensuite. Devenus libres, ces germes se qualifient connue autant d'embrvons mobiles qui se développent en individus nouveaux.

Un mode de reproduction pareil à celui que nous oui présenté les Zygomycètes des Champignons et les Conjuguées des Algues, se retrouve chez certains Infusoires, comme les Yorticelles par exemple. Deux individus, placés côte à côte, se réunissent en se touchant, s’entourent d'une membrane foncée commune, en un mot, produisent une zvgospore. Cependant, d’après les dernières recherches, les phénomènes qui se passeraient à l’intérieur de cette zvgospore seraient plus compliqués que ceux qui font naître directement un nouveau thalle d’une zvgospore de Mesocarpus , ou bien qui en font un nid de zoospores ou de spores simples comme chez les Moisissures.

On s’accorde aujourd’hui à reconnaître aux Infusoires une structure assez compliquée, comme l’avait observé Ehrenberg dans sa monographie des Infusoires. Ainsi le noyau ou nucléus, de forme si variable, logé dans la couche pariétale du corps, jouerait le rôle d’ovaire et serait fécondé par le nucléole, logé dans le voisinage ou dans l’intérieur même du nucléus, Ce nucléole produirait à cet effet des filaments allongés qu’on a assimilés à des corpuscules fécondateurs. En tout cas, le développement des germes, issus d’un véritable œuf sexuel, ne se fait qu’à la suite de la conjugaison de deux individus. Le nucléus fécondé se segmente en plusieurs masses germinatives (jui se transforment en sphères embryonnaires. C’est

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de ces petites sphères, transparentes, qu’on peut considérer comme les véritables œufs, que naissent les embrvons de nouveaux Infusoires. Rendus libres à Fintérieur du corps de la mère, ou bien ils sont expulsés pour se développer au dehors, ou bien ils complètent leur développement avant leur expulsion et naissent vivants.

On a vu les noyaux survivre à la mort de l’animal, ce qui prouverait qu’à ce moment ils contiennent déjà des germes nouveaux jouissant d’une vie indépendante de celle de la mère. Ainsi, lorsqu’une Euglène verte s’est contractée en boule et entourée d’un kyste, ce qu'elle lait au moment de sa mort, le noyau, avec son nucléole, se conserve intact pendant longtemps encore, avec tous les caractères d’un corps animé de vie. Mais il se pourrait que cet enkystement 11e fût qu’une période transitoire dans la vie de F Euglène qui lutterait ainsi, comme nous l’avons constaté souvent chez les Thallophytes, contre les mauvaises conditions vitales du milieu.

Il est donc démontré aujourd’hui que les Infusoires ont, pour la plupart, une organisation complète et que si les Rhizopodes et les Protéens se multiplient exclusivement par scissiparité, les Ciliés et les Flagellés peuvent produire de véritables œufs.

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