II. Zoophytes
a. Cœlentérés. Les Zoophytes ou « animaux-plantes » sont presque tous des animaux marins. La variété etleléaance de leurs formes, la beauté de leur livrée etl’étran-
geté de leurs modes de multiplication ont tour à tour attiré l’attention et soulevé l’admiration des curieux des choses de la nature.
Quoi de plus étrange que ces squelettes d’animaux que nous employons sous le nom d’Éponges et qui servent depuis les temps les plus reculés aux mêmes usages
domestiques que de nos jours! Aucun travail humain, fût-il du Chinois le plus habile, ne saurait atteindre à l'élégante finesse du tissu d’une Eponge siliceuse, de YEuplectella. Puis ces arborisations sanguines, étonnantes végétations pierreuses de l’océan qu’on appelle du Corail, et qui sont les supports d’innombrables colonies de petites fleurs animales qui s’épanouissent sur leur tige en épis serrés! Par milliards ils s’associent et affrontent, sur leurs récifs, les assauts de la mer en fureur. Puis encore les Anémones, les Actinies, les Méduses, les Béroé, les Velelles, etc., les Siphonophores, qui peuplent de leurs corps diaphanes, gélatineux, nébuleux, les immensités des mers. Ce sont les fleurs de la mer, et leurs colorations tendres, leurs nuances indécises, parfois leurs irisations miroitantes, jusqu’à leur mode de fructification, les rendent dignes d’être comparés aux merveilles des floraisons terrestres.
On a divisé les Zoophytes en Cœlentérés et en Éch inode rmes.
Les Cœlentérés ont le corps mou, parfois soutenu par des pièces solides; il n’y a qu’une cavité générale avec une seule ouverture, à l’intérieur de laquelle se passent presque toutes les opérations nutritives et reproductrices de l’animal. Le système nerveux, s'il est différencié, est rudimentaire, ainsi que les organes des sens.
La multiplication emprunte souvent le mode asexuel concurremment avec le mode sexuel, quelquefois dans un ordre déterminé, toujours le même, et qu’on a désigné par le nom de « génération alternante ». Les embryons qui éclosent des œufs, naissent dans un état imparfait, comme les larves, et subissent des métamorphoses avant d’arriver à leur état adulte.
Il serait très difficile d’exposer ici en traits généraux le mode de multiplication de ces animaux. Les variations sont tellement grandes d’un groupe à l’autre, les détails tellement nombreux, qu’il serait malaisé de se faire une
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idée générale de la formation et des destinées de I œui au milieu de cette multitude de représentants de rembranchement des Zoophytes.
Commençons par examiner l’œuf chez les Spongiaires (fig. 85). On sait que les Eponges sont des colonies animales qui se logent dans une substance cornée, siliceuse ou calcaire (c’est l’Éponge du commerce), et que chaque individu de cette colonie a une structure fort simple qui ne l’éloigne guère de l’Infusoire. Rarement l’Éponge n’est formée que d’un seul individu. On y voit une cavité interne qui communique au dehors par une ouverture appelée oscule , ou par autant d ouvertures qu il y a de colons dans une association spongiaire. C’est par là que les matières alimentaires sont introduites dans la cavité interne, puis englobées dans la substance sarcodiquc de l’Éponge. Tout le corps de l’Éponge est ainsi parcouru par un système de canaux aquilères ou 1 eau, circulant atout moment, amène les substances nutritives. L’ovule se développe sur les parois de ces canaux aquifères, tombe dans la cavité générale pour être expulsé par les oscules. Il a au début une forme sphérique, une apparence finement granuleuse ; on y voit un gros noyau avec un nucléole. La fécondation a pour effet de dédoubler le noyau et toute la masse de l’œuf; les deux moitiés se subdivisent entièrement à leur tour et donnent un amas de petites spliérules arrondies. Celles-ci vont se ranger en ordre parfait en deux couches, l’une externe garnie de cils vibratiles, l’autre interne, non ciliée, et ainsi se constitue la larve ciliée. Après avoir nagé pendant quelque temps, la larve, arrondie, s’allonge, devient ovalaire et se creuse d’une cavité interne (pii se perce au sommet d'un petit oscule. Toute garnie de nombreux cils longs et flottants, comme velue, la larve se fixe alors par son extrémité opposée à l 'oscule et, dès ce moment, perd ses organes locomoteurs, les cils, devenus sans emploi. La petite Éponge dès lors est constituée, et elle n'a plus qu a
1,'Œl K DES PROTOZOAIRES ET DES ZOORllYTES i:,|
so développer. Son corps se consolide par l’adjonction
F,°* 85 ‘ ~ Développement et structure d’une Éponge d eau douce (Spongille).
A. E. me Cil ICC. 1 Spiculés. I). Coupe à travers la paroi de l’Épome Los h,>> lnd,quent ,e Pens du mouvement de l’eau. C. Éponge développée.
dc sI,ivules uoni“s, calcaires ou siliceuses, suivant les
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genres, et se creuse de pores aquifères. Si l’Éponge est monozoïque, c’est-à-dire composée d’un seul individu, le développement est complet après cette première phase, mais dans les Eponges polyzoïques, le développement de la colonie est dû au bourgeonnement de la forme simple. M. Hæckel, qui a fait de ces animaux primitifs une étude des plus importantes au point de vue de la philosophie naturelle, a désigné chacune de ces étapes par une dénomination spéciale. Ainsi l'œuf passe par l’état de Monda , de Planida , de Gastrula , d'Ascida, avant d’arriver à sa forme parfaite, et ces étapes, il les a retrouvées plus ou moins accusées chez les animaux plus élevés. Nous avons déjà constaté chez les végétaux cette unité de plan qui préside au développement de tous les représentants du règne.
Les Éponges se multiplient asexuellement, surtout par des gemmules : c’est, donc la gemmiparité. On a observé ([lie, sous l'influence de conditions de milieu défavorables, les ce llul es qui composent l’association, quittent le squelette commun et se répandent dans l’eau ambiante. Loin de périr, chaque cellule se divise, bourgeonne et devient une nouvelle Eponge. Ces cellules ont donc la valeur de spores (jui, par rénovation, continuent l'existence de l’espèce.
Les Spongilles ou Éponges d’eau douce offrent quelque chose de plus remarquable encore. A la fin de l’automne ou vers le commencement de l’hiver, le corps sarcodique qui remplit les interstices du squelette se contracte en masses sphériques en laissant le squelette à nu. Chacune de ces masses ou gemmules s’entoure d'une capsule jaunâtre ou brune, s’enkyste et se prépare à passer l’hiver. Le squelette restant complètement abandonné, quelquefois se détruit, d’autres fois conserve sa forme et sa solidité. Au printemps, avec le réveil de la vie sous toutes les formes, le kyste renaît; la capsule se déchire et laisse passage à la cellule spongiaire qui va se nicher de nouveau dans son ancien habitacle; ou bien, si celui-ci a disparu,
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elle se comporte comme une larve ou une spore, et reproduit un nouveau Spongille.
On fut longtemps sans pouvoir assigner aux Éponges une place définitive dans la classification. La tendance à l’association, le polyzoïsme, ainsi que le mode de développement de l’œuf sexuel, ont fait placer ces animaux à la base des Zoophytes, parce qu’ils accusent déjà les tendances que nous allons trouver nettement manifestées chez les Corail iaires.
Les Éponges constituent un article de commerce assez important. Telle Éponge fine atteint jusqu’à 100 et 150 francs de valeur. Or, comme la pêche des Eponges est faite aujourd’hui par des populations à moitié barbares sur les côtes de la Syrie, de la mer Rouge, du Mexique, etc., il est tout indiqué que l’exploitation rationnelle et surtout la culture des Éponges en des endroits appropriés de nos côtes ou de celles de nos colonies, deviendraient rapidement rémunératrices. On a déjà fait des expériences en France, malheureusement sans résultats encourageants. D’autres tentatives faites sur les côtes de la Dalmatie ont au moins démontré que la culture artificielle était possible. Le principal obstacle paraît être le transport des Eponges destinées à la multiplication, de leur pays d’origine jusqu’au lieu de leur destination. Quant à la multiplication, on l’obtient facilement en divisant l’Éponge souche en fragments qui, attachés à une pierre, sont abandonnés au fond de l’eau. On fait de la scissiparité artificielle.
Les Coralliaires qui comprennent, outre les Coraux proprement dits dont le Corail rouge nous est le plus connu, les Madrépores, les Actinies ou Anémones de mer, etc., ont été considérés longtemps comme des plantes. Cette croyance était tellement accréditée qu’en 1727, la découverte de la nature animale du Corail par le médecin français Peyssonnel, rencontra partout une moqueuse incrédulité. Vingt ans plus tard seulement,
son travail reçut les honneurs de la publication en Angleterre. Depuis lors, des recherches approfondies et surtout l’admirable Histoire du Corail de M. Lacaze- ] luthiers ont confirmé pleinement les opinions de Peyssonnel et nous ont donné les détails les plus circonstanciés sur la structure et le développement de beaucoup de ces animaux.
Le Corail rouge, connu des anciens Grecs qui lui ont donné le nom de « fille de la mer », habite les régions chaudes de la Méditerranée et de la mer Rouge. Vivant en société nombreuse avec d’autres Polypes : Actinies, Éponges, etc., le Corail brut est retiré de la mer en masses informes, agglomérées en espèces de gâteaux que les pêcheurs de la Méditerranée appellent « macoïottes ».
Le Corail est formé d’une tige centrale ou polypier, autour de laquelle, comme support, se groupent dans un tissu général qui en constitue J’écorce, un certain nombre d’individus. Le Corail est donc une colonie, une association vivant sur un pied commun, où chaque fleuron représente un animal. Ces fleurons sont plus nombreux aux extrémités des ramifications qu’à la hase. 11 peut arriver aussi que deux pieds de Corail, en se touchant, se soudent et se greffent « par approche ».
Un mot, celui de zoanthodème, traduit cette idée de « association de fleurs animales ».
Or, si nous suivons pas à pas le développement du zoanthodème, nous voyons apparaître successivement ces fleurons qui se multiplient sur le support au fur et à mesure qu’il grandit (fig. 84).
Cette multiplication se fait par bourgeonnement de l’écorce et, les petites fleurs animales s’épanouissent d'un bouton comme le ferait une corolle végétale. La similitude n’est d’ailleurs qu’apparente, car voici apparaître sur une branche de Corail vivante rouge, déjà garnie de Polypes, un point blanc autour duquel se montre une légère tumeur en bourrelet. Cette tumeur se développe
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et sd creuse d'une cavité interne qui se met, en rapport avec le réseau général. Bientôt une ouverture apparaît au sommet de la tumeur et autour de la margelle se dessinent huit lignes rayonnantes. Le bourgeon fait de plus en plus saillie au dehors, l’ouverture s’agrandit, les lignes rayonnantes se développent en tentacules. Puis le fleuron s’épanouit; l’ouverture garnie des huit tentacules radiés devient une bouche qui mène à la cavité interne, et dès lors le zoanthodème compte un individu de plus. Peu de temps après, celuici a atteint la taille de ses congénères.
Les Polypes peuvent ainsi bourgeonner sur toute l’étendue de la branche de Corail, mais, dans les conditions normales, le bourgeonnement se localise vers les ex-
n. Le polypier. B. Larve ciliée nomade. C. Un jeune individu déjà polype et prêt à se fixer.
Par suite de blessures ou dans des conditions de milieu particulières, les bourgeons naissent à un niveau quelconque convenable.
Le zoanthodème multiplie donc asexuellement le nombre des individus de la colonie. Chaque individu à son tour, s’il est hermaphrodite ou femelle, peut reproduire un zoanthodème au moven d’œufs. Chose curieuse, les sexes sont répartis avec une grande inconstance. Ainsi
t rémités plus vivaces, abandonnant peu à peu la hase.
Fig. 84. — Une branche de Corail (Zoanthodème).
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tel zoanthodème n’est composé que d’individus mâles, tel autre d’individus femelles disposés, soit sur un même pied, soit sur des pipds différents. Ailleurs, les zoanthodèmes portent des individus hermaphrodites, ou bien le même pied peut porter des individus hermaphrodites et des individus unisexués. On dirait un état de transition où l’unisexualité, qui est un progrès, a pris la prépondérance sur l’hermaphrodisme, sans l'avoir complètement remplacé.
L’époque de la reproduction du Corail s’étend du printemps jusqu’en automne et s’arrête en hiver.
La facilité de voir les œufs du Corail est si grande, dit M. I jacaze, qu'on doit s’étonner que les naturalistes ne les aient pas signalés plus tôt. Pendant la belle saison, en coupant assez profondément le tissu de Corail, on voit flotter dans l’eau des globules très arrondis, traînant souvent après eux un long pédoncule. Ainsi ouvert, le Polyj ie paraît bourré de germes.
Un ovule de Corail, sphérique et de couleur blanchâtre, se compose des mêmes parties que l'ovule des animaux supérieurs. On y voit une sphère vitelline ou jaune, remplie de nombreux globules huileux et marquée d’une vésicule transparente ou de Purkinje contenant elle-même une ou parfois deux taches germinatives très apparentes. Autour du jaune, une enveloppe vitelline et, comme enveloppe générale, une capsule bien développée constituent les téguments de l’œuf. Cette capsule est composée d’une douzaine de couches cellulaires superposées dont la plus externe est garnie de cils vibratiles.
La fécondation s’opère à l’intérieur de l’animal, puisqu’on trouve déjà des œufs fécondés, des embryons, dans la cavité générale du corps. Il faut pour cela que les courants d’eau qui traversent constamment l’organisme pour les besoins de la nutrition, amènent également la laitance répandue dans les environs et la mettent en contact avec les ovules, N’avons-nous pas vu la pollinisation de beau-