‹ L'œuf chez les plantes et les animauxChapitre 18 sur 52 · I.’ŒIF DES PROTOZOAIRES ET DES ZOOPHYTES · texte numérisé non relu

I.’ŒIF DES PROTOZOAIRES ET DES ZOOPHYTES

coup de fleurs exposée aux hasards non moins grands des courants aériens?

Le premier indice de fécondation est la bipartition répétée de tout le contenu de la sphère vitelline. D’arrondi qu’il était, l’œuf devient ovoïde, s’épaissit à une de ses extrémités. Dès ce moment il est devenu embryon. Celui-ci s’allonge encore et bientôt acquiert l’apparence d’un petit Ver en forme de ballon : c’est la larve. Le Corail» en effet, subit des métamorphoses et l’embryon n’arrive à l’état adulte définitif qu 'après des étapes marquées chacune par une forme du corps différente.

Aussi longtemps que le jeune animal n’a pas atteint sa forme larvaire, il reste enfermé dans la cavité du corps, qui devient ainsi chambre digestive, chambre respiratoire, circulatoire et incubatrice.

« On sera sans doute frappé, dit M. Lacaze à ce propos, d'une coïncidence remarquable; ici, dans une même cavité s’accomplissent deux phénomènes tout à fait opposés : une matière est dissoute par l’acte de la digestion, tandis qu'une autre, tout à côté, dans le même milieu, prend de l’accroissement et se développe. N’est-ce pas le cas d’avouer une fois de plus que les phénomènes intimes de la vie nous échappent le plus souvent dans leur essence même? »

Les Polypes du Corail sont donc vivipares, car ils ne se départent de leurs petits qu’après qu’ils sont éclos et devenus larves mobiles. Mais les larves 11e quittent pas leur berceau maternel de bonne heure, car 011 les voit, à travers le corps transparent du Polype, se mouvoir dans tous les recoins de la cavité interne et même s’engager dans les replis des tentacules d’où elles ont parfois de la peine à se dégager.

Les larves sont expulsées par la bouche du Polype; elles sont vomies. C’est sur des larves obtenues de Coraux captifs dans un aquarium qu’on a pu suivre le développemen ultérieur.

Dès sa délivrance, la larve nage activement dans l’eau du bocal. Son corps, qui est celui d’un petit Yer blanc, est recouvert d’un duvet de cils vibratiles (fjg. 85). Tantôt allongée, ou contractée, ou tournée en spirale, la larve nage à reculons, car elle s’est creusée d’une ouverture buccale à son extrémité effilée et s’avance toujours le gros bout en avant. Au repos, et c'est là aussi un signe de bonne santé, elle se tient droite, l’extrémité buccale et amincie en bas, remontant d’ailleurs souvent à la surface de l'eau comme le font ordinairement les larves aquatiques de tous les animaux.

Dix ou quinze jours après leur expulsion, les larves se. fixent. Très curieuse est sous ce rapport l’influence

Fig. 85. — Développement d’une larve de Coralliaire.

accélératrice du sirocco, vent chaud du midi. Au bout de quelques heures, presque toutes les larves, après s’être fixées, ont changé de forme : elles se sont aplaties, élargies et sont devenues discoïdes. La larve ressemble alors à une minuscule toupie. Elle perd ses cils vibratiles, devenus sans emploi, se creuse d’une cavité interne, développe des corpuscules calcaires rouges, puis des spiculés et enfin étale ses tentacules. Dès ce moment, b' premier individu de la colonie future est à l’œuvre; il bourgeonne, commence la construction du polypier qui

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bientôt va se garnir au pourtour d’une grappe de fleurons, de Polypes.

On sait que les polypiers de certains Corail iaires s’accumulent dans la mer jusqu’à former de véritables îles ou des récifs.

Tel banc madréporique australien a jusqu’à 1800 kilomètres de longueur! Leur développement est très rapide : on a vu la cuirasse d’un navire, dans le golfe Persique, recouverte au bout de vingt mois d’une couche de Coraux de deux pieds d’épaisseur.

Les Zoanthaires, auxquels appartiennent les Actinies ou Anémones de mer, se reproduisent également par des œufs d’où sortent des embryons ciliés qui naissent dans la cavité gastrique et se meuvent à reculons comme les larves de Corail. Cependant ils ne subissent pas de métamorphoses comme ces dernières Let, nés vivants, développent, directement la forme de l’animal adulte. Les Actinies (Actinia lacerata par exemple) peuvent se reproduire par scissiparité, comme on l'a constaté au moyen de petits fragments détachés du bord du pied.

Une troisième classe des Zoophytes Cœlentérés est celle des Hydroméduses, qui comprend des animaux tels que l’Hydre ou Polype d’eau douce, les Méduses, les Campanulaires, le groupe des Siphonophores, etc., tous, sauf l’Hydre, animaux marins.

Dans cette classe, les phénomènes de reproduction offrent une variété inconnue jusqu’alors : génération sexuelle et asexuelle vont de pair, soit isolément, soit dans un cycle rythmique qu’on appelle « génération alternante ». Des exemples feront mieux comprendre l’engrenage de ces alternances et la valeur de chaque mode de reproduction considéré séparément.

L'Hydre d’eau douce, ou Polype à bras, est un animal fort petit, transparent, qui vit attaché aux plantes aquatiques, notamment aux radicelles des Lentilles d’eau. C’est tout simplement un petit tube, fixé par sa base

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contre un support et terminé supérieurement par un panache de bras tentaculaires minces et ondulés (fig. 86). Au centre de ce panache, une ouverture donne accès à la cavité du tube. Trembley les étudia au siècle dernier et ses découvertes étaient bien de nature à exciter une curiosité universelle. Il a trouvé entre autres que l’Hydre peut être retournée complètement à la façon

d’un doigt de gant sans périr, la surface extérieure du corps pouvant digérer comme la surface intérieure. Chose non moins étonnante, Trembley coupa une Hydre en plusieurs fragments et vit chaque portion reproduire, restaurer un individu entier, et cela en très peu de temps, en deux jours. Même que, d’après une expérience de Rœsel, une partie du

tentacule peut reformer un animal complet.

Cependant ce mode de multiplication est rarement employé par l’animal; ce n’est peut-être qu’un pis-aller. Il r emploie plus rarement que le deuxième mode de multiplication asexuelle dont il dispose : la gemmiparité, Pendant I été, quelquefois en hiver, le corps de

Fig’. 86

- Hydre d’eau douce portant un œuf et un nouvel individu développé par gemmation.

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J 'Hydre se couvre de bourgeons, ordinairement de trois ou de quatre, qui naissent près du pied, jamais sur les tentacules. Chaque bourgeon reproducteur apparaît comme un petit mamelon qui se creuse bientôt d'un canal en communication avec le canal central de l’animal souche. Le mamelon grossit, développe des tentacules à son extrémité libre, amincit sa base en pédicelle et ferme la communication de la cavité avec celle de la mère. La jeune Hydre, elle en a maintenant la forme, se détache ensuite et va s’établir sur quelque radicelle de Lentille du voisinage; ou bien, restant fixée au pied souche, elle s’v développe, se nourrit comme la mère et se reproduit comme (die par de nouveaux bourgeons. On a vu jusqu’à dix-huit jeunes Hydres issues de bourgeons et provenant l'une de l’autre, réunies ensemble sur le même pied souche. Chose curieuse, la formation des bourgeons semble être provoquée par une excitation mécanique des parois de la cavité gastrique au point de pouvoir être déterminée volontairement par l’observateur. 11 suffit de nourrir le Polype à bras de larves un peu anguleuses qui, dilatant inégalement les parois du canal, font venir des bourgeons aux endroits où elles le distendent le plus.

Enfin l’Hydre d’eau douce se reproduit par des œufs. Vers l’automne, le pied se gonfle en quelques endroits en forme de bourrelet sous lequel s’amasse de la substance vitelline. Autour de ce vitellus se dépose une membrane assez épaisse, puis une couche gélatineuse. La membrane vitelline envoie aussi des prolongements qui lui donnent une apparence dentelée. Le parenchyme du corps crève ensuite et laisse sortir l ’œuf qui va se fixer sur un corps quelconque. O11 dit que les individus qui en proviennent sont plus petits que les produits de la gemmiparité.

Ajoutons qu’on a vu le corps d’une Hydre d’eau douce se dissocier spontanément, se résoudre en fragments qui se conservent pendant des mois entiers vivants en rampant comme des Amibes. Ils s’entourent parfois d’une capsule.

L’ŒUF

Nous venons de voir que la jeune Hydre fille qui riait d’un bourgeon sur le pied de l’Hydre mère a toutes les propriétés de celle-ci, qu’elle vit et se reproduit absolument comme elle par des bourgeons comme par des œufs. Eh bien, supposons un instant que l'Hydre mère, l’Hydre souche issue d’un œuf*,- ne dispose que du premier de ces modes de reproduction, qu’elle ne puisse former d œufs, mais que l'Hydre fille, elle, se charge de la reproduction sexuée en produisant des œufs. Supposons ensuite que de ces œufs naissent de jeunes Hydres qui n’aient, comme la première mère, à leur disposition que le seul mode de reproduction asexuelle, mais que leurs filles de nouveau se reproduisent par des œufs : nous aurons ainsi un cycle reproductif dans lequel, toujours à une génération d’individus se multipliant par gemmiparité, succéderait une génération fille se reproduisant par des œufs. Imaginons enfin que les Hydres de deuxième génération diffèrent considérablement de forme et d’apparence de leur mère, et nous aurons une idée de ce qu’on appelle une génération alternante.

Une fort jolie espèce de Méduse de nos cotes, l’Aurélie rose (Médusa aurita ), va nous fournir un exemple typique h l’appui de ce qui précède. L’Aurélie-Méduse est un de ces disques floconneux que nous voyons flotter par milliers à certains états de la mer, au milieu des vagues tourmentées par des remous profonds, ou bien qu’une lame furieuse a laissés sur la côte en se retirant. Son corps, bombé en dessus, concave en dessous esl gélatineux, il a la forme d’une ombrelle garnie à son bord d’une frange filamenteuse. Au centre et en bas, retombent quatre bras, quatre tentacules pareils à des racines, qui entourent une ouverture donnant accès dans une cavité centrale, dette cavité rayonne dans toute l'étendue du disque ; elle remplit presque tous les offices et reçoit les œufs qui lui tombent de quatre traînées glandulaires, les ovaires, disposées en rosette autour d'elle.

I/ŒUF DES l'KOTOZOAIKES ET DES ZOOI'IIYTES

Les œufs sont sphériques, composés d’un vitellus blanchâtre (chez d’autres violet) et entourés d’une membrane fort mince. A l’époque de la reproduction l’Aurélie femelle se distingue fort bien de l’Aurélie mâle par de nombreuses poches qui garnissent les replis des tentacules et renferment pendant quelque temps des œufs et même des jeunes récemment éclos. Ce sont de véritables poches d’incubation où la mère prend soin pendant quelque temps de l’éducation de la larve.

La fécondation des œufs est confiée, comme chez le Corail, aux courants d’eau qui passent dans la cavité gastrique.

L’éclosion de l’œuf met en liberté un jeune embryon ovoïde, garni d’un duvet de cils vibratiles. 11 est expulsé par l’ouverture buccale et nage dans l’eau, tournant autour de son axe; il ressemble tout à fait à un Infusoire ; mais, en regardant bien, on constate l’absence de bouche et de cavité interne.

Après avoir nagé pendant quelque temps à l’aide de ses cils vibratiles, le jeune embryon larvaire se fixe contre un rocher ou un corps sous-marin quelconque avec son extrémité antérieure (fig. 87).

Il grandit, l’extrémité libre opposée se creuse en calice et se garnit de bras entre lesquels s’ouvre une bouche donnant dans une cavité interne.

Arrivé à cet état, le jeune adolescent nous rappelle la forme de l’Hydre d’eau douce. Il en a également les propriétés sauf une, celle de se reproduire par des œufs. Ln effet, il lui pousse des bourgeons sur le pied comme à l’Hydre et chaque bourgeon représente un nouvel individu. Mais il en naît aussi à la partie supérieure et concave. Car l'animal s’allonge et se divise successivement de haut en bas, du calice vers le pédoncule, en un certain nombre de segments ou rondelles, disposées en piles et emboîtées apparemment comme une série de cornets à dés. Chacune des rondelles de cette colonne vivante.

développe sur son bord huit prolongements bifides, à commencer par la supérieure, puis se sépare de la souche et devient libre. Ensuite, tout en nageant librement, la rondelle complète son organisation et revêt peu à peu la forme définitive d’une Aurélie-Méduse. Celle-ci est libre, femelle ou mâle telle que nous l’avons vue tout à l’heure produire des œufs. Ainsi le cycle est fermé et,

Fig. 87. — Scyphistome, Strobilê et Éphire- Méduse d’une Aurélie; au milieu, une jeune Méduse vue de profil et de face.

après avoir passé par trois formes différentes, nous sommes arrivés à la forme de départ.

Avant de connaître cette singulière filiation déformés, on avait donné à chacune d’elles un nom particulier, croyant avoir affaire à des animaux différents. Ainsi on avait appelé la larve ciliée, éclose de l’œuf, planula ; la forme fixée, avant le début de la segmentation en rondelles, reçut le nom de scyphistome , la colonne de rondelles celui de strobilê, et enfin la Méduse libre, avant son état parfait, le nom d'Eph ira. Comme la plupart des Polypoméduses offrent, sinon toujours toutes, du moins une de ces formes transitoires, on a conservé les

i/œuf dks protozoaires et des zoopiiytes

noms après avoir écarté l’idée de l’autonomie spécifique de chacune des formes. On dit le strobile d’une Cyanea par exemple, pour indiquer la forme caractérisée par une souche divisée en rondelles superposées. On dit également des formes intermédiaires et transitoires, telles ([ue le scyphistome et le strobile, que ce sont des Métazoaires:, tandis que l’Éphire portera le nom du Typozoaire. voulant indiquer par là que les unes sont dérivées et évolutives et que la dernière est fixe, qu’elle a réalisé pour ainsi dire le type évolutif final.

!.. A côté de ces Hydroméduses comme l’Aurélie, dont l’évolution, parcourant quatre phases ou quelquefois moins, ne produit que des individus simples, il y a tout un groupe dont les formes intermédiaires, s’émancipant davantage, se multiplient par gemmation et forment de véritables colonies. Tels sont les animaux appelés Polypes hydraires (Campanulaires, Sertulaires, etc.}.

Prenons comme exemple un animal dont la forme strobile est connue sous le nom de Campanularia gelatinosa La Campanulaire rappelle tout à fait par sa forme une grappe de fleurs, portée au bout d’un long pédicelle. Une tige creuse, garnie au sommet de petites clocheltes diaphanes pareilles à des calices, d’où sortent, puis rentrent à volonté, des panaches de tentacules figurant à s’y méprendre une élégante corolle laciniée. Ces animauxplantes habitent la mer et sont fixés par leur base à quelque corps sous-marin. E n réalité cette grappe est une colonie d’individus vivant l’un sur l’autre et mis en communication de besoins nutritifs par une cavité gastrique commune qui les parcourt tous sans interruption. Cependant, en examinant chacune des branches de l’arbusculc animal, on voit qu’elles ne se ressemblent pas toutes et que certains calices en forme de bouteille ventrue renferment plusieurs corps arrondis agglomérés : les bourgeons reproducteurs. Ces bourgeons n’ont ni tentacules, ni ouverture buccale, ils sont exclusivement reproduc-

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tours, tandis que leurs voisins sont uniquement nourriciers. 11 y a là un exemple de division de travail étonnante, non moins merveilleuse que celle que nous constaterons dans certaines colonies d’insectes, comme chez les Abeilles, par exemple.

Suivons le développement de la Campanulaire. L’œuf, sphérique comme celui de l’Aurélie, provient d’une Méduse errante, fille de la colonie fixe. 11 donne un embryon cilié, une larve libre qui, après avoir nagé pendant quelque temps, se lixe contre un corps sous-marin. L’embryon s’allonge et développe un pédicelle qui se couronne d’une clochette et d’un bourgeon nourricier tentacule. Bientôt le pédicelle développe à des hauteurs différentes des bourgeons latéraux qui acquièrent le volume et la forme de l’animal souche. Ainsi se sont développés par gemmation les individus latéraux de l’IIydre et du scyphistome de l’Aurélie. Seulement, au lieu de se détacher de la souche comme chez ceux-ci (fig. 88), les individus bourgeonnant sur le scyphistome de la Campanulaire restent en continuité de substance avec la souche et mettent leur cavité en communication avec la cavité générale centrale. Au bout d’un certain temps, après quelques générations successives, les nombreuses branches latérales poussées sur la branche primaire auront donné à la colonie de la Campanulaire cet aspect de végétation touffue que nous lui avons trouvé à première vue.

Jusqu’alors tous les individus nés sur la branche sont asexués et ne fonctionnent que connue appareils nourriciers; mais bientôt apparaissent, entre les calices en clochettes, des organes allongés, ovoïdes, à l’intérieur desquels se développent des bourgeons prolifères. Ceux-ci se détachent comme les rondelles de l’Aurélie et vont au loin reformer une Méduse libre de Campanulaire. Cette Méduse à son tour est sexuée, elle produit des œufs d’où naîtront de nouvelles colonies qui

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nous ramènent au point de départ de notre description.

Les formes éphires ou médusaires ne se détachent pas ainsi de la colonie chez tous les Polypes hydraires.

Ii”. S<S. Polype hydraire produisant mie Méduse E.

Dans la Campanulaire géniculée, espèce voisine de la précédente, les bourgeons reproducteurs ébauchent la iorme médusaire tout en restant attachés à la colonie.

Celle-ci devient nourricière, multiplicatrice et reproductrice à la fois.

Dans certaines espèces telles que le Parypliaea crocea , les jeunes bourgeons médusaires sont suspendus en guirlande autour de la région céphalique de la souche. Chez d’autres, les petites Méduses naissent pour ainsi dire dans l’estomac commun, car c’est dans la cavité centrale, autour d’un appendice de la paroi, qu’elles bourgeonnent en grand nombre.

Nous venons d’assister à la genèse des singulières colonies campanulariennes, nous avons vu s’établir entre les membres une remarquable division de travail qui assigne aux uns un rôle nourricier, aux autres un rôle reproducteur.

Cette division du travail est poussée encore plus loin chez ces étranges créatures marines qu’on appelle Siphonophores ou Acalèphes hydrostatiques (fi g. 89). La colonie, qui provient du bourgeonnement successif de l’animal souche, se compose des individus nourriciers asexués qui pourvoient à l’alimentation de toute l’association; des individus médusaires sexués qui assurent la reproduction; d’individus médusaires sexués transformés en organe de natation, et enfin d’un appareil hydrostatique appelé vessie aérienne , qui maintient l’équilibre de la colonie dans l’eau. Car toute cette agglomération d’organes enchevêtrés, superposés, juxtaposés, parfois alignés en longue chaîne, rappelant quelque chevelu de racines à la dérive ou quelque ceinture fantastique d'une Néréide, n’aurait qu’un équilibre fort instable, si les vessies et les cloches ne la maintenaient plus ou moins verticalement.

11 v a cependant des Siphonophores, tels que les Yelelles, qui abandonnent leurs formes médusaires. Celles-ci, détachées de la colonie, errantes, produisent ensuite des œufs comme les Méduses de l’Aurélie rose, qui deviendront l’origine de nouvelles colonies asexuées hydrostatiques (fig. 90).

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b. Échinodermes. Les Échinodermes ou animaux « à peau garnie d’épines » sont tous marins. Ils comprennent des animaux tels que les Oursins, les Astéries ou Etoiles

Fig. 89.

Un Siphonophore.

de mer, les Pentacrines ou Têtes de méduse et les Holothuries. Un grand nombre de leurs représentants se trouvent sur nos côtes et quelques-uns, tels que les Oursins et l'Holothurie, sont recherchés comme aliment : les

premiers par les gourmets qui imitent en cela les anciens Romains, la deuxième par les gens pauvres, car elle n’offre guère un morceau appétissant ni bien nutritit. Dans l’extrême Orient cependant, d’autres espèces d'Ho-

lothuries sont assez prisées sous le nom de « Irepang ».

Ouvrons un de ces animaux hérissés de pointes ou de baguettes obtuses, un Oursin : au centre, disposés en rosette, cinq traînées d’une substance framboisée, rouge.

t/ŒUË DES PROTOZOAIRES ËT DËS ZOOPHYTëS

loi

occupent une grande partie de la cavité. Ce sont les ovaires, la partie comestible de l’Oursin femelle, cai* les sexes sont séparés. Au printemps les ovaires grossissent et se remplissent d’œufs qui vont être fécondés après leur sortie du corps de l'Oursin.

L'œuf de l’Oursin est composé d'un vitellus rempli de fines granulations et vivement coloré en rouge, puis d’une membrane vitelline et d’une couche mucilagineuse transparente externe, qui n’apparaît que plus tard quand la fécondation est opérée. L’œuf est d’une grande transparence. Au moment de la fécondation, on le voit presque toujours entraîné dans un singulier mouvement de rotation sans que ce mouvement cependant soit un signe de fécondation accomplie. Le signe non trompeur en est, comme dans tout œuf animal en travail, la segmentation Elle atteint ici toute la sphère vitelline qui, en se divisant un grand nombre de fois pour former l’embryon, accuse encore un mouvement oscillatoire spécial et comme saccadé. Après quinze ou vingt heures l’embryon éclôt et se dégage de la fente de l’œuf pour nager librement au dehors. Il a conservé son mouvement oscillatoire et on lui voit tout le corps recouvert de cils vibratiles. C’est une larve sphérique comme celle du Corail, mais douze heures plus tard elle a changé de forme. Elle se creuse d’une cavité gastrique et se perfore d’une ouverture buccale (fig. 91). Puis commence la série des métamorphoses qui, à travers des formes tout à fait singulières, vont conduire une jeune larve à symétrie bilatérale à un état parfait, l’Oursin, à symétrie rayonnante. Jusqu’alors la larve s’est tenue, dans ses excursions, près de la surface de l’eau; au moment des métamorphoses, elle s’aventure à des profondeurs de plus en plus grandes, de sorte qu’à la tin, elle termine son évolution au fond où elle demeure désormais pour toujours. Le septième jour après l’éclosion, la larve a changé de forme au point de ressembler grossièrement à un éteignoir dont les bords se proion-

géraient en quatre pointes obtuses ou mieux à une de ces coiffures égyptiennes, appelées pcha que l’on voit caractériser les portraits des rois sur les monuments de l’époque. Prise pour un animal parfait d’espèce distincte, la larve ainsi faite avait reçu autrefois le nom de pluteus , comme la forme polypoïde des Méduses celui de strobile.

A. L;trve mobile grossie 106 fois. g. Charpente calcaire. B. Larve de deux jours, a. Bouche-

Pi US tard encore, la larve allonge ses quatre bras, se

garnit de quatre touffes de cils vibratiles et se fortifie au moyen de longues baguettes calcaires disposées à la

façon du trépied d’un appareil de photographe. C’est la forme en « chevalet » (Staffelei), qui précède immédiatement la métamorphose définitive. A ce moment il n’y a encore aucun indice de piquants. La larve nage ayant son

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sommet tourné on bas et les pieds du chevalet en haut. Entre la paroi du corps et l’estomac se trouve une cavité remplie de liquide : c’est là que l’Oursin définitif se développe comme un bourgeon qui s’étend peu à peu dans la cavité, entourant l’estomac et envahissant le reste du corps de la larve.

Celle-ci se fond pour ainsi dire autour du jeune Oursin, et finalement il n’en reste que quelques débris qui disparaissent également, laissant la forme adulte comme produit définitif après l’avoir nourri littéralement de sa substance. Pourvu d’une bouche et d’organes digestifs, l’Oursin se suffit dès lors à lui-même, il y a donc là un phénomène de gemmiparité comme celui que les Méduses nous ont offert, et c’est pour cela que les Échinodermes, si différents de forme, ont été rangés dans la classification à la suite des Cœlentérés; à vrai dire ce sont des colonies.

Les larves d’Ophiures ou Etoiles de mer à longs bras évoluent d’une façon analogue. Elles produisent à la face concave du chevalet un groupe de bourgeons tuberculeux qui se constituent en corps étoilé. C’est pour cela qu’on a donné aux larves le nom de « Aninien » ou de « nourrices ».

Les Astéries ou Etoiles de mer se reproduisent au printemps. Les œufs, petits, sphériques, ont un vitellus vivement coloré en rouge, un peu d’albumen transparent et un chorion incolore. Les œufs et les jeunes larves ne quittent pas la mère dès la ponte. Ils sont reçus dans une sorte de chambre incubatrice que la mère sait arranger en rapprochant fort étroitement ses bras à la face ventrale autour de la bouche.

On ne connaît pas d’autre exemple d’un animal qui fasse pour ses petits ce que l’Astérie mère fait pour les siens. En effet, le rapprochement des bras pour former la chambre incubatrice ferme en même temps la bouche ; il est impossible à l’animal de prendre toute nourriture, au moins pendant les onze jours qu’il passe dans un état

d’immobilité complète. Les œufs éclosent par couvées successives dans la chambre incubatrice. Tout le vitellus se segmente et donne une larve ciliée; puis, sur la partie antérieure, naissent quatre tubercules qui serviront d’organes de fixation contre la paroi de la chambre maternelle; mais ces organes ne sont que transitoires et disparaissent quand la larve est devenue ciliée. Chez certaines Astéries la larve ciliée se transforme en Bipinnaria , c’està-dire en une forme larvaire qu’on avait prise autrefois, sous cette dénomination, pour un animal distinct. On remarque l’absence de la charpente calcaire et l’irrégularité des formes qui ne rappellent plus le chevalet du pluteus.

Il en est de même des larves des Holothuries qui sont caractérisées en outre par la présence de plusieurs petites roues calcaires. fort élégantes. Ces larves portent le nom d’ Auricularia à cause de leurs expansions en forme d’oreilles. Avant de passer à l’état définitif, la larve d’Holothurie se métamorphose en une sorte de chrysalide qui a la forme d’un tonneau cerclé de cinq bandes ciliées.

Nous ne pouvons passer sous silence l’étonnante facilité que possèdent les Astéries et les Holothuries de restaurer les parties enlevées de leur corps. Les rayons des Astéries, fragiles et cassants, se reconstituent, très rapidement, comme Bernard de Jussieu et Guettard l’avaient déjà vu en 1741. Un seul rayon, pourvu qu’il soit détaché assez près de la base, est même capable de reconstituer tout un animal (fig. 92).

L’Holothurie est encore plus bizarre, car elle est capable de se reproduire par ses intestins et à la suite d’un suicide. Par des contractions convulsives, elle arrive à détacher son tube digestif et l’expulse au dehors. Cet acte liéro'ique lui coûte la vie, mais le tube digestif se restaure et développe un nouvel individu complet. Il faut croire qu'elle considère cet effort suprême comme une dernière chance

I/(KtH DES PftOToZOAlltKS UT DES ZOOPHYÏES

de survivance dans sa lignée et qu elle n'y a recours que dans les dangers extrêmes, où la conservation de l’espèce lui semble compromise.

La plante, chétive et mal nourrie dans un sol avare, se

Un Unis «.l'Astérie en train de restaurer

nouvel individu.

hâte de fleurir, puis meurt. Certains animaux, se voyant en danger de mort, se hâtent de pondre avant de périr.

Admirons cet instinct désintéressé d’un animal qui donne sa vie pour celle de sa progéniture et avouons que les animaux nous donnent quelquefois de beaux exemples.

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