L’ŒUF CHEZ LES VERS
pouvait pondre jusqu’à huit millions d’œufs en une journée ! Les œufs de Gordius, arrondis et incolores, sont agglutinés par une substance gélatineuse et pondus sous forme d’un cordon très allongé.
La fécondité de l’Ascaride lombricoïde, qui habite l’intestin grêle de l’Homme, est encore plus prodigieuse, car on a calculé sur le volume des œufs que leur nombre
Fig. 98. — À. Tardigrade. B. Rotifère. C. Anguillule.
atteint pour une seule femelle jusqu’à soixante-quatre millions.
Nous pourrions multiplier ces exemples de migrations des œufs et de leurs produits chez les Nématlielmintlies ; qu’il nous suffise d’en avoir ébauché le genre de péripéties et les principales étapes de la route. Tous les Nématoïdes n’ont pas ces mœurs vagabondes : les Oxyures, les Ànguillules, par exemple, pondent des œufs d’où sortent des embryons pareils à leurs parents et qui recommencent, dès le berceau, le genre de vie de leurs parents.
Les Ànguillules doivent leur nom à la forme allongée
L’ŒUF
de leur corps, à leurs mouvements ondulatoires, vifs, qui les font ressembler à de microscopiques anguilles diaphanes (fig. 98, G).
Elles habitent en grand nombre le blé « niellé », d’abord les parents, ensuite toute la nichée provenant d’eux. Les parents attaquent de bonne heure l’ovaire du Blé, les enfants envahissent le grain. Mais là n’est pas tout l’intérêt de leur biographie ; les jeunes Ànguillules restent attachées au grain et se dessèchent avec lui après la maturation. Elles ne meurent point : placez de cette poudre blanche de Blé niellé dans de l’eau, et peu de temps après le microscope vous montrera une foule de ces petits Vers s’agitant vivement dans tous les sens. Ils sont ressuscités à la vie par l’humidité après un temps qui peut être indéfini. Et ainsi font les Anguillules « endormies », quand le grain de blé niellé arrive dans le sillon du champ labouré. Elles se réveillent, quittent leur nichée et remontent le long des jeunes tiges. Au moment de la floraison, elles s’introduisent dans l’ovaire, se complètent et se reproduisent, comme l’ont fait, l’année dernière, leurs parents.
Nous retrouvons des faits de reviviscence et de vie latente pareils dans la petite classe des Rot if ères qui ont été décrits autrefois comme des Infusoires. On trouve souvent dans la poussière des gouttières une espèce de Botifères appelés « Rotateurs » à cause de la forme et du mouvement apparent de deux disques placés sur les côtés de la tête et garnis de cils vibra tiles (fig. 98, B). Les cils, par leurs mouvements ondulatoires, simulent une rotation. Quand on place ces animaux dans une goutte d’eau sous le microscope et qu’on fait, évaporer l'eau ensuite, on voit le Rotateur devenir immobile, se tordre, se déformer et,
à la fin, ne plus donner aucun signe de vie. Mais ce n’est qu’une mort apparente, car, dès qu’on le mouille de nouveau, on le voit reprendre vie et la continuer comme si rien ne l’avait interrompue. Dans cet état de mort appa-
I/lEUF CHEZ LES VERS
rente, on peut même soumettre ces animaux à des influences qui leur seraient mortelles dans letat vital ordinaire. On a vu ainsi des Rotifères commencer leur vie, être forcés de la suspendre, puis la reprendre, le tout durant un temps plus long ([lie le temps moyen de leur vie active. Ne dirait-on pas que les Vertébrés à sommeil hibernal ont conservé quelque chose de ces facultés conservatrices des Rotifères et des Ànguillules?
Les Rotifères se reproduisent par des œufs pondus par les femelles, beaucoup plus nombreuses et plus vivaces que les mâles, ce qui longtemps a laissé ces derniers ignorés. Les œufs sont pondus en petit nombre et sont relativement très gros. Ils ont une forme ovale et, un contenu incolore entouré d’une enveloppe simple. Plusieurs espèces pondent deux sortes d’œufs : les uns, évacués pendant la bonne saison, sont appelés œufs d'été et éclosent de suite ; les autres, pondus en automne, sont des « œufs d’hiver », enveloppés d’une coque cellulaire plus dure et double qui leur permet de passer la mauvaise saison et d’éclore seulement au printemps suivant. Quelques-uns, comme le Rotateur commun, sont vivipares; d’autres portent leur ponte sur eux, et ceux qui habitent dans des tubes déposent leurs œufs à l’intérieur de ces
gaines.
Annélides. — Les Annélides comprennent des animaux déjà bien pl us parfaits d'organisation que ceux que nous avons trouvés jusqu’alors parmi les Vers. Les uns sont marins, les autres habitants d’eau douce ou terricoles. Leur corps est nu ou garni de soies qui servent d’organes de locomotion et de respiration. Les représentants les plus connus de cette classe sont les Sangsues, les Lombrics ou Vers de terre, les Naïades, les Arénicoles des pêcheurs, etc.
La Sangsue grise ou médicinale appartient au groupe des Hirudinées. Elle habite, comme on sait, les étangs et les eaux stagnantes de l’Europe orientale, d’où elle s’est
répandue peu à peu, grâce à son emploi pharmaceutique, sur toute l’Europe. D’ordinaire elle incommode les Grenouilles en leur soutirant le sang, mais ceux qui ont pris des bains dans les eaux habitées par des Sangsues ou qui ont vu des centaines de Sangsues s’attacher au corps du bétail qui s’est hasardé imprudemment dans l'eau, se rappellent qu’elle préfère le sang chaud des animaux
Fig. 90. — La Sangsue.
plus élevés (fig. 99). La ponte des œufs est effectuée longtemps après la fécondation. Au printemps, neuf ou dix mois après la fécondation, la Sangsue se creuse un trou dans le rivage pour y pondre ses œufs dans un cocon. Elle choisit pour cela un terrain humide, exempt de sable dont les grains ne manqueraient pas de la blesser mortellement. Souvent aussi elle profite à ce moment du terrain propice pour gagner souterrainement une mare ou
I/ŒUF CHEZ LES VEltS
un étang voisin, laissant le propriétaire du premier fort intrigué de sa disparition subite. Après s’être installée dans son nid, elle sécrète, par une série de glandes disposées en ceinture autour de son corps, une capsule mince comme une membrane. Elle recouvre ensuite cette première capsule d’une matière spongieuse rejetée par la bouche sous forme de bave écumeuse. Ce cocon a la grosseur d'une fève et ressemble à une petite Eponge. 11 reçoit une dizaine d’œufs incolores, entourés d’un liquide gélatineux. La ponte effectuée, la Sangsue se retire du cocon : elle s’en débarrasse comme d’un anneau et les deux extrémités se referment élastiquement derrière elle, mais pas au point d’empêcher les jeunes Sangsues de prendre le même chemin pour en sortir après l'éclosion. Au bout de six à huit semaines, les jeunes Sangsues écloses gagnent le large et se développent en adultes sans passer par des métamorphoses. Il est facile de faire pondre les Sangsues en captivité et de voir éclore les jeunes. On n’a qu’à réunir au printemps, dans une cruche en terre, remplie à moitié de terre glaise humide, un certain nombre de ces Vers. On remise la cruche fermée à l'aide d’une toile au fond de la cave. Au bout de deux mois environ on casse soigneusement la cruche et l’on peut dégager alors de la terre glaise un certain nombre de cocons dans lesquels les jeunes Sangsues écloses se tiennent cachées. Au contact de l’eau elles sortent et vont immédiatement se fixer contre les parois de E aquarium.
Parmi les Annélides à corps garni de soies, nous rencontrons d’abord le Lombric terrestre ou Ver de terre. Cet animal singulier, aveugle, vit dans des trous qu’il se creuse dans la terre. 11 se nourrit de limon, laissant à son tube digestif le soin d’en choisir les matières alimentaires. On sait que certains Indiens du Nouveau Monde l imitent sous ce rapport.
La surface du corps est pourvue, comme chez les