‹ L'œuf chez les plantes et les animauxChapitre 30 sur 52 · L’ŒUF DES ARTICULÉS : CRUSTACÉS, ARACHNIDES MYRIAPODES, INSECTES · texte numérisé non relu

L’ŒUF DES ARTICULÉS : CRUSTACÉS, ARACHNIDES MYRIAPODES, INSECTES

I. Crustacés. — Dimorphisme sexuel. — Couleur et nombre des œufs d’une ponte. — Œufs des Balanes ou Glands de mer.

— Larves, Nauplius, forme cyprinoïde. — Les Cvclopes, les Cynips, etc., et leurs métamorphoses. — Crustacés supérieurs et leur chambre incubatrice. — Leurs métamorphoses : Nauplius , Zoéa, Phyllosome. — Mues et accroissement. — Parthénogénèse des Daphnies et leur selle. — Œufs d’hiver.

II. Arachnides et Myriapodes. — L’Argyronète aquatique et son industrie nidifiante. — Nid de l’Agélène domestique. — Influence de la température sur la durée de l’incubation. — Constitution de l’œuf. — Développement embryonnaire du Faucheur. — Œufs du Scorpion. — Yiviparisme. — Métamorphoses de certaines Aranéides. — Sarcoptes. — Dimorphisme sexuel des Aranéides. — Les Tardigrades et leur reviviscence. — Myriapodes. — Yiviparisme de la Scolopendre. — Métamorphoses.

III. Insectes. — Dimorphisme sexuel. — Formation des œufs. — Leur forme. — Fécondation. — Micropyles. — Leur nombre. — Ponte continue et poche copulat.rice. — Insectes ovipares et Insectes pupipares. — Endroits choisis pour la ponte. — Parasites de l’Homme et des animaux. — Libellule. — Glandes sébifiques ou collétériques. — Oothèques ou nid des Blattes, des Mantes. — Radeaux des Cousins. — Œuf des Insectes aquatiques. — Nid de l’Hydrophile brun. — L’oviscapte et la tarière. — Mœurs des Mouches à scie. — Production des Galles. — Les Phylloxéras et leurs générations alternantes. — Parthénogénèse du Phylloxéra, des Psychés, Abeilles, Pucerons. — Métamorphoses des Insectes.

— Cocon du Yer à soie. — Instincts et intelligence des Insectes développés au point de vue de la conservation de l’espèce. — Les Sphex, Cerceris, Guêpes et Abeilles solitaires, Mégachile, Anthocope, Xvlocope. — Division du travail chez les Insectes sociaux.

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— Colonies, nourrices, soldats. — Les Insectes malfaiteurs à domicile.

Les Crustacés, ou animaux « encroûtés », forment avec les Araignées, les Mille-pieds et les insectes le sousembranchement des Articulés. Les Crustacés sont aquatiques pour la plupart; quelques-uns, comme les Cloportes, les Armadilles, etc., sont terrestres.

Tous' les Crustacés se propagent par des œufs qui éclosent après la ponte, dans un abri que la femelle, pour plus de sûreté, a ménagé à sa progéniture sur une partie de son corps.

Les sexes sont presque toujours séparés, et souvent mâles et femelles sont si différents les uns des autres qu’on les prendrait pour des animaux d’espèce séparée. Ces différences portent notamment sur la taille, et tel mâle est vingt fois plus petit que sa femelle. Tel autre est microscopique et parasite de sa femelle, car ce nain dépourvu d’organes digestifs, se fixe contre elle sans la quitter pendant toute la période de son existence, d'ailleurs plus courte que celle de son hôtesse.

Ou bien la différence réside dans la forme des membres, adaptés alors plus particulièrement à l'incubation des œufs. Ainsi le Praniza mâle a un corps presque cylindrique et une tête large, tandis que la femelle possède un corselet très large de lamelles membraneuses, suivi d’une queue allongée comme chez les Ecrevisses.

La femelle du Crabe est pourvue d’un abdomen plus large où vont se fixer les œufs, et les Gélasimes mâles ont une pince très grande et forte, tandis que les femelles ont deux pinces grêles et courtes.

Les œufs des Crustacés sont le plus souvent vivement colorés en vert, jaune, violet ou bleu, et par la faciles à reconnaître. Cette coloration est due à une infinité de petites gouttelettes grasses qui font partie du vitellus. Très petits chez les Crustacés inférieurs, les œufs atteignent

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lin volume relativement considérable chez les Crabes, Homards, Écrevisses, Crevettes, etc., où on peut les voir facilement avec leur couleur ordinairement rouge ou orangée. Ils sont arrondis, pourvus d une enveloppe membraneuse et d'une sphère vitelline assez grosse.

Le nombre des œufs pondus par une femelle de Crustacé est infiniment moins considérable que chez la plupart des Vers. Par contre, la mère prend beaucoup plus de soins de sa ponte, et n’abandonne sa couvée qu’au moment où l'initiative personnelle de ses jeunes les garantit déjà dans une certaine mesure contre les acci-

dents d’une première jeunesse sans défense et contre les attaques de nombreux ennemis.

Voyons par quelques exemples comment l’amour maternel, éveillé de plus en plus, assure à l’œuf une évolution tranquille.

Les Balanes ou Glands de mer (fig. 101) sont des Crustacés fixes qui recouvrent de leurs coquilles bivalves tous les corps sous-marins solides : rochers, pierres, coquilles d’huîtres, etc. Serrés les uns contre les autres, les uns comme un pois, les autres de la taille d’une noisette, ces singuliers êtres rappellent les Kermès du figuier et ressemblent certainement plus à un coquillage qu’à un parent

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de l’Écrevisse. Inertes à l’air, ils se plaisent à être louettês de l’écume des vagues et s’épanouissent alors en panaches soyeux connue les Vers tubicoles. Leurs œufs, bleus ou jaunes, sont disposés dans une cavité du manteau. Ils sont réunis entre eux par une matière visqueuse et forment deux larges disques protégés encore par une partie des organes respiratoires. C’est dans cette chambre que les œufs éclosent, que naissent les larves. Libre au moment de son départ, la larve nage pendant quelque temps à l’aide de ses appendices garnis de soies. Rien dans sa forme ne rappelle sa mère. Le corps est mou et porte un œil frontal avec deux petits prolongements en corne. On lui donne le nom de Nauplius, qui n’a pas d’autre signification spécifique que celui de Cercaria des larves de Douves.

Mais bientôt la larve, par une sorte de mue, se métamorphose en une autre forme plus rapprochée de l’adulte parce que le corps s’entoure d’une coquille molle à deux valves. Toujours libre, la larve ressemble alors à un autre petit Crustacé appelé Cypris , d’où le nom de larve cyprinoïde réservé à cette deuxième forme. Puis, les mouvements de la jeune Balane se ralentissent; laissée par une vague à la surface d’un rocher, elle se fixe par le dos. Son manteau l’enveloppe de plus en plus et s’incruste d’un dépôt calcaire. Les yeux disparaissent et finalement la larve s’est transformée en une de ces coquilles tronquées que nous avons vues parsemées à la surface des corps sous-marins.

Les Anatifes cachent leurs œufs dans un capuchon, de leur manteau et se développent d’une façon analogue.

Les Cyclopes ou Monocles sont de petits Crustacés d'eau douce qui rappellent un peu la forme des Rotateurs. Ils se développent abondamment dans les eaux stagnantes impures où nous les avons déjà trouvés, porteurs inconscients du Filaire de Médine. Lu œil unique, implanté au milieu du front, leur a valu un nom mythologique que l’exiguïté de leur taille désavoue.

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La femelle est plus grande que le mâle. Elle porte ses œufs dans deux sacs allongés qui lui pendent sur le côté, comme les deux boules du régulateur d’une machine à vapeur. Ces deux poches sont le produit de deux glandes, et c’est dans leur intérieur que les jeunes embryons vont éclore. Ils naissent à l’état de larve ou de Nauplius, pourvus d’un œil unique; c est alors un animal ovoïde sans appendices; puis, chaque larve passe par une longue série de mues et de métamorphoses qui lui ajoutent successivement des anneaux et des appendices garnis de poils jusqu’à la forme définitive. Toutes ces formes larvaires sont nomades ainsi que l’animal adulte.

Les Crustacés supérieurs ne nous offrent pas, quant à l’œuf et à ses destinées, des différences considérables d’avec ce que nous venons de constater chez leurs camarades plus humbles. Bien que plus forts de taille et plus perfectionnés de structure, les Squilles, Mysis, Écrevisses, Crabes, Crevettes, etc., ne font pour leurs œufs et leurs jeunes rien que nous ne connaissions déjà. Les uns abandonnent leurs œufs dès la ponte, les autres, plus nombreux, les gardent sur eux dans des poches incubatrices.

On sait que la plupart de ces animaux ont le corps composé d’une succession d’anneaux plus ou moins confondus qui, de forme et d’usage divers, délimitent en avant la carapace avec la tête, en arrière la queue avec la nageoire. Tous ces anneaux portent le plus souvent des appendices servant à la locomotion ou à la respiration, à la mastication ou fonctionnant comme organes des sens.

Les appendices respiratoires garnissent la carapace ou l’abdomen. Parfois ce sont de simples dépendances des pattes ou des pattes entièrement transformées. Au lieu de se transformer en branchies, les pattes ou leurs appendices peuvent se transformer en pièces protectrices qui, par leur juxtaposition, délimiteront la chambre incubatrice.

Les Mysis femelles, dont la forme rappelle celle des

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Crevettes, sontpourvues d’une grande chambre incubatrice sous la carapace. Cette poche résulte du rapprochement en étant de quatre lamelles garnies de soies et attachées aux branches des pattes.

Chez les Crustacés macroures tels que les Ecrevisses, les Crevettes, la Langouste, etc., tous pourvus d’un abdomen allongé, les anneaux de la queue sont garnis d’une infinité de pattes poilues auxquelles les œufs, après la ponte, viennent s’attacher en grappes (fig. 102). Quoique la queue, faisant office de rame natatoire, ne puisse

se replier et former une sorte de chambre incubatrice, les œufs restent collés aux poils grâce à une matière visqueuse sécrétée par des glandes sous-épidermiques. Cette substance durcit dans l’eau et attache ses œufs jusqu’à leur éclosion si solidement, que les mouvements natatoires les plus violents de la femelle ne peuvent les faire tomber.

Qui n’a pas vu la masse rouge framboisée des œufs d’une Ecrevisse immédiatement sous le bord postérieur de la carapace (fig. 105), et les œufs rouges ou jaunes du Homard ou de la Crevette femelles suspendus après la ponte en nombre considérable sur les poils des pattes abdominales1? Les Crabes femelles replient l’abdomen au-

1. C’est aussi entre ses fausses pattes que la Crevette attache les quatre à cinq mille œufs qu’elle a pondus au printemps et qui éclosent

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dessous de la carapace et aménagent ainsi une chambre ovigère où les œufs, enduits d'une substance collante, viennent s’attacher aux nombreux poils des fausses pattes. Us y demeurent jusqu’à l’éclosion des embryons et parfois ceux-ci ne quittent leur mère que longtemps après leur naissance.

Les embryons de ces Crustacés élevés naissent à l’état de larve (fig. 104). Avant de passer à l'état adulte, ils traversent des métamorphoses plus ou moins bizarres. Peu accusées chez l'Écrevisse et le Homard, par exemple, ces métamorphoses deviennent si caractéristiques chez les Crabes (fig. 105) et les Langoustes, qu’on a longtemps considéré les formes intermédiaires comme des espèces distinctes sous les noms génériques

de Nauplius , Zoéa , Phyllosoma , Megalops, etc.

Ainsi l’être bizarre qu’on appelle vulgairement Bernard

Fig. 103. — Écrevisse femelle vue en dessous pour montrer les grappes d’œufs attachés sous l’abdomen.

après six semaines. Les œufs sont très petits et les jeunes larves n’ont que trois millimètres de longueur. Malheureusement la culture artificielle de ce Crustacé qui, constitue pourtant un article de commerce assez important, n’est pas réglée et, en pêchant la Crevette en été, on détruit ordinairement l’espoir d’une bonne pêche pour l’année suivante.

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l’Ermite et qui loge son abdomen mou dans une coquille après en avoir expulsé le légitime propriétaire, naît à l’état de Zoéa , qui estune larve portant sur le front une corne pointue fort longue à côté d’un œil grand et unique. Une queue grêle et des appendices latéraux garnis de soies ajoutent à la bizarrerie de la forme. D’autres larves Zoéa sont munies de deux cornes en épine, longues et dirigées l’une en avant, l’autre en arrière. A vrai

Fig-. 104. — Métamorphoses du Penœus semisulcatus. Larves Nauplius et Zoéa.

dire, la forme Zoéa est une deuxième étape dans Dévolution de la larve, car quelques espèces naissent à l’état de Nauplius , comme les Crustacés inférieurs, puis se forment en Zoéa , finalement en adulte.

La larve de la Langouste est une forme larvaire plus particulièrement appelée Phyllosome (fig. 106) d’après son premier biographe, qui en ignorait la provenance et Ja destinée,

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Fig. ^05, — Métamorphoses dp Crabe

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, Pour la première fois nous trouvons chez les Crustacés des exemples de parthénogenèse bien caractérisés, tels que nous en avons relevés chez les plantes inférieures : ce qui veut dire que les femelles sont capables de produire des œufs féconds sans avoir été fécondés. C’est là un effet de rétrogradation de la faculté reproductrice qui rappelle la multiplication par gemmation, mais cette gemmation est localisée cette fois dans l’ovaire au lieu d’être répartie, comme ailleurs, à la surface générale

Fig. 100.

— Phyllosome de Langouste.

du corps ou sur d’autres organes plus indépendants.

Les Puces d’eau douce ou Daphnies pullulent dans les eaux stagnantes parfois au point de leur communiquer subitement une belle couleur rouge qui est celle de leur corps. L’histoire de leur reproduction est presque la même que celle des Pucerons, que nous étudierons chez les Insectes. Durant tout l’été, on trouve les Daphnies femelles représentant seules leur espèce, ce qui 11e les empêche pas de pondre à différentes reprises jusqu’à

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cinquante œufs à la fois. Ceux-ci vont se logée dans un réservoir que la mère leur a aménagé au sommet des deux valves qui lui entourent le corps comme chez les Cypris. Dans cette chambre incubatrice, appelée selle , les jeunes embryons éclosent déjà au bout de quatre jours, et comme ils sont tous femelles, ils ne tardent pas à se reproduire par des œufs, comme leur mère, sans être fécondés.

Vers la fin de l’été seulement apparaissent, au milieu des embryons femelles, des embryons mâles, un peu différents de forme. Dès lors la reproduction s’opère normalement, et les produits en sont deux ou trois œufs plus rouges et plus consistants que les premiers. Au lieu d’éclore de suite, comme les autres, ces « œufs d’hiver » sont entourés d’une capsule solide que leur forme la chambre incubatrice; ainsi protégés contre les intempéries du milieu, ils passent l’hiver dans une sorte de vie latente. Au printemps suivant ils éclosent, longtemps après la mort de leurs parents, et continuent l’espèce par de nouvelles pontes parthénogénétiques. On a vu des Daphnies se reproduire ainsi par des œufs non fécondés pendant six générations successives. Peut-être que d’autres Crustacés inférieurs, dont on n’a pas encore pu découvrir les mâles, continuent leur espèce par un procédé pareil.

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