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II. Arachnides et Myriapodes

Réellement, nous entretenons envers certains animaux des sentiments d’antipathie très peu justifiés. Le pauvre Ver de terre, la modeste Chenille, le malheureux Crapaud, et surtout notre compagne d’infortune, l’industrieuse Araignée, ont tour à tour à souffrir de notre dédaigneuse injustice, sinon de notre cruauté. Cette inimitié se changera bien vite en sympathie dès que nous saurons que tous ces animaux, loin d’etredesennemisdontil faut redouter la pré-

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sence, mettent souvent leur activité au service de nos intérêts ou offrent, dans leurs mœurs et dans leurs industries, l’image d’un instinct très développé et digne d’admiration.

Je plaide la cause de nos Araignées domestiques, car le moment de leur découverte est ordinairement le dernier de leur vie. Il est vrai que leurs parentes des pays chauds, telles que les Scorpions, les Solpuges, la Mygale aviculaire, qui est la plus grande et la plus hardie des Aranéides, etc., n’ont, par droit de réciprocité, aucune grâce à attendre de nous. 11 est vrai encore que les Mites, les Tiques, les Garapattes et les Sarcoptes, ces nains parmi les Araignées, ne méritent aucun ménagement. Mais l’absence des unes dans nos contrées et la petitesse des autres ne nous autorisent pas à faire une moyenne taille en nous vengeant sur les habitants de nos contrées, intermédiaires de taille, des méfaits de leurs parents éloignés

Voici l’Argyronète aquatique (fig. 107). Elle est amphibie, vivant sous l’eau, dans une petite maisonnette qu’elle s’est construite avec beaucoup d’art, mais venant souvent aussi à la surface de l’eau se « charger » d’une nouvelle provision d’air. Sa retraite se trouve cachée à une certaine profondeur, au milieu des Algues et des plantes aquatiques feuillues. C’est une sorte de nid en forme de poche arrondie, quelquefois ovale, d’une structure fort simple. Les parois en sont faites d’un tissu lisse et transparent obtenu par l’enchevêtrement d’un grand nombre de fils de soie extrêmement fins. Les Araignées possèdent en effet un appareil de sécrétion de la soie, composé de glandes. Le produit de ces glandes est visqueux, durcit à l’air et forme des fils. Ceux-ci s’échappent du sommet de petits cônes ou boutons appelés filières , situés à l’extrémité de l’abdomen.

Pour construire son cocon d’habitation aquatique, l’Argyronète commence par suspendre aux plantes submergées un réseau de tils relativement peu nombreux. La trame en est tellement fine qu’on n'en soupçonnerait

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pas la présence, n’était une petite bulle d’air que l’Araignée est allée chercher à la surface de l’eau et qu’elle a lâchée immédiatement sous le réseau. Sollicitée par son poids spécifique beaucoup plus faible, la bulle d’air remonte vers la surface, mais se trouve arrêtée comme un ballon dans ses cordages. Par des apports d’air successifs, le petit ingénieur en augmente le volume jusqu’à ce qu’elle atteigne environ un centimètre de diamètre. Entourant alors la bulle d’air, qui fait l’office de l’œuf dont se sert la raccommodeuse de bas, de nombreux fils de soie dans tous les sens, il donne à sa logette la forme et la solidité définitives en ménageant une ouverture à l’extrémité inférieure. Il est très curieux de voir cette Araignée retenir, en plongeant, une petite bulle d’air entre .ses pattes de derrière et son corps, puis, arrivée sous le réseau, abandonner cette bulle en serrant les pattes contre l'abdomen. Toutes ces manœuvres sont faciles à voir sur des Àrgyronètes captives dans un vase transparent. Ce cocon aquatique est la résidence habituelle de l’Argyronète; mais au moment de la ponte, qui a lieu une première fois au printemps et une seconde fois au mois d’août, la femelle construit une .deuxième pochette. Elle opère de la même façon, sauf qu’elle donne aux parois une plus grande épaisseur et plus de consistance dans le tissu.

Ce deuxième cocon est le nid proprement dit, destiné à recevoir la ponte et à protéger les jeunes. 11 est situé moins profondément sous l’eau et son sommet en dépasse la surface. Il est divisé intérieurement en deux compartiments séparés par une sorte de diaphragme. Le compartiment supérieur reçoit les œufs, et l’inférieur sert de guérite à la mère, où, en vaillante sentinelle, elle se porte pour défendre sa progéniture contre les attaques d’une multitude de maraudeurs aquatiques.

La chambre incubatrice reçoit de quatre-vingts à quatrevingt-dix œufs pondus dans une enveloppe commune de fds de soie très solides qui s’entre-croisent à l’intérieur et

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maintiennent les œufs en place. Les œufs sont ovoïdes, d’abord presque incolores, puis colorés en jaune vif. Une mince couche d’albumen s’interpose à la fin entre le vitellus et l’enveloppe lisse extérieure. Us sont plus denses que l’eau et, abandonnés à eux-mêmes, tomberaient au fond. Après huit ou dix jours de séjour dans leur chambre incubatrice, les jeunes Argyronètes éclosent. Si leur développement embryonnaire a été très rapide après la ponte, il est devenu au contraire très lent les derniers jours qui précèdent l’éclosion.

Mais les jeunes Araignées écloses ne peuvent pas encore quitter leur chambre, devenue prison, sous peine de mort : car leur corps ne possède pas encore ce revêtement pileux qui, en retenant dans les interstices des poils une couche d’air enveloppante, les empêche d'être mouillées et noyées. Une fois sorties de leur berceau, elle s se construisent chacune une cloche aérienne et vivent dorénavant indépendantes. Il est curieux de voir les jeunes femelles écloses quitter le nid les premières, laissant, comme dernier habitant, le mâle unique de la ponte, qui ne tarde d’ailleurs pas à suivre ses sœurs.

La plupart de nos Araignées choisissent la fin de l'été ou le commencement de l’automne pour pondre leurs œufs. L’Agélène labyrinthique, une de nos Araignées très communes, effectue sa ponte aux premières heures matinales. Elle habite ordinairement le fond d'une grande toile horizontale qui se prolonge en bas en un tube évasé en entonnoir. C’est au centre de ce tube qu’elle suspend le cocon qui sert de nid à ses œufs et aux jeunes. Elle apporte à la confection de son cocon un art non moins étonnant que celui que nous venons d'admirer chez l’Argyronète.

Elle commence par tisser une toile en cône évasé, de 2 ou o centimètres de large, inclinée de 45 degrés environ sur l’horizon, et l’arrime aux parois de l'entonnoir par de nombreux cordages rayonnants. Ensuite elle tisse une toile plane qui représente la base de ce cône et qui est

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d’un (issu un peu plus lâche. Au centre de ce plancher elle dépose, en un seul paquet, près d’une centaine d'œufs qu'elle recouvre en tous sens d’une infinité de lils de soie, de façon à les envelopper d’une sorte çle capsule. Grâce â leur enduit humide, malgré sa forte inclinaison, les œufs restent attachés à la toile. Puis, après s'être reposée un peu de ce travail fatigant pendant lequel elle ne cesse de faire marcher vivement son abdomen dans tous les sens, elle construit au-dessus du plancher qui porte les œufs un deuxième réseau en cône, mais qui sera disposé symétriquement au premier. Les œufs se trouvent ainsi portés par un diaphragme qui sépare deux cavités coniques. Passant et repassant autour de cet échafaudage soyeux, l’Agélène l’entortille dans une infinité de fils entre-croisés qui en assurent la solidité et la protection nécessaires. Ainsi conditionné, le nid se présente sous forme de coque étoilée, d’un blanc éclatant, retenue aux parois du tube par de nombreux cordages.

Les œufs ont de un millimètre à un millimètre et demi de diamètre. Leurs enveloppes transparentes permettent de suivre pendant assez longtemps la formation de l’embryon.

C’est en élevant des femelles pondeuses et des œufs en captivité que MM. Plateau etBalbiani sont arrivés à suivre les progrès de l’industrie nidifiante de ces Araignées ainsi que le développement de l’embryon jusqu’à son éclosion.

L’influence de la température est manifeste et remarquable : les œufs d’Agélène pondus au mois d’août ou de septembre éclosent, sous une température de 20 degrés centigrades, au bout de vingt à vingt-cinq jours ; tandis que les œufs qui se développent pendant l'automne et l'hiver ne sont mûrs qu’au bout de plusieurs mois. On peut à volonté hâter l’éclosion en élevant artificiellement la température du milieu dans lequel se trouvent les œufs. Ainsi Leuwenhoek avança de plusieurs mois l’éclosion d’œuls d’Epeire, une de nos Araignées domestiques, en leschauf-

fant au contact de son corps dans un tube qu'il porta constamment sur lui. M. Balbiani répéta et vérifia cette expérience du célèbre physiologiste. 11 observa en outre qu’une température de 50 degrés centigrades, prolongée pendant quinze jours, devenait fatale aux œufs d’Épeire diadème, tandis qu’ils résistent parfaitement à un abaissement de — 19 degrés. Ce froid intense épargne le jeune embryon dans l’œuf et le tue au contraire après son éclosion.

Les œufs d’Araignée ont souvent un aspect velouté qui rappelle la fleur ou pruine des fruits. Ceci est dû à une couche de granules extérieures, sorte de ciment blanchâtre qui agglutine les œufs entre eux et les maintient ensemble durant tout le temps de l’incubation après leur avoir permis d’adhérer à leur support.

La couleur du vitellus est le plus souvent jaune plus ou moins vif, parfois rougeâtre. Il est probable que la couleur peut changer pour une même espèce avec les conditions de climat. La matière vitelline est composée de trois substances : une matière albuminoïde, une substance grasse sous forme d’émulsion, et une matière voisine de l’amidon, le glycogène. Cette composition rapproche l’œuf des Araignées de l’œuLdes animaux supérieurs comme la Poule.

L’éclosion a lieu de vingt à vingt-cinq jours après la ponte. Dès le lendemain de la ponte, les traces du travail embrvogénique se manifestent, et neuf jours après, les segments du corps se constituent (fig. 108). Tandis que les œufs des Araignées proprement dites ont des enveloppes doubles et assez résistantes, ceux des Faucheurs n’ont qu’un seul tégument mince, qui est la membrane vitelline, Mais chez le Faucheur de nos bois (Phalangium opilio) cette membrane est recouverte d’une deuxième enveloppe ou chorion, d’une épaisseur et d’une solidité remarquables. Une particularité de l’embyron du Faucheur est la position de ses pattes. Ces appendices étant fort longs et l’espace

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pour les loger dans l’enveloppe de l’œuf très restreint, i embryon replie ses pattes et les croise d’une façon fort curieuse et pas du tout en rapport avec leur position sur l’animal adulte. Après avoir quitté les enveloppes de l’œuf, le jeune Faucheur a une apparence bizarre : il est comme déprimé, dégonflé et deux gros yeux disproportionnés sont posés sur le devant du front. 11 mue sans métamorphose. Au moindre attouchement ou ébranlement, il replie ses pattes et fait le mort.

Les Scorpions donnent naissance à des jeunes vivants

Fig. 108. — A gauche, un œuf (l’Araignée avec son embryon à moitié développé.. A droite, un embryon isolé près d’éclore.

au nombre d’une quarantaine. Les œufs, de forme ovale, se développent et éclosent à l’endroit même où ils ont pris naissance. Us mettent jusqu’à six mois pour éclore. Les Galéodes et les Oribates sont également vivipares* Quelques Aranéides passent par des métamorphoses avant d’arriver à leur forme définitive. Ainsi les Hydrachnes, qui vivent sur l’eau, sont pourvues à leur naissance d’un bec relativement énorme et de six pattes. Mais plus tard, quand le bec a servi à entamer le corps des malheureux Insectes qui doivent nourrir le parasite, le corps prend un développement prédominant et se garnit, à la

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suite d’une première mue, de quatre paires de pattes. Ces animaux appartiennent à un ordre inférieur, celui des Acariens, qui emprunte son nom à YAcarus ou Sarcopte de la gale. Les jeunes Sarcoptes éclosent sur la peau des animaux divers dans une vésicule déterminée par Je dépôt d’un petit nombre de gros œufs.

C’est cette vésicule qui occasionne les démangeaisons caractérisques de la gale. Les jeunes sont pourvus an moment de l’éclosion de trois paires de pattes seulement; mais à la suite de plusieurs mues ils en acquièrent quatre.

On a appelé Tardigrades à cause de la lenteur de leurs mouvements, et rangé parmi les Aranéides à cause de leur structure, des animalcules microscopiques qui vivent ordinairement, à l’instar des Rotifères, dans le sable des gouttières ou dans la vase des eaux stagnantes et corrompues (fig. 98, A). Ils ont de commun avec les Rotifères la singulière propriété de résister pendant longtemps à la dessiccation dans un état de vie latente, puis de reprendre une vie active en présence de nouvelles conditions vitales convenables. En dehors de cette ténacité à la vie, sorte de garantie personnelle contre l’extinction de leur espèce, ces animaux se reproduisent par des œufs. Chacun d’eux est mâle et femelle à la fois. Les œufs sont relativement très gros, mais en petit nombre. Ils sont nichés parfois dans la peau même de l’animal et s’en détachent à l’époque de la mue, ou bien, libres, se trouvent protégés par une enveloppe très solide et tuberculée.

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