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Ailleurs, les pôles ou les côtés se prolongent en appendices bizarres, simples ou nombreux. Ainsi les œufs des Ichneumonides portent à l’un des pôles un long filet. Chez les Punaises d’eau, les œufs sont garnis à une extrémité de longues soies qui, chez les Nèpes, sont disposées en couronne.
Parfois, au-dessus de la couronne coiffant l’extrémité de l’œuf, se trouve une chambre à air analogue à celle des œufs de la Poule. Un des œufs les plus curieux est, celui de l’Ephémère : coiffé à chaque pôle d’un capuchon arrondi, le chorion est garni en outre sur les côtés de quatre appendices filiformes terminés par un petit disque.
Chez le Phylloxéra, la nature de l’individu adulte est déjà indiquée par la taille plus ou moins forte de l’œuf.
C’est pendant la traversée de l’oviducte que l’œuf est fécondé, quelquefois par de la semence emmagasinée dans une poche spéciale. Cependant, le chorion étant déjà formé, pour que la semence arrive au contact du vitellus, il faut nécessairement qu’il y ait quelque ouverture qui lui donne passage à travers la membrane; aussi voil-on le chorion percé de un ou plusieurs micropyles, tantôt situés à une seule extrémité comme dans l’œuf d’Abeille, tantôt aux deux à la fois.
L’œuf de la Puce est perforé aux deux pôles d’une cinquantaine de micropyles. Chez le Criquet, les ouvertures sont situées sur le pourtour de l’œuf ainsi que chez les Sauterelles et les Ephémères.
Le nombre des œufs pondus par une seule femelle peut devenir énorme. Linné, en parlant de la Mouche vivipare dont les larves se nourrissent des chairs en putréfaction, a pu dire que trois Mouches consomment le cadavre d’un cheval aussi vite que le fait un Lion. Il est vrai que c’est leur progéniture (pii se charge de cette besogne, et elle y réussit avec une rapidité étonnante. Le nombre d’œufs le plus considérable est pondu par la femelle « reine » des colonies sociales, car, unique de son sexe dans chaque
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colonie, elle reçoit seule les hommages de milliers de ses sujets mâles. Une reine d’Abeilles peut repeupler à elle seule des ruches entières, et souvent la population d’une ruche dépasse 20 000 individus. Réaumur a observé des essaims de 40 000 Abeilles, toutes descendant d’une seule reine. De même, la femelle-reine des termitières, dont l’abdomen monstrueux atteint après la fécondation 50 000 fois son volume primitif, peut, à elle seule, donner naissance à toute une population de termitière. Or le nombre des habitants d'une de ces colonies paraît être prodigieux. On estime qu’une femelle de Termite peut pondre plus de 80 000 œufs en vingt-quatre heures, et la fécondité se maintient pendant plus de deux ans!
Généralement la ponte n’est pas aussi soutenue et les femelles se débarrassent de la totalité de leurs œufs quelque temps après la fécondation. Si la ponte se continue, comme chez les Guêpes, les Termites, les Abeilles, etc., pendant des mois et même des années, cela vient de ce que la semence, emmagasinée dans une poche spéciale annexée à l’oviducte, peut, à tout moment, mettre son contenu au service des œufs qui se présentent successivement et sans interruption au niveau de son siège dans l’oviducte, et les féconder. Il y a bien une interruption, mais elle est déterminée par des causes extérieures, au grand bénéfice de la progéniture : chez ces femelles pondeuses en effet, la ponte s’arrête au commencement de la mauvaise saison pour reprendre au printemps suivant, avec le retour des beaux jours, du chaud soleil, des fleurs et du nectar.
La plupart des Insectes sont ovipares et les œufs n’éclosent qu après la ponte et loin de la mère. Quelques Insectes cependant naissent à l’état de larve ou même à l’état de pupe , qui est un degré de métamorphose déjà plus avancé. Ainsi les Hippobosques ou Mouches-Araignées, insectes parasitaires des chevaux, éclosent à l’intérieur d'une chambre incubatrice de l’oviducte. Ils v
séjournent tout le temps que dure leur état larvaire, se changent en pupe ou nymphe , puis naissent et se transforment en insecte parfait. Quelques autres espèces et genres, parasites de divers animaux, présentent le même mode de développement et ont été réunis dans la division des Mouches pupipares, nom qui indique leur principal caractère différentiel. La grosse Mouche verte, la Mouche vivipare ou Sarcophage, qui s’attaque, à l’état de larve, aux chairs en voie de décomposition, éclôt par centaines dans la dernière partie de Loviducte; elle est déposée à l’état de larve dans le milieu propice à son développement ultérieur. Rédi, le célèbre médecin florentin du dix-septième siècle, reconnut le premier la cause de l’apparition subite d’un nombre prodigieux de «Vers » dans les chairs en putréfaction. Sa découverte de la parenté existant entre les larves et les mouches qui voltigent et s’arrêtent sur les chairs devint un des premiers arguments contre la théorie des générations spontanées.
Les Insectes déposent leurs œufs soit isolément, soit réunis en paquets ou enfermés dans des capsules. Leur mode de pondaison est aussi varié que leurs mœurs et leur genre de vie. Les Insectes parasites pondent sur les animaux ou sur les plantes qui doivent les entretenir plus tard. La Puce, d’après Rœsel, pond une douzaine d’œufs arrondis, un peu allongés, lisses et polis, tellement petits qu’ils tombent dans les plus petites cavités et fentes pour y éclore. Dans l’Amérique méridionale une espèce de Chique ou Pu ce pénétrante, parasite de l’Homme, s’attaque aux orteils des pieds et se gorge tellement de sang que son abdomen, devenu monstrueux, laisse à peine deviner le thorax et les pattes. Si la ponte a lieu sous l’épiderme, des accidents graves, même mortels, peuvent en résulter. La Mouche hominivore de la Guyane dépose ses œufs dans les fosses nasales de l'Homme et devient non moins redoutable. Les Hypodermes, Œstres, la fameuse Tsé-tsé de l’Afrique tropicale, les Poux, etc,,
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pondent sur différentes régions du corps des animaux auxquels ils s’attaquent. On sait que les Poux, extrêmement féconds, attachent leurs œufs ou lentes, x n forme de larme batavc aux cheveux et aux poils et se développent au point d’occasionner une maladie redoutable, la phthiriase, qui a tué quelques personnages historiques célèbres.
•Certaines espèces de Libellules pondent dans l’eau. On les voit, fines et brillantes, voltiger par saccades au-dessus de la surface d’un ruisseau, puis subitement s’approcher de l’eau et, en recourbant presque verticalement leur abdomen, laisser tomber à chaque fois un œuf.
D’autres espèces de Libellules confient leurs œufs séparément aux tissus internes des plantes aquatiques. Femelle et mâle réunis se posent sur une feuille de Massette par exemple, puis, la femelle recourbe son abdomen en dessous, fait une entaille dans l’épiderme à l’aide d’organes sécateurs particuliers qui garnissent l’extrémité abdominale et dépose un œuf dans le parenchyme de la feuille. Ensuite, descendant de quelques centimètres, elle recommence la même opération et la renouvelle jusqu’à la base de la feuille, sans se laisser arrêter par l’eau qui bientôt l’environne mais ne la mouille pas. Pareille en cela à l’Argyronète, elle a le corps poilu entouré d’une mince couche d’air qui la garantit contre l’asphyxie immédiate et lui permet, dès son retour au-dessus de l’eau, de reprendre son vol pour recommencer sa ponte intelligente sur une feuille voisine.
Les Insectes qui pondent leurs œufs réunis en pelotes ou en paquets, possèdent des glandes spéciales dont le produit est déversé dans la partie terminale de l’oviducte. Ces glandes, appelées sébifiques ou collétériques , sécrètent u ne substance visqueuse agglutinative qui se coagule et durcit à l’air ou se gélifie dans l’eau. Elle entoure les œufs et les attache entre eux ou sert à les fixer contre les corps étrangers Quelques exemples nous montreront son rôle.
La femelle du Bomhyce disparate, ou Zig-zag, pond plu-
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sieurs centaines d’œufs sphériques et grisâtres. Elle en fait une sorte de tas ovale collé contre une branche d’arbre sons forme de plaque. Au fur et à mesure que les œufs agglutinés se présentent, elle les recouvre d’un manteau de poils qu’elle arrache de son abdomen. Ainsi protégée, la ponte peut affronter les froids de l’hiver, mais elle est désarmée contre les attaques d’une petite Guêpe intelligente qui choisit précisément comme berceau de sa propre progéniture l’œuf du Bombyce disparate. Nous trouverons d’autres exemples, plus étonnants encore, du parasitisme de l’œuf dans l’œuf.
Les œufs du Zig-zag, réunis en plaque, ressemblent à des tampons d’amadou; ceux du Bombyce neustrien sont disposés en bandes annulaires autour des rameaux des arbres forestiers.
Quelquefois, comme chez les Demoiselles terrestres, les œufs sont appcndus chacun par un mince fil de matière agglutinante aux branches on aux feuilles.
Les Blattes, appelées vulgairement Cancrelats ou Cafards et détestés connue voleurs de garde-manger, enferment leurs œufs dans une capsule ou oothèque , allongée en forme de haricot, qu’on prend à tort communément pour un œuf unique. Cette capsule est formée par la substance visqueuse des glandes collétériques qui durcit à l’air et prend une consistance cornée. Elle est partagée intérieurement, dans le sens de la longueur, en deux chambres renfermant chacune une douzaine d’œufs allongés et disposés par rangées symétriques dans de petites logettes. La coque atteint la moitié du volume de l’abdomen de la femelle. Elle est pondue lentement, et pendant une quinzaine de jours la femelle la traîne avec elle sous son abdomen jusqu’à ce que, ayant reçu toute la ponte, elle s’en détache pour abriter désormais les œufs, puis les larves qui en naissent;
Chez les Mantes, les glandes collétériques sont très développées et servent à la confection d'une sorte (b’
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capsule comme chez les Blattes. Au moment de la ponte, la Mante religieuse enduit les œufs d’un liquide visqueux qu’elle pétrit fort habilement à l’aide de son abdomen, et en fait une sorte de nid, ou oothèque, quelle attache aux rochers ou aux branches des végétaux. Ce nid a 5 centimètres de longueur, une forme allongée et convexe en dessus. Les œufs, au nombre d’une quarantaine, sont collés au plancher de la capsule et contenus chacun dans une petite logette. Protégés de la sorte, les œufs passent sans danger l’hiver, puis le printemps, et n’éclosent qu'en été; les derniers pondus éclosent les premiers. Trois mois après, la larve revêt sa forme adulte. Déjà durant sa première jeunesse elle commet des actes de « cannibalisme » en dévorant ses compagnons, et ses instincts carnassiers et sauvages ne font que croître lors de sa métamorphose.
Les Insectes aquatiques déposent leurs œufs agglutinés dans l’eau, où l’enveloppe, au lieu de se durcir, se gélifie et prend la consistance du frai de Grenouille. Tels, les œufs de beaucoup de Phrvganes. Parmi les Insectes aquatiques, il en est un de particulièrement intéressant à cause de ses mœurs bizarres et des dispositions tout exceptionnelles qu’il prend pour protéger sa ponte : c’est l'Hydrophile brun (fig. 113), fréquent dans les eaux stagnantes de nos contrées. A l’instar des Argvronètes, cel Insecte amphibien charge la surface de son abdomen de bulles d’air et peut, se risquer sous l’eau, sans danger d’asphyxie. La femelle dépose sa ponte dans une petite capsule soyeuse pédicellée. Elle s’accroche d’abord, à l’aide de ses pattes de devant, à la face inférieure d’une feuille de plante aquatique. Son extrémité abdominale est garnie de quatre tubercules ou filières qui filent chacune un mince filament de soie. Au fur et à mesure qu’ils se présentent, ces filaments sont entortillés et forment finalement un feutrage lisse qui recouvre de plus eu plus le corps de l'insecte. Au bout de trois quarts d’heure,
ayant lissé le plafond de sa capsule ovigère, l’Hydrophile se retourne, place le dos au contact de la face foliaire, et recommence son métier en reprenant aux bords le tissu déjà exécuté. Bientôt elle se trouve l’abdomen engagé dans une sorte de bourse, et quand celle-ci est suffisamment grande, la ponte commence. Les œufs sont disposés par rangées successives superposées, et finalement rem-
plissent la capsule jusqu'au bord. Alors, se dégageant tout à fait, l’Hydrophile saisit de ses pattes les bords libres de la capsule, les rapproche et les réunit au moyen de lils transversaux. 11 ajoute à l’extrémité qu’il vient de fermer, un appendice en forme de bec allongé, ce qui donne à son nid une forme caractéristique de cerise terminée par une petite queue. La confection de son nid lui
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demande quatre à cinq heures; au bout de ce temps, on voit la capsule flotter librement à la surface de l’eau. Ni le vent, ni les ondulations des vagues ne peuvent faire chavirer ce radeau miniature. Les œufs les plus gros et les plus pesants sont en effet pondus les premiers et tout au fond de la capsule, tandis que l’extrémité amincie est remplie d’air; le centre de gravité, étant sous l’eau, tend ainsi à ramener tout le système à une même position d’équilibre. Après une quinzaine de jours de navigation, les œufs éclosent, les larves en sortent et s’attaquent immédiatement aux petits Mollusques aquatiques, leurs voisins, avec une voracité telle que Réaumur les a stigmatisés du nom de « Vers assassins ». L’Hydrophile brun est le seul Insecte qui prépare à sa progéniture une coque soyeuse au moyen de filières abdominales. Les cocons de beaucoup de larves ou chenilles sont fabriqués à l’aide de matériaux tirés également de glandes série ipares, mais ces glandes se trouvent près de la bouche et sont les équivalents des glandes salivaires.
Beaucoup d’insectes déposent leurs œufs dans des trous pratiqués dans la terre au moyen d’instruments spéciaux, adaptés à la partie postérieure de leur corps. Ainsi la Sauterelle femelle est pourvue à son extrémité abdominale d’une longue pièce en forme de sabre turc, appelée oviscapte. C’est une espèce de rigole canaliculaire bivalve où les œufs glissent successivement de l’oviducte jusqu’au fond de la cavité pratiquée dans la terre (fig. 114). Cette cavité est ensuite bouchée et les œufs s’y développent et éclosent. Les Sauterelles peuvent se multiplier, sous l'influence de bonnes conditions climatologiques, avec une abondance terrible : les nuées immenses de ces Insectes voraces deviennent, dans certains pays chauds, une plaie redoutable et légendaire, amenant parfois la ruine de contrées entières et la famine sur toute la population.
Ces mêmes pièces qui, chez la Sauterelle, servent à former l’oviscapte, se transforment chez d’autres Insectes
en appareil perforateur dune puissance extiaoidinain et portent alors le nom de tarière. Mais tandis que 1 ovis- Capte des Sauterelles n’est qu’une sonde directrice de consistance assez molle, la tarière au contraire se complique de stylets, de poinçons, de scies, destinés à entamer des corps d’une grande dureté.
Les Ichneumonides ou Entomophages sont munis d une tarière très longue, au moyen de laquelle ils entament le
Fi
Sauterelle au moment, de la ponte.
corps tic la larve ou de la chenille qu’ils ont choisie comme berceau futur de leur progéniture. Au moyen de cette tarière, ils insinuent leurs œufs entre les organes internes de leur malheureuse victime, et les laissent éclore a 1 abri de tout danger qui ne menace pas la larve elle-meme.
Les jeunes larves éclosent (fig. 115), se repaissent des entrailles de leur hôte et le font périr d’une mort lente. Au moment de la métamorphose, elles acquièrent des
AimCI LKS : CRUSTACES. ARACHNIDES, ETC.
ailes, se percent line ouverture à travers la paroi du corps de leur victime, et s’élancent dans les airs.
Les Tenthrédiniens, ou Mouches à scie , ont une tarière disposée pour entailler profondément les pétioles des feuilles, les tissus végétaux, les branches de jeunes pousses, etc. Les mêmes pièces qui, ailleurs, constituent des
Larves cl cocons d'Iclmeumonides sur une chenille.
poinçons, des limes ou des valves, se sont transformées ici en lames dentelées, véritables scies, mises en mouvement par des muscles très développés. Les œufs sont cachés dans les entailles, et les larves v éclosent, trouvant
leur nourriture végétale à portée de leurs premiers mouvements.
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Iclmeumonides , Tenthrédiniens et Cynipsides sont réunis dans le groupe des Hyménoptères térébrants. Cette dénomination rappelle le mode de fonctionnement de leur tarière. Mais les Cynipsides ajoutent encore à leur appareil sécateur un appareil glandulaire destiné à infiltrer dans la plaie un liquide irritant. Grâce à cette irritation, les tissus végétaux environnants multiplient démesurément leurs cellules, se boursouflent et se chargent de substances particulières, le plus souvent de tanin. La
tumeur ainsi produite sur la feuille ou le pétiole porte le nom de galle (fig. 116).
La noix de galle du Chêne, employée dans l’ industrie à cause de sa richesse en tanin, est due à la piqûre de la femelle d’une espèce de Cynips. La galle fleurie rouge, si singulière, du Rosier, appelée bédéguar , est produite par une espèce voisine. Certaines galles de Chêne et de Pistachier sont employées
Fi„. HO. - Galles du Chêne, dans l’Asie centrale comme
narcotiques puissants en guise de hachisch. Toutes
ces hypertrophies végétales ont un rôle double à remplir : elles servent d’abri à la ponte, ensuite de nourriture à la larve éclose.
Les Phylloxéras de la vigne sont egalement, pendant une des nombreuses phases de leur existence, des Insectes qallicoles. Comme l’histoire de l’œuf de ce fameux el terrible ennemi de nos vignobles présente beaucoup de narticularités intéressantes, nous en résumerons ici les principaux traits, que les belles études de MM. Balbiani, M Girard, Planchon, etc., nous ont fait connaître a fond.
ARTICULÉS : CRUSTACÉS, ARACHNIDES, 1 TC
L’histoire d’une génération de Phylloxéras comprend trois phases principales. La première est caractérisée par l'existence de femelles sédentaires qui se sont installées surles racines de la vigne etse nourrissent de ses sucs. Sans être fécondées, elles pondent un grand nombre de petits œufs de forme ellipsoïdale, de couleur jaune
Fig. J 17. — Phylloxéra femelle ailé et aptère.
d’abord, grisâtre ensuite, et marqués chacun de deux points rouges qui sont les yeux de l’embryon. Leur nombre est parfois assez considérable pour faire paraître la racine comme saupoudrée d’une poussière jaune. Il en naît des larves, puis des femelles sans ailes (fig. 117). Mais le nombre toujours croissant de ces Insectes agames rend de plus en plus nécessaire, à défaut de nourriture, soit l’émigration de colonies nouvelles, soit la suppression d’une partie de la population.
La population phylloxérienne a choisi la première aller-
L'(EUF
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native, et bientôt certaines femelles traversent une métamorphose et se couvrent de quatre ailes puissantes : elles deviennent migratrices. Capables de soutenir un vol de dix à douze kilomètres, ce sont elles qui vont élargir d’année en année la tache phylloxérique de nos cartes géographiques. Vers la fin de l’été elles s’abattent sur les jeunes feuilles et les bourgeons de la vigne, et se mettent incontinent à en sucer les sucs en desséchant les tissus attaqués, d’où le nom de Phylloxéra , c’est-à-dire dessécheur de feuilles. Si la saison est plus avancée ou le temps humide et froid, elles pondent dans les crevasses de l’écorce ou, sans prendre leur vol, dans les couches superficielles du sol. Toujours sans le concours du mâle, par parthénogénèse, ces femelles pondent de six à dix œufs de taille inégale, mais supérieure à celle des œufs de sédentaires aptères. Les uns ont 40 millimètres de long sur 20 millimètres de large, les autres 26 millimètres sur lo millimètres; de blancs qu’ils étaient au moment de la ponte, ils prennent dans la suite une couleur jaune intense. Là finit la deuxième phase, car, des œufs pondus par les femelles ailéesasexuées vont sortir des formes sexuées, et, pour la première fois, on voit apparaître des individus mâles. Les œufs de grande taille donneront des individus femelles, ceux de petite taille, des mâles. Cette nouvelle progéniture ne vit que fort peu de temps : car, dépourvus d’ailes et de tube digestif, mais, par contre, munis d’organes de reproduction parfaits, mâles et femelles ne sont que des intermédiaires, des traits d’union entre deux générations successives, destinés uniquement à la reproduction. La femelle sexuée pond un œuf unique qu elle fixe à l’aide d’un crochet contre l’écorce du cep de vigne. Cet œuf est énorme par rapport à la taille de la pondeuse, de forme allongée, arrondi aux deux pôles, de couleur verdâtre, avec des taches noirâtres, ce qui rend sa découverte très difficile. La mère ne survit pas longtemps à sa ponte :
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clic s est vidée en quelque sorte, se ratatine et meurt. Mais son œuf résiste pendant tout un hiver aux intempéries de l’air. Au printemps suivant, il en éclôt un nouvel Insecte qui n’est autre qu’un individu femelle, sans ailes, de même nature que celui que lions avons trouvé à première inspection au milieu d’une poussière jaune sur la racine.
Ainsi se trouve clos le cycle évolutif des formes phylloxériennes : car cette nouvelle femelle, née d’un œuf d’hiver, peut aller de suite regagner les parties souterraines du cep et pondre à son tour, par parthénogénèse, de nouvelles colonies de formes aptères et agames. Elle peut cependant aussi, et c’est là une sorte d’évolution divergente, aller se loger sur une feuille et s’entourer d’une galle protectrice où elle s’abrite avec une nombreuse progéniture sédentaire.
Cependant, à moins de produire des femelles ailées migratrices ou de regagner leur demeure habituelle, ces colonies d’émigrantes foliaires sont vouées à une destruction complète au moment où les chaleurs estivales et l’épuisement des feuilles dessèchent tous les tissus foliaires, y compris les galles.
Le Phylloxéra vient de nous fournir un premier exemple de parthénogénèse. On soupçonne un assez grand nombre d’insectes de donner ainsi naissance à des générations entières sans le concours du mâle. Réaumur le premier signala, avec défiance, la singulière faculté que possèdent les femelles des Psychés de pondre des œufs féconds sans avoir été fécondées. Des expériences ultérieures ont prouvé la réalité incontestable du fait et ajouté à ce premier exemple un grand nombre d’autres plus ou moins bien observés. Ces exemples se rencontrent surtout dans le groupe des Papillons ou Lépidoptères, mais encore dans celui des Hyménoptères, par exemple chez les Abeilles et dans la division des Hémiptères, entre autres chez les Coccus et les Pucerons. L’Abeille reine,
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retenue captive ou empêchée d’une façon ou d'une autre d’être fécondée, n’en continue pas moins à pondre des œufs, mais, au lieu d’ouvrières ou de reines, il n’en éclôt que des mâles.
Les Pucerons, qui appartiennent au même groupe que les Phylloxéras, vivent par troupeaux considérables sur les parties aériennes des plantes dont ils extraient le suc. En automne, on trouve des mâles et des femelles; les premiers sont pourvus d’ailes, les femelles sont aptères. L'accouplement est suivi de la ponte d’un grand nombre d’œufs qui n’éclosent qu’au printemps suivant. Mais entre-temps mâles et femelles, vivants en automne, périssent pendant l’hiver, et quand la nouvelle génération printanière éclôt, l’ancienne a depuis longtemps cessé d’exister. Or, de chaque œuf d’hiver éclôt une femelle, aucun mâle. De sorte que cette vermine de nos plantes cultivées disparaîtrait si les femelles printanières n'avaient la faculté de se reproduire parthogénétiquement et en donnant naissance à des petits vivants. Durant toute la belle saison, les générations successives, composées uniquement de femelles, se reproduisent ainsi asexuellement, et ce n’est qu’en automne que les mâles apparaissent avec leurs ailes au milieu des pontes. Dès lors la période asexuelle se termine et se relie à la prochaine par une nouvelle génération sexuée. On a pu obtenir onze générations parthénogénétiques successives de femelles, et un des nombreux observateurs du pliéno-, mène a vu ces générations asexuelles se succéder, en l’absence du mâle, pendant quatre années.
Il serait difficile de ne pas ranger tous ces faits dans le domaine des générations alternantes que nous avons vu naguère très étendu chez les animaux inférieurs, et qui s’étend ainsi jusqu’au seuil des Vertébrés.
Le développement des Insectes dans l’œuf se fait sur un type commun à tous les Arthropodes. Il naît un blastoderme d’abord ovalaire qui envahit successivement
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toute la sphère vitelline et l’absorbe complètement avant l’éclosion, pour les besoins du développement de l’embrvon.
Presque tous les Insectes passent, avant d’arriver à l’état adulte, par plusieurs étapes intermédiaires; ils subissent des métamorphoses (fig. 118). Quelques-uns seulement, dépourvus d’ailes pendant toute leur vie, naissent avec leur forme définitive : tels sont les Poux et les Ricins, tous parasites. Les Insectes à métamorphoses revêtent un nombre de formes plus ou moins considérable et sont divisés en Insectes à 'métamorphoses complètes et Insectes à métamorphoses incomplètes. Les premiers naissent à l’état de larves ou de chenilles, muent un certain nombre de fois, puis s’immobilisent, s’abstiennent de prendre aucune nourriture et se revêtent d’une enveloppe plus ou moins résistante et transparente en devenant nymphes , chrysalides, momies ou papes. Enfin, après une mue radicale, ils renaissent entièrement transformés, comme Papillon, Mouche, Guêpe, etc.
Les autres naissent également à l’état de larve, renouvellent leur livrée par des mues successives, mais brûlent pour ainsi dire la deuxième étape par une activité incessante en se transformant directement de larve en Insecte adulte. Telles sont les Sauterelles, les Cigales, les Libellules, etc.
Au moment de se transformer en nymphes, beaucoup de larves font preuve d'un instinct vraiment étonnant. Ainsi les chenilles des Teignes s’abritent dans des feuilles quelles savent enrouler fort habilement par les bords en tuyaux, rapprochés en faisceaux et cousus ou liés de diverses manières (fig. 119). Les larves des Phryganes et les chenilles des Psychés (fig. 120) se construisent des fourreaux solides au moven de fibrilles de bois, de brins
de paille, etc. Le Larin du Tréhala s’entoure, à l’état larvaire, d’une coque sucrée où il se transforme en nymphe. Les chenilles de tous les /-Papillons nocturnes et de
beaucoup d’autres Insectes s'entourent, au moment de la métamorphose, d’une capsule feutrée appelée cocon , exploitée industriellement chez le Ver à soie, parce (pie
Fig. 119. — Feuilles d’une branche de Saule enroulées en faisceau
par des chenilles de Teignes.
c’est le tissu même du cocon (pii fournit la soie du commerce.
Le Bombyx du Mûrier, ou Ver à soie, produit, à l’état de papillon, des œufs ovalaires, appelés graine s, à cause de leur ressemblance avec une petite graine végétale.
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Los chenilles qui en éclosent se nourrissent des feuilles du Mûrier et muent quatre fois pendant les trente-quatre jours que dure leur vie larvaire active. Au bout de cette première période, la chenille se tisse un cocon soyeux au moyen d'un grand nombre de fils de soie entortillés et roulés dans tous les sens.
Nous ne pouvons songer ici à entrer dans de plus longs détails sur les métamorphoses des Insectes; nous renvoyons le lecteur désireux de connaître un des chapitres les plus intéressants de la vie des animaux aux ouvrages spéciaux de MM. Blanchard, Girard, etc.
Nous terminerons ce chapitre par quelques exemples choisis parmi les Insectes les plus élevés en organisation, les plus « intelligents », afin de montrer comment les facultés les plus élevées de l’animal sont mises en jeu dans l’exécution de deux grandes lois naturelles : le bien de la communauté avant le bien de l’individu, et la conservation de l'espèce au prix de tous les
dangers, de toutes les peines et meme de la mort.
Quoi de plus effroyablement grandiose que de voir des larves de Diptères donner naissance à des petits vivants, mourir et offrir leur corps en pâture à leur progéniture! Cette action serait sublime si elle était consciente et voulue, mais elle n’est que fatale, sans même être instinctive. Ailleurs, chez les Hyménoptères, des actes ayant pour but la préservation et le bien-être de la progéniture, deviennent instinctifs et. même intell i gents. Tout le groupe des Hyménoptères porte-aiguillon sollicite notre admiration par l’un ou l’autre trait de mœurs de ce genre. Tous les Insectes femelles de ce groupe pos-
Fie