Le Xylocope violette et son nid
depuis longtemps, et elle n’aura jamais assisté à la naissance de sa progéniture ni senti la joie de voir tous les efforts de son instinct merveilleux couronnés de succès.
Chez tous les Insectes que nous avons considérés jusqu’ici, la mère seule est douée de l’instinct protecteur et c’est elle seule qui exécute tous les travaux que cet instinct lui suggère d’entreprendre.
Chez d’autres Insectes, vivant par sociétés nombreuses, la division du travail intervenant avec une immuable précision, une grande partie des travaux à exécuter dans l’intérêt de la conservation de l’espèce est dévolue à une caste spéciale de l’association. La mère, seule et unique, devient reine et fonctionne exclusivement comme génitrice. C’est le grand principe de la division du travail qui règle les sociétés si curieuses des Guêpes, des Abeilles sociales et des Fourmis. Chez les Guêpes par exemple, la femelle prépare au printemps le nid et le pourvoit d’un dépôt de nourriture pour la nichée future. Mais, cette première génération éclose, la mère laisse le soin de l’éducation des générations futures à une partie des jeunes, qui remplissent désormais le rôle de nourrices et qui ont ceci de particulier : ils sont tous neutres, sans sexualité. La même distribution des rôles dans l’économie intérieure s’observe dans les sociétés d’Abeilles. La femelle ou reine unique devient génitrice; de nombreux mâles jouent le rôle complémentaire d’une seule reine, et toute la population industrieuse, travailleuse et active est représentée par des neutres, en réalité des femelles arrêtées dans leur développement complet. Ce sont ces dernières qui deviennent les nourrices actives remplissant chacune sa tâche déterminée : les unes vont chercher le miel, les autres l’administrent au jeune, d’autres encore travaillent à la demeure, etc.
Chez les Fourmis, les soins maternels sont des plus variés. Elles transportent même les jeunes au soleil, et opèrent leur sauvetage en cas de danger. Elles ont des esclaves et des animaux domestiques. Elles tiennent sur pied de guerre une armée permanente, les soldats, toujours au qui-vive et rarement inoccupés, car, si quelque expédition offensive contre une fourmilière voisine ennemie ne les tient loin de leurs casernements, les soldats font le service de gendarmes, veillant à la sécurité de la colonie et chassant ou appréhendant tout maraudeur
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ou malfaiteur qui voudrait s’introduire dans la fourmilière. Grâce à cette police, les Fourmis préservent leur demeure de la visite fatale de beaucoup d’insectes malfaiteurs qui s’installent souvent en conquérants rusés et altérés de carnage, au milieu des habitations de leurs sœurs les Guêpes, Abeilles, Bourdons, etc.
C’est ainsi que les Mutilles s’introduisent dans les nids des Bourdons, y déposent leurs œufs, afin que les larves qui en éclosent puissent dévorer celles des Bourdons et se substituer à leur place. Les Nomadines, Abeilles solitaires, usent de la même perfidie vis-à-vis de leurs sœurs des espèces voisines. Tous ces traits de mœurs que nous appliquons et que nous jugeons à l’échelle de nos propres sentiments, sont autant de petits drames inéluctables dans le conflit d’intérêts se croisant dans la lutte pour la vit».
Les Guêpes dorées, ou Chrysides, cachent sous une livrée d’une admirable richesse les plus noirs desseins. Elles pénètrent dans tous les nids mal gardés et leur imposent leurs œufs; les larves, profitant du travail de la propriétaire du nid, se repaissent des provisions amassées par elle ou, plus souvent, dévorent sa progéniture.
Les Cantharidiens sont également des Insectes malfai-
teurs « à domicile ». Les femelles, extrêmement fécondes, déposent leurs œufs dans la terre au milieu d'un champ fleuri. Les larves, appelées triongulins à cause de leurs longues pattes crochues, se cramponnent aux Abeilles solitaires qui viennent butiner sur les fleurs et se font ainsi transporter au nid de leur victime. Là, elles se mettent à dévorer les provisions de miel destinées aux petits de l’Abeille, s’attaquent aux œufs et aux larves écloses et ont bientôt fini de détruire toute la ponte de leur victime. Les Sitaris , les Yolucelles, les Psithyres, les Méloés, etc., sont également de ces brigands, plus terribles encore, car la ruse chez eux égale souvent la férocité. Mais si nous nous apitoyons sur le sort de leurs victimes, nous ne savons si celles-ci ont plutôt que d’au-
très droit à une existence prépondérante, et puisque le combat est engagé entre elles et leurs ennemis, c’est en définitive le mieux armé qui en sortira vainqueur.
Quant à tous ces Insectes, travailleurs infatigables à une tache dont les profits sont à une échéance si lointaine que le seul profit personnel pour eux ne peut être que l’espoir de réussite, ils doivent être pour nous un sujet de constante méditation et de profonde admiration. Car, ce qui chez eux porte le nom d’instinct merveilleux est, chez nous, une vertu : l’altruisme, vertu innée, mais qui devient sublime quand elle est éclairée par la raison.
« Je ne connais, dit M. Milne-Edwards dans une de ses belles Leçons, rien qui soit plus curieux, ni rien qui soit plus propre à nous donner une juste idée de ce que peut être cette impulsion innée qui guide à leur insu ces frêles créatures et leur fait accomplir en aveugles des travaux délicats, complexes et admirablement calculés pour l’obtention d’un résultat éloigné don! ils ne sauraient avoir la moindre notion. »
L’ŒUF DES MOLLUSQUES
A. Molluscoïdes. — I. Bryozoaires. — Habitat. — Larves et métamor phoses. — Formation des colonies. — Statoblastes ou œufs d’hiver.
II. Tuniciers. — Multiplication et reproduction des Ascidies. — Ascidie et Amphioxus. — Ascidies simples. — Développement des Ascidies sociales et composées. — Les Pvrosomes. — Les Salpes et l’alternance de leurs générations.
B. Mollusques. — III. Lamellibranches. — Œufs, formes et constitution. — L’IIuître et son frai. — Culture artificielle. — La Moule comestible et sa culture. — Rôle des branchies comme chambre incubatrice. — L’Anodonte femelle. — Le vélum.
IV. Céphalophores. — Répartition géographique très étendue. — L ' Entoconcha mirabilis. — Glande hermaphrodite des Céphalophores. — Nombre, forme, structure de l’œuf des Céphalophores terrestres et marins. — Pontes diverses. — Glande albuminipare.
— L’Aplysie, le Pourpre et leur ponte. — La Janthine et son flotteur. — Viviparité. — La Paludine vivipare.
V. Céphalopodes. — Poulpes géants. — Poche à encre. Ilectocotyle, son rôle. — Oviparité des Céphalopodes. — Glandes de l’oviducte.
— Structure des œufs de Seiche ou « raisin de mer ». — Développement de l’embryon.