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II. Tuniciers

Les Ascidies sont des animaux marins, informes, de consistance coriace, qui atteignent parfois la grosseur du

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poing. Ils ressemblent alors à un tubercule de pomme de terre recouvert de boue. Le manteau brun qui entoure, les adultes est souvent le siège d’innombrables colonies épisites, tandis que les jeunes sont transparents comme du verre. Quelques espèces sont comestibles, sur les bords de la Méditerranée, mais demandent beaucoup d’indulgence de la part du consommateur.

Elles se reproduisent toutes par des œufs et souvent se multiplient par bourgeonnement. Les œufs se forment dans la cavité interne; après la fécondation, les embryons éclosent sous forme de larve libre qui nage dans le milieu ambiant, à la façon d’un têtard de Grenouille. Elle est pourvue en effet d’un renflement céphalique ovoïde et terminé par une longue queue, le tout microscopique. L’appendice caudal a une structure anatomique des plus intéressantes qui rappelle celle de YAmphioxus, le plus dégradé des Vertébrés . Aussi a-t-on bâti une hypothèse très hardie sur cette ressemblance en vertu de laquelle le point de ramification des Vertébrés sur l’arbre généalogique du règne animal devrait être reporté aux Ascidies.

Après avoir nagé en liberté pendant quelque temps, la jeune larve se fixe et perd sa queue. Dès lors la partie céphalique se perfectionne par le développement définitif des organes de la vie de nutrition, de relation et de reproduction sexuelle, et devient Ascidie adulte.

Si telle est l’habitude de son espèce, cette Ascidie reste solitaire et isolée et se perche quelquefois sur une longue tige : elle est dite simple. Si, au contraire, les tendances innées, héréditaires, de son groupe le poussent à vivre en société, il bourgeonne, se multiplie par gemmiparité ; ou bien les bourgeons se développent sur la tige ou la partie basilaire de l’Ascidie souche et vont, rampant par terre comme des stolons du Fraisier, reconstituer une nouvelle Ascidie au bout des ramifications; ou bien encore, sans se porter au loin, restent enveloppés dans le manteau commun, et se développent en individus nouveaux

au contact même de l’Ascidie souche et sous la protection commune de son enveloppe (11g. 123). Dans le premier cas, les Ascidies sont dites sociales, dans le deuxième, elles sont composées. Le mode de constitution de ces associations rappelle encore une fois la genèse, soit des

Fig’. 123. — Ascidie composée et son développement. d et c. Embryon larvaire du têtard.

compagnies de Polypes coralliaires, soit des colonies de Campanulaires que nous avons étudiées plus haut.

Les Pyrosomes empruntent leurs noms aux vives lueurs phosphorescentes qui se dégagent de leur corps. On sait que ces animaux produisent avec les JNoctiluques, les Pélagies, Actinies, Méduses, etc., un des phénomènes les

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plus merveilleux qu’on puisse contempler en mer : la phosphorescence. Chaque Pyrosome est une colonie flottante où les colons sont issus d’un animal souche par bourgeonnement superficiel comme chez les Ascidies sociales et composées. L’individu souche, lui, est d’origine sexuée et tils unique d'un parent privilégié par la nature.

Cette alternance de génération des Tuniciers nous mène à parler des Salpes, animaux marins chez qui cette alternance a été reconnue pour la première fois par Chamisso en 1819. Les Salpes sont des animaux transparents, pourvus d’une cavité générale où sont relégués, à une extrémité, tous les organes importants tels que le cœur, le tube digestif, la branchie et l’ovaire (fig. 124). Elles nagent par les saccades

que leur imprime le jet d’eau qu’elles expulsent Fig-12*r-Salpesolitairemont™nl

de leur corps. On les d’où procéderont les Salpes en trouve solitaires ou asso- chaînes, ciées en chaîne (Ketten-

salpen). Solitaires ou enchaînées, elles sont parentes et les premières sont filles des secondes. Voici quel est le singulier cycle de reproduction de ces colonies. Tous les individus d’une chaîne sont sexués et produisent chacun, dans une capsule, un œuf unique, arrondi, duquel naît, avant l’expulsion, une jeune Salpc. Ils sont

donc vivipares. La jeune Salpe quitte ensuite sa mère et devient solitaire. Elle ne lui ressemblera pas, car, au lieu de posséder un ovaire et de former des œufs, elle donnera naissance, par bourgeonnement, à des Salpes enchaînées. Examinons à la loupe une de ces Salpes solitaires agames. A l’extrémité postérieure de son corps diaphane se voit un cordon annelé logé dans une pochette de la paroi du corps. Ce cordon est mince en arrière, plus large en avant. Nous pouvons le comparer à un ruban de Ver solitaire, car les anneaux indiqués, de plus en plus gros, larges, se développent en autant de petites Salpes, en autant de jeunes individus. Mais là s’arrête l’analogie, car, au lieu de se séparer de la souche comme le font les cucurbitains, les jeunes Salpes restent attachées entre elles et ne sont expulsées que par longues chaînes au moment où elles ont acquis une certaine grosseur. Le cordon gemmipare, continuant ses fonctions, en développe ensuite d’autres vers l’extrémité postérieure, de sorte que ce singulier organe n’éprouve aucune diminution de longueur par le départ des chaînes successives. Les bourgeons qui naissent ainsi sans discontinuer sur le cordon multiplicateur, sont disposés tantôt en ligne simple, tantôt en ligne bisériée, quelquefois en rosace autour de l’axe commun. Cette disposition est définitive et différencie plus tard spécifiquement les diverses Salpes enchaînées que le filet du pêcheur nous ramène de la mer.

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