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IV. Céphalophores

Les Mollusques Céphalophores (le mot céphalopbore veut dire « porteur d’une tête ») sont cosmopolites. Ils habitent les profondeurs des mers, les lacs, les mares et les ruisseaux, la terre et les plantes, et vont jusqu’à 15 000 pieds d’élévation dans la montagne. Malgré la lenteur proverbiale de leurs mouvements, les Gastéropodes occupent une aire géographique très étendue. Nous citerons à ce propos l’expérience suivante de Darwin : une patte de Canard, suspendue au fond d’une eau habitée par des Mollusques Gastéropodes, fut couverte en peu de temps d’un grand nombre d’œufs. Les jeunes Limaces, au sortir de l’œuf, se fixèrent si solidement contre la patte qu’il fut très difficile de les en détacher. Quoique destinés, à vivre dans l’eau, ces animaux se conservent pourtant vivants à l’air humide pendant quinze et même vingt heures. On conçoit que, pendant cet intervalle de temps, le Canard, la Grue, la Bécasse, etc., peuvent, en franchissant des centaines de kilomètres, ensemencer toutes les rivières, toutes les mares qu’ils auront visitées. Dans la mer, la dispersion de l’espèce est plus facile à expliquer, car les jeunes, munis de leur voile ciliaire, entraînés par les vagues et les courants, franchissent rapidement des distances considérables.

Les ovules des Céphalophores à sexe double sont formés dans une glande à double effet : la glande hermaphrodite.

L’ŒUF DES MOLLUSQUES

Elle peut produire à la fois des ovules et de la semence pour les féconder, mais, comme ces deux produits ne sont pas mûrs en même temps, l’autofésondation ne peut avoir lieu. Cette glande est enfouie dans la substance même du foie.

Le nombre des œufs pondus par les Céphalophores est très variable : de soixante à quatre-vingts par exemple chez l'Hélice vigneronne, il peut atteindre un demi-million dans le frai de certaines espèces marines. Le volume des œufs est en rapport avec la taille des pondeuses. Leur forme est arrondie, plus rarement ovale, parfois hémisphérique. L’enveloppe ou chorion est généralement mince, mais cette enveloppe peut devenir très épaisse, comme chez la plupart des Gastéropodes terrestres, tels que les Escargots, les Bulimes, etc. Elle s’incruste alors de carbonate de chaux sécrété par les parois glanduleuses de la dernière partie de l’oviducte. Chez l’Hélice vigneronne, par exemple, la matière calcaire est répartie très irrégulièrement, mais sur l’œuf du Limaçon des jardins, le calcaire cristallise sur le chorion, ou dans son épaisseur, en petits rhomboèdres et ressemble au spath d’Islande. L’enveloppe de l’œuf, dit Turpin, sert aux cristaux d’une sorte de géode. Cette organisation plus parfaite est en rapport avec les destinées ultérieures de l'œuf. Ces Mollusques terrestres, en effet, enfouissent leur ponte dans un trou creusé en terre de sorte qu’une enveloppe mince serait absolument insuffisante pour obtenir une protection efficace.

Il n’en est pas de même des Céphalophores marins ou aquatiques. Ceux-ci ont besoin d’assurer à leur ponte, non seulement un abri plus ou moins parfait, mais encore la faculté d’utiliser l’oxygène dissous dans l’eau et nécessaire à la respiration du jeune embryon. Une enveloppe mince, tout au plus coriace ou parcheminée, permet beaucoup mieux l'échange rapide des gaz de la respiration. Si, pour plus de sûreté, la mère veut protéger

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ses œufs par un rempart plus solide, elle les enfermera dans des coques ou capsules qu’elle fixera à un support quelconque en permettant à l’eau de baigner le contenu des capsules ovi gères.

Il y eut une époque où l’étude des œufs des Céphalophorës et de leurs capsules plus ou moins bizarres était presque devenue une spécialité. Lund donne même une classification systématique des différentes formes d’œufs de Gastéropodes. Il’Orbigny vient réagir contre ces tendances particularistes et désire que, tout en étudiant la forme et la structure des œufs et, de leurs accessoires, on ne néglige pas les faits biologiques qui s'y rattachent et qui, après tout, ont une valeur bien supérieure.

Pour donner une idée de la variété des procédés de ponte, choisissons quelques exemples. Les Doris, Éolis, Tritonies, etc., enveloppent leurs œufs très nombreux dans une masse gélatineuse qui ressemble au frai de Grenouille. Les œufs sont disposés en séries transversales dans un long ruban attaché aux rochers, aux pierres et fixé par un bout, tandis que l’autre est enroulé en spirale autour de lui-même. Les Glaucus, les Actæons attachent de même un ruban spiralé aux corps marins, quelquefois à des animaux vivants, et l’abandonnent ainsi aux mouvements des vagues. Les Limnées, les Chilines, les Bulles fixent aux roches, aux coquilles, des amas informes de matière gélatineuse au milieu desquels se trouvent logés les œufs.

Cette enveloppe mucilagineuse générale des œufs est sécrétée par une glande qui envoie ses produits dans Loviducte, où ils entourent les œufs au fur et à mesure qu’ils se présentent. Elle porte les noms de glande nue cipare, albuminipare, glande de la glaire ou organe de la glue. Mais souvent, son exsudât, au lieu de rester gélatineux, se concrétionne, durcit et enveloppe les œufs d’une sorte de coque capsulaire. Il se peut alors que chaque œuf soit entouré d’une capsule spéciale ou que

I/ŒUF DES MOLLUSQUES

plusieurs œufs réunis soient contenus dans une capsule unique. Le premier cas est celui des œufs de Néritine : entourés d’une capsule cartilagineuse, ils restent fixés au coquillage. Les Yermets, qui vivent attachés aux pierres, gardent également leur ponte sur eux en la fixant à l’orifice de la coquille dans des capsules ovigères allongées. Les Tergipes attachent des capsules analogues aux plantes marines.

Tantôt pédonculées, tantôt arrondies, les capsules se trouvent souvent en groupes nombreux attachés aux corps sons-marins. Les Buccins déposent leurs œufs dans un grand nombre de 3es pochettes nidamentaires, groupées et fixées par leurs deux extrémités contre les rochers ou les coquilles. Chez les grandes espèces de Fasus et de Pyrola , les nids sont de véritables fourreaux coriaces ou cornés, globuleux, ou cylindriques comme chez la Volute anguleuse. Ils contiennent dans leur cavité un grand nombre d’œufs auxquels ils servent d’abri protecteur jusqu’à l’éclosion des jeunes. Ils s'ouvrent alors, soit par une fente ou par un opercule détaché, et donnent passage à la nichée des petits nomades, impatients d’essayer leur

voile bordée de cils vibrât îles.

On a été très longtemps avant de connaître la nature véritable de ces capsules nidamentaires, les prenant le plus souvent pour des œufs distincts à enveloppe dure, qui renfermeraient beaucoup d’embryons. Quelque chose4 d’approchant se rencontre chez les Aplvsies ou « Lièvres de mer » de la Méditerranée. L’Aplvsie pond un cordon très long, entortillé, qu’elle attache aux corps sous-marins. Ce cordon est un cylindre gélatineux dont la paroi s’est durcie. Il contient une infinité de capsules ovigères et dans chaque capsule on trouve jusqu’à cinquante œufs, entourés chacun d’un albumen propre et enveloppés tous ensemble de la membrane capsulaire parcheminée. L’Aplysie, qui atteint jusqu’à quinze centimètres de longueur, a encore d’autres particularités. Effrayée, elle

veut effrayer à son tour et laisse suinter du bord de son manteau un liquide blanchâtre absolument inoffensif. Nous retrouvons des intentions analogues chez les insectes.

Les Pourpres (Murex purpura) sécrètent également un liquide particulier, connu depuis les temps les plus reculés sous le nom de pourpre. Les anciens, comme on sait, remployaient à la teinture de leurs étoffes les plus précieuses. Le liquide, au sortir du coquillage, est incolore ou légèrement coloré en jaune, mais sous l’influence des rayons solaires, il devient rapidement d'un rouge violet assez impur. Cette couleur est très tenace et insoluble dans l’eau et dans l’alcool, mais elle ne pourra plus, aujourd’hui, rivaliser avec les magnifiques couleurs que nous offrent les produits secondaires de la bouille.

« Vers le printemps, dit Aristote, les pourpres s'assemblent en un endroit commun pour pondre ce qu’on appelle melikèsa , qui ressemble aux rayons de miel des abeilles, à cela près qu’il n’est pas si régulier, de manière qu’on peut plutôt le comparer à une quantité de pelures de pois qui sont tassées les unes sur les autres. » Ce melikèsa des Grecs est le favago des Romains, le « raisin de mer », les « pelures de pois », les mammana ou « nourrices » des pêcheurs d Italie , dit Lund. Ce sont les œufs du Pourpre, pondus une cinquantaine à la fois, à des intervalles de quatre à cinq jours. On sait qu’on donne également le nom de « raisin de mer » aux œufs en

grappes de la Seiche.

Voici un petit navigateur intrépide de la Méditerranée c’est la Janthine fragile (fig. 127). Elle laisse flotter à la surface de l’eau une sorte de bouée très allongée, rattachée à son corps, au niveau du pied, par un court pédoncule. C’est un radeau bottant qui maintient à l'une de ses extrémités le coquillage et, à sa face inférieure, un giand nombre de petites capsules ovigères contenant la

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ponte de la Janthine. Fabius Golonna le qualifie de « Spuma cartilaginea ». On le voit en effet composé d'une multitude de cellules, polyédriques par pression réciproque, écumeuses et remplies d'air. Qu’on îoupe une partie de ce singulier ludion, et la Janthine répare l’amputation; qu’on le détache tout à fait du coquillage, et celui-ci tombera au fond de l’eau pour y périr sans retour. M. Lacaze- Duthiers a surpris la Janthine occupée à la confection de son radeau et il a vu comment le pied mobile du Mollusque s'y prenait pour fabriquer les cellules du flotteur. La partie antérieure du pied, un peu creusée en cuiller, se recourbe dans l’air et, en se repliant dans l’eau, pince à chaque fois une bulle d’air. Cette bulle est entourée de mucosité du pied et ajoutée comme cellule nouvelle au tissu du flotteur.

Ainsi s’explique la mort de la Janthine au fond de l’eau, car elle se trouve dans F impossibilité de construire, à défaut d’air, de nouvelles cellules flottantes. À la mort du coquillage, le flotteur s’en détache et les jeunes éclosent au loin. O11 suppose que les petites Janthines, après leur éclosion dans les coques suspendues au-dessous du flotteur, se rendent sur son dos et s’y essayent à la construction d’une petite bouée à leur usage qui leur permettra à leur tour de voyager à la surface de l'eau.

Une autre opinion est celle qui veut que les Janthines soient vivipares, les capsules suspendues à leur flotteur seraient au contraire le produit d’un autre Gastéropode.

Si la viviparité des Janthines est problématique, elle a été par contre bien constatée chez quelques autres

Fig. 127.

La Janthine et son flotteur.

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